René de la Platière
296 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Nov.-déc 1523
chemin, encores qu'il n'eust que sa compagnie, qui estoit de quatre-vingt-dix hommes d'armes, et celle du vicomte de Lavedan. Estant sur la retraitte, rencontra cinq cens chevaux, sur lesquels il chargea de telle furie qu'il les mist à vau de routte ; mais trouvant deux mille chevaux qui venoient pour soustenir les autres, fut contrainct de faire sa retraitte, pour laquelle luy-mesmes demoura sur la queue avecques trente chevaux, faisant retirer le reste sur le chemin d'Amiens. Mais les ennemis luy firent une charge telle qu'il fut porté par terre, et son cheval tué, toutesfois il fut secouru du seigneur de Barnieulles 1 , son frère et lieutenant de sa compagnie, et du seigneur de Canaples 2 , son nepveu et son guidon, qui le remirent à cheval ; et demourerent lesdits de Barnieulles et de Ganaples sur la queue, pendant que ledit seigneur du Pontdormy se retira à Amiens avec sa trouppe, parce que le chemin de Corbie luy estoit fermé de toute l'armée des ennemis; mais lesdits de Barnieulles et de Ganaples avecques vingt hommes d'armes qui estoient en leur compagnie furent tant et si souvent chargez qu'ils furent portez par terre et pris prisonniers avec sept hommes d'armes. Les ennemis, après avoir pris et bruslé la ville de Roye, marchèrent droict à Montdidier, où, après avoir faict brèche, ceux de dedans se deffians de leurs forces, se rendirent leurs bagues sauves et se retirèrent devers monseigneur de la Trimouille. Toutesfois, ce ne fut sans estre blâmez de
1. Philippe de Créquy, sieur de Bernieulles, troisième fils de Jean de Créquy et de Françoise de Rubempré.
2. Jean de Créquy, sieur de Canaples, fils aîné de Jean de Créquy et de Jossine de Soissons.
Noy. 1523] DEUXIÈME LIVRE. 297
s'estre rendus si legierement; car les ennemis ne pourvoient faire long séjour par faulte de vivres. Il fut dit que le capitaine René de la Palletiere ne voulut jamais consentir à ladite composition.
Le Roy, pour lors estant à Lion, adverty comme les choses se passoient en Picardie et que ses ennemis estoient venus jusques sur la rivière d'Oyse, à unze lieues près de Paris, depescha le duc de Vendosme en toute diligence pour y venir; luy donnant pouvoir de commander et pourveoir à toutes choses de deçà, et quand et quand manda quatre cens hommes d'armes, tant de Bourgongne que de la Champagne, pour suivre ledit seigneur de Vendosme et faire ce qu'il leur commanderait. Mais devant envoya le seigneur de Brion pour asseurer les habitans de Paris 1 , auquel après avoir déclaré ce qu'il avoit de charge en plaine assemblée de ville, sans faire mention de la depesche du duc de Vendosme ny de la compagnie qu'il amenoit, fut respondu pour toute l'assemblée par monsieur Baillet 2 , second présidant de la Cour, qu'il fust le bien venu comme mandé de la part de leur Roy et souverain seigneur, toutesfois que quand le roy Louis XI envoya reconforter ceux de sa bonne ville de Paris, pour la descente du duc Charles de Bourgongne devant Beauvais, il n'y envoya en poste, mais y envoya le mareschal Joachin Rouault 3 , accompagné de quatre
i. Sur cette mission de Brion, voir le Livre de Raison de AT Nicolas Versoris (éd. Fagniez), p. 37-39.
2. Thibault Baillet, sieur de Sceaux, né en 1445, mort le 19 novembre 1524. Voir Versoris, éd. cit., p. 64, et la Cronique du Boy Françoys premier, p. 42-43.