octobre
2. L'auteur des Gestes de Montmorency cite parmi ceux qui conseillèrent d'assiéger Pavie le maréchal de Chabannes, loc. cit. y fol. 25.
324 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Oct. 1524
les fossez, n'ayans puissance de les porter. Parquoy l'ennemy n'eust eu le moyen de garder Laudes, et estoit en hazard d'abandonner Cremonne, car au passage de la rivière d'Adde, le seigneur de la Trimouille et le marquis de Salluces, usans de diligence, les eussent peu arresler, attendans le reste de nostre armée ; et par ce moyen ceux de Pavie et d'Alexandrie, qui demouroient derrière, eussent esté contraints de parler, parce qu'il n'y avoit apparence qu'ils peussent estre secourus, mais Dieu ne voulut permettre de prendre le meilleur conseil.
Siège de Pavie. — Le Roy, estant arrivé devant Pavie le xxvu ou xxvm* d'octobre l'an mille cinq cens vingt-quatre 1 , ordonna du logis de son armée : logea le mareschal de Ghabannes avecques son avant-garde vers le chasteau du costé du Tesin; luy se logea avecques la bataille à l'abbaye de Sainct LanSranc 2 , assez près de la ville, puis envoya le mareschal de Montmorency avecques trois mille lansquenets, deux mille Italiens, mille Corses et deux cens hommes d'armes pour passer le Tesin et se loger au faubourg Sainct Antoine, dedans une isle 8 . Pour gaigner ledit faubourg, ledit seigneur de Montmorency fut contrainct de battre une tour qui estoit sur le pont; l'ayant gaignée, la feit ramparer et garder, faisant pendre
1. Voir dans Champollion-Figeac, op. et/., p. 35-36, une lettre adressée par François I" à Montmorency, de la Chartreuse de Pavie, 27 octobre 1524.
2. San-Lanfranco, à 1,500 mètres à l'ouest de Pavie sur les bords du Tessin.
3. Aujourd'hui le Borgo-Ticino, dans l'île formée par le Tessin et son bras, le Gravellone.
Nov. 1524] DEUXIÈME LIVRE. 325
ceux qu'il trouva dedans, pour avoir esté si oùtrageux d'avoir voulu garder un tel poullier à rencontre d'une armée françoise 1 . Le Roy, ayant logé son armée en la manière dessusdite, délibéra de forcer la ville, à cause dequoy feit faire les approches et mettre son artillerie en batterie ; de laquelle ayant batu quelques journées, fut fait brèche, mais non raisonnable. Toutesfois fut ordonné de donner un assault pour tenter l'opinion de ceux de dedans, auquel assault noz gens ayans donné jusques au hault de la brèche, pensèrent la ville gaignée; mais autrement en advint, car ils trouvèrent par dedans de larges et profondes tranchées bien flancquées, et les maisons estans près desdites tranchées persées bien à propos et pourveues d'arquebouzeries. Qui fut cause que noz gens, après avoir longtemps combatu sur le hault de la brèche, furent contraincts d'eux retirer, parce qu'il n'y avoit ordre de passer plus outre 2 . Audit combat moururent plusieurs gens de bien, et entre autres le capitaine Hutin de Mailly et le frère puisné du seigneur Dauchy, tous deux de Picardie, et le capitaine Sainct Julian, jeune homme basque, et beaucoup d'autres desquels je n'ay mémoire. Ce faict, le Roy ordonna que la gendarmerie se mettroit à pied, pour par deux endroits donner l'assault, et devoit le mareschal de Foix mener l'une des trouppes; lesquels estans en bataille, et tous à pied, ayans choisy de toute la gendarmerie les plus dispos, le Roy ayant entendu ceux qui avoient recogneu
1. Voir dans les Gestes de Montmorency quelques détails sur cette opération (loc. cit., fol. 25 v°) .