NoTaleM, au nord de Suse, k 828 mètres d'altitvde
2. Sur fes marronM du Mont Cenis, voir une note d'étlenne CkMUOt dans la Revue des Études rahelaisieiutet, 1906, p. 173-
3. Ferrera, an nord de Novalesa; l'Hospice (1,925 mètres). h. li s'agit prol>ablement d'un frère, mort jeune, de Tan-
negoy Le Veneur, qui fut capitaine de gens d'armes sons Charles IX.
iOO MÉMOIRKS DE MARTIN DU BELLAY. fJaOT. 1&43
plus grand part depuis ne furent en santé. Sembbblement, plusieurs soldats allemans et autres, lesquels, sous espérance qu'un tel personnage que noonsieur rAmiral s'estoit mis en chemin sans avoir consulté du passage, Tavoient suivy, qui se perdirent. Quant à luy, ayant gaigné la plaine, il demoura si perdu, luy et ses marrons qui le conduisoient, que, sans des hommes qui estoient dedans des tavernettesqui sont au hault de la plaine, lesquels sortirent à son secours, indubitablement il eust faict pareille lin que les autres. Le sieur de Maugiron, cognoissant la nature du pals, mesmes que la tourmente venoit, demoura à THospitalet au pied des eschelles jusques à Tendemain, ayant retiré quelques gentilshommes passans par là, demy geliez, lesquels furent sauvez par son moyen. Ce danger procède à cause qu'à main droite de ce passage montant de la Perrière pour venir à Lanebourg ' y a une haulte montagne et une autre à main gauche, qui font le chemin estroit, lequel est entre deux, et quand la tourmente se levé sur icelles vous verriez des plottes de neige que le vent pousse contre bas, qui se font estant amassées au hault de la montagne foK petites (se moustrenl elles), mais avant qu'arriver au passage se font aussi grosses qu'une montagne, tellement qu'elles périssent tout ce qui se trouve en ce destroict en temps de tourmente : mesme la plaine est si couverte et les chemins que les propres guides s*y perdent, et mènent leur suitte périr dedans les cavains remplis
1. L>anft-ie-fiourg, sur l'Arc, canl. d« l'arr. de S«int-Jean-de- Maorieime (S*Yoie). — Le» mêmes faits sont rapportés dans Desjardins, Négoeiatiom» d» ta Frottée mvte U Totctutê, t. III, p. 42.
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de neiges. Ledit sieur Amiral, escbappé de oeste for^ tuoe« arrivé qu'il fut à Lanebourg au pied de deçà la mootague, prit b poste, parce qu'il avoit eu nouvelles du Rot pour te venir trouver en Chasteleraudais.
Le Roy pardonne aux Hochehis et IsUns. — Le Roy, à soD parlement de Montpellier, après qu'il eut retiré son camp de devant Perpignan, eut advertissement que les habitans de La Rochelle s'estoient mutinez et avoient faict quelque effort contre les officiers de la gabelle*, passant pais pour se retirer vers Chastellerauld et delà à Paris, les voulut chastier et en ceste intention feit marcher en sa compagnie le capitaine Ludovic, colonnel d'un régiment de lansquenets, qui ettoit celuy qu'avoit eu le comte de Mansfeld, lequel s*estoit retiré en Allemagne. Mais, arrivé qu'il fut à La Rochelle, tous les habitans, non sans cause, craignans que Sa Majesté usast de la rigueur qu'ils meritoient, cherchèrent tous moyens de se réconcilier et remettre du tout à son obéissance. Et, le premier jour de janvier, s'assemblèrent au jardin de la maison où il avoit pris son logis pour luy demander publicquement pardon, de la rébellion attentée par eux en plusieurs voyes contraires à l'obéissance que le subject
i. La révolte de La Rochelle fat provoquée par l'application de l'édit da 7 avril 1542, qui établissait un droit de 24 livres par mnid, aussi bien sur le sel d'exportation que sur le sel de pèche. Voir à ce sujet la Cronicque du roy Fhançoyâ premier, p. 396-425 : reproduction partielle d'une brochure intitulée U Voyage du roy Françoyt I** en sa ville de La Rochelle l'an 1542, avec l'arrest et Jugement par luy donné pour la drso^ beiaaomee et rébellion que luy feirent le* habitans d^icelie; cf. les Archivée curieuses de thistoire de France, t. III, p. 35 et suiv.
