‹ Mémoires de Mathieu MoléChapitre 123 sur 146 · LE ROYAUME DE FRANCE MIS SOUS LA PROTBCTIOK DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

LE ROYAUME DE FRANCE MIS SOUS LA PROTBCTIOK DE LA VIERGE

Ordiet du Roi. — Difficultés pour la préséance.— Tomnlte causé par la Cour des Comptes.

a Notre amé et féal, écrivant à notre cour de Parlement à ce que, conformément au contenu de nos lettres de déclaration, du 10 février dernier \ elle ait à assister en corps à la cérémonie qui doit se fiure en Péglise cathédrale de Paris, au jour et fête de PAssomption prochaine ^ sur la protection de notre personne , sujets et royaume que nous avons remis à la bienheureuse Vierge Marie, nous voulons et vous mandons que vous ayez à lui rendre la dépêche que nous vous adressons , à tenir la main à ce qu'il soit entièrement satisfait au contenu d'icelle, comme nous l'attendons de Taffection et bonne volonté de cette

1 . Ces lettres de déclaration furent alors imprimées et réptiidues en grand nombre dans le royaume. Il en existe une éditioD d« temps dans la collection Colbert, t. IV, p. 374, elles sont aoiri imprimées dans le Mercure français^ t. XXII, p. 284, Voy. égM lement VHist. de Louis XllI, de M. Bazin, t. H.

2. Cette institution de procession solennelle le joor de l'Aisomption avait été précédée de l'établissement à Paris, par lettres patentes du Roi , de la congrégation approuvée par le Pape sons le titre de l'Exaltation delà Sainte-Croix, pour aider à la conversion des hérétiques et à la subvention des nouveaux convertis ; mais le Parlement avait déclaré, le 5 mars 1638, sur les conclusions da Procureur Général, qu'il ne pouvait ni ne devait entrer en vérification des lettres du Roi. Il y eut de nombreuses églises fondées, vers ce temps- là, et qui furent aussi placées sons Tinvo» cation de l'Exaltation de la Sainte-Croix, entre autres Téglise da Mont-Valérien. (Voy. la Gazette de Tannée 1634 , p. 404.) ,

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compagnie. Si n'y faites faute y car tel est notre plaisir \ Donné à Âbbeville, le 6* jour d'août i 638. m

a Nos SLxnés et féaux ^ désirant que la cérémonie que nous avons ordonné être faite en l'église cathédrale de Paris, comme es autres églises de notre royaume , le jour et fête de FÂssomption de la bienheureuse Vierge Marie y s'accomplisse avec tout l'éclat et l'honneur qu'il convient, nous voulons et vous mandons que, conformément au contenu de nos lettres de déclaration du 10 février dernier, par lesquelles nous mettons notre personne, nos sujets et notre royaume en sa protection , vous ayez à vous rendre en corps, en la manière accoutumée, en ladite église cathédrale de Paris, le jour et fête de l'Assomption prochaine, pour assister à ladite cérémonie ^ comme chose que nous avons en singulière recommandation. Et afin qu'elle se fasse avec toute la décence qui y est requise , nous voulons aussi qu'il soit par vous laissé aux ecclésiastiques six chaires de cfaÉcun côté du chœur de ladite église où ladite cérémonie se fera. Si n'y faites faute, car tel est notre «plaisir. Donné à Abbeville, le 6' jour d'août 1638. »

i . Au moment même où le Roi plaçait son royaume sous le ^^ tronage de la Vierge, la contagion commençait à sévir dans la ville de Paris , si nous nous en rapportons à l'extrait suivant des registres du Parlement : « Le 6 août 1638, une maladie contagieuse s'étant<^déclarée dans les prisons du Châtelet, il fut décidé que les prisonniers seroient transférés dans d'autres prisons et ceux qui étoient retenus pour dettes élargis, à la charge de se représenter le lendemain de la Saint-Martin. Mais la maladie continuant encore le 27 du mcme mois , et l'un des guichetiers en étant mort récemment, on transféra de suite en un autre lieu le temple de la justice et on avança les vacances. »

