‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 57 sur 200 · Voir $upra, t. ni, p · texte numérisé non relu

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108 MÉMOIRES 01 MARTIN DU SELLAT. [JtOT. 1543

du juge, parquoy luy feit entendre qu'il la trouvoit bonne, mais il falloit temporiser pour quelque raison, et que sur sa vie il n*cust à passer plus outre sans exprès commandement.

Or, est il que de long temps le gouverneur avoit souspçon sur ledit juge, parce que, dès le temps du sieur de Moiitejean , iceluy Montejean eut opinion durant la trefve d'avoir de sa part un ambassadeur à Milan près du marquis du Guast, et y envoya Tun des sieurs de la Mole^ de Provence, le marquis luy envoya à Turin le maistre de camp de la tierce de Lombardie, un Espagtiol autant subtil et advisé qu'il fust en Italie, lequel demanda à loger en la maison dudit juge, qui avoit trois filles courtisanes des plus magnifiques de la patrie. Ledit maistre de camp faisoit despence ordinairement de cent ou six vingts livres pour jour, chez lequel se retiroient coustumierement les soldats, spécialement les Navarrois et Basques, chose qui toujours depuis avoit rendu suspect le juge audit gouverneur, craignant qu'il fust corrompu à cause de sa pauvreté. Par quoy il mist sur tous les passages gens pour surprendre lettres qui se porteroient à Quiers où estoit le marquis. Finablement un marchand de Turin, nommé Luquin Bergue, que le gouverneur avoit adverty, s'asseurant de sa fidélité, feit surprendre un garson portant lettres dudit juge, par lesquelles il maudoit au marquis que l'heure estoit venue qu'il luy pourroit Uvrer la ville de Turin ; car, estant mort le sieur de Langey, ils ne dévoient plus estre en doubte d'estre descouvert« et qu'il eust à

1. Probablement Jean (plntôt que Joseph) de Boniface, aieor de U Mole.

Janv. I&I3] NIUVltMI UVBI. t09

luy envoyer un sien Hdele transvesty qui passeroil sur le pont du Pau avecques deux ou trois jumens chargées de vin, lequel, ayant passé le pont, prendroit le chemin à la main gauche, venant chercher la porte du palais qui tire à la Douaire ; et si on luy demandoit à la porte dont il venoit, qu'il dist qu'il venoit de Rivolle et que c*estoit vin qu'une sienne fille luy eovoyoit ; et que, au cas qu*on luy feroit refus d'entrer, il iroit luy mesraes au gouverneur pour avoir congé, et que, par ledit messager, pour plus grande seureté, on luy renvoyast un signal estant dedans sa lettre, qui estoit son cachet entre deux papiers.

Le gouverneur, voulant eclarcir laditte entreprise, à ce qu'en son absence n'en advint inconvénient, manda le juge venir vers luy, lequel il tira en secret, Tinterrogant si le moyen dont autresfois il luy avoit parié de livrer le marquis entre ses mains estoit encores en son entier : il feit respoiise que ouy et qu'il envoiroit une lettre audit marquis sous son bon congé, par le prieur de Sainct Dorainicque, laquelle il luy monstreroit semblablement la response. Au bout d'une heure, luy ayant accordé, il apporta la lettre audict gouverneur, à la réception de laquelle il appella le seigneur Régnai de Birague*, président de Turin, et maistre Jean Vaillant^, procureur gênerai du Roy en

1. René de Birmgue, né en 1507, fils de G aléas de Birague et d'Antonia Trirulxi, conseiller lai au Parlement de Paris (18 mars 1541), mattre des requêtes, puis président au Parlement de Tarin, cardinal, plus tard chancelier de France (1573), mort en 1583, Voir Fleury Vindry, Ut Parlementaire* fronçai* au XVn *iMe, t. I, p. 366.

2. Jean (ou Aignan) Vaillant, procureur général au Parlement de Tarin (Fleory Vindry, Ibid., p. 365).

110 MÉMOIBIS Dl IIABTI?! DO BLLAT. fJuiT. 1543

Piémont. Après la lecture d'icelle, le gouverneur luy demanda s'il en avoit poinct escrit d'autres au marquis depuis qu'il avoit parlé à luy ; il feit response que non, et que s'il l'avoil faict il auroit mérité la mort, attendu la deffencc qu*il luy en avoit faict. Sur le champ, luy fut présentée sa lettre surprinse, à laquelle il ne soeut contredire, parquoy fut mené dedans le chasteau; interrogué par ledit gouverneur et par les président et procureur du Roy, confessa que Tentreprinse du marquis et de luy estoit que le marquis luy devoit envoyer un nombre de charrettes chargées de vin, aujourd'huy deux et demain trois pour moins de souspeçon, et que dedans les pièces de vin (parce que les vaisseaux sont de la longueur des charrettes) devoit avoir aux unes des arquebuzes dedans le vin, aux autres pertuisanes et corselets, avecques toutes autres sortes d'armes, hors mis picques, lesquelles il devoit faire descendre dedans ses caves. Puis dévoient venir plusieurs soldats italiens à diverses fois, transvestiz en palsans, apportans vivres au marché, lesquels se dévoient retirer en la maison dudict juge, dedans grandes caves haultes de voultes, claires et sèches, près de la place, et dévoient venir jusques au nombre de soixante et quatre vingts. Puis quelque matinée qu'ils orroient tumulte à la porte de la ville et crier : « Savoye! », ils dévoient sortir en armes pour gaigner la place, pendant que les soldats de la garde seroient au combat de la porte.

Bien estoit adverty le gouverneur qu*il se faisoit quelques charrettes à Ltgny\ ville impenalle estant

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