Ms. Les éditions portent cueur
3. Thomas Bohier, sieur de Chenonceaux, général de Normandie, mort le 24 mars 1524. Les négociations dont parle ici
Oct.-nov. 1523] DEUXIÈME LIVRE. 287
armée, car ce temps durant le seigneur Prospère rasseura ses gens, et les bagages qui estaient chargez pour se retirer furent déchargez et avecques extrême diligence, et un nombre incroyable de castadous releva les ramparts des lieux les plus ruinez. Puis, voyant les forces n'estre suffisantes pour garder plusieurs places, abandonna tout le duché, gardant seulement Milan, Gremonne et Pavie, attendant que nostre armée eust passé sa fureur et que l'hy ver qui estoit proche F eust mattée. Et pour cest effect depescha le seigneur Antoine de Levé pour se mettre dedans Pavie, y faisant venir mille hommes qui estoient dedans Alexandrie, avecques autres deux mille que ledit de Levé mena quand et luy, et envoya autres trois mille hommes de pied dedans Gremonne. L'amiral, voyant Alexandrie abandonnée, y envoya monsieur de Bussy d'Amboise avecques deux mille francs archers.
, Prise de Laudes. — Monsieur l'Amiral, voyant Terreur qu'il avoit faict d'avoir temporisé sur une vaine espérance, marcha droict à Milan, mais ce fut trop tard, car desja le seigneur Prospère y avoit assemblé le nombre de dix mille hommes de guerre sans les citadins qui tous avoient prins les armes ; ce nonobstant il planta son camp devant entre le chemin de Laudes et de Pavie 1 . Ge faict, envoya saisir la ville de Monche, dedans laquelle il meit bonne garnison pour empescher les vivres d'aller à Milan ; puis, ayant eu avertissement que le duc de Mantoue estoit arrivé à
Martin du Bellay sont du milieu de novembre. Bonnivet avait vainement essayé de prendre Milan d'assaut, puis par la famine. Ne réussissant pas à conclure une trêve, il se retira à Abbiate- Grasso (22 novembre).
1. A San Christoforo, puis, un peu en arrière, à Chieravalle.
288 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Oct.-UOV. 1523
Laudes avecques ,cinq cens chevaux et deux cens hommes de pied, que le Pape envoyoit pour le secours de la ligue, depescha le capitaine Bayar accompagné de vin mille hommes de pied, quatre cens hommes d'armes et huict ou dix pièces d'artillerie pour marcher droict audit lieu de Laudes, y pensant surprendre le duc, lequel estant adverty et se deffiant de ses forces se retira, abandonnant ladite ville. Parquoy le capitaine Bayar entra dedans, puis, ayant laissé bonne garnison, print le chemin de Gremonne pour tenter s'il pourrait prendre la ville, par le moyen du chasteau qui tenoit pour le Roy; auquel lieu arrivé, se vint joindre avecques luy le seigneur Rence de Gère 1 , baron romain, accompagné de quatre mille hommes de pied italiens qu'il avoit levez pour le service du Roy au Ferrarois et aux environs. Le capitaine Bayar et le seigneur Rence assemblez et cognoissans que par le chasteau n'y avoit ordre de forcer la ville, à l'occasion des grandes tranchées que les ennemis avoient faictes entre la ville et ledit chasteau, délibérèrent de l'assaillir par ailleurs et tenter la fortune de la pouvoir forcer, encores que l'armée vénitienne qui estoit de la part de la ligue fust à Pontivy 2 près de là; mais elle avoit commandement de la Seigneurie de ne sortir de leurs confins sans leur expresse jussion.
Le seigneur Prospère, adverty que l'armée du Roy
1. Lorenzo, dit Renzo da Ceri, de la famille romaine des Orsini, entré au service de François I er dès le début du règne, il mourut le 11 février 1536. Voir E. Picot, les Italiens en France au XVP siècle, Bull, italien., t. I, p. 116-117.