‹ Mémoires de Mathieu MoléChapitre 43 sur 146 · I. Collection Colbert, t. CCXm, p. i · texte numérisé non relu

I. Collection Colbert, t. CCXm, p. i

t. Pour répondre à la demande du Roi , Mole rédigea le Narré suivant y sur l'incident des lettres patentes du 7 décembre qui Tarent présentées le i 1 au Parlement. Nous donnons en note ce Narré, parce qu'il ne renferme qu'un résumé plus succinct des événements déjà racontés ci-dessus en détail :

VÀMMjk PAETICULIZR ERTOTi AU ROI.

« M, de Bullion prit la peine de m'envoyer, lundi matin , les lettres patentes portant délense de s'assembler au Parlement et de ûdre des remontrances au Roi par écrit, et me convia de me trouver chez M. le Premier Président l'après-dînery avec MM. de Bullion et le président de Bellièvre. Après avoir examiné le contenu desdites lettres , il fut trouvé à propos de ne les présenter point, mesdits Sieurs les Présidents se promettant d'obtenir de la compagnie ce qui pourroit contenter Sa Majesté.

« Le mardi, M. le Premier Président tint l'audience , et le soir M. de Bullion m'ayant voulu obliger de m'écrire ce mot (ci -dessus, p. 95), en prévoyant l'importance de cette affaire, je fus trouver MM. les Premier Président et président de Bellièvre, auxquels je inontsai l'écrit reçu, et que, si je ne recevois autre ordre dedans le

ilO MÉMOIESS

TavioDs expressément epjoinU Vous nous maodarez aussi qui sont ceux qui ont promu ladite assemblée des Chambres, si les Enquêtes ont été mandées par li Grand'Chambre , ou si elles se sont assemblées d'elles-mêmes, et nous envoyerez Tacte signé de la délibération du Parlement qui sera intervenu sur nos lettres. Et au surplus , vous nous informerez exactement et soigneusement de tout ce qui s'est passé en cela, selon que nous vous Pavons déjà mandé. Si n'y

lendemain mercredi sept heures, je ne matiquerois pas de présenter les lettres. M. le Premier Président écrivit ausoitét à M. de Bullion sur le sujet de la lettre qu'il m'avoit envoyée, en lui mandant ma résolution. Il lui fit réponse qu'il ne doutoit point que le Roi auroit agréable que je me conduisisse en cette affaire par son avis. Je vis cette réponse dès le aoir, et je lui fis dire que ta, dans le lendemain sept heures, je n*avois autre chose de sa part, que je ne manquerois pas d'entrer en la Grand'Chambre.

« Le mercredi à six heures du matin, son secrétaire me vint dire qu'il trouvoit à propos de ne porter point les lettres, et néanmœns je ne laissai pas de me rendre au Palais de bonne heure , et aussitôt je fis appeler Langlois , commis du greffier, qui me dit qu'il avoit eu ordre de M. le Premier Président de dire à l'un des siens qu'il me vînt trouver pour me dire ce que dessus. Je désirai néanmoins que M. le Premier Président sçût que j'étois arrivé, et que s'il étoit en la même résolution , j'y acquiesceroit volontiers , sinon que j'étois prct d'entrer. Langlois lui fut dire, qui me rapporta que c'étoit assez et qu'il persistoit au même avis. Et ce même jour, M. le Premier Président assembla les Chambres, et, par son ordre messieurs des Enquêtes vinrent prendre leur place et commencèrent à délibérer, et remirent au lendemain.

« Ce qu'ayant appris, et reçu dilTérents avis, le même jour, que l'événement tomberoit sur moi , et que si la résolution ne plaisoit au Roi , que l'on diroit infailliblement qu'elle n'eût été telle si la volonté du Roi, portée par ses lettres, eût éîé cognue de la compagnie , je me rendis dès sept heures au Palais, le jeudi i i décembre, et aussitôt fis avertir par Langlois M. le Premier Président quoi s'il y avoit moyen, je lui pusse parler au grefle. Il prit la

faitéÉ faute, car tel est notre plaisir^ Donne à Chàlôns^ le 1 Ô* jour de décembre 1 63 1 . »

