François d'Anglnre, vicomte d'Estoges
IH MÉMOIRES DB MARTIN DU SELLAT. [Août IM3
Irois mille horames de pied et quatre cens chevaux) etioieot logez à six lieues de ladicte ville de Steoay, par delà les bois, en un grand village près de Saiocte Marie*, au comté de Signy, lieu mal aisé à y conduire une armée, auquel ils dévoient faire leurs monstres et recevoir leurs deniers, pour, au partir de là, se mettre dedans Luxembourg. Gela bien considéré, avec Tadvis des capitaines, fut ordonné de les y aller surprendre, et, pour cesl effecl, partismes dudit Stenay avecques deux canons et deux longues coulevrines, afin que si les ennemis nous sentans venir se retiroient à Saincte Marie et autres petits chasleaux des environs, on eust moyen de les forcer, ou bien, au cas qu'ils ne s'y retirassent, les ruiner, à ce que Tennemy ne meist gens de cheval dedans, pour nous rompre les vivres quand nous serions devant Luxembourg.
Ayans marché jusques à Tentrée des bois, il estoit environ demie heure de nuict, et parce que le village, auquel estoient les ennemis, estoit à un quart de lieue delà les bois, en la plaine sur un petit ruisseau, et un quaK de lieue outre ledit village pareillement y a voit un autre bois, pour obvier qu'ils ne s'y retirassent, fut ordonné le sieur d'Escars, avec deux cens chevaux, pour marcher devant, et autres quatre cens chevaux qui le dévoient suivre pour le sousteoir, et puis trois cens hommes d'armes, avecque^'les lansquenets, marcheroient après le plus tost que leur seroit |)ossible. Semblablemcnt luy fut ordonné, quand il seroit arrivé à la saillie du bois, qui pourroit estre au poinct
i. S«inte-Marie, tairt Bouillon et Baitogne, dans le Lasenbourg belge. Signy, c'est Chiny, »ur U Semoy, en amont 4e Bouillon et au nord de Monlmédjr.
Aoàl 1543] DlXlftW UVBS. I&3
da jour, qu*il donneroit à toutes brides dedans ledit village, pour les surprendre dedans leurs licts et les ""'pntdwr de « jetter en bataille pendant que monseigneur d'Aumalle avec leadicts quatre cens chevaux le suivrait pour le soustenir. Ledict sieur d^Escars arrhraot au bord du bois à Theure qu'il esloit dict, depeecfaa le capitaine la Chappelle de Biron*, avec treote salades, pour donner à toutes brides dedans le TÎMigy et luy le devoit suivre aux talons; ledict la Chappelle exécuta ceste charge et trouva la pluspart des ennemis, les uns sellans leurs chevaux, autres en chemises, effroyez, comme sont gens surpris en leur logis, desquels il deffeit quelques uns. Mais les ennemis, le voyans n'estre suivy, se recogneurent et, se remetlans ensemble, le contraingnirent de tenir bride; cependant, ils sauvèrent leur bagage et Targent de leur payement, et eux aussi se retirèrent sans grande perte car les bois estoient prochains. Il est évident que, qui eust poursuivy, ainsi qu'il estoit ordonné, et en la sorte qu'il s'offroit, on eust faict grand service au Roy, car on rompoit toutes les forces que l'Empereur avoit deçà et, mesmes, on saisissoit le payement desdicts trois mille hommes de pied qui se devoit faire après disner. Monseigneur d'Aumalle et monsieur de Longue val, voyans que ceste entreprise avoit failly, tournèrent leurs forces sur le chasteau de Saincte Marie, lequel endura le canon, mais il se rendit avec plusieurs Mitres petites places circonvoisines, lesquelles furent tontes rtsées, si que l'ennemy pour ce voyage ne s*eo pouvoit prevalloir. Après ceste exécution, lesdicts
1. Jean de Carbonnières, sienr de U Capelle-Biron. U fat mé en 1557 à U bataille de Sain t-Qnen tin.
IM MÉMOIRIS DE MAKTIN DU BELLAY. fAoAl IM3
sieurs se meirent à leur retraide, repassans les bois, mais à grande difficulté peurent retirer leur artillerie, car deux jours et deux ouicts la piuye ne cessa, atleodu mesmes que le pals est de soy fort enfondré et qu'il y avoit grand nombre de bois abattu qui empescboit les chemins; si est ce qu*avec grand travail nous viosmes loger à Nostre Dame d'Anneau S à deux lieues de Stenay et une de Montmedy, deçà les bois, laquelle ville de Montmedy, ensemble d'Yvoy, estoient en l'obéissance du Roy, dès la première conqueste qu'avoit faicte monseigneur d'Orléans, ei Danvilliers esioit abandonnée.
Prise d'Arlon. — Audit lieu d'Anneau arriva monseigneur l'Amiral, pensant venir à temps pour ladide entreprise, un peu mal content de ce qu'on y avoit esté sans luy, mais il n'y avoit eu ordre de le surattendre, parce que l'ennemy le lendemain en devoit desloger pour aller à Luxembourg. Après avoir séjourné un jour audit lieu, nous allasmes loger à Viretoo, petite place du duché de Luxembourg, laquelle estoit abandonnée des ennemis ; audit lieu se trouva monseigneur le duc d'Orléans; la nuict sequcnte, les mare»cbaux de camp deslogerent pour prendre le chemin d'Arlon et avec eux le seigneur de Brissac et toute la cavallerie légère. Arlon est (comme j'ay dict ailleurs) petite ville sur le hault d'une montagne, en asseï forte assiette. Le sieur de Brissac, pendant qu'on fiôsoit l'assiette du camp, alU en attendant l'artillerie l'iove»- Ur, k ce que personne n'y peust entrer ou en sortir; les soldats de dedans, qui pouvoient estre quatre oeos