‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 111 sur 200 · GtoTanbattista Grimaldi, s' d'Aseros · texte numérisé non relu

GtoTanbattista Grimaldi, s' d'Aseros

4. Pàqoes tombait en 1544 le 13 avril. Snr la bataille de C^risolea, voir le récit de Monluc, Commentaires, t. I, p. 250- 280. et nne bibliograpliie dans P. Conrteanlt, Montmc historien, p. 157, note 2.

2t2 MtMOIRES DE MARTIN DU BILLAT. [AtHI fM4

un haut distant un mille de nostre camp, près un bois sur ie chemin de Serisoles. Monseigneur d*Anguien, estant arrivé audict lieu, envoya le sieur d*Aussun avecques sa bande et quelque arcbuzerie qui le suivoit de loing, sur un autre hault un mille plus avant duquel il desoouvroit une valée rase qui est entre Serisolles et Sommerive.

Ledit seigneur d*Aussun y estant arrivé découvrit les Impériaux marchans de Serisolles à Sommerive, lequel, pour les divertir de leur chemin, ayant jette ses arcbuziors dedans un bosquet, lieu fort et pr^s le chemin que devoit faire les ennemis pour ie soustenir s'il estoit besoing, après avoir adverty le seigneur d*Anguien, alla dresser Tescarmouche, faisant tousjours sa retraite ausdicts arcbuziers, mais les ennemis ne Tosoient enfoncer, craignans d'entrer en un desordre. Cependant monseigneur d'Anguien, avecques environ trois cens chevaux et le reste de Tarcbuzerie, marcha ; puis, ayant faict recongnoistre le chemin par quelques uns des capitaines cstans avecques iuy, trouva qu'il pouvoit sans hazard donner jusques sur le hault, parce qu'il estoit couppé tout court, en sorte que l'eonemy ne le pouvoit venir combatre qu'en montant et a peine sans se mettre en desordre. Et estant audict lieu, feit mettre en bataille toute sa cavallerie sur le bord dudict costau, si que l'ennemy la decouvroit, mais ne pouvoit recongnoistre nostre derrière, dont il ()Ouvoit plustost conjecturer que tout le reste de nostre armée y fust qu'autrement. Ce faict, feit marcher noz trois moyennes, qui du milieu de nostre cavallerie tirèrent dedans l'un des bataillons des gens de pied des ennemis arrestez en la vallée, dont y eut quelques honunes tuez, et aussi

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d'heure en antre envoyasmes renforcer l'escarmouche tant d'arcbuziers que de cavalerie, defTendans toutesfois à ceux qui en avoient la charge de se mesler, de peur qu'ils fussent renversez, et que Tennemy peust avoir la oognoissance du derrière.

Durant ces choses, le niarquis du Guast estoit à Sonomerive pour y visiter le logis, mais un soldat françois, serviteur du comte de Tende, auquel comte la place appartenoit, estant dedans la tour du chasteau, ne cessa de tirer et ne se voulut rendre, quelque comminatien que luy feist le marquis parce qu'il voyoit nostre année en campagne du hault d'icelle tour, duquel lieu le lendemain il eut le passe temps de la bataille. Ledict marquis, ayant ouy tirer nostre artillerie, pensa avoir ce soir la bataille et retourna en son camp, laissant Sommerivc en patience; puis, après avoir bien considéré nostre contenance, eut crainte d'estre combattu en logeant, à cause de quoy il délibéra se loger pour b nuict à Serisolles dont il estoit deslogé.

Monseigneur d'Anguien, voyant que Tennemy et tout son bagage estoit rentré à Serisolles, et qu'il avoit laissé ses forces en bataille le long des hayes, près dudict lieu, et aussi que la nuict approchoit, assembla tous les capitaines pour avoir advis de ce qui estoit à faire. Les uns furent d'opinion qu'on devoit mander le reste de l'armée et pour le soir se loger sur le hault où nous estions, pour au poinct du jour leur donner la bataille. Autres furent d'advis contraire, en remontrant que, veu qu'il estoit tard, ils ne pourroient estre venuz qu'il ne fust nuict, et que les gens de cbe* val et de pied estoient en bataille dès minuict, sans avoir beu ny mangé, et si avoit faict grande chaleur