Le jeudi 1 8 décembre , je suis entré en la Grand'-^ Chambre et ai fait entendre que^ le 1 1 ^ j'avois apporté les lettres patentes du Roi portant défense de s'assèm** lller, sur lesquelles la Cour ayant délibéré , elle a ar^ rété qu'elles me seroient remises entre les mains. Que le Roi ayant eu avis de cet arrêt ^ il lui a plu ^ par lettre de cachet du 1 5 , qUe j'ai reçue avant^hier^ me commander de lui envoyer l'arrêté signé. Que l'ayant fait demander à Langlois, il en avoit fait quelque difficulté de me le délivrer'; que je suppliois la compagnie

peine incondnent d'y veniri et ayant conféré ensemble, il fut arrêté entre nous qu'il étoit à propos de les présenter : ce que je fis.

« Je dis que j'avois reçu commatidement du Eoi de présenter de suite des lettres de cachet par lesquelles il lui plaisoit défendre les assemblées <tes Chambres et les remontrances par écrit , comme, d'une part, ils pourroient ju^er par la lettre l'importance de tels commandements, aussi, d'autre part, étoit-il nécessaire de satisfaire à la volonté de son prince, témoignée si expressément qu*il y avoit lieu de craindre son courroux si on y contre venoit. Et nous avons pris nos conchisions par écrit , qui pouvoient servir de moyens, laissam les choses en état pour apporter le remède à ce que la compagnie pouvoit désirer. Il y a eu donc arrêt , ce jour, par lequel il fut arrêté que les lettres me seroient remises entre les mains y et que l'on continueroit l'affaire commencée. » (Collection Colbert, t. CCXni, p. 176.)

i. Collection Colbert, t. CCXIH, p. 480.

S. « Cet alrété ayant été baillé en parchemin à mon homme par I^anglois , je parlai , à dix heures , à MM. les Présidents du commandement du Roi porté par la lettre du 1 5, et ayant recognu leur diversité d'avis, les uns soutenant qu'il ne devoit être écrit , suivant l'intention de la compagnie, et les autres au contraire qu'il avoit été ainsi résolu, je le rendis au greffier, afin que, si la compagnie eo étoit d'accord , il me le rendit le lenderoaiué Les Chambres ayant été assemblées, il a été arrêté qu'il n'y en auroit point d'écrit el ainsi il s'avoit pas dû être eiqpédié, et ai fait rompre

ils MÉMOIRES

de lui commander de Texpëdier et de me le bailler, sinon que je pusse sçavoir Tintention de la Cour pour foire réponse au Roi. Et en ayant parle à la Grand * Chambre, ils ont remis l'affaire à dix heures. Et à cette heure, MM. les présidents ont envoyé que« rir MM. les présidents des Enquêtes, auxquels il& ont fait entendre ma demande, pour recognoltre si d'un commun accord il y auroit moyen; et néanmoins il m'a été dit que le lendemain on me rendroit réponse.

Le vendredi 19, les Chambres ont été assemblées, auxquelles M. le Premier Président a fait entendre ce que j'avois proposé le jour précédent, et, l'affaire mise en délibération, le greffier m'est venu que> rir, et, les Chambres étant encore assemblées, M. le Premier Président m'a dit que, pour réponse au Roi, je lui pouvois écrire que son Parlement nlivoit point fait d'arrêté par écrit, et que l'assemblée des Chambres sur ce sujet et autres affaires suivantes, ont été faites par Tordre accoutumé. Et en outre, qu'il seroit écrit au Roi, de la part de la compagnie, pour lui rendre compte de ce qui s'étoit passé et lui donner toujours les assurances de sa fidélité ' : ce que j'ai fait à l'instant, par un courrier exprès*, et les lettres sont du 19, ainsi qu'il suit :

« Sire , je n'ai pas manqué , dès le 1 3 de ce mois ,

le parchemin. » (Note de Mole.) C'est sans doute cet incident qui a donné lieu à l'erreur commise par Orner Talon et dont nous avons parlé ci-dessus , p. iOi .

i. Collection Colbert, t. CCXIII, p. i84.

