‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 38 sur 200 · NEUFIESME LIVRE · texte numérisé non relu

NEUFIESME LIVRE

dêS Mémoires de mesêire Martin du Bellay, seigneur de Langey.

Jugement des hommes sur le passage de VEmpereur en France. — Estant TEmpereur passe par ce royaume et ayant esté recueilly en telle fraternité du Roy son frère, comme avez entendu par le discours du livre précédant, avec tous les honneurs dont le Roy avoit peu user en son endroict, et aussi après que le Roy eut refusé ceux de Gand, qui de toute ancienneté estoient subjets de la couronne de France, lesquels s'estoient mis entre ses bras, comme entre les mains de leur souverain seigneur, luy olTrans pareillement le semblable de la pluspart des bonnes villes de Flandres (mais le Roy, ne voulant en rien contrevenir au traitté de la tresve, ains garder sa foy, estima que l'Empereur la luy garderoit en pareille fidélité), luy ayant aussi t>aillé passage libre par son royaume, pour IV l

2 MÉMOIRES 01 MARTm DU BELLAY. [1539

les réduire en son obéissance (car par ailleurs luy estoit malaisé d'y pourveoir d'heure, attendu que le passage de mer ne luy estoit seur, à cause des inimiliez d'entre luy et le roy d'Angleterre, et par Allemagne aussi peu pour la craincte des protestans et aussi que ledit chemin estoit long), ces choses faisoient croire à toutes gens de bien que l'Empereur n'auroit à deffaillir à ce qu'il avoit prorois au Roy, mais au contraire estimoient que ledit Empereur, estant arrivé en ses Pals Bas, en feroit d'avantage que sa promesse ne portoit; excepté aucuns qui C(^noissoient les humeurs de l'Empereur estre tels que ce qu'il peult, soit par tromperie ou autrement, luy est loisible pour parvenir à ses fins entièrement fondez sur ambition, ainsi que peu après il feit cognoistre par les efllects et comme je declareray. Aussi vous avez veu que pour mettre tous les potentats et princes de la chrestienté en souspeçon, et mesme le Grand Seigneur, et pour mieux abuser le monde, il avoit persuadé au Roy d'envoyer le seigneur d'Annebaut, son lieutenant gênerai en Piémont, en la compagnie du seigneur marquis du Guast, lieutenant gênerai au duché de Milan, devers la seigneurie de Venise* et devers le Pape le seigneur de Gié pour pareil effect'. Ce que le

1. CSaude d'Annebault anriTa à Venise le 30 novembre 1539; il qoitu U ville le 12 décembre; le marquis del Vasto le 17 décembre seulement. Voir la leUre adressée par d'Annebault à Montmorency, Venise, 3 décembre 1539, dans la Correspomdanee politique de Guillaume Pellicier, publiée par A. Taoste* nl^Radel, p. 629-630.

2. François de Rohan, sieur de Gié. Le 3 novembre 1539, U reçut 1,350 livres pour sa mission à Rome (Bibl. nat., Clairambaall 1215, fol. 7^.

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Roy, qui tousjours avoit usé de bonne foy, voulut eooores accorder, afin de faire oognoistre Tenvie qu*il avoit d'accorder une ferme paix en la chrestienté.

Depetche et mort de César Fregote et Antoine Hineon, •— Le Roy, se voyant ainsi loing d*esperance par les distimulatjons dont usoit l'Empereur en son endroict, voulut bien faire entendre à ses alliez comme les choses estoient passées entre ledit Empereur et luy, et pour lever le double qu'ils avoient, d'autant que l'Empereur par ses ministres leur avoit soubs main faict entendre que ledit seigneur avoit traitté avec luy à leur désavantage, pensant par ce moyen irriter tous les potentats de la chrestienté contre luy. A ceste cause depescha le seigneur César Fregose, chevalier de son ordre, devers la seigneurie de Venise, et le seigneur Antoine de Rincon, gentilhomme de sa chambre, devers le Grand Seigneur pour leur déclarer Testât des affaires d'entre ledit Em(>ereur et luy*. Et pour autant que le chemin dudit Rincon estoit de passer par Venise, fut ordonné qu'ils iroient de compagnie jusques audit lieu de Venise.

Estant le seigneur de Rincon arrivé à Lion, voulut y faire quelque séjour pour pourvoir à ses affaires',

1. Sar la mission de Frégose et Rincon, voir J. Zeller, la Diplomatie française vers le milieu du XVI' siècle, d'après la correspondance de Guillaume Pellicier, p. 247-266; J. Ursu, la Politique orientale de François P* (i5i5'15i7), Paris, 1908, iii-8*, et V.-L. Boarrilljr, Antonio Rincon et la politique orientale de Frattçois 7", dans la Revue historique, 1913, t. CXIII.

2. Rincon avait quitté la cour le 8 mai et s'était arrêté en Bourgogne ponr prendre possession de la seigneurie de Belleville en Beaujolais que François I" lui avait accordée. Voir Correspondance de Pellicier, p. 326; Zelier, op. cit., p. 247-248.

4 MtMOIUS DB MARTIN DU BELLAY. (JuiU. 1&4I

pendant lequel le seigneur Gesar Fregosc vint devant à Suae veoir sa compagnie de gens d'armes, dont nouvellement le Roy luy avoit baillé la chargea Lequel séjournant audit lieu de Suse, le seigneur de Langey, lieutenant gênerai du Roy en Piémont, lors estant à Turin, eut quelque vent que le marquis du Guast (ores que fussions en trefves) avoit mis aguets par les passages pour surprendre lesdits seigneurs Fregose et Rincon. A Poccasion de ce, ledit seigneur de Langey manda audit Fregose et Rincon qu'ils n'eussent à passer outre Rivole*, que premièrement il n'eust communiqué avecques eux, et envoya de toutes parts pour entendre des nouvelles du département dudit seigneur marquis.

Le jeudy premier jour de juillet mille cinq cens quarante et un, arrivèrent lesdits Fregose et Rincon à Rivole, et environ minuit y arriva le seigneur de Langey; aussi revindrent ceux lesquels de toutes parts il avoit depesché pour entendre nouvelles, qui tous unanimement luy rapportèrent que par tous les passages le marquis avoit mis aguets, et mesme sur la rivière du Pau, parce qu'il avoit esté adverty que, pour raison que le seigneur Rincon estoit mal aisé de sa personne, obslant la gresse dont il estoit chargé, se mettroit plustost en chemin par eau que par terre. Duquel raport ledit seigneur de Langey leur donna advertissement; et après qu'ils eurent déclaré que leur intention estoit de se mettre sur la rivière, le prians ordonner que barques leur feussent appareillées au pont du

1. César Fregose commandait déjà cette compagnie à la fin de 1&38. Voir Catalogue des acte», t. VIII, n** 31163 et 31511.

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