‹ Mémoires de Mathieu MoléChapitre 48 sur 146 · Collection Colbert, t. CGXIU, p · texte numérisé non relu

Collection Colbert, t. CGXIU, p

bien si, de fortune, vous n'avez encore tiré la réponse de Messieurs de la Cour, cette lettre vous servira de prétexte de les en represser. Je n*ai pu imagiqer sur quoi elle est fondée, en ce qui concerne de mander celui qui a présidé en la compagnie, le jour que les lettres patentes dont est question y furent par vous présentées; si ce n'est que M. le Premier Président ne s'y fût pas trouvé, ou qu'il l'eût désavouée à M. de Bullion, et en ce cas» cela va pour frapper coùtre celui qui y aura été, ou bien pour blâmer M. le Premier Président , lequel a dépêché par deçà M, de Fontenai, qui y fait retentir les plaintes et les mécontentements qu'il a de quelques-uns de Messieurs. Je n'ose dire qu'il ait tort ni raison, car je ne sçais qui Ta en l'affaire : car, si bien d'un côté je blâme Messieurs de la Cour, de l'autre, je ne suis pas satisfait de nous, qui voulons toutes choses, non-seulement pour en tirer avantage , mais pour déprimer les autres. Cela, 8^ il vous plait, demeurera de vous à moi, de qui vous ne sçaurez rien de nouveau, si ce n'est que Ton attend en cette ville M. de Lorraine, et que l'on y attend la nouvelle de la réduction de Moyenvic*, que nous ne sçaurions avoir avant dimanche matin , tant les chemins sont mauvais, bien que cette place ne soit distante de cette ville que de neuf lieues, où il commence fort à nous ennuyer : mais il n'est pas temps.

i. L'empereur d'Allemagne s'était emparé de Moyenvic , place de l*évéché de Metz, pendant que le roi de France était occupé en Italie , et il Tavait soigneusement fortifiée. Louis Xin demandait le rasement de cette place, depuis plus d'un an, sans pouvoir Tobtenir ; il se résolut donc à en faire le siège ; mais cette ville capitula aussitôt que le maréchal de la Force l'eut investie.

mais bien que je finisse et que je i^ous supplie de m'honorer*, elc. De Metz, ce 25 décembre. »

LETTBE DE MOhà A M. DE LA TILLE-AUX-CXXECS.

(c Monsieur, par celles qu'il a plu au Roi de m'ëcrire, le 25 du présent, qui me furent rendues hier au soir, je recognois que mes lettres de» 12 et 18 vous ont été rendues, mais non celle du 19, et ne puis que me plaindre justement du courrier envoyé par M. de BuUion, auquel, moi-même, je baillai les deux paquets des 18 et 19, ayant envoyé reprendre, chez M. de Loménye, celui du 18 qui n'avoit pu encore être envoyé. De rechercher la cause de ce défaut, je ne sçais si ce seroit prudence, mais bien la justice. Je ne peux en parler qu'avec quelque ressentiment, puisque si elles eussent été portées, elles eussent peut-être satisfait à rintention de Sa Majesté : car, ayant reçu son commandement de lui envoyer Tarrét signé, je lui mandois que sur la difficulté par le greffier de me le délivrer, j'étois entré en la Grand'Chambre et que Taffaire avoit été remise au lendemain : de laquelle action il semble que Sa Majesté ne demeure pas satisfaite. Mais comme larrêt avoit été résolu les Chambres assemblées, aussi la Grand'Chambre trouva à propos que la réponse qui me devoit être faite fût concertée en la même compagnie ; et c'est pourquoi elle différa jusques au jour suivant , qui étoit celui auquel les Chambres furent assemblées. Et après avoir délibéré, il me fut dit par M. le Premier Président, en présence de toutes les Chambres , que , pour réponse

i. Collection €k>lbert, t. GGXni, p. 204.

D£ BIATHIEU MOI^. (1631.) 131

3u commandement du Roi que j'avoisf fait entendre à J^ Cour, j'écrirois que, sur les lettres patentes portant ^éfetise de s'assembler, il n'y avoit eu aucun arrêt par ^^nrit et que les Chambres avoient été assemblées par l ^ ordre ordinaire en la compagnie. C'est ce que j'é- ^K^ivis le 19, en un paquet séparé, auquel il y avoit ^^ttres pour M. le Garde des Sceaux et pour vous, que û cru encore vous devoir mander et assurer que les ttres patentes furent présentées à la deuxième lee, les Chambres assemblées , et délibéré qu'elles me ^ joient remises entre les mains. Et encore que ce soit □ arrêt de la compagnie , il est vrai de dire que son ^tention n'a pas été qu'il demeurât par écrit, comme )^ le vois par le résultat de l'assemblée du 19, duc^%jel la copie est ci-endose, par laquelle vous recognoitjncz qu'elle avoit aussi résolu d'écrire au Roi sur ce ftujet. Mais comme la lettre étoit prête d'être envoyée, V arrêt du Conseil du 16 fut mis entre les mains de M. Bouchet, doyen, qui, témoignant l'indignation et courroux du Roi, n'a laissé autre parole en la com- V^ieque les voix d'obéir. Et pour cet effet, tous les <iéuommés en icelui sont partis, ce matin, pour aller trouver Sa Majesté, là par où elle sera. C'est la vérité de ce qui s'est passé. Et d'autant qu'il plaît à Sa Majesté me commander d'envoyer réponse au plus tôt, [ea ai chargé ce porteur qui ne manquera de la rendre assurément.

« Le paquet du 19 portqit adresse : à M. le Garde des Sceaux, dedans lequel il y avoit lettre pour vous. S'il ne Ta reçu, ou le courrier Ta perdu, ce que je ne présume pas, puisqu'il a r^udu celui du 18, ou il a ^^é retenu. On en fait bien d'autres et on en écrit bien

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d'autres au préjudice des uns et des autres. Malheur si la vérité de nos actions ne parolt que par le rapport d'autrui, qui ne se donnent pas la peine de le

scavoir * !

LETTEK DE MOLli A M. LE GARDE DBS SCEAUX.

(c Monseigneur, vous ne condamnerez pas ma plainte, puisque ayant satisfait au commandement du Roi, porté par ses lettres du 1 5, et écrit la réponse de la compagnie, je recognois néanmoins, par celle du 25, que les miennes ne vous ont point été rendues, encore que le même courrier qui a porté celle du i8, fût chargé par moi-même de celle du 19* Les lettres patentes portant défense de s'assembler, ont été présentées au Parlement le 11. Elles ont été lues les Chambres assemblées, M. le Premier Président y étant, délibérées et arrêté qu'elles me seroient remises entre les mains. Et encore que ce soit une résolution prise, ce n'a pas été l'intention de la compagnie qu'elle fût écrite pour demeurer dédans les registres, puisque ayant fait instance que l'arrêté signé du greffier me fût délivré, il me fut dit, les Chambres assemblées, par M. le Premier Président, que j'écrirois qu'il n'y avoit aucun arrêt par écrit sur lesdites lettres et que les Chambres, en toutes leurs délibérations précédentes, avoient été assemblées en la manière accoutumée. J'envoie ce porteur exprès, puisqu'il platt à Sa Majesté me commander de lui envoyer réponse au plus tôt et qu'elle puisse être éclaircie assurément.

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