S. On trouve, de plus» dans les papiers de Mathieu MoIé IVn* trait suivant des délibérations du Parlement :

« Le vendredi 19 décembre, M. le Premier Président i dit à

DE MATHIEU MOLE. (1631.) ii8

de donner compte 4e la résolution de votre Parlement sur les lettres patentes de Votre Majesté portant défense de continuer les assemblées. Et depuis, ayant pressé le greffier de me délivrer Tarrét par laque! il a été ordonné qu'elles me seroient remises entre les mains, il m'en a fait difficulté. Ayant donc reçtj commandement de Votre Majesté, par ses lettres du 45, de lui envoyer l'acte signé, j'en fis instance ce matin en la Grand'Chambre ^ n'ayant point eu réponse, ains ayant remis l'affaire a demain, je n'ai pas voulu manquer, en attendant , d'écrire pour satisfaire à ce que je dois.

« Les Chambres ont été assemblées ponr délibérer sur les letti%s par l'ordre accoutumé en la compagnie, et les Enquêtes y ont été appelées pa;r le cenimts au greflb qui* sert en la, Grand'Chambre, et ce, depuis le mercredi 1 9 de ce moia jusques au 1 6, que l'audience a été tenue. Et comme les affaires qui se sont traitées

la Cour, les Chambres assemblées , que le Procureur GénéMl du Roi aToit reçu lettre dé cachet dudit seigneur, afin d^avoir Tarrété de Jàdile Cour sn^le sujet de ses lettres pi^ti^tes données à Chà" tean-Thierry le 7 de ce mois , portant défense de s'assemle^ et de lui faire remontrances par écrit. — Ladite Cour, toutes les Chambres assemblées, a arrêté qu'elle écrira au Roi sur m sujet, et ponr dresser la lettre et iielle rédiger par écrit , deux de messieurs de la Grasd'Chambre seront députés 41 un de chacune Chambre avec deux de messieurs les présidents, et auparavant q«e lesdites lettres soient envoyées, setont lues tant en la Grand** Chambre qu*ès autres, et envoyées p^r Pûn des .secrétaires de la Cour; que le Procureur (rénéral du Roi écrira andk teigaeur qu*il n*y a aucun arrêté par écrit sur lesdites leltrea, et que les Chambres ont été assemblées en la manière accoutumée ; et en oalre, a été aussi arrêté que les arrêtés dis dianihres sa teroient délivrés que de Tordonnance de la Cour, toutes lés Chambres assemblées. » (Coll. Colbert, t^COXOl, i^. iS2.)

avoient suite avec les précédentes , aussi pr^tend-on que Ton n'a pu faire autrement. Je ne doute point que les arrêts donnés durant ce temps n'aient déjà été envoyés à Votre Majesté par ceux auxquels ils ont été signifiés et desquels copie est ci-enclose.

« J'oserois , Sire , témoigner mon extrême regret que, comme les commissions extraordinaires sont exercées par Tautorité de Votre Majesté, on ne lui ait laissé plus de sujet de les révoquer plus tôt. Ce que Tonpouvoit bien plus aisément se promettre par les humbles remontrances à Votre Majesté, qui, recognoissant le préjudice notable fait à Tordre public par tels établissements , se fut aisément portée à les supprimer, par le seul mouvement de sa puissance et de sa justice. Laquelle, néanmoins, éclatant en toutes les résolutions qu'elle prend, déférera toujours beaucoup plus, en ce qui regarde les fonctions de ses officiers, à leurs sincères et véritables intentions qu'à quelques actions qui portent contradiction à ses volontés. Je n'aurai jamais autre désir que de témoigner, par effet, que je serai tout;e ma vie, de Votre Majesté ^, etc.

ce Ce 18 décembre 4631. »

LBTTBS DB MOL^ AU GÀMSiÈ DES 8GKAUX.

ce Monseigneur, par les lettres du Roi du 1 5 de oe mois, j'ai recognu les sentiments de Sa Majesté sur ce qui s'étoit passé au Parlement, en^la délibératioii sur les lettres patentes portant défense de s'assemMer. Je vous en avois déjà écrit dès le 13, et eusse encore soubaité pouvoir différer, me promettant toujours

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