‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 100 sur 200 · Nice se rendit le 22 août · texte numérisé non relu

Nice se rendit le 22 août

188 MÉMOIMMi Dl MARTIN DU BELLAY. [Sept. 1543

plantèrent leurs pièces contre le chasteau, mais ils perdirent leur peine et munitions, car la place est sur un rocher malaisé à battre, et encores moins facile à miner, à cause de la dureté et haulteur d'icelle roche. Barberousse, voyant le temps pour néant se consommer et l'hyver approcher, retira son armée à Toulon, car il ne se sentoit seurement pour pouvoir demeurer n'hyvemer au port de Villefranche* ; et monsieur d*Anguien retourna à Marseille et de là devers le Roy, lequel il vint trouver devant le Gâteau Cambrezis, espérant que là se donneroit une bataille.

Prise du MoîUdevis par le marquis du Guast, — Le marquis du Guast, alors lieutenant gênerai pour TEmpereur au duché de Milan, voyant Nice assiégée, la ville prise et le chasteau en danger, avoit mis ensemble toutes ses forces, tant d'Allenians, Espagnols, qu'Italiens, pour donner secours aux assiégez, mais estant arrivé dedans les montagnes de Tendes, adverty de la retraitte de Tarmée à Toulon et le chasteau en liberté, délibéra d'employer ses forces ailleurs'; parquoj retourna au Piémont, où d'entrée assiega le Montdevis, laquelle estoit en son chemin la première ville de l'obeis-

1. La retraite des Turcs est du 8 septembre; les Français se retirèrent le lendemain. Sur Tbivemage des Turcs à Toulon, voir les Documents relatifs au séjour de ta flotte tmrqme de Barberousse à Toulon pendant l'hiver ds tSkS à Iâ44, publiés par Champollion-Figeac, dans les Document» historiques inidita^ t. III, p. 518-5(K}; Cb. de U Roncière, op. cit., U lU, p. 379-

2. L'intervention du marquis del Va»to avait été déddét le 22 août, le jour même de la capitulation de Nice; il était à Ceva le 8 septembre et vint s'embarquer à Porto Maurizio sur TMeadre é» Ooria; le 15 septembre, il regagnait la Ligurie par tam. ▲. Segre» op, cit., p. 44*46.

NoT. 1543] DlxitMl LIVRE. 189

Mooe du Roy. Le sieur de Boutieres, qui esloit lieutenant général pour le Roy en Piémont, ayant peu de gens de pied fraoçois pour la provision d*ioelle ville, à otfiM de ta grandeur, fut conlrainct y mettre des Stiiaset, gens mal aguerris pour la garde d'une place, car c'est leur naturel de combattre en campagne; si eft ce qu*ils firent très bien leur devoir, mais après avoir beaucoup enduré, tant par faulte de vivres que pour les continuels assaulx qu'ils avoient soustenus, etitln n'esperans aucun secours, capitulèrent avecques le marquis qu'ils s'en iroient armes et bagues sauves^ Le gouverneur dudit lieu de Montdevis, nommé Charles de Droe', Piemontois, homme de guerre et de bon esprit, sçachanl bien la haine que luy portoit le marquis, n'osa se fier en luy, ains cependant que le traitté se ooncluoit monta sur un cheval turc et par une faulse porte se meit aux champs, et se retira à Roque de Bau^, place du mandement de Montdevis, distante dudit lieu de quatre mille, laquelle en toute diligence feit remparer si bien que le marquis, passant par devant, ne l'osa attaquer. Les Suisses se confians au traitté faict avec le marquis sortirent, mais nonobstant icelle capitulation furent par les Espagnols dévalisez et plusieurs tuez, chose que les Suisses leur vendirent bien cher, ainsi que puis après vous entendrez, en la bataille de Serisolles.

Prise et fortification de Carignan par le marquis du

1. L« capituUtion est du 4 novembre (Segre, op. cit., p. 46-47; Commentaires de B. de Moniuc, éd. Conrteaalt, p. 158-160).

