‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 137 sur 200 · Le s' de Lorges arriva à Dumbulon le 3 juillet · texte numérisé non relu

Le s' de Lorges arriva à Dumbulon le 3 juillet

3. François l*' séjourna 4 Romorantin du milieu d'avril au début de mai 1646.

Mai iM61 DlxiÈm LIYM. M

qu'elle ftist pour combattre rarmée d'Angieierre, s'il la trouvoit sur la mer, ei où Toocasion se présente* roit preodre pied en Angleterre. Et pour œst effect manda en Provence le capitaine Paulin, depuis baron de la Garde, pour amener vingt cinq galleres de la mer du Levant en la mer de Ponant, passant le destroit de Gibeltar, chose que Ton n'avoit encores veue, sinon Tan mille cinq cens et douze, que le capitaine Pregent en passa iiij. Aussi ordonna de vaisseaux ronds huict ou dix carraques genevoises pour renforcer son armée, lesquelles vindrent si tard qu'elles ne servirent de rien, mesmes entrans dedans la bouche de Sene, par faulte de bons pilots, s'en perdit la plus grande part*. Pareillement ordonna de dresser une grosse et pnJMUnte armée par terre, pour, ce pendant que son année de mer feroit son exécution, se venir camper devant Boulongne, la rivière entre deux, et là faire un fort, auquel il peust laisser quatre ou cinq mille honounes en seureté, et tenir ceux de Boulongne en telle sub* jeciion qu'ils n'eussent moyen de passer deçà l'eau en ses païs, et semblablement le faisant sur la poincte vis à vis de la tour d'Ordre, empescher à coups de canon que navires ne peussent entrer dedans le havre pour secourir ceux de la ville, espérant que dedans la mi aoust que son armée de mer seroit de retour, ledict fort seroit en deffence, ainsi que l'on luy promettoit. Et ce faisant cstoit délibéré, ayant reuny tous ses gens de guerre, tant de terre que de mer, marcher luy mesmes en personne, laissant dedans ledit fort trois ou quatre mille hommes, et aller assiéger Guines, qu'il

1. Sur ces préparatifs, voir Ch. de La Roncière, op. cit., t. ill, p. 412.

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esperoit forcer, et là se fortifier pour tenir Calais et la terre d*Oye en subjection et par ce moyen affamer Boulongne; mais autrement en advint, ainsi que vous orrez par cy après. Et pour renforcer son armée tant de mer que de terre, il envoya en Allemagne le comte Ringrave, le colonnel Recroc et le colonnel Ludovic, qui desja avoient chacun deux mille lansquenets à son service, pour faire nouvelle levée, et remplir leurs regimens jusques au nombre de quatre ou cinq mille chacun, et en Gascongne et Languedoc envoya faire autre nouvel amas jusques au nombre de dix mille hommes pour remplir ses bandes françoises, et pour la terre ordonna chef de Tarmée monsieur le mareschal du Biez.

Ayant faict telles ordonnances, le Roy partit de Remorentin pour prendre son chemin en Normandie, parce qu*il vouloit faire l'embarquement de son armée en la ville françoise du Havre de Graoe, qui est à Tembouchement de la rivière de Sene, et prenant le chemin par Argentan environ la Sainct Jean, se trouva à Toucques^ ; estant audict lieu se descouvrit son armée de Levant, de quoy n'estant adverty, il estima que c'estoit celle d'Angleterre qui vousist faire descente en la basse Normandie, pour divertir son entreprtnae; mais soudain vint un briganlin qui l'asseura que c*e8toit son armée de Levant. Aussi peu de jours après se présenta devant leChef deCaux' trente cinq navires

1. François I" séjoariM à ArgenUn du 4 ao 15 juin et à Toaqnes (cant. de Trouville, arr. de Pont-I'l^v^Qe, Orne) le 27 jain.

2. Le Chef-de-Caux, aujourd'hui Sainte- Adresse , cant. do Havre (Seine-Inférieure).

Juill. IS45) DIXIÉMI Lmil. ttS

■Dgleflcbes, qui tirèrent à coup perdu en terre ; mais ayuM oogooissance de noz galleres qui approcboieiit, feirentleur retraitte à Portemuth^

EmbfWiêmmU du carraquon, — Audit lieu de Toucque, le seigneur de Langej vint trouver le Roy, qui Tavoit depesché aux frontières de Champagne pour recueillir les lansquenets» lequel luy apporta nouvelles de leur descente à Mezieres et qu'il les avoit acheminez par estappes, suivant son commandement, le cliemin droict à Montréal. Ayant le Roy cestadvertissèment de la venue desdicts lansquenets, qui estoit la principale force qu'il attendoit, manda au mareschal du Biez que incontinent qu'ils seroient arrivez à Montreul, il eust à marcher à Boulongne, et commencer le fort dont j'ay parlé cy dessus, et qu'il eust à luy faire entendre le temps que ledict fort pourroit estre en deffence ; et luy feit envoyer six ou sept mille pionniers et t>on nombre de charroy pour conduire fa»> cines, gazons et autres choses nécessaires pour cest effed. Le mareschal du Biez, par le gentilhomme qui alla devers luy, manda au Roy que dedans la mi aoust le fort seroit en deffence, ce qui n'advint toutesfois, comme cy après je vous reciteray. Sur l'asseuranoe d*ioeluy mareschal, le Roy dressa son estât et meit son but sur icelle, et quant et quant le sixiesme jour de juillet, feit faire voille à son armée de mer, laquelle estoit assemblée au Havre de Grâce, et luy pour la voir partir estoit sur le Chef de Caux, dont il pouvoit tout descouvrir. Mais tirant les ancres du carraquon, qui estoit le plus beau navire de la mer de

1. Portsmoath. L'affaire est du 3 juillet. Voir Ch. de La Roddère, op. et/., t. UI, p. 417-418.

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Ponant, et le meilleur à la voille, portant huict cens tonneaux de charge, dedans lequel devoit estre la p<»r8onne de TAmiral, pour le combat, le feu se meit au fougon, tellement qu'on ne le sccut jamais sauver, qu*il ne fust consommé en cendres* ; el y avoit cent grosses pièces d*artillene de bronze, mesmes y est oit Targent du Roy, lequel fut sauvé. Plusieurs, voulans éviter la furie du feu, se précipitèrent en la mer; les galleres en sauvèrent beaucoup, mais depuis que le feu vint au bas dudict navire, elles furent contraintes de prendre le large, car le feu se donna en l'artillerie, de sorte que la batterie, qui se faisoit de si grand nombre de pièces, mettoit en fonds tout ce qui se trouvoit devant, derrière et aux costez. Le nombre des navires ordonnez pour l'armée montoit à cent cinquante gros vaisseaux ronds, sans compter soixante flovins et vint cinq galleres, lesquels tous ensemble se levèrent ledit sixiesme jour de juillet, tant du Havre de Grâce que de la Fosse d'Eure*, Honlleu, Harfleu et Dieppe, et prindrent la volte pour tirer vers l'isle d'Huicht' et le havre de Portemuth en Angleterre, auquel lieu de Portemuth estoient les forces de mer du roy d'Angleterre, lesquelles nostre armée cherchoit à combatre.

Le dixhuictiesme jour dudit mois de juillet mille cinq cens quarante cinq, estant arrivé monsieur l'Amiral près l'isle d'Huicht, manda le baron de b Garde avecques quatre galleres, tant pour reoognoistre l'isle

1. L*inc«Ddie est du 13 juillet. Voir Ch. de La Roocière, op. cit., t. III, p. 419.

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