La pénuiie de l'État était toujours roccasion de création
observations et mémoires faits par roondît sieur le Premier Président et les conseillers de ladite Cour, qui se sont assemblés à ce sujet , suivant la délibération du 6 avril dernier^ arrêtèrent et ordonnèrent que les lettres des pourvus, ledit édit et les mémoires seroient baillés au Procureur Général , avec charge de supplier le Roi de révoquer ledit édit et la création des clercs du greffe et contrôleurs des tiers faite par le même édit, et qu'il en seroit fait un autre pour lesdits
d*ofGces nouveaux, dont la vente servait à subvenir aux besoins du moment. Uédit portant création de charges de procureun tiers , était un de ceux que le Parlement faisait le plus de diffi* cultes de mettre à exécution, quoiqu'il eût été vérifié en préscnœ du Roi , lors de la séance du mois de décembre 1635. Le 2 janvier, Louis XIII manda la Cour pour lui dire qu'il voulait être pbéi : « Je veux Pcxccution des édits vérifiés en ma présence ; fen mi* rerai quinze millions , cela me fait grand besoin et m'est néeen saire pour mes affaires. Je veux croire que le retardemctt M procède de faute d'affection et de bonne volonté de mes MqèlSy Je le veux et le désire, non-seulement pour secours, maïs pour serrfr d'exemple k tous mes peuples ; » mais le Parlement n'onlonna pal davantage d*exéruter l'édit ; celui qui concernait les prinripaletpl^ ces et charges du greffe souffrit la même difficulté. La Cour dëpatt donc pour essayer de nouveau, par une démarche auprès du Rd, de faire retirer ces édits ; mais en présence des cardinaux de Richelieu, de la Valette, du prince de Coudé, du duc de Weimar« do Chancelier, etc., le Roi répondit encore au Premier Président: « Je veux être obéi : j'ai fait des grâces h mon Parlement et on ne m'a pas tenu les paroles solennellement données. Les conseil' 1ers reçus ne sont ofliciers, ne participent aux épices et on ne leur distribue rien : cela est de mauvais exemple pour mes si^jets et officiers des autres parlements , ce qtii me donne sujet de faire un voyage en Normandie. » Sur quelques observations du Premier Président, le Roi ajouta encore : u Je veux être obéi : obéissance vaut mieux que sacrifice, » le Cardinal ajouta : « Vous attendrez la grâce du Roi qui veut être obéi. » — Le Premier Président reconnut alors qu'on avait en effet reçu avec quelque aigreur les conseillers nouvellement créés, ainsi que les Midtres des Requêtes
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tiers seulement , suivant lesdites observations et mémoires. -^
Suivant cet arrêté, ayant pris jour pour aller trouver le Roi, je reçus les lettres de cachet dont suit la teneur, par lesquelles le Roi commandoit que Ton ['allât trouver à Versailles : w Notre amé et féal , écriirant à notre cour de Parlement qu'ils aient à députer vers nous aucunts présidents et conseillers d'icelie, 50ur nous venir trouver en notre château de Ver-
»t les huissiers ; mais que pour les tiers il n'avait point été dit au î^alaîs que les procureurs jetteraient les tiers à la rivière. Un néinoire sur cette question fut ensuite remis au Procureur Généa1 par le Premier Président, et bien que M. Le Jay futti'avis l'exécuter quelques-uns des édits, afin de donner occasion au Roi le se relâcher sur d'autres plus nuisibles à la Cour, le Parlement le persbla pas moins dans son opposition. Le Roi écrivit encore le î mai qu'il trouvait fort étranges les longueurs et difBcultés que kCour apportait à l'enregisl rement, d'autant que les deniers qui tl devaient provenir étaient destinés à la subsistance de Tarmée pi'îl était obligé de mettre sur pied pour la défense de l'État, et enfin Banda la Cour, le 28 du même mois, et leur dit encore : « Je trouve len étranges les longueurs que vous apportez à l'exécution de mes dits desquels je vous ai déjà parlé tant de fois; cependant toutes Des affaires se perdent faute d'argent ; si vous sçaviez ce que fait m soldat quand il n'a point de pain, vous ne feriez pas ce que 'ous faites ; l'argent que je vous demande n'est pas pour jouir ni »our faire de folles dépenses, ce n'est pas moi qui parle, mais 'État et le besoin que Ton en a. Ceux qui contredisent à mes 'olontés sont plus mes ennemis et me font plus de mal que les espagnols. Je veux que l'on m'apporte la feuille des avis de ceux [ui délibéreront, afin que je cognoisse ceux qui me serviront fidèement, et toutes affaires cessant pour cette affaire. Messieurs de la Vrand'Chambre ne font pas mieux que les Enquêtes ; je vous barge. Monsieur le Premier Président, de m'envoyer la feuille à Fontainebleau; il y a huit conseillers qui viennent de partir d'ici [ui ne sont pas reçus. — Monsieur le Premier Président, je me plains lussi de vous : vous avez mis en délibération mes édits quand ils int été par moi enregistrés : je veux qu'ils soient exécutés et je m'en
