LETTBE DE RICHELIEU A MOI
Il recommande une affaire pardcnlîère.
u Monsieur, un des voisins de M. de Beaurêgàrdbampron , ayant pris Toccasion de son absence pour i disputer certains honneurs d* église et droits de lasse et de pêche, dont il jouit par bienfaits du Roi,
prends la plume pour vous conjurer, en considétion du service actuel que ledit sieur de Beâuregard nd à Sa Majesté en ses armées et de TafTection par- :ulière que je lui porte de longue main , de lui don- *r^ en cette affaire qui est maintenant au Parlement, s plus favorables conclusions qu'il vous sera pos- Je et que la justice vous le pourra pei*mettre. Vous surant que je prendrai part à Tobligation qu'il vous I aura, pour vous en témoigner mon ressentiment I toutes les occasions qui me donneront lieu de vous
1 . Par arrêt du conseil d*État, du 1*' mai, le Roi avait évoqué à Q conseil toutes les affaires pendantes à la troisième chambre des kquétes. (Même volume, p. 257.)
2. On trouve également, dans les papiers de Mole, copie d'un •uvel arrêt du conseil du Roi (t. CCXIII, p. 259) portant conmnalion à une amende de cinq cents livres de tout conseiller s Enquêtes qui retarderait le jugement des procès pendants en iirs Chambres. Éten n'indique toutefois que cet arrêt ait été la nséquence de la visite ofBcielle de Mathieu Mole aux chambres îs Enquêtes.
servir et vous faire cognoitre que je sub vëritablement, Monsieur^ votre % etc. Ruel, ce 2 juin 1638. »
DEFENSE AUX BANQUIERS d'eNVOTER A ROICE DES MÉMORIAUX POUR EXPÉDITIONS DE BiHÉFICES.
Lettre du Roi an Parlement. — Lettre du Roi à Mole. — Requéle de Mole au Parlement. — Lettres de Mole à M. Onpay.
(c Nos amés et féaux , sur quelques considéradons importantes qui nous ont été représentées , étant en notre Conseil , touchant les expéditions de bénéfices en cour de Ronie*^ nous avons donné notre arrél| du 14 juin dernier, portant que l'envoi de toutes sortes, de Mémoriaux pour lesdites expéditions sera supersédé jusques à ce que nous en ayons autrement ordonné. Lequel notre arrêt voulant faire observer et exécuter par tout ce royaume , nous avons adressé, pour cet effet , nos lettres patentes du même jour, à nos cours de Parlement, qui vous seront présentées avec notredit arrêt, sous le contre-scel d'icelles ; à quoi
i. Collection Colbert, t. VI, p. 268.
2 . Cette question des expéditions et des nominations aux évédws et aux bénéfices , préoccupait surtout Math. Mole à cause des pré* tentions du duc de Lorraine. Aussi avait-il chargé Godefroi de lui rechercher tous les précédents qui pouvaient éclairer ce point litigieux, et Godefroy écrivit à Mole la lettre suivante :
« Monseigneur, je reçus, samedi dernier, celle que vous m'ava fait rhonneur de m'écrire, par laquelle je recognois que tous avci à gré le recueil que je vous ai fait tenir, et , suivant votre déùf j'ai recherché ce qui s*y peut ajouter, ainsi ^ue reoognottres par le mémoire, nommément pour Tévéché de Pampelune, au royaume de Navarre , usurpé par Ferdinand roi d* Aragon, et pour les évéchés et abbayes des comtés de Flandres et d'Avis, dont Tempereur Charles V extorqua la souveraineté sur le roi Français I*, et pareillement pour les évéchés et autres bénéfices consisloriauz da
nous ajouterons la présente pour vous mander et ordonner particulièrement, comme nous faisons, d'user de diligence en ce qui dépendra de vous pour lesdites observation et exécution : car tel est notre plaisir. Donné à Saint-Germain en Laye, le 13 juin 1638. »
«r Notre amé et féal, nous vous envoyons un arrêt par nous donné étant en notre Conseil , touchant les expéditions de cour de Rome, dont vous verrez la teneur, et le présenterez, ensemble nos lettres patentes du même jour, à notre cour de Parlement ; il sera besoin que vous fassiez aussi toutes les réquisitions nécessaires afin que notredite Cour fasse au plus tôt ce qui dépendra d'elle pour l'observation et exécution de notredit arrêt dans l'étendue de son ressort, et que, de votre part, vous apportiez toute diligence en ce qui vous est enjoint par nosdites lettres patentes. A. quoi vous ne ferez faute , car tel est notre plaisir. Donné à Saint-Germain en Laye le 13* jour de juin 1638.»
marquisat de Saluées, de Bresse, de Béarn et de la basse Navarre, ^e nos rois ont acquis depuis le concordat de l'an 1516.
