‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 164 sur 200 · Plutarque, Pyrrhus^ ch. xit · texte numérisé non relu

Plutarque, Pyrrhus^ ch. xit

M OVIIXAUin DD BUXAT. Stt

commettons la plos notable nonehallance et tardiveté. Je n« vueti en rien n»culer ravaocement tie» antres artz qui se reftveUleBt. mais tout h temps on leur pourra donner secours à cause que bons aucteurs nous en ont laissé teU livres, preception» et relaies que pour en ieelles profiter, ne restera qu'estude et dili|(ence; mais en hystoire de tant plus est la tardiveté périlleuse que la vie des mortels est courte, et si par ceux qui on» cognoissance et mémoire des choses de leur temps, il n'en est rien mis par escrit, ceux qui viendront apr^, tant puissent ils avoir bon stile, bon vouloir et diligence, si n'en pourront ils escrire certainement et à la vérité. Ce que desja nous pouvons voir d'aucunes prochaines précédantes années, desquelles parler au long et véritablement est chose difficile, en partie par la n^igence, en partie aussi parla témérité des mesmes hystoriens, qui cependant se plaignent de n'avoir assez digne matière pour bien employer leur estude et labeur, lesquelz neantmoins eussent bcauconp mieux fait, et pour eux et pour nous, de se tenir en repoz et à leur ayse, que de semer sous nom d'hystoire un incogneu recueil de fabuleuses et mensongères narrations, dont aujourd'huy nous avons trop plus que d'hystoire. J'ai leu en quelque cronique (ce que je crains que l'on m'estime avoir songé) d'un roy de France, qui en une après disnée vint de Compiegne courant un cerf jusques à Lodun*, ce sont cent lieues ou environ. Chacun sçaytque le tant veKueux prince et de si

1. Londnn (Vienne). — Tfous ignorons dans quelle chronique latine Guillaume du Bellay a trouvé ce détail, mais il est fort probable qu'il s'est mépris dans l'identification de la localité. Dans la seconde édition des Mémoires, on trouve en regard de ce passage une observation qui explique l'origine de la méprise : € Ce Lodnn est peult estre Laon en Laonoys, qu'on appelle en latin Laodnnum, comme on faict Lodnn en Poictou, et partant ceste course de cerf ne seroit hors de verisimilitude, vea le voisinage de Laon et Compiegne. >

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louable mémoire Charles, «lue d'Orléans*, après avoir «Mé près de irente ans prisonnier en Angleterre pour le service de la couronne de France, a la fin en retourna et mourut plein d'ans et d'honneur en ce royaume. Et toutesfois on list, mais c'est en plus de vingt divers aucteurs, qu'il fat è Paris décapité pour crime de leze majesté. Le roy d'Escosse dernier mourut il pas en la bataille qu'il donna contre les Angloys, en l'an mil cinq cens quatorze^? Si ay je leu que de celle bataille il retourna en ses pais victorieux et triumphant. Je me déporte pour éviter prolixité, de plus avant numbrer telles mensonges, lesquelles certes ne sont semées, sinon par la témérité, indiligence et indiscrétion d'iceux hystoriens et croniqueurs, qui plus souvent escrivent pour chose seure ce que leur aura dit le premier venu, sans faire élection ou choix de la personne qui le leur rapporte, ou bien en disant selon le bruyi qui aura couru parmy le peuple, auquel à peyne peult avoir mot de venté. Dont vient aucunesfoys que les liseurs informez du contraire plus envyz croyent aux autres bons et anciens aucteurs, les estimans avoir escrit de mesmes. Et en a vient ainsi que très bien dit en autre cas le cardinal Bessarion^ voyant à Rome tant eslever et canoniser de sainctz nouveaux, desquelz il avoit cogneue et peu aprouvée la vie, encores moins la façon de procéder à leur canonisation : « Ces nouveaux sainctz, dit-il, me jettent grandement en

1. Charles, duc d'Orléans, fils de Louis et de Valentine Vlteonti, né en 1394, fait prisonnier à Arincourt (1415), fut remis en liberté en 1440, soit après vingt-cinq ans de captivité, et mourut en 1465. Voir P. Champion. Ut Vie de Charles d'Or- UanÊ {iB9k^ik65h Paris, 1911.

