Collection Colbert, t. CCXni, p
non pas les moyens que j'avois observés pour parvenir à la fin. Je n'ai pas essayé de rechercher mes décharges, croyant que tout ce que je pouvois contribuer de soin ne pouvoit que satisiaire à mon obligation ; mais je recognois la méthode du siècle, que l'on ne cherche que sa décharge particulière, au dommage non-seulement d'autrui, mais même de rafiaîre de laquelle on entrepreiid la conduite. J'ai préféré jusques ici ^ fin qui réussissoit au contentement de mon maître, à mon intérêt particulier, souffrant d'être blâmé quelquefois de ce que je faisois un jour» pour plus aisément parvenir à ce que l'on avoit désiré de moi ; et n'ai pas cru devoir porter l'événement de ce qui arrivoit au contraire. Tant est, que celui que vous me nommez a voulu conduire tout par son esprit et a voulu être cru , s'est contenté de faire semblant de prendre bien de la peine (qui étoit fort inutile )9 d'engager le nom du Roi et sa puissance à contre-temps et après coup, et quand il voyoit que ces moyens lui manquoient, il persuadoit à ceux qui vouloient croire pouvoir plus qu'ils ne dévoient, des choses si extraordinaires , que les esprits des autres , le sçachant par après, en demeuroient tous aigris. Le seul narré de l'affaire qui s'est traitée au Parlement de jour en jour, depuis le 26 novembre , le fera toujours recognoitre, quand on voudra en être éclairci. Ce n'est pas que je veuille excuser la compagnie d'avoir été si avant, j'en ai déjà écrit mes sentiments ; mais je vous peux dire, avec vérité, que depuis que M. le Premier Président a retiré la feuille d'un arrêt du grefTe, l'a retenue sans la vouloir rendre au greffier ni à ceux qui la lui ont demandée , que cette action inou'ie a laissé
DE MATHIEU MOLE. (1632.) i35
tels sentiments à la compagnie, qu'il a été très-difïicîle de les dissimuler, et s il se plaint que Ton lui a dit beaucoup de choses, qu'il pense qu'il en a fait beaucoup d'autres par entreprise d'autorité. Je ferai le journal raisonné qui me servira de Mémoire, aussi bien ce qui se passe mérite-t-il bien d'être écrit. Je me suis laissé aller à mes sentiments , qu'à peine ma plume a-t-elle pu suivre, et vous dirai qu'ayant reçu, avant hier, lettre du Roi, du 25, je fis partir l'un des miens, afin que la réponse que je faisois fut portée plus sûrement que les autres, car par mes lettres du 18 de l'autre mois, n'ayant pas encore tiré réponse du Parlement touchant l'arrêt que j'avois demandé, et TafTaire ayant été remise au lendemain , qui étoit le 1 9 de ce mois,' et ce même jour ayant écrit la réponse du Parlement et H. de Bullion dépêchant un courrier, et me l'ayant mandé et envoyé le courrier chez moi prendre mes lettres, je lui baillai moi-même le paquet du 1 8, qui n'étoit pas encore parti, avec celui du 1 9, et néanmoins par l'événement, je vois que les lettres du 1 9 n'ont point été rendues. D'où vient cette faute? je le laisserai à juger et ne crois pas qu'après qu'on aura vu l'arrêté de la compagnie du 1 9, que l'on se puisse persuader que le greffier ait dû le délivrer. 11 est vrai que sur les lettres patentes qui ont été lues et délibérées, il y a eu arrêté qu'elles me seroient rendues. £t y ayant eu plusieurs opinions, le greffier^ lisant les avis, avoitmispar écrit la résolution de la compagnie, de laquelle je ne doute point que l'on n'ait envoyé des copies, puisque la feuille fut portée chez M. le Premier Président , et y ayant eu arrêt en la compagnie par lequel il étoit défendu au greffier d'en délivrer aucun en forme, sans
permission de la Cour, et le pressant de me le bailler, il me le refusa. Et le commandement étant reçu d'envoyer l'arrêté, sur la parole de quelqu'un, il le mit en parcheiùin et le bailla à mon homme , et sur les dix heures, parlant avec MM. les présidents à la levée de la Cour et leur faisant entendre en particulier le commandement du Roi, MM. les présidents de Bellièvre, Séguier et Le Bailleul et quelques autres de Messieurs de la Grand'Chambre y survinrent, dirent tout haut qu'il y avoit eu arrêté ; mais que l'intention de la compagnie n'étoit pas qu'il fut rédigé par écrit pour le mettre dedans les registres, et que si le greffier avoit été si hardi que de l'expédier sans l'ordre de la compagnie, on lui feroit le procès et que dès le lendemain l'on en parleroit en ladite assemblée. Ainsi, voyant leur sentiment, je me résolus de demander en public l'arrêté, par beaucoup de considérations; le greffier, qui s'appelle Langlois, craignant d'être repris en public , et que ceux qui lui avoient fait faire lui manquassent de garant , fut reprendre le parchemin, afin que, le lendemain, il pût être assuré de l'intention de la compagnie; laquelle, les Chambres assemblées, voulut voir la feuille du 1 1 et le fit jurer qu'il ne l'avoit point délivrée, et au lieu de le permettre', elle résolut que le Parlement n'avoit pas entendu que l'arrêt fût mis par écrit.
