‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 122 sur 200 · Génois · texte numérisé non relu

Génois

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Turin OÙ il s'estoit retiré, parce qu'il n'avoit gens que pour la garde de ses places. Au mesme iustant, ledict sdgneur d'Anguien eut pareillement advis par le seigneur de Cental, gouverneur de Queras, comme le marquiSf pour estre plus fort pour combaltre ledid seigneur Pierre, avoit tiré des garnisons de toutes ses places, y laissant seulement gens pour la garde de la porte, mesmes qu'il n'(^toit demouré dedans Albe que le seigneur Chiapin, Mantuan, gouverneur du lieu, avecques environ cent ou six vingts hommes.

Ayant eu ces nouvelles, ledict seigneur d'Anguien, encores qu'il fust foible d'hommes et qu'il n'eust un escu, mesmes qu'il fust deu aux Suisses qui luy restoient leur payement de quatre moys, se prépara toutesfois à deux entreprises tout ensemble, c'est à sçavoir, de surprendre Albe et de secourir le seigneur Pierre Strosse. Et à telle heure tel disner, depescha le seigneur de Montafié ' pour aller à un petit cbasteau nommé le Ghastelet', lequel il tenoit au delà d'Albe, tirant le chemin de Savone et du païs des Langues^, et trouver moyen d'avertir ledict seigneur Pierre qu'il eust à prendre le chemin dudict Ghastelet, et puis de là en Albe, qui estoit chemin que l'ennemy n'estimeroit jamais qu'il deust prendre, et que audict lieu d'Albe il trouveroit ledict seigneur d'Anguien avecques toutes les forces, tant de cheval que de pied, qu'il pourroit

i. François de MonUfié, châtelain et podestat de Cherasco {Catalogue dea acteê, t. Yl, n** 10555. 19575).

2. Castelleto, entre Alba et Dogliani, à 25 kil. an sod-ooetl d'Aiba.

3. Les Langhe, au sud du Montferrat, entre le Tanaro et la Bormida.

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mener pour te recueillir. Ce faict, alla au giste à Carmagnole pour faire marcher les Suisses qui y esloient, ce qu'ils refusèrent par faute de payement, nemonstrans qu'il n'y avoit moyen de mener les compagnons sans argent, veu le long temps qu'il y avoit qu'ils côtoient abosei. Mais en Bn leur fut promis de leur donner vivres sans payement jusques à ce qu'ils fussent de retour à Carmagnole, qui estoit tout ce que mondit seigneur d'Anguien pouvoit offrir, pour n'avoir un seul escu en tout son camp, joinct les persuasions qu'il leur feit de l'accroissement de l'honneur qu'ils auroient de faire teste, avecques la petite trouppe qu'ils estoient, à un lieutenant d'Empereur, après mesmes avoir vaincu en bataille les lansquenets, qui estoient deux contre un, les asseurant pareillement que la cavalerie françoise mourroit plustost que les abandonner. Les Suisses, flechiz par les remonstrances de monseigneur d'Anguien, accordèrent de marcher; et alasmes coucher à Sommerive, le lendemain à Queras, auquel lieu les Suisses firent difficulté de marcher outre s'il ne leur estoit preste cinq cens escus pour enseigne, ce qui leur fut accordé; et pour les trouver, le seigneur de Cental trouva quinze cens escus sur les bagues de sa seur, femme du seigneur de Montafié, le capitaine Fausperg, Suisse, en presta mille et outre bailla cinq cens escus à sa bande, aussi le capitaine Fourly feit pour la sienne ; sonune ne restoit que pour l'enseigne de Sainct Julian qui estoit colonnel. Parquoy fut conclu de partir avant le jour pour marcher à Âlbe, mais à minuict ledict seigneur de Sainct Julian vint à mon logis, à ce que j'advertisse monseigneur d'Anguien que les compagnons estoient mutinez et qu'ils n'es-

tM VtMOIRES DB MARTm DU BELLAY, (inill. 1544

toient délibérez de marcher. Mais après que je me ftii bieo enquis, je trouvay que luy mesmes les avoil mutinez et n'y eut ordre si soudain d*y pourveoir; parquoy monseigneur d*Anguicn ayant nouvelles que le seigneur Pierre seroit à midy à All>e, craignant que le retardement n'amenast secours à ceux d*Aibe, s'estant mis en chemin, les Suisses eurent vergongoe de demeurer, parquoy en despit de leur colonnel marchèrent après nous et arrivèrent devant la ville, environ jour couché, que nous commencions à faire approche.

Prise de la ville d'Albe par le seigneur Pierre Stroêse, — En nostrc armée y avoit la compagnie de cinquante hommes d'armes de monsieur d'Anguien, les chevaux légers du seigneur d'Aussun, ceux de Francisque Bernardin et environ cent chevaux du seigneur Maure de Novate, et n'y avoit que quatre canons mal equippez, dont le seigneur de Beyne* en avoit preste deux, car nous n'avions moyen d'en amener de plus loing ; semblablement nous n'avions un seul pionnier par faute d'argent, et si ledict sieur de Bcyne n'eust faict conduire à ses despens lesdicts canons, nous n'eussions eu moyen de les mener, tant nous estions desouez d'argent, et moy mesmes avoy ja emprunté trente mille etcus à Turin, lesquels a voient esté employez pour arrester noz Suisses durant le siège de Cangnan. Dès le soir mesmes, nous achevasmes noz approches de si peu d'artillerie que nous avions, de sorte qu'à soleil levé se commença la batterie du costé de la porte, qui est devers la montagne de delà l'eau, où fut faict un trou

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