Le Procureur Général du Roi présenta , le mardi 1 1 août, à la Cour les lettres closes du cachet du Roi, desquelles la teneur est ci-dessus, et lesdites lettres lues, il fut arrêté que Messieurs s'assembleroient en robes rouges, en la Grand'Chambre , le dimanche suivant , trois heures de relevée, et assisteroient à la procession ; et fut ladite lettre portée aux chambres des Enquêtes par M* Gui de Thelis, conseiller en ladite Cour, et aux Requêtes, par le commis au grefle à la charge du conseil , et avertis dudit arrêt.

Le 15 août, jour de l'Assomption, nous avons été en corps de Cour, en robes rouges , à la procession à Notre-Dame, qui s'est faite depuis l'église jusque dans la Cité , et descendant des chaires du chœur du côté droit pour passer dans la nef, s'est mû contention avec les présidents des Comptes, qui ont prétendu devoir se croiser l'un après l'autre, après le premier, second et autres présidents du Parlement; se parlant les uns aux autres, tous les Maîtres , Correcteurs et Auditeurs des Comptes, par irruption sont entrés dans la porte et ont emporté ceux qui y étoient, de sorte qu'en un instant on a vu MM. les présidents du Parlement bien avant dans la nef, séparés les uns des autres. Et s'étant ralliés, sont allés pour reprendre le côté droit, et en étant empêchés par les officiers des Comptes , il y a eu beaucoup de désordre entre les uns et les autres, ^t tel, que ceux des Comptes ont été contraints de se retirer au coin de la rue Neuve-Notre-Dame, du côté du petit Châtelet.

Et le Roi ayant eu avis que le Parlement se devoit assembler pour donner ordre à une. telle entreprise,

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fut donné arrêt en Conseil, qui obligeoil Fane et Tautre compagnie de se retirer par devers Sa Majesté, et M. le Premier Président, n^ayant ¥Oidu assembler, s'est chargé d'en parler : il a dit depuis qu'ayant été Yoir le Roi , il lui avoit donné un Mémoire du droit du Parlement^ et depuis j'en ai dressé un autre justificatif des avantages de la Cour*, et jusques ici cette affaire n'a été décidée.

Mais la naissance de M. le Dauphin étant sur«venue le 5 septembre 1638, les lettres du Roi ont été reçues pour assister au Te Deum, où chacune des compagnies a pris sa place ordinaire; et pouvant encore survenir bruit au sortir, si ceux des Comptes eussent voulu passer en même temps , Riquety, exempt des gardes , a eu ordre, comme il se verra ciaprès par un ordre du Roi , de faire passer le Parlement par Jia porte du chœur ordinaire, et les officiers des Comptes par la porte à main gauche^ au côté de l'autel : ce qui a été exécuté , avec ordre de ne point aller à la procession générale le lendemain mardi '.

LETTRES DE MOLE A M. DDPUT. '

M. de Colombie, — Siège de FonUrabie. — M. le président det Comptes de Fourcy meurt de l'épidémie. — Le traité des libertés de l'Église gallicane. — Indisposition de Mole. — Assassinat commis à Rome. — Mademoiselle de Hautefort.

ce Monsieur, j'avois sçu la peine que vous avez prise, ce matin par M. de Colombie, qui est venu diner avec nous. Le lendemain, la médecine m*a

1. L'original de ce Mémoire de Mole se trouve en effet p. 174, du volume CXXXIX de la collection Colbert. î. Collection Colbert, t. CXXXIX, p. 169, 171 et 173,

arrêté par ordre de ceux que Ton aime bien à votre académie.

(( Les nouvelles de Fontarabie sont bonnes jusques ici'; j'en ai lettre de M. Machault; à son compte cette ville doit être prise maintenant. C'est pour ajouter au bonheur de M. notre Dauphin que nous attendons de moment en moment', et moi l'occasion de vous témoigner par effet que les anciennes amitiés sont les meilleures, et de plus que je serai toujours, etc.