2. Cârio Vagnone, s' de Dros, maître d'hdtel du Roi (Cotahgue de* acte», t. Vlll, n» 31067).

3. Roca de* Boldi, à une dizaine de kilomètres au nord de Mondovi.

1M HtMOnilS DE MABTIN DV BELLAY. fNot. 1543

Gnatt. — Le marquis pariant de MonldeTis passa par devant Beyne et Savillan, lesquelles il trouva si bien pourveues qu'il ne les voulut assaillir; mais ayant entendu que le sieur de Boutieres s'estoit retiré à Pigneroi et qu'il a voit seulement laissé dedans Carignan le seigneur d'Âussun, et le capitaine Francisque Bernardin de Vimarcat, avec leurs compagnies de chevaux légers, et quelque petit nombre de gens de pied, pour raser les fortifications que Pan précèdent y avoit fait faire le sieur de Langey, tourna la teste audict lieu de Carignan, pour mettre peine de le gaigner et s'y fortifier. Car gardant ce logis il nous ostoit la commodité de toute la plaine du Piémont deçà le Pau, sçavoir est la pluspart du marquisat de Salusses, et b plaine jusques à Pignerol et à Turin, et mesmes le val de Suze à la faveur de Vulpian. Quant à ce que tenions delà l'eau, à sçavoir Savillan, Beyoe, Rocque de Bau et Ceotal, elles demouroient hors d'espérance de secours. Le marquis, suivant sa délibération, print son chemin à Carmagnole, et feit telle diligence qu'il passa le Paa, et arriva audict Carignan avant que noz gens eussent bisir de parachever la ruine*. Lesquels voyans arriver sur leurs bras une armée de quinze ou seize mille hommes de pied, et trois mille chevaux, se meirentà b retraitte vers la L(^e pour tirer le chemin de Mootcallier ou de Tçirin, ayans mis leurs gens de pied devant, à leur queue Francisque Bernardin et ses chevaux légers et sur le derrière monsieur d'Aussun pour sousteoir le fais cependant que les autres passcroicnt une

1. L'affaire d« Carignan esl du 14 novembre. Voir P. CourteatUt, Monluc historien ^ p. i43<i45; Commtiuair^s de BUîm de MomUte^ t. I, p. 179-185; Desjardint, op. cit., t. III, p. 119-122.

Not. 1S4S1 DIUtMI UVBI. tM

rivière veoant de Num*, laquelle pasae entre Cangoan et La Loge, laquelle ne se passe qu'à pool à cause des bords qui soDt haulU. Les ennemis, lesquels ledit sieur d'Auasun avoit tousjours soustenus, se renforcèrent si fort, qu'à deux portées de canon près ledit pont, ils le changèrent de si grand nombre, qu'il fut porté par terre, et furent la plus grande part des siens prisonniers; ce temps pendant le reste passa le pont, et se retirèrent à Mootcalier à la faveur de ceux qui en sortirent pour les secourir.

Le marquis, estant demeuré seigneur de Carignan, s'y logea avec toute son armée, et feit en toute diligence paracbever le fort, y comprenant les fauxbourgs, de sorte qu'en nK)ins de cinq sepmaines la place fut en deffence, pareillement y feit amener (d'autant qu'il estoit maistre de la campagne) tous les bleds et autres vivres de la plaine, jusques des environs de Pignerol, Turin, Vigon*, Yiilefranche et d'une partie du marquisat de Salusses, en telle abondance, qu'il fut envitaillé pour sept ou huict mois. Puis l'ayant pourveu d'artillerie et d'amonitions raisonnablement, y laissa pour chef le seigneur Pirus d'Ëpire, autrement dit le seigneur Pierre Colonne^, avec quinze cens Espagnols naturels des vieilles bandes, et le comte Félix, colon-

1. La ChtsoU, afBoent da Pd (rÎTe gaache), qui passe près de Nooe.

2. Vigone, disuict de Pignerol, à 15 kil. au sad-est de ceUe ▼iUe.

3. Pirro Colonna, agent politique du duc de Florence, Cosine de Médicts, an senrice de Charles-Quint, gouverneur de Savi^iano. Il avait participé à la préparation de l'attenUt contre Frégoae et Rincon; en octobre 1542, chargé par le marquis del Vasto de prendre Carrù et Bene, il avait échoué dans son entreprise (Correspondance de G, Peiiieier, p. 693).