m lObfOnM JP MARTIN DU BILLAT. [JftOT. 1543
dtH à ton prince et souverain seigneur. Et le Roy attant audit lieu assis en son tribunal et ioeax ayaos les testes nues, les mains joinctes et les larmes aaz yeux, avec ceux des isles prochaines \ feirent faire une requeste publique, demandans miséricorde par Tadvocat, à ce que Ton disoit, desdittes isles*, qui parla eo eeste façon : c La malheureuse journée, Sire, et détestable à jamais en laquelle nous, voz très humbles et très obeissans subjecls de cesle vostre ville de La Rochelle et des isles, avons esté tant debissez de bon sens, de bon jugement et de raison qu'oubliant la douceur et bénignité de Vostre Majesté royalle, les bienfaicts envers nous et les mérites d'icelles, sommes tombez en tel inconvénient que d'avoir failly à recognoistre l'obligation et le devoir que nous vous devons par les raisons dessusdictes et par toutdroict tant divin qu'humain, ayans commis chose. Sire, par laquelle nous devons encourir vostre indignation et p^dre vostre bonne grâce par noz mesfaicts, de sorte que de tant est la faulte que nous confessons la plus grande que vostre humanité et bonté envers nous est plus cogneue et apparente, dont la coulpe de ces pauvres misérables que vous voyez prosternez à voz pieds pour requérir vostre miséricorde, est (quant à nous et nostre péché) indigne de la recouvrer; mais, quant à la grandeur et infinité de voz pitiez, ainsi que
1. La région de Marennet et les ties d'Arrert, d'Ais, d« Ré et d'Oléron.
2. La CroHtcque du roy Frattiçoyt premier, p. 417, l'appelle « maistre Guillaume Leblanc, homme docte et adTOcat es la court de Parlement à Bordeanlx, ajrant charge des lM>t»iUna desdictes isles >.
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le roy psalmiste David se oonfioit à b grandeur det miséricordes de son seigneur, nous avoua eaperaooe, &re, que vous entendrez la voix et rewvrei les coofeaaions à mercy de ceux leiiquels preseutcroeot baiaent les pieds du Irosne de Voslre Majesté, vous suppliant très humblement. Sire, avec desplaisir au ooeor de vous avoir offencé et, les larmes aux yeux, ne regarder du tout à ce meffaict qui nous est advenu, pour raison duquel nous crions publicquement à haulte voix ei demandons vostre miséricorde; ains. Sire, ayei s'il vous plaist esgard à vostre bonté et clémence accoustumée. > £t ainsi piteusement criant miséricorde et se mettant à genoux, avec une voix trembiaote, piteuse et lamentable, assez longtemps iceluy advocat, comme continuant sa harangue, dist : c A la malbeure. Sire, nous nous sommes tant oubliez que de commettre chose qui nous ayl faict encourir vostre indignation et perdre voslre bonne grâce et la réputation en bquelle par le passé nous avons esté tant envers vous que vos prédécesseurs roys, pour estre présentement spectacle à tout le monde de desloyauté et de désobéissance, pour laquelle. Sire, nous vous supplions très humblement nous vouloir faire miséricorde. >
Harengue du Roy au peuple de La Rochelle. — Et le peuple incontinent commença de rechef à crier miséricorde, jusques à ce que ceste voix piteuse tira les larmes des yeux des assistans et du Roy mesmes, qui, bien peu après, commença à respondre en ceste manière : c Je ne suis venu icy pour vous dire i'ennuy que je receu, quand moy estant empesché en personne, et mes enfans [K>ur l'augmentation et tuition de
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mon honneur et de mon royaume, les nouvelles me furent apportées de la misérable rébellion que présentement vous confessez, mais bien pour vous dire, mes amis (car amis vous puis je appeler maintenant que vous estes retournez à la reoognoissance de vostre offence) que le mal que vous avez faict, quand vous avez oublié (comme vous mcsmes confessez) Toffice et devoir des subjects envers vostre prince, est un crime si grand et si nécessaire à punir qu'il ne pourroit estre plus pour les inconveniens qui s'en ensuivent. Car tout estât de monarchie et de republique bien institué ne consiste qu'en deux poincts, c'est à sçavoir au juste commandement des princes et supérieurs, et en la loyalle obéissance de subjects, où si l'un des deux fault, c'est autant comme en la vie de l'homme la séparation du corps et de Tame, laquelle vie dure tant seulement autant que Tame commande et le corps obeist. Dieu me doint grâce de ne faillir au commandement qu'il m'a donné sur vous, et lequel je tien et reoognoy de luy, comme chose de laquelle il nie fault rendre compte ; et combien qu'en ce commandement soit comprise la punition de la désobéissance, en laquelle je n'ay faulte d'exemples, tant vieux que nouveaux, que je puis suivre pour l'exécution de justice asprc et rigoureuse, qui a souventes fois esté nécessaire pour remédier à l'insolence d'un peuple, il me semble toutesfois n'estre moins raisonnable et convenable à un prince (mesmement qui en toute sa vie a eu ce propos de préférer tousjours miséricorde à sévérité et rigueur de justice) de recepvoir après la oonfesMon de la coulpe son peuple se repentant et demandant pardon, qu*il est droict et équitable au peuple
