‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 156 sur 200 · Dânoes, cant. de Sâœer, arr. de Boulogne (Pa«-de-CaUb · texte numérisé non relu

Dânoes, cant. de Sâœer, arr. de Boulogne (Pa«-de-CaUb

tu* MÉIfOIlIKS DB MARTIN DU BELLAY. [Défi. 1645

joints les arcbouziers avecques eux, délibéra de tenter la fortune et les combattre avant qu'ils fussent assemblez. Leur cavalerie estoit en trois trouppes, dont les deux se joiiignirent ensemble, et la lierce se jelta sur les aisles pour charger noz gens par les flancs ; auquel lieu se trouva avecques ledict seigneur de Senerponi le seigneur de Tais, ayant seulement six ou sept gentilshommes avec luy, et le comte Hein Grave, avec pareil nombre; lequel comte Rein Grave, dès la première diarge, fut porté par terre et blessé, et le mareschal du Biez menoil la bataille avec le reste de Tarmée. Mais arrivons iesdicts hommes d*armes à la charge, la feircnt si furieuse que les Ânglois n'eurent moyen de les soustenir ; où furent tuez des leurs et des nostres sur la place environ deux cens dievaux, et le mareschal de Calais, chef de l'entreprise, y mourut, et pareillement de cent à six vingts Anglois, et fut prins le nombre de soixante et quinze prisonniers, tous ayans la casaque de veloux pourfilé d'or et d'argent*.

De/faite de grand nombre d' Anglois par le maresduU du Biez, voulans empescher Cenvitaillement du fort d*OuUreau. — Un autre temps le maresclial du Biei, adverty que les vivres commençoient à diminuer au fort, délibéra d'y mener envitaillement'. Par quoy partant de son camp au dessus de Montreul, print le

1. Cette affaire, d'après le rapport du comte de Sarrej, se serait produite le 4 décembre 1545. Voir Nott, Tke m'orh of Henry Howard^ earl of Surrty, Londres, 1815, t. I, p. 182.

2. Cette seconde victoire française est du 7 janvier 1546. Voir Nott, op. cit.f t. I, p. 194 ; et la lettre du mart^chal do BicB *q dac d'Aumale, 14 janvier 1546. B. N., Clairambault, 329, p. 123. Cf. P. Courteault, Momlue kùtorien, p. 18M82.

/«nv. i&46) DIXliMI LIYIE. Stt

cbemin du mont S. Ëstienne, auquel lieu il trouva le millord Sorel accompagné de six mille Anglois {>our empetcber lediet envitaiHeroent. Eo la compagnie dudid maretobal avoit cinquante horomes d'armes, et le comte Rein Grave avec son régiment de quatre mille lansquenets, et deux cens arcbouziers conduits par le «pilaÎDe BrueilS Breton, et le capitaine Escarbouillat. Lediet maresdial, se trouvant en ce hazard délibéra par Tadvis des capitaines de passer outre et les coml>attre, enoores qu'il fust moindre de nombre de deux mille hommes, car se retirant il eust perdu son charroy et vivres. Ayant conclu le combat, marcha droict aux ennemis ;ie combat fut long et furieux, mais enfin les Anglois furent renversez et se retirèrent en un petit fort, lequel ils ne sceurent garder. Audict comt>at nnounirent de sept à huict cens Anglois. Le millord Sorel, fils du duc de Northfolk, leur gênerai, se sauva avec le reste à la fuitte, et demeurèrent des leurs de sept à huict vingts prisonniers.

Treùtté de paix avec les AngUns. — Le roy d'Angleterre, considérant la diminution de ses finances, le grand nombre d'hommes qu'il avoit perdus et les infinis t'raiz qu'il auroit encores à supporter, eu esgard à l'obstination en laquelle estoit le Roy pour reconquérir sa ville de Boulongne, et ayant cogooissaDce que l'Empereur (quelque ligue qu'ils eussent ensemble) ne tasdioit qu'à son profit particulier, délibéra de mettre fin à la guerre et aux quen>lles d'entre le Roy et loy; ce qu'il feit entendre au Roy et que, faisant

1. Ce capiuine Brueil ou Bniil est cité ëgmlement p«r Monlac, Commemairt», t. I, p. 171 et U note 2.

330 MÉMOIRES DB MARTIN DU BELLAY. (Avril 1&4A

troirrer à Ardres ses députez à oeste Bo, il finx>il trouver les siens à Guines. Le Roy, encores qu*il eust desja bien restreint ta ville de Boulongne, consentit toutesfois oeste assemblée, parce qu*il cognoissoit la mauvaise volonté que luy portoit l'Empereur, par le peu d'asseurance de paix qu*avoient rapporté ses ambassadeurs à leur retour devers ledict Empereur, et qu'il ne vouloit avoir tout en une fois sur ses bras deux tels ennemis que l'Empereur et le roy d'Angleterre. A ceste occasion depescha monsieur l'amiral d'Annebault et monsieur Raimond, premier président de Rouen, pour aller à Ardres'; et se trouva à Guines l'amiral d'Angleterre nommé millord Dudeté, qui depuis a esté duc de Nortombelland. Lesquels estans assemblés en un lieu ordonné entre Guines et Ardres, finablement après avoir conclu plusieurs choses, accordèrent une paix avecques telles conditions* : que le Roy dedans huict ans devoit payer huict cens mille escus au roy d'Angleterre, tant pour les arrérages de sa pension et pour les frais de la guerre qui estoit provenue à cause du refus de payement d'icelle pension que pour plusieurs autres despenses faittes par ledid roy d'Angleterre, tant aux fortifications de Boulongne que du Boulonnois ; aussi le roy d'Angleterre devoit, moyennant ladicte somme, remettre entre les mains du Roy Boulongne et tout le Boulenois, avecques les places tant anciennes que par luy nouvellement edi-

1. Les poovoirs poar conclure U paix donnés i Claude d'Annebanlt, à Pierre Raymond et à Guillaurae Bochetel «ont datés du 21 avril i&46.

2. Le traité d'Ardrcs fut signé le 7 juin 1546. Voir Dumont, Corp» diplomatiqutt t. IV, 2* partie, p. 306.

Jain-Ao«t 1546] DIXitMB LIVU. 331

fV'es, comme le Mont I.ambt'rt, la tour d'Ordre, Ambl^ tuei)', Blacquenay' et autres en leur entier, et toute rariillerie, vivres et munitions qui estoient dedans leadiotet plaeei. Ces choses estans accordées et signées respectivement par le Roy et le roy d'Angleterre, alla Tamiral d'Anucbault devers iceluy roy d'Angleterre pour luy veoir jurer tadicte paix ; et le millord Dudelé, de la part du roy d'Angleterre, vint devers le Roy luy veoir faire le semblable : ce qui fut faict tant d'une part que d'autre par lesdictes majestez^.

Mort de mowtieur d\inguien, Franiovt de Bourbon. — An mois de février mil cinq cens quarante six, estant le Roy à la Roche Guion^, les neges estoient fort grandes, se dressa une partie entre les jeunes gens estans près de b personne de monseigneur le Dauphin : les uns gardoienl une maison et les autres l'assailloient à peloltes de nege, mais durant ledict combat le seigneur d'Auguien, François de Bourbon, sortant de fortune hors d'icelle maison, quelque mal advisé jetta un coffre plein de linge par la fenestre, lequel tomba sur la teste dudict seigneur d'Anguien et le blessa, de sorte que peu de jours après il mourut^, au grand regret du Roy, de toute la cour, pour la jeu-

1. Ambleteuse, cant. de Marquise, arr. de Boulogne (Pasde-Calais).

Page 1