2. Jacques IV, tué k la bataille de I- lodden (1513). Voir *mprm, t. I, p. 38, n. 3.

3. Jean Bessarion, né vers le début du x v* siècle, créé cardinal par Eugène IV, mort à Ravenne le 18 novembre 1472. H. Vast, U Cardinal Bes$arion (Hi03'ik72); étude sur la Chrétiemti et ta BeHaitâonee v4ra le milieu du XV* êièele, 1878.

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cloute et •empale de ce qu'on list des anciens. • Et au mien vouloir que teiz autheure et croniqueurt se reposass^it, ou qu'à leurs livres ilit imposassent nom convenable au con* tenu, et que eeux qui bien pourraient et sçauroient à la vérité en parler, aymassnnt tant l'honneur et gloire de leur nation, que d'en esciire en tel lan^ge qu'ilz sçavent, selon les choses veues par eux, ou entendues par fidelle et bien certain raport d'autruy. Alors seroient les gens de lettre qui pur après voudroient les enrichir de style et diction plus élégante, hors de la peine et ennuyeux travail, de recshercher la vérité entre tant de mensonges, contrarietez et répugnances, qui sont divulguées par les dessusditz croniqueurs, soy confians témérairement à Touyr dire du premier trouvé. Non que je vueille maintenir ou dire que nul doyve escrire des choses, sinon celuy qui les aura veues, car nonobstant qu'en un tesmuing de veue a plus de foy qu'en dix d'ouye, et que S. Jean pour estre creu, asseure qu'il parle des choses veues, si est ce qu'un homme seul ne peut estre partout oit les affaires sont démenées, et y estant ne peult ensemble faire son devoir et s'amuser à voir ce qu'autruy fait; mais un historien, s'il est possible, doit avoir veu ou cognen une bonne partie de ce qu'il dit, et au demourant avoir une extrême et merveilleuse discrétion de s'en enquérir ii ceux qui mieux au vray le pourront dire, jusque» à en entendre par le raport des ennemis, non seulement de ceux de son party. Ainsi lisons nous de Thucydide*, lequel encores qu'il fust présent es guerres d'entre les Athéniens et Lacedemoniens, et au nombre des principaux capitaines, pour toutesfois avoir plus grande certai-

1. Une traduction française de THistoire de Thucydide, faite par Claude de Seyssel sur une traduction latine de Lascaris, avait été publiée en août 1527, chez Josse Bade, par les soins de Jacques Colin : VHiaioire de Thucydide, de la guerre qui fitt entre le* PéloponnénienM et Athéniens. Voir à ce propos Coyecque, Jo$»e Bade et le» traductiona de Claude de Seyt"

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neté de tout ce qui se fatsoit en l'un et en l'autre exçrctte, y tenoit à ses despenses (comme puissant et riche qu'il estoit, extrait des ducs Milciades et Cymon d'Athènes, de la lignée d'Aeacus, fil» de Jupiter) gens d'esprit et de sça> voir, autant Lacedemoniens qu'Athéniens, ne se voulant fier en ce que les uns seulement Iny en diroient, favorisans paravanture chacun à sa patrie. Après sa mort, et ii l'en» droit où il fina son hystoire, Tymogenes de Milete, et après luy Xenophon Athénien la reprindrent et continuèrent y adjoustant chacun ce qu'il avpit veu ou entendu. D'iceux l'un fut des princes du Sénat de sa cité, l'autre après la mort de Cyrus en l'expédition duquel à l'encontre du roy de Perse, son frère, il eut charge et conduite de gens, demoara chef et capitaine gênerai de toute l'armée des Grecs, pour iceux retirer et reconduire en Grèce*. Et qui voudra diligemment considérer la condition et qualité des anciens hystoriens estimez, et receuz pour tels et non pour fabuleux et mensongers, lesquelz ayent escrit les aventures de leur temps, on trouvera qu'ilz ont esté presque tons, ou chefz d'entreprise, ou capitaines particuliers, ou à tout le moins personnages de crédit et aulhorité, qui es choses dont ilz ne parloient de veue, avoient moyen de s'en infor> mer au vray. Darès de Phrige et Dictis de Crète ^ sont plus

tel, dans la Bibliothèque de l'École des charte», 1894, p. 510> 514; V.-L. Bourrilly, Jacquet Colin, abbé de Saint'Ambroitêf p. 42^.

