Collection Colbert, t. CCXIV, p
3. A cette même époque, Mathieu Mole se trouva impliqué dans le procès du maréchal de Marillac. Ce personnage, dont la cause s'instruisait par des commissaires extraordinaires , avait présenté requête au Parlement, afin de faire évoquer son procès par cette cour souveraine. Mais, le 10 février, le Roi» après avoir mandé au Louvre plusieurs des présidents et conseillers du Pai* lement , leur fit défense de prendre connaissance de cette aflaire. De nouvelles requêtes de la part du maréchal et de la maréchale n'en furent pas moins présentées.
Mole ajouta au bas de ces pièces, après le soit montré au. Procureur Général du Roi y sur la première : « En conséquence des précédents arrêts de la Cour intervenus sur les commissions extraordinaires, je ne Pempêche pour le Roi. » Sur une autre, en date du 14 février : « Vu Tarrêl du Conseil du 6 février dernier, avec la commission dudit jour, et autres pièces j attachées, je requiers pour le Roi
de la contagion, il paroissoitque les quartiers de Saint- Victor et de rUniversitë étoient grandement infestés, et qu'il ëtoit nécessaire d'ouvrir la maison de Saint- Marcel, destinée pour recevoir les malades de ces deux quartiers : ce qui obligeoit les maîtres, administrateurs et gouverneurs de l'Hôtel-Dieu à grandes dépenses, outre celles qu'ils sont contraints de faire, tant pour la maison de Saint-Louis, qu'à cause du grand nombre des pauvres qui sont au grand H6tel-Dieu , à
très-humbles remontrances être faîtes aadit seigneur Roi, tant sur
le sujet de l'interdiction que des termes extraordinaires contenus
audit arrêt du Conseil , et cependant que , conformément à Tarrêt
de la Cour donné, les Chambres assemblées , le 2 février dernier,
les commissaires ne passeront outre à l'instruction dudit procès,
Jusques à ce que les remontrances ordonnées par ledit arrêt aient
^té faites audit seigneur Roi. » Enfin , au bas des requêtes
du mois de juillet, on lit : « Vu l'arrêt de la Cour du 22 février
<ieniier, et autres pièces y attachées, je requiers pour le Roi l'arrêt
<kmné, les Chambres assemblées, le 11 février dernier, ensemble
celui du 22 dudit mois, être exécutés ; et ce faisant, très-humbles
remontrances être aussi faites sur l'exécution de la commission
du i 3 mai dernier, et les défenses y contenues être réitérées , et
^pe les deux lettres missives signées Fo&tin seront mises au
greffe, paraphées et reconnues, pour, ce fait, prendre telle
<coDcIusion que de raison. » Enfin il y eut un arrêt rendu par
le Parlement , le 4 septembre , dont nous n'avons pas retrouvé
le texte. Cet acte irrita le Roi, et de faux rapports ayant proba-
Wement aigri le monarque, Louis Xni fit rendre, par son conseil
^État , un arrêt en date du 1 2 septembre , par lequel il cassait
celui du Parlement du 4 septembre, interdisait Mathieu Mole de
Texercice de sa charge de procureur général, et Tajournait à com-
ptraître dans quinze jours devant ce même conseil d'État. Omer
Tilon, qui nous a conservé dans ses Mémoires le texte de cet
vrél, ajoute que MoIé essaya d'en éluder l'exécution en faisant
^ire des remontrances à ce sujet par la Chambre des Vacations ,
nuis qae M. le président de Bellièvre s'y opposa. Mole se rendit
^ auprès du Roi à Fontainebleau, « où il fut bien reçu ; et sans
^^tre procédure judiciaire , sa présence et sa gravité naturelle ,
quoi ils De peuvent subvenir, si ce n'est par le moyen d'une levëe extraordinaire de deniers : ce qui fut ordonne par ladite Chambre, et qu'il seroit lève une nouvelle taxe sur les bourgeois de la ville pour les pauvres et malades de la contagion de la maison de Saint-Marcel, semblable à celle ci-devant levée , au payement de laquelle tous les contribuables seroient contraints par toutes voies dues et raisonnables, et que M. TArchevêque seroit prie de faire représenter, par les curés et prédicateurs en leurs prônes, aux habitants, la nécessité des pauvres, pour les inciter à contribuer à leur soulagement.