« Si vous n'avez point affaire du livre du temps du roi François, je l'aurai bientôt vu. »

ce Monsieur, mon indisposition ayant continué

1 . Le Roi, par lettres patentes en date du 10 mars 1638 (elles sont imprimées dans le Mercure français , t. XXII , p. 48) , avait nommé le prince de Condé son lieutenant général dans les provinces de Languedoc et Guyenne. Le prince fit marcher son armée par trois routes différentes^ dont deux aboutissaient par le Béarn à la Navarre et la troisième à la Biscaye vers Fontarabie. Le 1*' juillet, il donna Tordre d'attaquer les ennemis, le pas de Behobie fut forcé, le bourg d'Irun pris ainsi que le fort du Figuier et le fort du Passage, et le prince vint alors mettre le siège devant Fontarabie. Le Mercure français donne aussi les détails de œ siège jour par jour (p. 68), d'où il résulte que le 20 juillet les travaux étaient fort avancés. L'armée de terre fut alors renforcée par l'arrivée de l'armée navale , conduite par M. de Bor» deaux ; mais un secours d'hommes et de munitions, envoyé par les Espagnols, réussit à entrer dans la ville vers le 19 août. Voy. aussi dans la Gazette (p. 369, 517) le journal du siège de Fontarabie. Les Mé maires de Richelieu , t. X , p. 273 , contiennent à peu près la même relation et dans les mêmes termes,

2. On Ut dans le Mercure français (t. XXn, p. 47) : c Ce fut au mois de mars que la France conçut une espérance certaine du plus insi{^ne bonheur qui lui soit arrivé sous ce règne auguste et plein de merveilles, savoir la naissance d'un Dauphin, que le ciel ou la providence divine réservoit à cette année, pour la pou* voir dire, avec raison, la plus fortunée de toutes celles dont V\à^

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?tte nuit , j'ai été obligé de ne sortir point. J'espère ae ce sera le dernier désordre; je vous dois le >mpte du bien et du mal, et me promets que Totre inté s'affermira toujours, selon mon souhait et mon ^ssentiment.

ce M. Saintot vint hier au soir, auquel je dis l'hislire du lieutenant de l'artillerie de Fontarabie, qu'il e put croire , et aussitôt envoya à M. Bachelier chez 1. le Prince , qui lui envoya le billet qu'il en avoit »çu. Si on pouvoit nommer celui qui Ta dit, il le erroit pour en apprendre le particulier, et serai, » etc.

« Monsieur, je vous rends grâces de votre souve-

ire précédente a exalté les événements. La nouvelle de la grossse de la Reine commença alors à se publier, et comme chose ue pour le grand désir d'un chacun ; mais depuis le 22 avril 'oy. aussi la Gazette, p. 200), le mouvement de Tenfant senti esque tous les jours par Sa Majesté donna cette assurance à tous I bons François qu'ils se dévoient dire désormais heureux jusqu'à point que d'avoir obtenu accomplissement de leurs vœux, et cette rreur aux ennemis de l'État, que d'y attendre un successeur qui conderoit un jour les armes d'un père , lequel a déjà si souvent omphé d'eux. » — Le comte de Brienne nous rend compte, ainsi l'il suit de cette même nouvelle : « Le Roi vint de Saint-Germain 1 Laye à Paris ; la Reine l'accompagna. J'allai, le lendemain, lui ire ma cour; je la trouvai plus rêveuse qu'elle n'avoit coutume r Tétre et avoit les yeux fort chargés. Cela me fit soupçonner •s lors que cette princesse étoit grosse; je pris la liberté de dire à Reine ces propres paroles : « Madame, une pensée que j'ai que >us seriez enceinte seroit-elle vraie?» La Reine roagit à ma deainde et changea aussitôt de discours; ceci arriva au commennient de dérenibre 1637. « {Mémoires de Brienne , p. 69.) La azette l'annonçait déjà au mois de janvier ( p. 53 ), mais en- >re à mots couverts. Brienne ajoute : « Leurs Majestés en eurent nt de joie qu'ils ne la purent dissimuler : il n'en fut pas de lème de ceux qui étoient attachés à Monsieur, et plusieurs s'a» Lsèrent de faire des plaisanteries de cette grossesse. » Il 27