tu HtMOIRIS DB MARTIM DU BELLAY. (Avnl I&44

tout le jour, à cause de quoy les soldats estoieol autant travaillez que s'ils eussent marché, et de faire encore» trois mille, ils seroient si travaillez, tant les chevaux que les hommes, que si l'ennemy les vouloit combattre en logeant, ils auroient peu de force pour s'ayder de leurs armes et aussi qu'ils n'avoient charroy pour amener vivres quant et eux pour repaistre. Pareillement si l'ennemy avoit cognoissance de nostre faict, il ne nous donneroit loisir de loger, ains nous trouvant en desordre en logeant, nous pourroit combattre à nostre desavantage, ainsi que (ist le roy Edouard d'Angleterre au roy Philippe de Vallois à la journée de Crecy. Toutes choses débattues fut résolu qu'on se retireroit à Garmagnolle, laissant deux cens chevaux légers pour recognoistre et faire rapport que deviendroit l'ennemy pour ceste nuict. Puis après que noz gens seroient refreschis, s'il esloit nouvelle que les ennemis marchassent à Villedestelon, nous irions loger entre eux et Carignan, ayuns nostre pont sur le Pau près de nous, pour avoir des vivres de deçà l'eau, afin que nous estans logez audict Ueu les ennemis ne peussent venir à Carignan sans nous combattre ; aussi ne pouvoient ils venir pour gaigner nostre pont, sans nous avoir en teste ; et s'ils demouroient à Serisolles, nous partions dès minuict pour arriver devant le jour sur le hault auquel nous estions, pour leur empescber le logis de Sommerive. Geste resolution prinse, nous retirtsmcs à Garmagnolle.

Forme de deux armées. — Le lendemain, lundy de Pftsques, uoziearoe jour d'avril * mille cinq cens qua-

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Avril 1544) OIXIÈMI LIVBI. tll

rente quatre, environ une heure après minuict, nous sortismes de nostre logis pour faire le chemin qui avoit esté ordonné, et en tel ordre qu'il est cy dessus dedaré; mais le marquis, nous voyant le soir estre redm à Carmagnole, estima (comme lapparence estoit, et ainsi que par aucuns de ses espies luy fut rapporté) que voulions repasser le Pau en ça et luy abandonner le costé de delà ; parquoy, changeant son deaaeing, partit une heure devant le jour, pour nous rattaindre avant qu'eussions passé la rivière, et marcha à DOfttre queue tout le chemin que le jour de Pasques nous avions fait. Le seigneur d*Anguien, ayant marché un mille hors de Carmagnolle, (ut adverty par les avant coureurs (mesmes par un Albanois, nommé Boubmique) comme ils a voient veu Tarmée du marquis marcher droict à nous, et qu'elle avoit desja gaigoé le hault que nous avions délibéré le soir de devant prendre pour nostre advantage ; eu sur ce Tadvis des capitaines, fut conclud de les aller combattre, encores qu*ils fussent dix mille hommes de pied plus que nous, car de nous retirer dedans nostre fort, lequel nous avions ja esloigné d'un mille, c'eust esté signe de fuitte, qui eust osté le cueur aux nostres et augmenté celuy des ennemis ; parquoy, après avoir eu rapport de la forme que marchoit Tennemy, sçavoir est, de trois gros bataillons de gens de pied, ayant chacun leur aille de cavallerie, et marchoient lesdicts trois bataillons aussi avant Tun que l'autre, fismes le semblable, car le pals estoit large. A la main droitte marcha le bataillon des vieilles bandes françoises, qui pouvoient estre trob mille hommes en bataille, sans l'arcbuzerie, lesquels estoient conduicts par le seigneur de Tais,

fis MtMOIRES DE MAKTIK DU BELLAY. (Avril 1544

leur gênerai, et à la main droitte desdicU françois marchoient les chevaulx légers, dont avoil la conduicte le seigneur de Termes ; et, à la gauche, le seigneur de Boutieres, avecques environ quatre vingts hommes d'armes, puis à la gauche dudict seigneur de Boutieres, le bataillon des Suisses qui pouvoient estre de pareil nombre de trois mille hommes, et à la gauche deadicis Suisses estoit le seigneur d'Anguien, avecques ceux que j'ay dict cy devant, et, à la gauche dudict seigneur d'Anguien, marchoicnt les italiens et Gruiens, qui pou> voient estre quatre mille hommes; et, à la gauche desdicta Gruiens, le sieur de Dampierre avecques tous les guidons et archers de la gendarmerie. Ayant mis ces! ordre, on tira des compagnies de gens de pied, tant (rançoises que italiennes, jusques au nombre de sept ou huict cens arcbuziers, lesquels se jetterent devant les batailles pour enfans perdus, dont fut donnée la charge au capitaine Montluc', ayant avecques luy le capitaine Hevart*, le capitaine Guasquet et autres gens dispos, et de bon entendement. Et puis marcha devant la bataille des Suisses le seigneur de Caillac^ avecques huict pièces d*artillerie de campagne et devant le bataillon des Gruiens le frère du sieur de Mailly de Picardie avecques pareil nombre d'artillerie. Au surplus fut donnée la charge au capitaine Martin du Bel-

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