LE GAADS DES SCEAUX A MOLÉ
Afftùres de Lorraine. — Incendie de la Sainte-Qiapelle.
a Monsieur, pour réponse à vos lettres du premi< jour de ce mois, je suis bien aise que vous vous di posiez à la conférence des affaires de Lorraine. Te père que mon frère se rendra bientôt à Paris pour travailler avec vous. Je vous remercie du soin qi vous avez pris de m' avertir de l'incendie arrivé à Sainte-Chapelle ' ; nous en avions déjà reçu les pr miers avis et sçu le bon ordre et le prompt secours qi vous avez fait donner en cette rencontre, qui a ser à la conservation de ce qui est le plus précieux en saint lieu : dont Sa Majesté a été bien informée satisfaite. Elle a commandé à M. de la Ville-aux-CIer d'écrire à la Chambre des Comptes pour faire fai le devis de tous les ouvrages qu'il faut faire, av un dessin qui soit fait par quelque bon maître , al que Sa Majesté le voie et l'approuve, pour après fai bailler les ouvrages au rabais et pourvoir aux fon
i . Diaprés une luiDute, ooHecdon Colbert , L VI , p. 254.
2. On ne u*ouve aucune mention de cet incendie de la Saîni Cha}>eile dans l'ouvrage de Jérôme Morand sur cette église. & val, Félibien et Saint- Victor, dans leurs histoires de Paris , parlent que des grands incendies des années 4648, 4737 et 47'
ncceasaîres pour iceux. A quoi je tiendrai la main, Dieu aidant* Vous recevrez par cette même dépêche la commission pour la Chambre des Vacations. Je vous ai envoyé celle de la Chambra de TÉdit, et crois que vous Taurez à présent. Excusez^moi, s'il vous plaît , si quelque petite indisposition m'a ernpé-* ché de vous écrire de ma main. Je prie Dieu vous donner*, etc.
« A Lyon*, le 1 4 août 1 630. n
LE GàBPB des sceaux DE MARILLAC A MOLE. Gnériion miracmkotft du Roi. — Fondation pieuie i cette ocoaiion^
a Monsieur, j'estime que vous êtes à présent fort en peine sur la diversité des nouvelles que Ton vous porte de la disposition du Roi ^ à cause qu^l fut hier en tel état, que les médecins n'osèrent se résoudre à lui donner une médecine qu'ils avoient résolu, qu'il ne se fût premièrement confessé et communié : comme il Tavoit demandé au père SufTren, il y ^ deux jours. 11 se con-
i. Collection Golbert, t. Tï, p. 204.
2. Le cardinal de Richelieu, qui était resté à la tête de Parmée fnmçaisey en Savoie, revint à Lyon le 22 août et fit accorder par le Roi une trêve qui fut signée le 4 septembre. Ce fut peu de temps après cet événement que le Roi tomba dangereusement malade.
3. « Le Roi fîit pour lor» attaqué de cette grande maladie qui nous fit entréOMment craindre pour sa vie, et qui causa autant d'alarmes à son Conseil que d'espérances à Monsieur, qui étoit resté à Paris, de posséder dans peu la plus belle couronne de la chrétienté ! Lorsque le Roi crut se trouver hors d*espérance de gûérisoil , il fit de grandes excuses à la Reine son épouse , de n'avoir pas bien vécu arec elle. Cette princesse , se tenant alors comme assurée de la sincérité et de la tendresse du Roi son époux, lui déclara tous les sujets de plaintes qu'elle avoit contre le Cardinal , et fit promettre an Roi que ce ministre seroit congédié. •(Mém, de £ tienne , p. 52.)
fessa donc et communia, avec la plus grande dévotion qu'il est possible; et dès lors, il commença à se mieux porter. U nous dit aujourd'hui que dès lors qu'il vit entrer M. le cardinal de Lyon avec le Saint Sacrement, c'est-à-dire avec le ciboire, il sentit une joie extraordinaire et lui sembla que le ciboire étoit entouré d'une grande lumière. Il y avoit bien deux flambeaux de cire blanche, moyennement gros, portés par deux aumôniers; mais, comme le Roi nous l'a conté, j'estime que la lumière étoit surnaturelle. Aussi est-il vrai que les effets en sont fort extraordinaires, car il se porta mieux dès lors. U prit sa médecine peu après, dont les effets ont été fort bons et en a été beaucoup purgé : il a eu peu de fièvre la nuit. Ce matin , il a eu un froid avec grand tremblement et puis chaud, et après cela est demeuré sans fièvre au jugement de tous les médecins , et j'en ai fait même jugement , ayant bien voulu que je lui aie touché le pouls, aussi réglé et naturel qu'il est possible. Il a pris plaisir à se faire entretenir par ses serviteurs , et montré en toutes manières les actions d'un corps et d'un esprit tranquille et sans douleur.
a La joie est incroyable en tous , comme la douleur d'hier étoit extrême. Aujourd'hui toute la cour, grands et petits, peu exceptés, ont communié. Il nous reste à prier Dieu qu'il continue à rendre parfaite cette guérison, dont j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir ce témoignage, d'une main que je me persuade que vous croyez parler sans enchérissement ni déguisement. Je ne vous parle point des Reines, qui ont montré la grandeur de leur affection en la douleur et en la joie, et le Roi grand plaisir qu'elles soient auprès de lui, et
DE BfATHIEU MOLE. (1630.) 25
que la Reine sa femme le serve. Et cela console tout le monde, voyant amour et union bien grande entre ces personnes royales. Le Roi m'a commandé d'expédier les lettres de l'érection d'un monastère de religieuseSy à l'intention particulière de révérer le Saint Sacrement, où je n'oublierai pas de faire mention de cette guérison miraculeuse et appliquer l'institution à cette intention. Et sur ce, je prie Dieu, etc. ^ Â Lyon, le 28 septembre 1630. »
MOLE A M. DUPUT.
Guérison miraculeuse du Roi.
a Monsieur, changeons nos craintes en assurances de la santé de notre prince, puisque je vis hier au soir dix lettres, du 6 de ce mois, par lesquelles j'appris la continuation des merveilles, et comme les forces revenoient par-dessus le cours ordinaire de la nature. Il y en a beaucoup en cette ville qui ne veulent pas croire ces nouvelles : je vous laisse à juger avec quel esprit. La seule vie du Roi pouvoit dissiper ces orages, qui pouvoient causer ruine à la France. J'attends des lettres ce jourd'hui, puisque l'ordinaire est arrivé cette nuit sur les deux heures. J'ai bien de regret que le pied vous arrête si longtemps; j'apprends néanmoins qu'il vous permet de monter en carrosse. Vous disposerez du mien quand il vous plaira, et de tout ce qui est en ma puissance. Je serai toujours votre, etc. ' Ce 10 octobre 1630. »
i. Ck>]lectioD Colbert, t. VI, p. 205.
î. Collection Dopuy, t. DCLXXXY, lettre xt.