1. Une traduction française de l'Anabase de Xenophon, due, comme celle de Thucydide, k Claude de Seyssei, avait paru en 1529 : t'Hittoirt dm voyage que fit Cyrmê à l'eiteomtre du roi de Perte Artaxeree «ow- />«re, contenue em tept livret eteriptt par Xenophon, auteur grec^ traduit» premièrement en latin par Jean Lasearit, et de latin en vulgaire françoit, in>fol.

2. Darès le Phrygien et Dictys de Oète sont deux faussaires qui opéraient, celui-ci vers la fin du tv* siècle de notre ère, et l'autre vers le début du vt* siècle. Dicly» avait composé une sorte de Journal du tiège de TVoie, dont l'ouvrage de Darès

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creux: et guerres de Troye. que ne sont Dion* et quelques autres, car ces deux là y mirent la main et à la plume et è Tetpée. Corinnttsv'ussidePbrige, né d'ilion, pour s'estre trouvé ausdites guerres, en a esté receu à rray tesmoin, et de luy a pris Homère toute la matière de son Iliade. Maiv sias de Pelle^, frère du roy Antigone et nourry d'eniance avec Alexandre le grand, Onesicritus d*Aegine*, CalistKenes d'OUnthe^, disciple et parent d'Aristote, Aristo-

n'ett qu'un résumé. Ces compositions eurent un très grand succès au Moyen Age et encore à l'époque de la Renaissance. En 1524, une nouvelle édition avait paru i BAle : Dictys Cre^ i€Hsis de Betlo Trojano libri IV, Septimo Romano interprète. Dmretis Phrygtei de Exeidio Trcjae liber, interprète Comelio Sepote. Voir A. Joly, Benoît de Sainte-More et le roman de Troie, t. I, p. 159-190.

1. Dion Cassias, auteur, entre autres ouvrages, d'une histoire générale de Rome dont il nous reste une partie.

2. Corinnus d'IIi«>n, autre apocr^-phe; au dire de Suidas iqai parait bien avoir été la principale source de l'érudition de Guillaume du Rellay), il aurait été disciple de Palamède, et pendant la guerre de Troie il auraût composé et écrit en caractères doriens, inventés par son maître, une Iliade et un récit du combat de Dardanus contre les Paphiagoniens.

3. Marsyas de Pella, d'après Suidas, frère d'Antigone, aurait composé une Histoire de la Blacédoine depuis les origines jusqu'à l'expédition d'Alexandre et une Histoire de l'éducation d'Alexandre. Nous ne le connaissons que de nom.

4. Onesicrite d'Astypalée, dans l'Ile d'Égine, fit partie de l'expédition d'Alexandre ; le fragment le plus important qui subsbte de son œuvre reproduit l'entretien qu'il eut avec les gymnotophistes de l'Inde. Voir C. Muller, Seriptores rermm Alexan-

5. Callisthènes d'Olynthe a composé des Helléniques dont il reste quelques fragments et il avait commencé une Histoire d'Alexandre lorsqu'il mourut. Voir C. Muller, Seriptores rerum Alejtandri magmi. Plus tard, vers le vn* on vtii* siècle, fut mis an jour soos son nom un véritable rooun dont la popularité

us PROLOGUE DM 08D0A0n

bulus de Judée*, Diognetus^, et Mcnedomus de Sicyone, tous compa^oions en Tcxpedition et prren^nation dudtt Alexandre ont escrit les uns depuis la nativité, autres depuis qu'il commença pi>rter les armes, aucuns depuis le commencement de son règne, et autres depuis seulement qu'il eust dressé son armée |)Our entreprendre ses conquestes; à tous ceux cy est adjoustée foy en ce qu'ilz disent dudit Alexandre, et à ceux qui après eux en ont escrit, comme sont Quinte Curse', Arnan, poète domestique et familier de l'empereur Tybere, Arnan ^, hystorien qui au tempw de l'Empereur Adrian parvint à la dignité du consulat, et Plutarche^, qui au temps de Trajan usa pareillement de puissance consulaire en lUyrie, commandant à tous les

fat considérable au moyen Age. C'est très probablement k ce pseudo-Callisthèncs que se réfère Guillaume du Bellay. Voir E. Talbiit, /issai sur la légende d'Alexandre le Grand damé le* romans français du Xll* siècle, Paris, 1850.

1. Il ne reste d'Aristobule de Cassandrée que quelques frag> ments. Il semble bien que Guillaume du Bellay ait confondu cet historien avec un autre Aristobule, juif d'Alexandrie, philosophe péripatëticien, auteur d'une explication de la loi mosaïque.

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