a Je ne me pou vois douter que cette action particulière du greffier dût être sçue , et ne prévois pas le sujet pourquoi l'on demande l'arrêté par écrit , car il est .certain qu'il y a arrêt que les lettres me seront rendues, et je l'ai écrit et signé, et pour assurance publique envers Sa Majesté , mon seing peut avoir elTet
DE MATHIEU MOLE. (i632.) 137
de celui des greffiers. Si on soutenoit qu'il n'y eût point d'arrêté , il y auroit occasion d'en poursuivre l'expédition; mais il est certain , et à l'égard de la compagnie c'est le même effet. Que reste-t-il , sinon qu'il est véritable que le greffier, croyant que l'intention de la compagnie étoit que l'arrêté fût par écrit , Tavoit dressé? Mais elle-même a déclaré depuis qu'elle ne Tentendoit pas, et s'il eût été expédié devant, outre la peine qu'eût souffert le particulier, on eût désavoué publiquement cette expédition , et ne sçais pas ce que l'on eût dit du Procureur Général qui , contre l'arrêté de la compagnie, se servant du crédit de sa charge et de l'autorité qu'il peut avoir sur un petit commis du greffe , avoit tiré une expédition de lui. Ce ne fût pas été satisfaire à l'intention du Roi , qui me commandoit de lui envoyer un arrêté de la compagnie, qui eût été désavoué par elle-même. On veut donner autorité à la copie envoyée au préjudice de qui que ce soit. Les arrêts des compagnies sont arrêts aussi bien maintenant qu'ils le seront toujours. Ce n'est pas le seing du greffier qui fait l'arrêt, c'est la déclaration de l'arrêt , qu'ainsi il a été ci-devant i^rêté en la compagnie. C'est un détour de ceux qui ont voulu conduire l'affaire par menées particulières. On obtient du Parlement tout ce que l'on demande en public qui peut être accordé ; il n'y a que le moyen de s'y conduire. On ne laisse pas de faire tout ce qu'il faut, sans qu'il semble qu'on le veuille faire, la créance s'acquiert par une suite de bonnes actions, et quand elle se perd, on en est cause soi-même. Les Rois donnent le pouvoir, mais les particuliers s'acquièrent le crédit ; qui sçait bien user de l'autorité royale , de la
force de la justice et de son adresse, il n'est guère* refuse de ce qu'il demande du Parlement.
a Es affaires difficiles qui surviendront, je ne manquerai d'en donner compte particulier. Et toute ta grâce que je demande, est que si on donne avis de* quelque défaut de ma part, que je le puisse sçavoir pour en écrire h, vérité ; je ne demande point le nonft de l'auteur, mais bien seulement le moyen de déclarer mon procédé; et après, si l'on condamne mon action, je le souffrirai avec le respect que je dois. Je ne sçais comment je pourrai recognoltre toutes les peines que je vous donne; commandez, ep récompense, et je vous obéirai comme votre *, etc.
« Du 1 «-^ janvier 1632 •.»