Collection Colbert, t. CCXII, p
3. Monsieur était entré en France à la tète d'une armée, le 8 juin 1632. Il envahit d'aliord le Bassigny avec quinze cents dievaux, que le roi d'Espagne lui avait fournis. Ce prince était à Andelot le 13 juin » et le 14 près de Dijon ; il passa de là en Auvergne. Le 3 juillet. Monsieur ne put s'emparer de Cusset, pendant que M. de Montmorency travaillait pour lui en Languedoc. Une entrevue de ces deux chefs du parti eut lieu à Lunel le 30 juillet, et ils marchèrent ensemble sur Nîmes, qui refusa de les recevoir. Le maréchal de la Force , à la tête d'une nombreuse année , fut envoyé pour les combattre. Ce fut en ce moment que le cardinal de Richelieu demanda au Roi de se rendre à son armée de Languedoc, mais de faire vérifier auparavant, par le Parlement, une déclaration contre son frère; ce qui eut lieu. Le Garde des Sceaux rend compte, dans son discours au Parlement, des principaux événements qui se passèrent pendant les mois de juin et juillet
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tenir son lit de justice; et, devant qu'il arrivât, M. le cardinal de Richelieu envova à M. le Premier Président le sieur Le Masle , sçavoir quelle résolution avoit été prise, pour ce que le Roi vouloit que sa volonté fût exécatée. Il lui fut répondu que les ordres qui s'observent dedans le Pariement étoient gardés inviolablement; qu'ils ne dépendoient point de la volonté particulière des uns et des autres^ mais de la résolution générale de toute la compagnie ; que , quand MH. les Présidents se levoient, c'étoit suivant des lettres patentes vérifiées en la Cour ; et quand il plairoît au Roi en envoyer, qu'elles seroient délibérées. Un peu de temps après , étant assis en sa place avec MM. les autres Présidents , MM. de Bellièvre et Pottier étant allés au-devant du Roi jusques à la Sainte- Chapelle , M. de BuUion vint parler à M. le Premier Résident, sçavoir s'il y avoit eu résolution en la comyagnie, sur ce que le Roi avoit témoigné par ses letres de cachet; et, que s'il n'y en avoit point eu le prise , que le Roi l'avoit chargé de lui dire et à AM . les autres Présidents , qu'ils le vinssent trouver L la. Sainte Chapelle. 11 est parti de la compagnie avec 1. le président Séguier, et M. le président Le Bailleul «i demeuré. Le Roi dit à M. le Premier Président, |ue, s'il n'étoit obéi, il téi^ioigneroit son mécorientemeut, dont on aiiroit regret, et beaucoup d'aures paroles comme d'indignation. Aussitôt qu'ils sont •entrés en leur place, M. le Garde des Sceaux est entré si MM. les Présidents se sont levés, auquel M. le Premier Président dit : « Que ce qu'il faisoit étoil par L*exprès commandement du Roi , non que cet hoù- Kieur fût dû à sa charge, et qu'il en seroit fait registre. »
Aussitôt le Roi entra en son Parlement, et se mit en son lit : à ses pieds , comme grand charabellaD, M. le duc de Chevreuse^; à sa droite , M. le prince de Condéy M. le comte de Soissons, MM. les ducs de Chaulne , de Saint-Luc et de Cbâtillon , maréchaux de France; à sa ^jauche, MM. les cardinaux de EUchelieu, de la Valette*. La Reine étoit en la lanterne, proche la cheminée, et, avec elle, madame de Qievreuse et la maréchale de Hautefort. Le Roi a dit que M. le Garde des Sceaux diroit son intention : il lui plut d'ajouter (quelques autres paroles qui ne fiirient pas entendues , non plus que le discours de Jf . le Garde des Sceaux , ni celui de M. le Premier Président , à cause du bruit.