JaoT. 1MS1 WlUVltMg UVRI. lOS
d*obeir et garder la foy à son pHnoe, qui use plus de démence que de justice. Je sçay bien que la pitié et inis«noorde enseignée par nostre seigneur Jésus Christ, prpscbée par ses disciples et apostres et manifestée par tout le monde, pourroit non seuUement non corriger, mais aussi corrompre un peuple de mauvaise volonté. Mais je sçay aussi que vous estes cnfans de si bons pères, desquels la Hdelité a été expérimentée par tant de noz prédécesseurs, et vous mesmes jusques icy m'avez esté si t)ons et si loyaux subjects que j'ayroe trop mieux oublier ce mesfaict récent et nouveau, que noz viels et anciens bienfaicts, et aussi peu convient à voz coustumes precedeiiles de désobéir comme à ma nature de ne vous pardonner ceste offence présente. Facent les autres et exercent rigoureusement leur puissance, je feray tousjours tant qu'il me sera possible pour la pitié et miséricorde, et ne feray janiais volontairement à mes subjects ce que l'Empereur a faict aux Gantois pour moindre ofTenoe que la vostre, dont il a maintenant les mains sanglantes, et je les ay, la mercy à Dieu, encores sans aucune taincture de sang de mon peuple; aussi a il avec Tefiusion de sang des siens, la perdition de tant de testes et de tant d'ames, perdu semblablement les volonlez et les cueurs. Et j'espère que ma miséricorde et clémence confermera voz courages, en sorte que de bons et loyaux subjects que vous avez tousjours esté passé, pour l'advenir serez encores meilleurs et je vous prie oublier cette offence qui est survenue et de ma part il ne m'en souviendra jour de ma vie; mais aussi je vous prie qu'il vous souvienne tant seulement d'estre tels que vous avez esté par cy devant, et Dieu
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me doiDt graoe de faire envers vous encores mieux que je n*ay faict. Quant à Toffence et à T inconvénient qui vous est naguère» advenu, Dieu, noslre seigneur et créateur, le vous vueille pardonner; quant à ce qui me touche, je vous remets tant le criminel que le civil totallement, et vous pardonne sans excepter aucune chose, moyennant ce qu'avez accordé, que j'estime toutesfois beaucoup moins que voz cueurs repentans, sçachans très bien que le bien du prince gist en la loyauté des cueurs de ses subjects plus qu'en autre dbose. > Et à ceste parole le peuple commença à crier : « Vive le Roy! > priant Noslre Seigneur luy donner bonne vie et longue, et continuant tousjours jusques à ce que le Roy dist davantage : < Je veux que tous les prisonniers soient délivrés présentement et que les clefs de vostre ville vous soient rendues, et voz armes, et que les garnisons de gens, tant à pied qu'à cheval, s'en aillent, et que soyez réintégrez et restituez totalement en ma grâce, en vostre liberté et voz privilèges, et veux aujourd'huy demeurer en vostre garde ; et pour la resjouissance et congratulation, je veux que vous sonniez voz cloches, tiriez vostre artillerie, faciez feu de joye en rendant grâces à Dieu, et vous et moy pour oeste bonne estraine. > Et telle fut la Hn de l'oraisoa du Roy avec larmes, tesmoingnant sa bonne alfeciioa et charité envers son peuple. Après la fin de oeste barengue, la voix du peuple reconforté et resjouy merveilleusement s'éleva tout en un coup et cria soudainement en invoquant Nostre Seigneur, le suppliant pour la longue vie, santé et prospérité du Roy, lequel en oest acte, ainsi qu'en plusieurs autres, laissa suffisant tesmoignage de la démence et bonté, dont il a
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tousjours UBé, aussi souveol oomme Toocasioo y a esté disposée.
Pratiquêi ei entreifrises du marquis du Guast contre Turin deseouvertes . — Au niesme temps, me&sire Martio du Bellay, gouverneur de Turin, ayant eu nou- ▼elles du trespas du sieur de Laogey, son frère, demanda congé au Roy pour se retirer en France et pourveoir à ses affaires (car il estoit mort endeblé de trois cens mille livres) ; toutesfois, ce ne fut sans mettre en seureté la ville de Turin de plusieurs pratiques que reoDeiny avoit dessus. L'une desquelles estoit qu'environ trois mois au précédant le juge de Turin, natif de Quiers, luy avoit porté paroles que lorsque laditte ville de Quiers avoit esté prise par le marquis du Guast (estant dedans le chevalier Assal, ainsi que cy devant avez entendu*), ledit marquis Tavoit enhorté, que se retirant à Turin et qu'il eust moyen de luy faire service, il le recognoistroit ainsi que TËmpereur avoit acoustumé de renumerer ses serviteurs; disant pour conclusion audit gouverneur qu'il avoit moyen de luy faire un grand service, car il envoiroit devers ledit marquis pour luy faire entendre qu'estant parvenu à oest estât le juge de Turin (comme il estoit) il auroit moyen de luy mettre la ville entre les mains, et par ce moyen ledit gouverneur, estant adverty du temps et heure que le marquis viendrait, pourroit audit mar> quis apprester une amorce et le prendre et tailler en pièces tout ce qui serait en sa compagnie. Le gouverneur, ayant ouy ceste induction, voulut encores par autres moyens plus amplement cognoistre la fantasie