nir ; le rhume est diminue et ai cru que ne sortant point encore cejourd'hui, je pourrois en être plus tôt délivré.

« Four l'assassinat commis à Rome , il semblé que ce soit un iàit particulier, quoique commis par les domestiques de M. notre ambassadeur. S'ils ont privilège et que l'usage soit de ne les poursuivre, et que par autre voie on a droit d'en tirer raison, on a tort j et en tout cas cette voie de fait ouverte est de très - dangereuse conséquence , chacun selon le droit qu'il se feindra pouvant entreprendre aussi bien contre les maîtres que contre les valets. On sçaura la résolution qui se prendra ici. Croyez que je serai toujours, etc.

« Je sçavois l'histoire de mademoiselle de Hautefort et son adieu. Cela se dira à la première vue^ •

« Monsieur, ce n'est pas pour me défier du messager, car je m'y fierois de la vie, mais pour vous écrire moi-même que, grâce à Dieu, la santé va mieux. M. le président des Comptes, Fourcy, en est mort hier au soir.

« Si nous pouvions trouver l'ordonnance du chapitre vu, 1430, 13 juin, touchant Tordre entre le Parlement et la Chambre, j'en serois bien aise; M. du Chesne l'a vue peut-être ? Je ne vous dirai autre chose, que je suis, » etc.

a Monsieur, vous m'avez obligé de me faire

1. Voy., sur la retraite de la cour de mademoiselle de Haatefort, un article de M. Cousin relatif aux carnets du cardinal Mazarin , dans le Journal des Savants , du mois d'à? ril I S55 , et pour Tassassinat commis à Rome , les Mémoires tT Orner Takm^ p. 69 de notre édition. --

part de vos dernières nouvelles : c'est assez que le livre soit achevé, et Cramoisy vous en doit un entier, et à moi il me fera plaisir de m'en tenir un prél. Si on refuse le privilège à une œuvre si digne du public, il y aura raison de se plaindre : tout est ou imprimé ou écrit en lieu permis. Je me veux promettre de l'obtenir, sinon il y sera pourvu autrement. Si les ecclésiastiques assignés se proposent de l'empêcher pour faire plaisir à Rome, ce sera la peine ; je ne vois point que Ton leur refuse ce qu'ils désirent au nom du clergé. M. l'évêque de Rennes exécute en cette compagnie ce qu'il se met en l'esprit; il a été officier du Roi, mais il préfère bien d'autres intérêts aux siens. Vous aurez Tarrêt du Conseil qu'il a obtenu, et en enverrez la copie, s'il vous plaît. Quelle patience pour des Bretons ! Je ne m'étonne plus pourquoi les chanoines ont tant fait d'instance pour avoir ces six chaires du côté de l'autel, et que tous ceux de toutes les églises catholiques s'y soient intéressés, puisqu'elles ont été réservées pour personnes de plus haute qualité qu'eux. J'ai tant cherché que j'en ai enfin trouvé quelque lumière. Je scaurai si le règlement du conseil est par écrit, je ne m'étonne pas que l'on en parle bien. Veuille Dieu qu'il n'y ait que cela à redire; cela regarde le Parlement; il n'est pas malaisé de voir la fin de tous ces projets. Croyez que je serai toujours, etc. — La dame se porte assez bien , qui se souvient toujours de ce qu'elle vous doit. Toute la compagnie vous salue. On s étonne bien du congé refusé pour revenir en France ; on dit la nécessité extrême. »

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