191 VéMOmS DB MARTIN DU BELLAY. (Not. IM3

nel de deux mille cinq œns bnsquenets ; el luy accompagné du reste de son armée se retira à Quiers, et après y avoir mis le seigneur Ludovic Vistann S gentilhomme de Laude, et trois raille hommes pour favoriser ceux de Cangnan, parœque nous tenions Viileneufve d'Ast, qui luy pouvoit beaucoup nuire sans la faveur de ladicte ville de Quiers, puis il se retira en Ast.

Nous nous tairons un peu des aflaires de Piémont et reviendrons au Roy, lequel estant de retour à la Fère, après avoir secouru Landrecy, eut les nouvelles que vous venez d'entendre : c'estoit sommairement que Tarmée impériale tenoit la campagne en Piémont. Ledit seigneur pour y remédier depescha le sieur de Tais^, colonnel des bandes françoises estans audit Piemont, pour y aller et faire nouvelle levée de douze enseignes de gens de pied françois; pareillement il depescha le comte de Gruiere^, auquel il avoit baillé son Ordre, pour aller faire levée de cinq mille Gruyens de ses pays pour les passer en Piémont et se joindre avec cinq mille Suisses qui y estoient entretenus, espérant que les Gruyens feroient semblable faction que les Suisses, lesquels sont leurs voisins, mais autrement en advint, ainsi que si après vous pourrez cognoistre. J*ay ouy dire qu*il est malaisé de desguiser un asne en un coursier.

i. Lodovico Visurini, de Lodi, capitaine au senrice de C3iarlet>Qaint. Sur ton rAle, iroir Desjardins, op. cit., t. III, p. 88,91, 102. 120.

2. Jean de Taix, chevalier de l'Ordre, gentilhomme de la Qiambre, colonel général de rinfanterie française (1** nai 1543).

3. Michel, comte de Gmjère ; il devait lever 2,000 hommes. Voir Rott, op. eit.t t. I, p. 4U.

NoT.-<iéc 1S43) DixiÉm Lmm. \n

Sôeomn et f$freschissetnetU à Luxembourg. — Aussi le Roy Ibt adverty que le comte Guillaume de Fustemberg« aveoques douze mille lansquenets, et bon nombre de ebevaux et d'artillerie, tenoit au nom de l'Empereur la ville de Luxembourg assiégée et que desja les vivres deffailloient aux assiégez ; ledict seigneur ne voulant en façon quelconque perdre rien de sa conqueste, encores que rhyver estoit le plus extrême qu'il fust vingt ans au précédant, depeacfaa le prince de Melphe pour aller lever le siège et refresdiir lesdicts assiégez, et avecques luy le aeur de Brissac, gênerai de la cavalerie légère, et environ quatre cens hommes d'armes. Les gelées furent si fortes tout le voyage qu'on departoit le vin de munition à coups de congnée et se debitoit au poix, puis les soldats le portoient dedans des penniers. Si est oe que la volonté des chefs et des soldats ne diminua, ains partant le prince de Melphe de Stenay marcha droict à Erancy ' , de là à Longvic, puis tira sur la main droicte, vers le chemin du mont Sainct Jean pour gaigner l'advantage, à lin de combattre l'armée de l'Empereur. Le comte Guillaume, adverty du grand vouloir de noz soldats, tant de cheval que de pied, qui ne craignoient aucun danger, ne fut conseillé de nous attendre, mais incontinant leva son camp et se retira en Allemagne ; par oe moyen tout à loisir nous refreschismes la place. Le sieur de Longueval, lequel par cy devant avoit esté laissé lieutenant pour le Roy dedans ladicte place de Luxembourg, en fut retiré dehors, avecques les autres bandes, tant de pied que de cheval, qu'il avoit en sa compagnie et son lieu fut mis avec

Page 1