« Le duché de Milan et le pays de Cambrésis ont été usurpés sur l'Empire par les rois d'Espagne, et sont dans lesdits duché et pays les archevêchés de Milan et de Cambrai , les évéchés de Crémone, Pavie, Novare et autres évêchés et abbayes de valeur; mais je ne sçais comme le roi d'Espagne en use , et s'il y a le iroit de nomination. A tout le moins, est-il vraisemblable qu'il l'y est point pourvu par les papes , qu'en faveur de ceux que, les rois d'Espagne leur recommandent, pour en demeurer d'autant ifTectionnés à la monarchie. Je ne manquerai aussi, d'autre part, Je m'enquérir et rechercher tout ce qui y peut servir pour plus ^rand éclaircissement : comme celui qui suis , Monseigneur, irotre, etc. De Paris, le 25 octobre 1638. T. Godsfaot. »
Ma requête étoit conçue en ces termes : (( Vu l'arrêt du Conseil d*État du Roi, du 44 juin 1638 y signé Bouthilier, par lequel ledit seigneur ordonne que renvoi de toutes sortes de Mémoriaux k Rome, pour les expéditions de bénéfices ou pensions^ sur iceux, sera supersédé, et fait très- expresses inhibitions et défenses à tous banquiers expéditiomiaires de ce royaume d'y en envoyer aucun, jusques à ce qu'autrement en ait été ordonné, à peine de trois mille livres d'amende, et que chacun des banquiers exUbe aux juges des lieux où ils sont établis leur registre, trois jours après la signification dudit arrêt, pour être parafé , en sorte que rien n'y puisse être ajouté touchant les bénéfices; la commisûon pour TexécutioD dudit arrêt de ht Cour adrasaante dudit jour, 14 juin 1638, signée Louis, et pins baS| par le Roi, Bouthilier, et scellée, sur simple quaie, du grand sceau de cire jaune : je requiers pour le Roi lesdites lettres et arrêt être lus, publiés et eiirq[i8lrë8, pour ëtra
1 . On lit daDS les Mémoires de Richelieu^ t. X, p. 424 : « II y avoit longtemps qu'on n'expcdioit point de bulles à Rome pour les évéchés parce qu'il n'y avoit personne qui fît la fonctioD de protecteur de France. Cependant il 'vaquoit tout les joon des éféchés en France, qui demeuroient sans pasteur^. Notre ambassadeur fit insunce à Sa Sainteté d^y apporter remède. Elle répondit qu'il dépendoit seulement de ce que le Roi nommât un autre pro« tecteur que le cardinal Antoine. ... Le Roi voyant toutes ces choses, et ayant avis que difficilement se mettroit-il à la raison en aucune affaire si ce n'étoit par la crainte..., on fit faire défense à ses banquiers à Rome de plus poursuivre et lever aucune expédition. Sa Majesté fit expédier un arrêt de son conseil.... Dès que le nonce en eut avis, il en vint faire plainte, *• etc. Cet arrêt du Conseil devait se trouver dans les Mémoires de Richelieu , mais il n'y fut pas transcrit.
exécutes selon leur forme et teneur, et copies d'iceux envoyées aux bailliages et sénéchaussées de ce ressort pour y être pareillement lues, publiées, enregistrées et exécutées, à la diligence de mes substituts qui seront tenus certifier la Cour avoir ce fait au mois^ »
JLETT&ES DE MOL^ À M. DUPUT.
« Monsieur, vous pouvez croire quel sentiment j'ai de votre mal, et de vous avoir pris à votre retour. Je veux espérer qu'il passera bientôt, et non pas assez tôt pour mon souhait. C'est aujourd'hui le bout de Tan que sçavez , non de la douleur qui ne se passera pas en si peu de temps '•
a Je reçus, hier au soir, les lettres avec un arrêt du Conseil, sous le contre-scel , qui portent surséance de mois, à Rome, des Mémoriaux pour les banquiers, sous peine de commandement de porter leurs registres pour être parafés. Je vous en ferai faire copie.
« J'ai vu les actes imprimés au chap. xx ', auxquels on ajoutera celui-ci. Aussi bien se passe-t-il beaucoup de choses qui seront en exemple à l'avenir. Je serai toujours, etc.
i. Collection Colbert, t. CLIII, p. 3955, 396 et 397.
2. Cette lettre de Mole ne porte pas de date. Il n'est donc pas facile de déterminer de quel bout de Pan Mole veut parler.
