‹ Mémoires de Martin et Guillaume Du Bellay (volume 4)Chapitre 222 sur 258 · Neufchâteau, sur la Meuse (Vosges · texte numérisé non relu

Neufchâteau, sur la Meuse (Vosges

3. Monteclair, coram. d'Andelot, arr. de Ghaumont (Haute- Marne). Ce château a été ruiné à l'époque de Louis XIII.

4. Joinville, sur la Marne, cant. de l'arr. de Vassy (Haute- Marne) .

292 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Oct.-nov. 1523

le chemin du Neuf-Chastel en Lorraine, pour audit lieu passer la rivière de Meuze.

Le duc de Guise, estant adverty de leur retraitte et du chemin qu'ils prenoient, despescha deux ou trois cens hommes d'armes pour passer ladite rivière de Meuze et gaigner le devant pour les prendre en teste; et luy avecques le reste de la gendarmerie les charger sur la queue, à demy passez; car ils menoient un grand butin, qui estoit le moyen de plus aisément les mettre en desordre. Mais il advint que le soir que devoit partir la compagnie de monsieur de Guise, que conduisent le seigneur de Gourville 1 , soubs la conduîtte duquel pareillement dévoient marcher tous les autres, sourdit querelle entre ledit seigneur de Gourville et le seigneur de Chastelet 2 de Lorraine, porte-enseigne dudît seigneur de Guise, telle qu'ils mirent la main aux armes; de manière que Ghastelet donna un coup d'estoc audit Gourville dedans la bouche, qui perça de part en autre, dont retarda leur partement. Mondit seigneur de Guise, pensant que ceux qu'il avoit ordonnez de passer la Meuze y fussent desja, se meit à la queue des ennemis avecques le reste de l'armée, lesquels arrivans devant le Neufchastel il print à demy passez ; et ce qui estoit demouré sur la queue fut taillé % en pièces et le butin recoux. Si ceux qui estoient ordonnez pour estre delà l'eau eussent exécuté ce qui leur estoit commandé, peu des ennemis se fussent sauvez, pour l'effroy auquel il estoient entrez. Les

i. François de Billy, baron de Courville, plus tard maître des eaux et forêts de Valois, mort avant le 10 septembre 1539. 2. Hue du Chastellet, baron du Chas telle t.

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dames de Lorraine et de Guise estoient aux fenestres du chasteau, qui en eurent le passe-temps.

Armée d'Anglois en Picardie. — Alors que ces choses se faisoient tant en Italie que Champagne, la Picardie h'estoit en patience; car le duc de Norfolc estant descendu à Gallaiz avecques quatorze ou quinze mille Ànglois, et s'estant joinct avecques luy le comte de Bure, lieutenant pour l'Empereur, leurs forces unies ensemble se trouvèrent le nombre de cinq à six mille chevaux et de xxv à xxx mille hommes de pied avecques bonne quantité d'artillerie; et prindrent le chemin entre Montreul et Terouenne, pour assaillir ou Hedin ou Dourlan. Le seigneur de la Trimouille, cognoissant les grandes forces qu'il avoit sur les bras, avoit desja pourveu aux places où il estoit apparant que l'ennemy s'attaqueroit ; premièrement dedans Terouenne avoit laissé le seigneur du Fresnoy, bastar de Moreul, qui estoit gouverneur dudit lieu, ayant charge de cinquante hommes d'armes, et le capitaine Pierre-Pont, avec cent hommes d'armes de la compagnie du duc de Lorraine, duquel il estoit lieutenant, et deux mille hommes de pied. Les ennemis, la voyans si bien pourveue, passèrent outre sans l'assaillir; puis, prenans le chemin de Dourlan, passèrent devant Hedin, où ils firent le semblable. Estans arrivez audit Dourlan, délibérez de l'assiéger, trouvèrent un chasteau de terre que le seigneur du Pontdormy, par le commandement du duc de Yendosme, Tan précèdent avoit faict édifier sur la montagne, tirant vers Amiens, bien pourveu d'hommes et de munitions ; auquel, après l'avoir bien recogneu, ne furent d'advis de s'attaquer, et y ayans séjourné quatre jours pour refreschir leur

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camp, priodrentle chemin de Corbie, où ils trouvèrent le seigneur de la Trimouille en personne, qui fut cause qu'ils passèrent outre sans s'y amuser.

Vaillances du seigneur du Pontdormy. — Il fault entendre que le seigneur de la Trimouille avoit si petit nombre d'hommes qu'il estoit contraint, quand l'ennemy avoit abandonné une place, de retirer les forces qui estoient dedans, pour les mettre en un autre au devant dudit en nemy. Le seigneur du Pontdormy, voyant les ennemis passer outre Corbie et prendre le chemin contre-mont la rivière de Somme, se meit dedans Bray 1 , où est un passage de ladite rivière, entre Corbie et Peronne, pour empescher le passage à l'ennemy ; ayant en sa compagnie environ cent cinquante hommes d'armes et douze ou quinze cens hommes de pied, encores que la ville ne fust gardable, d'autant que la muraille ne vault rien et ne se peult fortifier, à l'occasion de trois montagnes qui la commandent de si près, qu'à coups de pierre on peult desloger ceux qui sont à la garde. Il avoit espérance, qu'au cas que l'ennemy le forçast, qu'il aurait moyen de se retirer le long de la chaussée, rompant les ponts après luy, mais autrement en advint ; car il fut tellement pressé qu'il n'eut moyen de se retirer qu'en desordre, en sorte que les ennemis passèrent ladite chaussée pesle-mesle avecques luy*, il y perdit environ quatre-vingts ou cent hommes. Et entre autres y mourut le capitaine Àdrian qui avoit charge de mille hommes de pied, et eust esté le reste taillé en pièces

i. Bray-sur-Somme, cant. de Pair, de Péronne (Somme). 2. Ms. : et n'eust loisir de rompre les pontz et y perdit environ . . .

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sans ledit seigneur du Pontdormy qui retourna la teste, et soustint l'effort avec la gendarmerie, pendant que les gens de pied se retirèrent à Gorbie où estoit le seigneur de la Trimouille. Lequel, estant averty que l'ennemy ayant passé la rivière prenoit le chemin deRoye 1 et Montdidier, délibéra d'envoyer secours audit Montdidier; mais ne trouvant homme qui le vousist entreprendre, parce que le camp de l'ennemy estoit sur le chemin, le seigneur du Pontdormy (lequel ne trouva jamais entreprise trop hazardeuse) entreprint d'y mettre ledit secours. Parquoy estant la nuict venue se meit en chemin avecques bons guides, et sans rencontre meit dedans ladite ville de Montdidier le seigneur de Rochebaron d'Auvergne, ayant charge de cinquante hommes d'armes, et le seigneur de Fleurac* avec pareille charge, estant lieutenant de la compagnie du comte de Dammartin, et le capitaine René de la Palletiere 3 , avec mille francs-archers, dont il avoit la charge.

Le seigneur du Pontdormy, après avoir exécuté ce qu'il avoit entrepris, délibéra sa retraitte, et sçachant bien que les ennemis estans avertis de son partement de Corbie et de son arrivée à Montdidier, mettraient peine de le rencontrer par les chemins à son retour; toutesfois ne voulut attendre la nuict, craignant que monsieur de la Trimouille eust affaire de luy. À ceste occasion, il se meit à faire sa retraitte en plain jour, délibéré de charger tout ce qu'il trouverait sur son

i. Roye-sur-l'Avre, cant. de Tarr. de Montdidier (Somme).

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