‹ Mémoires de Mathieu MoléChapitre 109 sur 146 · LE CHANCELIER SÉGUIER A MOLIÊ · texte numérisé non relu

LE CHANCELIER SÉGUIER A MOLIÊ

Affaire de M. de Bemay. — Prise de la demi-lime près Coibie. — - L'armée de Monsieur s'avance contre les ennemis. — Neutralité du roi de Danemark. — Les Suédois. — Le landgrave de Hesse. — Af&ires d'Allemagne.

a Monsieur , j'ai fait expédier les lettres que vous avez désiré pour M. de Bernay, avec prorogation et délai pour juger. Je crois que vous aurez eu avis de Fentreprise heureusement exécutée par les armes du Roi aux approches de Corbie,: la demi-lune appelée de Rome a été prise , en sorte que par cette pièce Ton est proche du fossé, et la sortie de la ville, du côté de France, leur est coupée. L'armée commandée par Monsieur s'approchera de l'autre côté de la Somme et campera, aujourd'hui, à trois lieues d'Amiens. Les ennemis sont du côté de Montreuil , où ils font leurs désordres accoutumés ; ils se retirent en désordre et perdent souvent leur bagage ^ On envoie quelques régiments de ces armées du côté de Champagne; M. le duc de Longueville a ordre de passer, avec les forces de Normandie. Vous avez su la neutralité acceptée par le roi de Danemark , la résolution des Suédois de continuer la guerre , et qu ils ont pris les États de Lunebourg , défait huit régiments du Saxon

i . Les lettres du chancelier Séguier à Mole nous disent les principaux événements militaires de Tannée 1635, que les Mémoires de Richelieu racontent dans le plus grand détail. On serait disposé à croire que le Cardinal tenait l^eaucoup à établir sa réputation militaire, par les soins minutieux qu'il apporte dams ses Mémoires à la description stratégique de tous les mouvements des armées (T. IX, p. 240 et suiv.). Mais on sait aussi quelle très-grande part 'es secrétaires du Cardinal prirent à la rédaction de ce travail;

et à présent leurs armes sont très-puissantes. Le landgrave de Hesse a confirmé son traité et doit secourir Hermestein ; tellement que les affaires d'Allemagne se relèvent fort. Il faut espérer de tous ces heureux succès une bonne paix ; cependant je vous demande la conservation de votre amitié, en ces assurances que je la chéris et estime de tout mon cœur, et que personne ne désire vous servir plus que moi, qui suis, etc. De Roye, ce 29 septembre 1636. »

LE CHANCELUÎR SÉGUIBR ▲ MOUt.

Les créanciers de la reine Marguerite. — Les Carmes de Paris. - Siéfjt de Corbie. — Les ennemis sont pressés de très-près. — Le eomte de Boftsut est entré dans Corbie.

ce Monsieur , j'ai différé de prendre aucune réM>Iution sur l'affaire des créanciers de la reine Marguerite ^ tant que nous serons en deçà. Les raisons que tous représentez seront considérées et ne sera fait aucun préjudice aux intérêts du Roi. Je ne vous ai rien mandé sur le sujet de Fentreprise des Cannes, H. de Bullion en a écrit et n'ai pas vu que Ton se dispose, en l'absence du Roi, d'user d'aucune force contre ces religieux, particulièrement le Parlement ne témoignant pas approuver ce procédé et ce changement. Cepen* dant, ils prendront établissement, et leur violence leur profitera et servira d'exemple pour entreprendre en d'autres occasions.

« Je ne vois pas que nous soyons disposés à partir si promptement de deçà. L'on croit que le Roi se résout de voir l'événement du blocus de Corbie*; il pouira

1 . Voyez une lettre du Roi sur le même sujet, 1. 1*', p. 110.

2. Nous compléterons les récits relatifs aa siège de Goribit m

DE Mathieu mole. (1636.) mt

peut-être faire quelques promenades', mais son siège et sa demeure principale sera de deçà. Voilà la disposition qui est en vérité du tout nécessaire, pour espérer un succès avantageux de ce que l'on a entrepris. Peut-être il y aura quelque changement, mais si cela est, l'armée se perdra : la saison la ruine assez. U y a Déaninoins vingt-six mille hommes effectifs et neuf mille chevaux. Il faut bien espérer des affaires , la cause est juste, le Roi défend ses États et le domaine de sa couronne. Les ennemis sont toujours fort pressés de plusieurs incommodités à l'apparence, etdevroient se rendre promptement ; mais les étrangers souffrent souvent jusques à de grandes extrémités. Le comte de Bossut est entré dans la ville ; quant à leur armée, elle est toujours vers Arras. L'on a divers avis : les uns rapportent qu'ils veulent entreprendre un secours; Ton ne croit pas qu'ils le puissent exécuter, le campe* ment étant à sa perfection : les autres disent qu'ils n'entreprendront rien de cet hiver et mettront leurs troupes en garnison. Enfin nous sommes en attendant de deçà l'événement des affaires; la maladie continue en cette ville et quelque soin que Ton apporte, Ton ne peut arrêter le mal. Il faut espérer la protection d'en haut et se résigner en sa providence. Cependant je vous assurerai que je suis , etc. D'Amiens , ce 1 9 octobre 1636. »

donnant dans V Appendice aiUX^Mémoires de Molé^ les particularités et le journal de ce siège, rédigés et écrits de la roain de Louis XIII. \ . Le Roi se rendit en e(Tet à Chantilly, le 26 octobre , pour changer d'air et donner moyen de nettoyer son quartier, « où il étfnt mort torce gens de la peste. > {Mémoires de Richelieu^ t. IX, p. M70

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