sailles, mardi prochain à trois heures après midi, nous vous en adressons la dépêche^ et vous mandons et ordonnons que vous ayez à la rendre à la compagnie, et faire toutes les diligences nécessaires pour l'exécution de ce qui est en cela de notre volonté. Si n'y faites faute, car tel est notre plaisir. Donné à Saint- Germain en Laye, le 24* jour de mai 1 637. » Nous fûmes donc à Versailles, le mardi 26 mai, M. le Premier Président, M. le président de Nesmond, Cres-
prendrai à vous. Vous m'avez tous promis plusieurs fois d'exécuter mes édits et néanmoins vous y manquez. Vous voyez que j'ai affaire de vous présentement^ vous vous tenez fort, je sçaurai bien le moyen de m'en revenger. « Le Chancelier ajouta que le Parlement de Rouen en avait vériGé pour douze millions, et le cardinal de Richelieu dit encore : que ce n'était pas tout de promettre, que le Roi vouloit voir l'exécution, et que Sa Majesté désirait qù*on appoilât la résolution a Fontainebleau. Cependant la Cour délibérait encore sur ce sujet le 9 juin, et Taflaire des clercs du greffe revenait aux audiences des 6 et 8 juillet; de nouvelles remontrances au Roi étaient décidées. Le Roi manda le Parlement à son chAteau de Madrid, le 3i juillet, et lui dit : « Je sçai que vous avez résolu de me faire des remontrances par écrit sur le sujet des clercs du greffe ; je veux que vous me les apportiei vendredi , je les entendrai volontiers , d'autant qu'il faut que je parte le 28 ou 39 , je vous y ferai réponse. Je sçai bien ce qui b6 passe dans les chambres des Enquêtes ; cela tombera sur les particuliers; je leur ferai cognoitre, s'ils ne changent, que je suis leur Roi et leur maître. » Le Chancelier ajouta : « Le Roi dans son Pai^ lement est plus mal traité pour ses affaires que ne sont les particuliers, w et le Roi dit encore : « Je veux que vous m'apportiez les remontrances vendredi. » Ces remontrances n'étaient pas prêtes an jour fixé par le monarque, et le Parlement fit demander on délai. Mathieu Mole ne put obtenir que jusqu'au lundi , mais ce jour-là le Premier Président déclara au Roi que « d'autant qu'il y a de certaines régies par-dessus lesquelles il est impossible de passer, la brièveté du temps étoit la cause que les remontrances n'étoient pas délibérées et qu'il falloit un mois pour les rédiger. »
pin , Chevalier, Bouguier, de Champrond , M. Talon, avocat du Roi et moi, et y arrivâmes un peu après trois heures. Le Roi ëloit en un cabinet avec M. le' cardinal de Richelieu, M. le Chancelier, M. de Bul* lion , les quatre secrétaires d'État. Le Roi témoigna mécontentement de la longueur apportée en l'exécution de ses édits , vérifiés en sa présence , et nous dit que, toutes affaires .cessantes, on procédât à la vérification même de celui des tiers ^
Le Roi répondit alors : « Messieurs, je trouve très-mauvais qu'après avoir arrêté vos remontrances il y a si longtemps et le temps que je vous ai donné pour me les apporter, vous ne m'ayez point obéi , Allez ! vous êtes des insolents, retirez-vous. — J'aviserai présentement ce que j'aurai à faire, ne vous en allez point. » M. le Cardinal a dit : « Messieurs , messieurs , retirez- vous I » témoignant par son •maintien qu'il fallait éviter la colère du Roi. Un quait d'heure après les députes rentrèrent, le Chancelier leur redit le mécontentement du Roi, et Louis XIII ajouta : « Monsieur le Premier Président, je veux que toutes affaires cessantes, vous vous assembliez mercredi et que l'on vériGe mon édit des clercs du greffe, et vous charge en votre nom de m^apporter la feuille tout aussitôt que la délibération en sera faite ; n'y manquez pas , car je m'en prendrai à vous, et ceux qui ne voudront pas obéir de bonne volonté, je les ferai bien obéir par force. » — La Cour délibéra de direau Roi que la compagnie était disposée de faire tout ce qui lui plairait et le supplier très-humblement d'avoir commisération des :lercs du greffe, en considération de leurs services, et adoucir Tesmt du Roi. — Le Premier Président fit en effet un discours au Eloi pour adoucir son esprit, et le Roi répondit : « Je suis content ;t satisfait de ce que m'avez obéi, mais la vraie obéissance consiste m Texccution , Ton eût eu meilleure grâce à la faire sans conrainte. » ( Extrait des registres du Parlement,) — Le Parlement )btint quelque satisfaction après ce dernier acte de soumission, car e nombre des ofllces créés fût diminué, mais le mauvais vouoir de la Cour contre les conseillers nouveaux ne cessa pas voy. les documents du mois de mars 1638). i. Collection Colbert, t. CCXVI, p. 250-52.
