Rocroy
VÊ MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY [NoT. 4643
ramena ceate trouppe à la Capelle et puis de là retourna trouver le Roy à l'heure de la retraitte de notre année.
Le Roy, qui n'estoit venu que pour secourir la ville de Landrecy assiégée par l'Empereur de toutes les forces d'Allemagne, de Flandres et de tous ses Pays Bas, roesmcs de tous ses Espagnols aguerris avecques le secours des Anglois, voyant avoir achevé ce qu'il avoit entrepris (car il fut mis vivres dedans Landrecy pour le moins pour quinze jours) et qu'il estoit impossible à l'Empereur d'y séjourner son camp huicl jours pour estre le pais ruiné à six lieues à la ronde, à cause de nostre armée et de la sienne, lesquelles y avoient campé six mois consécutifs, joinct qu'il avoit l'hyver à dos, et outre pour les grandes plyues qui continuoient, résolut de se retirer et feit commander qu'un chacun fust prest à desloger à l'heure qui luy seroit ordonnée. Puis estant tout le bagage troussé, il ordonna de sa retraitte et de ceux qui marcheroient devant, au milieu et sur le derrière et sur les aisles. Ledit sieur print le devant, jettant seulement quelques chevaux devant luy; au milieu ordonna monseigneur le Dauphin, son fils, avecques sept ou huict cens liomroes d'armes et quatorze mille Suisses en forme de bataille; sur la queue le seigneur de Brissac, avecques tous les obevaux légers dont il estoit gênerai et quelque an>bunrie, pour le soustenir en quelque paattge a'il s'offrait et dressa sa retraitte à Guise, qui fut le lendemain de Toussaioctê mille cinq cens quarante trois. Les choses ainsi disposées, chacun se meit à la retraitte : le Roy marchoit devant et avecques luy monsieur de Guise et tout devant le bagage, après Tartilierie, puis
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monseigiiear aoeoiiqMigné de messieurs les comte S. Paul et Amiral et à sa queue lesdits chevaux le^n et arcouuers.
L*Efiipereur, au matin, estant adveKy du deslogeto^ki de nostre camp, ordonna dom Ferrant de Godzague pour suivre nostre armée, espérant que sur la retraitte se trouverroit quelque desordre, à cause des t)ois qui estoieot à passer et que communément gens qui se retirent ne sont coustumiers à tenir bataille, ainsi que font ceux qui marchent en avant. Mais ledit sieur dom Ferrant, quant il arriva à la rive des bois, trouva desja l'artillerie passée, et le bagage et toute Tarroée, encores qu'ils eussent esté contraincts de passer à la tile pour la difficulté du passage. Voulant toutesfois ledit de Gonzague entreprendre de recognoistre nostre armée de plus près, feit entrer dedans les bois quelque nombre d'hommes, qui ne firent pas grand voyage, car ils trouvèrent les bois farcis de nostre arcbuzerie qui les servit, de sorte que la pluspart de ceux qui y entrèrent ne retournèrent dire les nouvelles à leurs compagnons. Durant que l'escarmouche s'entretenoit dedans les bois, l'Empereur marcha avec le reste de son armée à la portée du canou près dudit bois; dom Ferrant, voyant qu'il estoit suivy par Sa Majesté, trouva moyen par autre chemin à main droite tirant vers Bohain de faire passer mille ou douze cens chevaux, et quelque nombre d'arcbuzerie, et quelques chevaux légers anglois, lesquels prouffîterent autant que les autres qui estoient aux bois. Car après que nKNueigDeur le Dauphin fut passé et vit son artillerie éL bagage marcher en seureté, il laissa le sieur de Brissac aveoques la cavallerie légère et le seigneur
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de la Guiche^ lieutenant de monsieur le Connestable, avecques cent hommes d'armes, et autres capitaines jusques au nombre de trois cens hommes d'armes, pour soustenir lesdits chevaux légers, et un peu sur le derrière feit jetter ses Suisses, en bataille, et luy avec le reste de ses forces sur les aisles desdits Suisses, pour leur faire espaule, en délibération que si rEmpereur passoit le bois, luy donner la bataille, mais doc chevaux légers à la faveur de la gendarmerie qui les soustenoit et nostre arcbuzerie jettée comme enfans perdus contraignirent Tennemy de repasser le bois, dont depuis il ne fut assez hardy de comparoistre ; il en demoura plusieurs des siens tant pris que tuez, des nostres quelque peu, car en telle marchandise on ne peut gaigner sans recevoir de la perte.
Cependant, le Roy, lequel avoit marché jusques k Tabbaye de Bonhourie, sise sur la rivière d'Oyse, pour mettre ordre de faire passer la grosse artillerie et le bagage deçà Teaue, afin que s'il cstoit question de combattre elle ne s'embarrassast parmy les gens de guerre et les mist en desordre, ayant nouvelles de ceste cavallerie impériale, laquelle avoit passé le bois, et que monseigneur le Dauphin, son fils, estoit délibéré de présenter la bataille, si l'Empereur passoit, tourna bride pour le secourir, ne voulant qu'il combatist sans luy, mais il ne marcha le quart d'une lieue qu'il n'eust advertissement que l'Empereur s'estoit retiré, et que monseigneur estoit sur la rctraitte, après avoir repoussé les ennemis delà les bois, et longuement attendu si quelqu'un s'ingereroit de repasser : par-