3. Le chapitre xx du Traité des libertés de PÉglise gallicane de Oupuy, qui est consacré en efTet aux provisions , émoluments et revenus des bénéfices (voy. sur ce même sujet le Testament poli" ùque de Richelieu)^ aux défenses de faire des pèlerinages , à Tarjent envoyé aux collecteurs du Pape , aux défenses de porter or )u argent à Rome , et de se pourvoir en la cour du Saint-Père , es notaires apostoliques ne pouvant recevoir contrats des choses :emporelles et profanes relatifs «aux sujets du Roi.
Cet ouvrage de Pierre Dupuy, auquel Mole portait le plus vif
408 MÉMOIEES
« J'attendrai l*écrit d*aubaine, qu*il me semble que vous dites que vous m'envoyez*
t< J'attends avec exlréme désir la copie de Técrit qui a été vu en la petite chambre du désert (à Champlâireux). Je n'en ai pas voulu parler, de peur de donner de la peine : j*en ferai la copie, si vous me Tenvoyez* Nous parlerons de TafTaire qui se juge cejourd'bui à Saint-Germain à la,,»* (sic). Je suis tout à vous. *i
intérêt , comme nous !e verrons par plusieurs lettres que Ton trouvera ci-après, était alors sous presse, et il parut en I63î). Quelques années plus tard [1652), Pierre Du()uy ajouta à ce premier travail une seconde publication qui eut pour lilre : Commen* taire sur ie Traité dex libertés de tÉglisr gaUitofir^ dr ma/îrc Pierre Pitkou. En tête se trouve la dédicace suivante à Mathieu Mole : nous l'avons copiée sur Pexem plaire même de Pierre Dupuy (Bîbl, imp,, in-i", E. 1069): n A messire Mathieu Mole, chevalier, premier président et garde des sceaux de France, — Monseigneur, je vous offre le Commentaire' que j'ai fait sur le Traité des libertés de V Église gallicane de ce grand homme M. Pithou* Si je considère mon affection, je trouve, ù la véritét mon présent très-petit; mais le sujet de m<m travail est si beau, si noble et si royal, que je ne dois point douter qu'il ne soit vu d*un très-bon ceil , et reçu avec toute sorte d' applaudissenients. On ne verra rien dans cet écrit qui ne soit constant et indubitable dans Tesprit de tous les François qui ont un vrai et sincère amour pour leur Roi et pour leur patrie. Et néanmoins^ j'apprends, avec beaucoup de i^gret et d'indi^mation, qu'il y a des gens qui font tout ce qu*ils peuvent pour ruiner ces droits, qui sont Tun des plus solides fon déments de rautoritc royale , et Tun des plus beaux et des phis riches ornements de cette couronne. Croyei-moi, je vous supplie^ Monseif^neur , que leur dessein et leurs efTorts ne sont point à mépriser. Comme le bruit extraordinaire de certains oiseaux est' une marque assurée d'une pluie prochaine, l'on peut dire ailtti que l'émotion extraordinaire que ces personnes font paroftre un prestige de quelque mouvement à rencontre de cet État. Re* ceveîE donc, s*il vous plaît, Monseigneur, cet ouvrage que je ne vous envoie point tant en considération de son prix et de sa valeur ^ que sur la conscience que me donne T incomparable amour
DE MATHIEU MOLE. (iG38.) 409
« Monsieur, je vous suis infiniment obligé de voire souvenir et du sentiment particulier que vous avez pour moi. La santé va mieux, grâce à Dieu, et la fièvre m'a quitté. J'espère que ce qui vous est surkenu confirmera votre meilleure disposition à longs |ours. Je ferai ^ demain, chercher T arrêt duquel vous (m'avez envoyé la date et duquel on peut tirer conpéqueûce qu'ayant recours à Rome , pour obtenir
[que j'ai toujours eu pour vous, lequel ayant commencé dès notre
Sandre jeunesse , s'est depuis merveilleusenient accru par la force u raisonnement , et a pris sa dernière perfecûou par la suite du l|em|>$, et surtout par la courtoisie et les bons offices dont il vous Iji p]u de m' honorer. Je ne juge pas à propos d'en faire le dénom- [fcrement en détail ^ de peur que ceux qui voudroient faire comparaison de ce peu qnie je vous donne, avec Tabondance de ce que fj'ai reçu de vous , n'eussent sujet de dire que vous avex très-mal employé vos faveurs envers un homme qui ne les a pas sçu recognoîtrc selon leur mérite. Mais, au lieu des obligations que je ■vous ai en mon particulier, il vaudroit beaucoup mieux faire ici une honorable mention de celles dont le public vous est redevable, puisqu'il jouit maintenant, par la grâce de Dieu, des douceurs de la paix , que je suis assuré être la chose du monde que vous avez le plus à cœur. Je parle ainsi sur la co^oissance que J*aî de votre bonté incroyable, de la grâce merveilleuse qui reluit en toutes vos paroles et en toutes vos actions , de votre piété insigne qui est si rare en ce temps, et qui ne se trouve qu*en ceux qui ont une forte passion pour la concorde et pour Funion, et généralement de tant d'autres vertus qui sont en vous à un degré fi éminent, qu'il n'est celui qui ait le généreux dessein d'exceller lentrc les hommes à qui elles ne puissent servir de patron très- [parfait, et de règle très-assurée pour la conduite de sa vie. Au Veste, Monseigneur, j'ai cru que je ne pouvois confier ce livre à |d^autres mains que les vôtres^ puisque vous êtes Thomme du Imonde à qui je suis le plus oblige, que je n-ai rien fait en ceci qu'à votre persuasion et par votre autorité, et que la vérité, qui a été mon seul but, n'a point de protecteur qui soutiemie ses înté-
rts avec pltis d'aideur et tant de z.èle que vous, m Pierre Du^ut. •
dispense y les évêques b'avoient pas le droit de succéder. Cette question mérite d'être éclaircie, en laquelle se trouvent difierentes opinions. Je ne changerai point d'esprit pour vous témoigner que je suis, » etc.
