Le jeadi saint, en 1544, tombait le 10 avril
204 MÉMOIRIS DE MARTm DU BILLAT. [Avril 1544
gnole, où estoit nostre camp, falloit passer à la portée d*une coulevrine de Carignan, où (comme dict est) estoient quatre mille hommes de guerre, trouva que seurement ne pouvoit passer sans escorte. Parquoy par divers messagers, afin que si Tun estoit prins, Tautre passast, advertit monseigneur d' Anguien de son arrivée, en lettres de chiffre, lequel le vendredy sainct luy envoya le sieur Bertin de Solliers, Tun des seigneurs de Morette, avecques quarante salades nouvellement venuz du camp impérial au service du Roy, par la pratic<|ue de Teleu de Riez, sieur de Cental ; et par ledict de Solliers luy manda qu*à Cercenas* età Yimcuz et au pont des Sablons, il trouveroit nouvelles escortes. Le seigneur de Langey fut en difficulté si, sur Fasseurancc de ceste escorte, il devoit bazarder les deniers qu'il portoit, attendu que c*estoient Italiens qui n'avoient encores faict serment ny prins la soulde du Roy, car il consideroit que perdant cest argent Testât du Roy demouroit en hazard, et si par faute d'iceluy noz gens faisoient refuz de combattre, on l'en pourroit blasmer; toutesfois, plustost qu'endommager le service du Roy, résolut de mettre et luy et l'argent au vueil de fortune, concluant que si mal en advenoit, il seroit plus reprochable à ceux qui luy avoient envoyé l'escorte qu'à luy; joinct aussi qu'il a voit espérance à l'autre escorte, laquelle il esperoit trouver à Ceroenas et Yimeuz. Mais à tous deux ne trouva homme ordonné pour cest affaire, de sorte qu'il fut en opinion de prendre le chemin de Montct-
i. CerMoasGo, «Usu^ct de fHgnerol, province de TaHa, à 5 kil. «a nord de Vigone.
Arril 1&44] DlXltm LIVRI. M&
lier, pour mettre l*argent en seureté, craignant qu*en passant par devant Carignan, si les ennemis faisoient une saillie, œux mcsmes qui le oonduisoient le saccageasieot. Mais estant adverty par le sieur de Ceroenas et par Tabbé de Morette* (lesquels il trouva audict lieu de Ceroenas) que le camp impérial estoità Monta', sept mille près du nostre, en apparence de vouloir dedans deux jours donner la bataille, passa outre jusques au pont des Sablons, où il trouva aussi peu d*escortc qu*aux autres lieux, sinon qu'il fit monter à cheval le capitaine Bernardin Corse, avecques tous les arcbuziers à cheval, tant de sa compagnie que de Hercules Boutigeres et de Hercules Visconte, qui estoient à la garde dMceluy pont, lesquels toute nuict le conduirent à Carmagnole, auquel lieu il arriva une heure après minuict, au logis de monseigneur d'Anguien. Incontinant, il fut divulgue par tout le camp, que ledit Langey estoit arrivé avec l'argent pour le payement de l'armée, qui donna grande resjouissance et bonne affection a tous les soldats.
invention pour contenter les soldats. — Pour resouidre ce qui estoit à faire, monseigneur d'Anguien manda quérir tous les capitaines qui estoient au camp, en l'assemblée desquels le sieur de Langey déclara le peu d'argent qu'il avoit apporté, et que le Roy, pour les autres urgens affiiires qu'il avoit à supporter, à l'occasion des armées que l'Empereur et le roy d'Angleterre preparoient pour l'endonuiiager ailleurs,