COMMISSION EXTRAORDINAIRE DE l' ARSENAL.
Le samedi 27 septembre , mon substitut Tranchot,
dont il ne rabattit rien dans ce rencontre, lui firent obtenir Parrét de décharge. » (Orner Talon, édit. citée, p. 6.) — Nous avons vainemenl cherché, dans le Recueil des arrêts du Conseil, aux Archives de l'Empire, cet arrêt de décharge; il ne s'y trouve pas. Noos sommes donc disposé à croire que Mathieu Mole, qui fut bien reçu à Fontainebleau , au dire d'Omer Talon , lequel n'était pas de ses amis , donna des explications satisfaisantes au Roi , et qu'il fut simplement renvoyç sans autre procédure judiciaire. De plus, nous avons examiné avec attention le voluroiiieux procès du niaréchal de Marillac (deux volumes in-folio), aucun document ne s'y rapporte à Mole. Nous pensons donc avoir constaté qu'il n'y eut aucim autre acte administratif fait contre Mathieu Mole , ni même un arrêt de décharge à son avantage, comme le croyait Orner Talon, puisqu'on ne trouve aucune mention de cet acte ni dans l'inventaire de la production du sieur Saintonge, procureur général du Roi prés la commission extraordinaire chargée de ce procès contre le maréchal de Marillac, ni dans Tétat des pièces de procédure. (Procès de Marillac^ p. 121 et 140, coll. Brienne, t. CXCm.) Mole revint donc à Paris reprendre ses fonctions. — C'est 1'o(hnion exprimée par M. le comte Mole dans son travail sur la Fie de Mathieu fifoiéf son ancêtre, p. 15 et 16.
qui avoit reçu ordre de la Cour de s'informer quel étoit l'établissement de certains commissaires que Ton disoit prendre leurs séances en TÂrsenac , lui rendit compte de ce dont il s'étoit enquis , et qu'il avoit appris qu'il y avoit une Chambre qui ëtoit établie à l' Arsenacy ainsi appelée , laquelle étoit composée de deux conseillers d'État , qui avoient été Maîtres des Requêtes, et de six Maîtres des Requêtes, avec six conseillers du Grand Conseil et d'un Maître des Requêtes qui prenoit la qualité de procureur général , lesquels avoient déjà tenu quelques séances. Que la Cour avoit arrêté, par plusieurs fois, de faire des remontrances au Roi, au sujet de ces commissaires extraordinaires, et qu'il importoit d'y pourvoir. 11 fut arrêté que Tun des quatre notaires et secrétaires de la Cour feroit inviter deux de messieurs les Maîtres des Requêtes dénommés en ladite commission , de venir lundi prochain prendre leur place en ladite Chambre pour les ouïr sur ce sujet , et leur faire cognoitre les intentions de la compagnie.
Le 22 septembre, M. Favier de Cricqueville, et M. de LaflTemas * , Maîtres des Requêtes , vinrent prendre leurs places, et le président de Bellièvre leur dit : « Que la compagnie les avoit conviés de venir, afin de conférer avec eux des moyens qu'il y avoit de faire cesser les commissions dont ils étoient chargés. » M. Favier répondit : « Que ce n'éloit point chose qu'ils eussent affectée, et qu'ils seroient toujours très-disposés à suivre les intentions de la compagnie dont ils ont
1 . Il a déjà été question de ce personnage dans la correspondance de Mole el du Garde des Sceaux (t I*% p. 405 et 408), oomme d'an homme fort décrié.
7S MEMOnŒS
rhoDoeur d'être; mais, que le Roi ayant eu plainte de quelques particuliers qui étoient prisonniers en la Bastille y ils furent commis , lui et le sieur Fouquet, pour les interroger, dont ils ont rendu compte à la propre personne du Roi , et que , depuis peu de jours, ladite commission leur avoit été adressée par commandement du Roi , avec charge de travailler en diligence au jugement des procès. Après avoir remontré la conséquence de telles commissions , M. de Bellièvre les prévint que la Cour avoit arrêté de faire des remontrances au Roi , et que l'affaire méritoit bien que le Roi en fut informé et M. le Garde des Sceaux- aussi; mais que cependant, il leur ordonnoit de sursecMr à Texécution de leur commission. M. Favier répondit qu'il en rendroit compte aux autres commissaires , et lui feroit sçavoir, au premier jour, ce qu'ils auroient avisé entre eux.