Les lettres du Roi ci-dessus , touchant les. Mémoriaux des banquiers, avec Farrét du Conseil y relatif , avoient élé portées par moi à la Cour le 46 juin, avec les conclusions, pour être lues, publiées et registrées; mais le 20, je reçus commandement de retirer les lettres et arrêts, ce que j'ai fait, et les ai rendues à M. le Chancelier, sur l'assurance que BT. le Nonce a donnée au Roi de le contenter au retour du courrier qu'il envoyoit exprès à Rome.
LETTRES DE MOUE A M. DCPUT
Indisposition de Dupuy. — Siège de Holst. — NooTcUet diTcnei.
(c Monsieur, en lisant la vôtre, je me satisfais comme si nous parlions ensemble; je ne trouve pourtant personne à votre chambre ; j*ai bien du regret que ce mal continue à ce bon œil. Il me semble qu'il y avoit quelques eaux qui y pouvoient apporter quelque soulagement et que vous en avez donné aux autres. Entretenons nos bâtiments en toutes les parties et les étayons tant qu'il se pourra, et après, six pieds de terre en font raison : ce sont des pensées du désert, desquelles on est bien diverti au milieu de tant d'exercices de la ville.
(c J'ai eu copie du contrat de mariage; c'est asseï qu'il doit être vérifié au Parlement; on y apportera lors tous les remèdes possibles.
DE MATHIEU MCXLÉ. (1638). ili
« C'est un siège important que cdui d'Hulst^ U est commencé tard; mais on s'assure aux entreprises du prince d'Orange, qu'il conduit toujours à sa fin. Je serai votre, etc. Ce dimanche matin, j»
ce Monsieur, j'ai bien du regret de ce qui est arrivé à M. notre conducteur, mais il doit être satisfait de s'être uni avec le Chapitre, et, d'un même esprit, d'avoir contribué à ce qui se pouvoit pour l'honneur de l'Église. Mais sçachons le véritable ordre qui se doit observer, par les exemples passés , non en dernier, mais des précédents; si vous avez les dates des mariages faits en cette é^ise*, je ferai chercher dans nos registres.
ce J'ai vu les lettres de provision, non en style commun, mais digne du nom et de la chaire. On y a mis la dernière clause qui n'étoit point nécessaire. Les présidents du Parlement ci-devant reçus, n'ayant l'âge, ont été reçus en la Grand'Qiambre ; nous nous en entretiendrons bientôt. Ce que je souhaite avec
i . Le prince d'Orange avait envoyé une année en Flandre, qm paraissait menacer Anvers on tout an moins la ville île Hulst; mais loi-squ'elle ent pris le fort de Calloo, elle fut aUaquée (21 juin) par Piccolomini. (Voy. Bazin, HUt.de Louis XW, et les Mém, de Richelieu^ t. X, p. 318.)
2. Ces lettres de Mole ne portent pas de date, elles font partie de la collection Dupuy, t. DCCXQI, lettres xxxii, xxxv, lxxxvii, Lxxxviii, p. 438. >'ons pensons qu'elles se rattachent probablement à la nouvelle suivante donnée par la Gazette. « Le 2 de ce mois (juin), le duc de Longueville, par dispense de Sa Sain* teté, épousa Mademoiselle de Bourbon , dans la chapelle de Thàtel de Condé, Payant fiancée le jour précédent, et le prince de Condé leur ayant fait un souper magnifique. » Il y eut sans doute Quelques difficultés avec le Chapitre pour la célébration du manîage à la cathédrale de Paris.
passion est de vous faire croire par effet que je serai le reste de ma vie votre, etc. Ce samedi matin. »