LE ROI REPREim LES ILES SAINTE-MARGUERITE ET SAUfT-
HONORAT. LA FLOTTE ESPAGNOLE EST REPOUSSl^B.
— LES DRAPEAUX PRIS SUR l'eNNEMI SERONT JïÊPOSÉS EN l']£glISE NOTRE-DAME.
Le 30 mai, le Roi écrivit à son Parlement au sujet de la victoire sur les Espagnols, es iles Saint*Honorat, la lettre suivante : « Nos amés et féaux, ayant plu à Dieu bénir nos armes, dans le dessein du recouvrement de nos iles Sainte -Marguerite et de Saint-Honorat de Lérins , situées en nos mers de levant., et les Espagnols y ayant été pressés de sorte , par les forces que nous y avons employées, qu'ils en ont été chassés en peu de temps ^ et ont été contraints d'y laisser des drapeaux aux armes de TEmpire et d'Espagne , nous avons estime de* voir, pour marque de notre recognoissance envers sa protection divine d'un si glorieux succès ', faire
1. Depuis le mois de septembre de l'année 1635, les Espagnols s'étaient emparés de ces deux îles. La garnison française te défendit faiblement contre Tattaquc espagnole » dirigée par le doc de Femandines et le marquis de Sainte-Croix , ayant sous leurs ordres vingt-deux galères, cinq vaisseaux et quelques chaloupes {Mercure français^ t. XX, p. 72). Le Roi, informé de ce dcsastrei envoya immédiatement à Marseille M. de Beauvaa pour noliscr tous les vaisseaux qui se trouvaient dans ce port. La Provencei très-effrayée de cette invasion espagnole, fit une assemblée des communes à Fréjus et offrit au Roi quatre cent mille écus pour contribuer aux frais de la guerre.
2. L'armée navale de France fut assemblée en Provence et le Roi, après en avoir donné le commandement en chef au maréchal de Vîtry, fixa le rendez- vous général à Cannes. Le Mercure fnu^ cois (t. XXI) contient un long récit de cette expédition, et rap porte « Tordre général que devoit tenir Tarmée el spécialement le régiment de Vitry, la lettre du Roi au maréchal , un discours
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mettre ces drapeaux dans Téglise Notre-Dame de notre bonne ville de Paris, comme en lieu où chacun pourra louer Dieu de cette victeire qu il a donnée a nos armes I et en même temps faire chanter le Te Deum en ladite église % avec les solennités qu'une telle occasion mérite. De quoi nous avons bien voulu vous donner avis par cette lettre , désirant que vous ayez à vous trouver en cette cérémonie, au jour et à rheure qu'elle devra être faite. Ce que vous apprendrez du sieur Saintot *, maître de nos cérémonies ; sur lequel nous en remettant , nous ne vous ferons celle-ci plus longue*. Donné à Viileroi, le 30* jour de mai 1637. »
sur l'état des îles Lérins et leur description , qui fut envoyé au Roi, Tordre général de Tattaque des îles, les noms des tués et blesséSy et de ceux qui s'y sont signalés, les lettres du Roi et du cardinal de Richelieu à rarchevéque de Bordeaux , la capitulation des Espagnols, Tarticle de la reddition des îles, et diverses poésies en Thonneur de ce fait d*annes. » Voyez aussi dans la GasetiCf p. 204 y une relation de Tattaque des îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat par le comte d'Harcourt , et la honteuse sortie des Espagnols hors des îles Sainte- Marguerite (p. 309). »
1. On imprima alors, dans la Gazette (p. 345) « les cérémonies du Te Deum chante à Notre-Dame et des drapeaux qui y ont été portés ensuite de la reprise des îles sur les Espagnols, avec Pavis reçu de la défaite des Croquants (p. 348). »
2. Il présenta en effet cette lettre le 6 juin, et indiqua le lundi 8 comme devant être celui pendant lequel le Te Deum serait chanté à Ï^otre-Dame. La Cour y assista en robes noires, accompagnée des archers de la ville.