‹ Mémoires de Mathieu MoléChapitre 14 sur 146 · LE GARDE DES SCEAUX DE MARILLAC A HOUÉ · texte numérisé non relu

LE GARDE DES SCEAUX DE MARILLAC A HOUÉ

M. de Gramont. — L'éyéqtie de Grenoble. — Bons rapports da Garde des sceaux avec Richelieu. — Malignité du inonde et ùmx bruits d«aa disgrâce.

a Monsieur, le ménie discours que vous avez vu, touchant M. de Granmont, a été fait par deçà, avec des artifices bien particuliers, qui néanmoins n'ont pu porter le Roi à aucun changement; mais d'autant qu'il a cru avoir besoin de M. de Granmont par delà, il ordonne à l'un et à l'autre d'y demeurer et faire leur charge jusques au premier jour de janvier prochain, qu'il leur ordonne de se rendre à Paris.

(( Quant à M. de Grenoble, on en a parlé autant ici connue à Paris. J^appelle cela des météores qui se forment en la moyenne région. Le monde interprète à fantaisie. Si j'avois voulu aller à Saint-Jean de Maurietme , j*y aurois été bien reçu, et m'en suis excusé si forlemeut qu'en m'offiant et m'abandonnant à tout ce que la Reine commanderoit, je lui ai fait entendre que je me preparois comme pour mourir, si son secret m\)bligeoit d'y aller. A quoi Sa Majesté et M. le Cardinal m'ont répondu si bénignenient qu'il ne se peut rion désirer davantage.

f( Ces bruits de division et de mauvaise inteliigence si>nt faits à plaisir. Il n'y eut jamais plus de coomiunicalion naturt4le, |>lus fréquente, ni plus amiaUe; il ne se |vAsse noiï tle quelque iroportauce dont on ne m'él'riw^ |HHir en a\x>ir nuMi avis, et ne se présente rien, |H>Mr nH>i ou |H>ur ceux que je puis recommander, que M. W^ l^Af^lin^l i>e ren)hra!«sse avec aflEpclion et témoij^tvaj^t^ d'Amitit^ bien particulière. Et je vois, et au Roi et

en lui, un soin de ma santé que je ne vous désire plus. Je vis comme cela envers M. le Cardinal : je prends soin de beaucoup de choses pour correspondre à celui qu'il a; bref tout ce que peut faire la confiance et l'amitié passe en la sorte que je vous dis; même les affaires qui le peuvent concerner en son particulier, il a agréable de m'en communiquer et avoir mon avis. « J'ai été bien aise que vos lettres m'aient donné sujet de vous écrire ce qui se passe sur le sujet sur lequel le monde forge tant de chimères. Si ce que je vois est division et inimitié, j'estime qu'il faut souhaiter d'avoir plusieurs tels ennemis \ La malice du monde

i . Richelieu dissimula encore son aversion pour le garde des sceaux de Marillac jusqu'après le retour du Roi à Paris. Mais pendant le séjour de ce monarque dans rhôtei des ambassadeurs extraordinaires, qui était proche du Luxembourg , Sa Majesté visitait souvent la Reine-mère qui ne manquait pas de le faire ressouvenir que le Roi lui avait promis, pendant sa grave maladie k Lyon, d'éloigner enfin le Cardinal. Louis XIII hésitait encore à sacrifier son premier ministre, lorsque la Reine mère s'empressa de faire connaître qu'il ne pouvait plus y avoir lieu d'espérer une réconciliation entre elle et le Cardinal, en renvoyant de sa maison madame de Combalet, nièce de Son Éminence. Les larmes et les soumissions du Cardinal ne déchirent point la Reine, et le Roi ne s'étant pas déclaré en sa faveur, il se retira de leur présence et donna Tordre qu'on tînt son équipage prêt pour s'en aller au Havre.

