I. ColUctioii Colbert, t. GCXIU, p. ÎÎ
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suivant, que je ne dis pas : « Nous ne pouvons, après avoir entendu le récit de ce qui s'est passé en exécution de Tarrét du Conseil , que nous ne témoignions Textréme regret qui nous reste de recognoitre que cette grande et auguste compagnie, qui a servi de rempart et de soutien à la royauté pour conserver la monarchie en son entier, es temps les plus difficiles , soit déchue en l'esprit de son prince , son seigneur et son monarque, de l'opinion et de l'estime qu'il en doit avoir. Nous osons nous promettre que ces nuages se passeront bientôt , que le calnie se rétablira et qu'en peu de temps elle reprendra la créance due à la fidélité de ses actions. En attendant, nous ne manquerons pas à ce que nous devons en la personne de ces Messieurs abs^its, qui, faisant partie de ce corps généreux, et ne s' étant jamais séparé ni d'intention ni d'action, se trouvent néanmoins à part, puisqu'ils ne sont de retour, ne sçachant en quel état ils peuvent être; étant très -rude que ceux qui sont joints en même cause reçoivent un traitement différent, et qu'au milieu de l'innoeence commune de tous, ils ressentent quelque peipe en leur particulier comme coupables. Toutefois , apprenant le retour du Roi dès demain à Versailles, et ne sçachant quel ordre ils ont reçu à son parlement, se pouvant faire qu'ils jouissent maintenant du bonheur que nous leur souhaitons, aimant mieux, en la disposition de l'esprit du prince, laisser cette action à son autorité et qu'il la puisse achever de lui-même, afin que la grâce du bienfait lui demeure entière, et différer pour quelque temps la très-humble prière que nous demanderons lui être faite sur ce sujet; il ne reste que de remerciée.
Messieurs, qui ont pris laDt de peine pour la compagnie , et leur témoigner les sentiments qu'elle en aura toujours eu toutes occasions ^ »
lit de justice du roi. honneurs a rendre a.u gilrde
des sceaux. nouvelle déclaration contrb le duc
d'orléans.
Le 1 1 août, je reçus lettre de cachet du Roi, portant la date du 1 0, touchant les honneurs que le Roi vouloit être rendus au Garde des Sceaux entrant au Parlement, lorsque Sa Majesté y vient. En voici la teneur : « Notre amé et féal, ayant sçu la sorte dont les présidents de notre cour de Parleipent reçoivent notre très-cher et féal le Garde de nos Sceaux, lorsque le bien de notre service le mène en notre Palais, et d'une manière si peu décente que nous en sommes étonnés, laqudle de soi mauvaise, eu égard à ce qui est dû à la charge et dignité dont nous Tavons honoré, semble encore en quelque manière rejaillir sur nous , puisqu'il porte notre parole, prononce en notre nom et de notre commandement , et qu'il est officier premier et principal de notre justice, pourvu par édit : toutes lesquelles conditions font trouver plus étrange le peu qu'ils lui défèrent , ne se levant pas de dessus leur banc lorsqu'il entre en la Chambre , où il ne va que pour y présider, et qu'au même instant pour l'un d'eux , tous se lèvent pour lui rendre le salut. Cette forme de procéder ne peut être excusée par la pratique introduite en ces derniers temps *, elle choque la rai-
i. Collection Colbert, t. CCXIII, p. 229. 2. Voyez, au tome I'', les lettres de Marillac sur le même siyet, p. 361, 365, 369.
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son et la bienséance , voire contrevient à nos ordonnances, dont l'une veut que , lorsque l'un des présidents de notre Parlement entre en la Chambre, que ses confrères et tous les conseillers se lèvent pour le saluer. Que, s'ils ont toléré que les conseillers s'en exemptent à leur égard , l'ayant observé entre eux , c'est le moins qu'ils puissent pratiquer le semblable en la personne du Garde de nos Sceaux , dont la dignité l'établit président primitif de toutes nos Cours souveraines, ainsi qu'il est porté en ses lettres de provision, lesquelles, selon l'ordre que nous lui en avons donné, seront présentées à notre Cour, et que, lorsque nous y tenons notre lit de justice, il en fait la fonction, ordonnant à nos gens de conclure , au greffier de lire, recueillant les voix , et après nous avoir rapporté les avis de la compagnie, prononce selon notre commandement. Et ne voulant plus que la chose se passe de la sorte, mais selon qu'il se doit, nous vous mandons que, dès demain, tous les présidents assemblés, vous leur fassiez entendre ce qui est de notre intention , afin qu'ils aient à l'avenir à s'y conformer, leur déduisant les raisons sur lesquelles elle s'appuie , ajoutant pour finale et absolue conclusion que telle est notre volonté» Si n'y faites faute, ensemble de nous tenir promptemeut avertis de la résolution qu'ils auront prise : car tel est notre plaisir. Donné à Paris, le 1 0* jour d'août 1632. » Ce même jour, le lieutenant des maîtres des cérémonies vint au Parlement et présenta, de la part du Roi , les lettres de cachet desquelles la teneur suit : « Nos amés et féaux, ayant résr>lu d'aller jeudi prochain en notre Parlement , pour y tenir notre lit de justice et vous informer de nos bonnes intentions.
i50 MÉMOIRES
dans l'état présent des afTaireSy où il s*agit de la manutention du bien et repos de TÉtat :. à ces causes, nous vous mandons et ordonnons que vous ayez à vous y trouver en corps , pour nous recevoir en Tordre accoutumé en telle cérémonie. Si n'y faites faute, car tel est notre plaisir ^ Donné à Paris, le 10* jour d'août 1632. »
Le 12 août 1632, le Roi vint tenir son lit de justice* pour y publier la déclaration contre Monsieur*, son frère unique. Voici ce qui s'est passé en cette occasion : ayant reçu lettre de cachet (ci-dessus, p. 148), je la montrai à MM. les Présidents, sur les dix heures, à la levée de la Cour, le mercredi 1 1 , et ils remirent à en délibérer entre eux jusques à l'après-dinée. Et ayant été au Louvre, sur les quatre heures, trouver le Roi et recevoir ses commandements^ ils n'a voient encore pris aucune résolution. Le lendemain, jeudi 12, le Roi vint
i. Collection Colbert, t. CCXII, p. 291.