Trlno, sur le Pô, en amont de Casai
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deux heures après midy jusques à soleil couché, entre la ville de Garignan et noz trencbées. Si est il que la famine contraingnit si extrêmement les assiegei, que de jour en autre aucuns d'eux se jettoient par dessus le rempart pour chercher du pain si que tinablement il leur fut nécessaire de demander grâce, pour laquelle impetrer, ils envoyèrent leurs députez devers monseigneur d'Ânguien : sçavoir est, le comte Félix, chef des Âllemans, et Sainct Nicquel, maistre de camp des Espagnols, ausquels ledit seigneur d'Anguien voyant qu'ils avoient faict leur devoir comme gens de guerre, leur feit telle gratieuseté qu'il les laissa aller avecques leurs armes, toutcsfois sans enseigne ne tal)OUrin, leur faisant faire serment, tant aux capitaines que soldats, de ne porter armes contre le Roy ne ses alliez de six mois, et qu'ils passeroient delà la rivière d'Adde, sans repasser en ça durant lesdicts six mois*. Et que le seigneur Pierre Ck)Ionne dedans huict jours après qu'il auroit faict un voyage à Milan, viendroit en France se mettre entre les mains du Roy, pour y demeurer un an entier, si le Roy ne luy faisoit grâce, ce que feit ledit Colonne. Tout ce qui leur fut promis leur fut tenu, et furent ordonnez le seigneur de Langey et le seigneur d'Aussun, pour entrer dedans là ville pour faire description de ce qu'ils y trouveroient ; car ils ne dévoient emporter artillerie ne munitions. Quant aux vivres, ils n'eurent pas grande peine, parce qu'ils ne trouvèrent que deux pains de son et n*y avoit un seul grain de bled, ny poix, ny febves, oy
1. La capitulation de Carignan est du 21 juin 1544. Voir MoUard, art. cité (leUrc de Bobba, 23 juin), dans le Bmtletin du Qomiti dei travaux hUtonquu^ 1896, p. 458.
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antre grain quelconques; point de vin, de sel, de vinaigre ny d'huille. On pourroit trouver estrange pourquoy monseigneur d'Anguien ne les envoya en pourpoinct, je respon qu'il estoit deu à noz Suiaaes trois mois, sans celuy de la bataille; mesmes noi François n'avoient qu'un pain par jour pour tout payement, de sorte que les Espagnols, quand ils estoient à l'escarmouche, les appelloient soldats de la Panoche. Lesdicts Suisses, voyans que par composition nous pouvions estre dès l'heure seigneurs de la ville, vindrent devers monseigneur d'Anguien luy faire entendre que, s'il n'accordoit ceste composition, le lendennain ils estoient délibérez de retourner en leurs païs, au cas qu'il ne leur fist payement de ce qui leur estoit deu ; parquoy quelque remonstrance qu'il s'efforçast leur faire, il fut contrainct de leur accorder ladicte capitulation, afin de lesarrester. Par ce moyen, les assiégez sortirent en armes de Carignan, en bon ordre et bon visage, mais n'avoient encores cheminé plus d'un mille, que mesme (le soleil les ayant eschauffez) ils demourerent si mattez, pour la pauvreté qu'ils avoient endurée, qu'on fut contrainct de leur bailler charroy, non seulement pour porter leurs armes, mais aussi la pluspart des hommes.
De ff aide du sieur Pierre Stroêsy. — Pour retourner à Hercules Visconte, lequel avoit esté depesché par monsieur d'Anguien, pour adverlir les serviteurs du Roy à Rome et à Venise de l'issue de la bataille, incontinant après ledict advertissement, le comte de Petillane, le sieur Pien>e de Strossy qui estoient venuz de France pour cest effect en habit dissimulé, le comte George de Martinengue, le duc de Somme, le
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sieur Robert Maleteste, et autres plusieurs partiaux pour la part Françoise, se mirent aux champs, faisaos sonner le tabounn dedans Rome et autres lieux cir> oonvoisins, et se donnèrent assignation de se trouver ensemble à la Mirandole pour marcher droict à Milao et se joindre avec monsieur d'Aoguien, car ib esperoient que le Roy ne feroit difficulté d'accorder audit sieur d'Anguien le secours qu'il avoit demandé, ainsi que par ledit Hercules Visconte ils avoient entendu. Quand ils furent tous ensemble, ils se trouvèrent dix mille hommes de pied, mais peu ou point de cavalle» rie; ce nonobstant marchèrent droict au Plaisantin, auquel ils furent bien recueillis partout, leur faisant fournir vivres; de là marchèrent au Greroonnois, auquel lieu tous les Guelphes et bon nombre d'autres du duché de Milan prenoient les croix blanches; d'avantage les Milanois estoient tellement estoones, que si l'armée qui estoit au Montferrat eust marché droit à Milan dès le commencement et se fust joinct avec l'armée du sieur Pierre Strossy, avant que le secours du duc de Florence y fust arrivé, il y a apparence qu*on luy eust ouvert les poriM. Mais eatans advertis ledict Strossy et autres que l'entreprise du sieur d'Anguien de venir à Milan estoit rompue et se voyans depourveus de cavallerie, résolurent de paner outre, pour se venir joindre avec ledict sieur d'Anguien la part qu'il seroit ; et parce que le marquis du Guast faisoit faire grande assemblée par le prince de Saleme et par le prince de Suiroone, pour les faire attendre à quelque passage, mandèrent au sieur de Tais, qui estoit au Montferrat, qu*il leur envoyast à jour nommé
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de ia cavallerie à S. Ravai * au passage de la rivière, ce que ledici iiettr de Tais leur promist, et je le sçay, car j'en vy let lettres ; mais il n*en feit rien, je ne sçay pourquoy. Gu* ettans arrivez ledict sieur Siroiz/et les autres capitaines, et voyans delà l'eau une troupe de gens de pied et de cheval, envoyèrent leurs coureurs, lesquels les recogneurent pour ennemis; toutesfois, considerans qu'ils ne se pouvoient retirer sans honte, se délibérèrent d'aller combattre les gens de pied qui estoient loing de la cavallerie, lesquels ils mirent en roupie. Mais s'estans eslongnez du pais fort qui leur esloit avantageux, ayans rompu leur ordre et s'estans jettez en campagne, en espérance d'avoir obtenu la victoire, ib furent chargez par les flancs de la cavalerie impériale conduicte par le prince de Sulmone et furent rompuz', dont il y eut plusieurs gens de qualité prisonniers et peu de tuez, et n'y mourut homme de nom que le seigneur Valere Ursin'; ceux qui se sauvèrent se retirent vers Queras et de là à Carignan. Cela advint environ la my juin, douze jours devant la reddition de Carignan entre noz mains. Il est apparent que si monsieur de Tais leur eust envoyé la cavalerie pour les soustenir, comme il avoit promis, les Impériaux eussent esté defiaicts, puisque leurs gens de pied estans rompus, cent hommes d'armes eussent parachevé la victoire.
Préparait f des ennemis pour descendre en France. — Après avoir réduit la ville de Carignan en l'obeis-