Ici se place la fameuse Journée des Dupes ^ qui assura le triomphe de Richelieu sur la Reine-mère et sa cabale. [Mémoires de Bn'enne, p. 53.) — Le garde des sceaux de Marillac et le maréchal son frère en furent les premières victimes. Un ordre dn Roi exila M. de Marillac à Glatigny, sa maison de campagne, près Versailles, et le maréchal, qui commandait alors l'armée d'Italie, fut arrêté et conduit bientôt après à Sainte-Menehould.Un exempt fut chargé d'aller enfermer l'ancien Garde des Sceaux au château de Châteaudon, où il rnoomt peu de temps après.

est si extrême à faire de tous côtés de faux rapports, si artificieux et si malins, qu'il semble que c'est bêtise de ne les pas croire, et néanmoins ils sont tous faux. Voilà rétat auquel nous vivons : quand il plaira à Dieu, il nous donnera une meilleure vie. Je vois bien les nécessités de rÉtat et prendrai plaisir d'y servir, nonseulement à la paix, mais à trois points principaux pour lesquels le royaume a besoin d'une puissante et très-affectionnée application, à sçavoir : la religion, la justice et le soulagement du peuple. Notre État est convalescent et a besoin d'un grand soin pour faire profiter les bonnes dispositions qui sont pour ces choses, et si, dans les premiers retours de ces bonnes apparences, nous n'en faisons profit , il est à craindre que nous tombions en pire condition ; car la malice est ingénieuse et abondante plus qu'on ne pense. Il y a en l'État des semences de mal capables de causer de grands désordres, si nous n'y travaillons de bonne heure et à bon escient. Je vois bien de ces choses; il me semble en avoir beaucoup de cognoissance, et des moyens pour y travailler utilement et efticacement; mais Dieu les voit encore mieux , et sçait par quelle voie il en a préparé le remède : s'il nous veut faire cette miséricorde, je l'y dois servir. Je le ferai de bon cœur, si Dieu me veut faire la grâce de trouver de la retraite et du temps de vaquer à lui avant que sortir du monde. Je le recevrai comme un bien désiré, il y a plus de vingt ans, sans interruption. Je l'ai témoigné quand je l'ai cru nécessaire; mais devant et après, je demeure, par la grâce de Dieu, en même tranquillité, attendant par la disposition divine et non par mon choix, l'ordre et les occupations de ma vie. Sur ce, je

prierai Dieu vous donner, en sa grâce , heureuse et longue vie *, etc.

ce Je vous envoie la commission de la Chambre de l'Edity en laquelle j'ai rais M. de Chandieu, de la religion prétendue réformée, croyant que c'est en son rang , que j'ai entendu garder. »

LE GAJIDE DES SGEAX3X DE MARILLAC A MOUÊ.

AfEaires de Lorraine. — Nouvelle indisposition du Roi. — Difficultés pour un traité de paix.

(c Monsieur, je vous envoie la commission pour M. le président Séguier, à cause de l'absence de M. le président de Mesmes. Je n'ai point appris que M. de Lorraine vienne trouver le Roi, et me semble que les choses en sont éloignées. Je ne pense pas qu'il y pût faire traiter les affaires remises à la conférence, laquelle il a fort pressée ci-devant, jusques à prendre les remises pour sujet d'offence. A présent, il semble qu'il en a moins de hâte et qu'il la craint plus qu'il ne la désire. Le Roi continue à se bien porter, Dieu merci ; mais quelque petite altération survenue à cause de quelque douleur, lui a causé un peu d'émolion, pour laquelle on l'a fait saigner encore une fois , et , Dieu merci , il en est mieux. Cela avance notre retour à Paris que Sa Majesté désire fort, et a déjà , et les Reines aussi, envoyé arrêter les bateaux à Roanne. Nous voyons peu d'avancenjent à la paix, par la malice et artifices des ennemis qui en allongent toujours la conclusion, attendant de voir l'issue de Casai*. Sur ce, je prie Dieu, etc. A Lyon, le 1 1 octobre 1630.

« De MAaiLLA.c.

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