‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 118 sur 200 · Valerio Orsini · texte numérisé non relu

Valerio Orsini

tn MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. (Jain i&44

saDoe du Roy, monsieur d^Anguien depescfaa vert le Roy, tant pour Kadvertir d'icelle reddition que pour entendre sa volonté. Le Roy feit rcsponse audict sieur d'Anguien que pour se fortifier à rencontre de TEmpereur et du roy d'Angleterre, lesquels desja estoieot en campagne et faisoient diligence d'assaillir ses pa]i8S il iuy renvoyast de Piémont six mille soldats fraoçois des vieilles bandes et six mille italiens pour résister à TEmpereur, lequel, pour la haine invétérée qu'il avoit d'entrer et ruiner ce royaume, avoit oublié, ou bien dissimulé, les injures que le roy d'Angleterre Iuy avoit faites, et s'estoit ligué avec Iuy, combien qu'il eust asseuré le Pape que jamais il ne traicteroit alliance avec ledict roy d'Angleterre, ains Iuy seroit capital ennemy, jusques à ce qu'il eust reparé l'ofifence faicte à Sa Saincteté, d'autant qu'il s'estoit intitulé chef immédiat, après Dieu, de l'Eglise anglicane, et faisoit mourir ceux qui soustenoient l'authorité du Pape et de l'Eglise romaine, à cause, comme avez entendu cy devant, que ledict Pape, à l'instigation de l'Empereur, l'avoit pour la répudiation qu'il feit de la tante dudict Empereur fulminé comme hèretique et déclaré son royaume en proye à qui le voudroit entreprendre. Pour l'exécution de laquelle ligue ledict Empereur devoil entrer par la Champagne avec l'armée qu'il preparoit en Allemagne, la plus grande qu'il avoit encores eue. dont la pluspart cstoit payée aux despens des Estats, tant catholiques que protes-

1. Conrormément «u U^té du 11 février 1&43, un pUn d'in* Tuion de la France avait ixé, en décembre 1&43 et janvier 1544, élaboré entre llenr; VIII et CbarleaQuiot. Voir ▲. Roaet et P. Lembey, op, cit., p. 11-1^.

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Uns, Icsqueb il avoit induits, principaieinent iceux protestans, aoabs couleur qu'il diaoit s'estre mis à plus que devoit envers le roy de France pour assembler un concile pour remettre l'Eglise en union et reformer le Pape et les ministres de l'Eglise, mais que le Roy luy seul empeschoit ledit concile, de sorte que pour conclusion il les avoit si bien endormis de ses mensonges accoustumez, que les protestans ({ui jamais ne luy avoient adhéré, tant princes que villes impériales, s'estoient bandez avec luy à leurs propres cousts et despeos^

Quant au roy d'Angleterre, il devoit descendre à Calais (ainsi qu'il feit) avec toutes ses forces, et se devoit venir joindre à luy le comte de Bures, accompagné de dix mille lansquenets et de trois ou de quatre mille chevaux allemans, et pareillement le comte du Reux avec l'armée des Païs Bas de l'Empereur, et estoit leur intention de laisser les villes fortes derrière eux et marcher droict à Paris, puis estans les forces de l'Empereur et les leurs mises ensemble (qui pouvoient estre tant d'une part que d'autre, soixante et dix ou quatre vingts mille hommes de pied et dixhuict ou vingt mille chevaux, et un nombre infîny d'artillerie, pouldres et autres munitions) ils contraindroient le Roy de les combattre à son desavantage, aiooo qu'il leur permist de gaster son royaume à sa ▼eue.

Descente du roy d'Angleterre en France. — Le roy d'Angleterre estant descendu à Calais, trouva la Picar-

1. La diète réunie k Spire (20 féTrier-lO juin 1544) avait accordé à l'Emperear, le 1" avril, l'entretien pour dix œoU de 24,000 fantasaina et de 4,000 chevaux.

tu MÉMOIRES DE MÀMTtN DU BELLAY. |7iiia 1544

die fort depourveue d'hommes parce que le Roy avoit tiré ses forces vers la Champagne, d'autant que l'Empereor y devoit prendre son chemin et avoit laissé le duc de Vendosme en Picardie mal accompagné. Et ores qu'il eust cinq villes à pourveoir, sçavoir est Ardres, Boulongne, Therouenne, Montreul et Hedin, desquelles le roy d'Angleterre pouvoit assaillir celle qu'il luy plairoit, et ausi test l'une que l'autre, si D*avoit il armée qui sufTist pour les pourveoir et moins à fidre teste à l'ennemy où il seroit besoin. Qui fut cause que le roy d'Angleterre changea le desseing qu'il avoit de passer droict à Paris sans s'attaquer aux villes, aÎDS il envoya le duc de Northfolk, et avec luy le comte de Bures et le comte du Reux, assiéger Montreul, et luy huict ou dix jours après vint assiéger Boulongne, dont le mareschal du Bicz estoit gouverneur, et mesmes il estoit en Picardie lieutenant du Roy en l'absence de monseigneur de Vendosme, et avoit charge du Roy de pourveoir lesdictes cinq places. Lequel, voyant l'ennemy passer outre pour aller assiéger Montreul, abandonna Boulongne et se meit dedans Montreul, et avecqucs luy la compagnie de cent hommes d'armes de monseigneur le connestable, conduitte par son lieutenant le seigneur de la Guiche, homme bien expérimenté ; le seigneur de Genly, avecques quatre enseignes de gens de pied françois ; le comte Berenger, Neapolitain, avecques mille hommes de pied italiens; le capitaine Francisque de Chiaramont, aussi Neapolitain, avecques pareille charge ; laissant dedans Boulongne, contre l'oppinion d'un chacun, pour chef le seigneur de VerveinS son gendre, homme peu

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