épmÉMIE A PàRIS.
Le 24 septembre, la contagion continuant toujours dans Paris , je fis remarquer à la Cour qu'il y auroit péril de permettre la foire Saint-Denis, et je requis qu'il fût fait défenise de la tenir à Saint-Denis, le 8 octobre prochain. Ce que la Chambre des Vacations trouva bon d'ordonner.
RiDucnoif DE MAirrouE.
Le 2 octobre , Tranchot, mon substitut, porta à la Chambre des Vacations les lettres de cachet du Roi, desquelles la teneur ensuit : a De par le Roi. Nos amés et féaux , la nouvelle que nous avons eue de la réduction de la ville de Mantoue, nous a semblé ()e telle
conséquence pour l'affermissement qu'elle apporte à la paix publique de Fltalie et, par contre-coup, à celle de la chrétienté , qu'elle mérite d'être divulguée , et d'autant plus que c'a été le but de nos armes et de nos travaux queDieu abénis, et cette couronne en conserve la prérogative en laquelle elle étoit de protéger les princes oppressés. Nous vous donnons part de ce succès, lequel, par divers respects, se rend considérable, et la bonne foi avec laquelle le traité a été exécuté nous donne autant de contentement que la gloire avec laquelle la ville de Casai avoit été défendue ; laquelle a été d'autant plus grande, que cette action s'est trouvée accompagnée de justice et dénuée de toute ambition, n^en ayant point eu que d'établir les choses aux termes de la raison , mais tenant un chacun en la possession du sien. Â quoi voyant l'Empereur concourir, nous en ressentons de la joie, dont l'objet est pris plutôt du soulagement qu'en recevront les peuples chrétiens, que du désir de s'accroître en quelques prises et de voir exposé à la ruine et désolation auxquelles les provinces sont soumises, où la nécessité y attire des armées. Si , des succès éloignés , il peut être tiré des conséquences pour les choses plus proches, de celuilà pouvons inférer le peu d'assistance que doivent espérer, des princes étrangers, ceux qui veulent troubler la France, n'y ayant point d'apparence de croire qu'ils rendent des places qu'ils ont occupées par la force de leurs armes , pour ne rompre avec nous , et qu'au même instant ils veulent donner des forces pour envahir cet État, à la conservation duquel étant obligés, il n'y aura moyen dont nous ne nous servions pour le défendre d'oppression à l'avenir, et justifier, de
même qu'il a été fait de nos premiers desseins , qu^ils ont été entrepris avec prudence et exécutés avec valeur, et que notre règne sera toujours accompagné des bénédictions du ciel, comme nous en prions le Créateur. A quoi nous estimons que vous contribuerez de vos vœux. Donné à Vandœuvre, le 29 septembre 1631. »
MAUVAISE RéCOLTE DE BLÈ,
Le mercredi 15 octobre, j'apportai à la Chambre des Vacations, des lettres de cachet du Roi, desquelles la teneur ensuit : « De par le Roi. Nos amés et féaux, ayant prévu que les traites de blé pourroient apporter de l'incommodité à nos sujets , attendu que la der« nière récolte n'a été si abondante qu4l eût été à désirer, nous avons jugé à propos, pour y remédier, de faire défense de transporter aucun blé et grains hors de notre royaume. Sur quoi nous avons fait expédier nos lettres patentes de déclaration, que nous vous envoyons. A ces causes, nous voulons et vous mandons que ayez à faire lire, publier et enregistrer nosdites lettres de déclaration en la Chambre des Va* cations, et le contenu en icelles faire garder et observer, selon leur forme et teneur, sans permettre qu*il y soit contrevenu en aucune sorte et manière que ce soit. Si n'y faites faute, car tel est notre plaisir. Donné à Fontainebleau, le 8* jour d'octobre 1631. »