M. le Garde des Sceaux ayant reçu Tordre du Roi de dire au Parlement Fintention de Sa Majesté ^.prononça le discours suivant : « Messieurs , c'est avec un déplaisir extrême que Sa Majesté se voit contrainte de venir pour la seconde fois en son Parlement pour un même sujet'. Elle espéroit que ses premières déclariH tions , la bonté et la douceur dont elle a usé jusques ici envers Monsieur^ son frère, toucheroient son coeur et le ramèneroient à son devoir ; mais la malice de ceux
i . Claude de Lorraine , duc de Chevreuse , fils de Henri de Lorraine, premier du nom, duc de Guise, tué à Blois.^-M. Henri Martin, dans son Histoire de France, t. XIII, p. 268, dît par errenr que M. de Chevreuse était le frère du duc d'Elbeuf,. gouvernem* de Picardie.
2. Louis de Nogaret, troisième fils du duc d'Épemon; il était dévoué au cardinal de Richelieu , ce qui le faisait appeler par ton père le cardinal valet,
3. Voyez dans ce mcme volume, p. 34 et 43, la déclaration du Roi contre M. le duc d*0rléans, et contre les autres personnes qui étaient sorties du royaume avec ce prince.
qui possèdent son esprit a été plus puissante et a tellement détourné les bonnes inclinations qu'il a toujours eues pour le Roi , qu'abusant de son nom et de sa personne y ils l'ont porté à entreprendre ouvertement contre Sa Majesté et son État , et eh troubler le repos et tranquillité. Il est entré en armes dans ce royaume, il y a amené des troupes étrangères , il a exercé tous actes d'hostilité, de feu, de rançonnement, de pilleries et d'entreprises sur les villes et places par où il a passé ; il s'est déclaré par des placards qu'il a publiés, comme un chacun sçait , lieutenant général du Roi contre le gouvernement de l'État , il en blâme l'administration et accuse les principaux ministres, et particulièrement M. le cardinal de Richelieu. C'est le prétexte ordinaire de ceux qui sont si osés d'entreprendre contre les rois et la royauté , d'accuser les mauvais conseils de ceux dont ils se servent , de blâmer leur conduite , de publier le soulagement du peuple et de professer une entière obéissance de bouche envers leur souverain, en même temps qu'ils méditent de le spolier de sa couronne et de' son État, et qu'ils exercent toutes sortes de violences et oppressions contre ses sujets. Grâce à Dieu , jamais le Roi ne fut plus glorieux , plus triomphant, ni le royaume en plus grande paix ni plus grand repos, plus grande réputation et respect envers tous ses voisins, qu'il a été jusques à présent. C'est la bonté de Sa Majesté , c'est sa piété , c'est sa justice^ c'est sa valeur qui ont attiré du ciel toutes ces bénédictions sur nous. Et si le conseil des rois est un des principaux organes de leur prospérité et de leur gloire, qui est celui qui ne dira que jamais il ne s'est trouvé plus de fidélité , plus d'affection , plus de prudence et
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plus de courage qu'en celui qu'ils blâment si injustement? Ce qui s'est passé au dedans et dehors ce royaume, depuis quelques années en çà, fait assez voir combien est grande leur calomnie, et que de bl&* mer ou médire de lui , c'est envier la gloire du Roi et la grandeur de l'État. Sa Majesté pouvoit, en cette occasion, faire sentir à Monsieur, son frère, les effets de son mécontentement et de son indignation; la faute qu'il a commise est grande, l'Etat et les peuples la ressentent et tout le royaume en est troublé. Il est nécessaire d'y apporter les remèdes : chacun , Messieurs, y doit contribuer. Sa Majesté fait état de s*acheminér en personne , au premier jour, vers Monsieur, son frère, et a fait avancer ses troupes, sous la conduite de MM. les maréchaux de la Force et de Schomberg , et il fait revenir l'armée qu'il avoit envoyée en Allemagne pour la défense de la religion el des princes ses alliés, où elle étoit fort nécessaire pour leur sûreté et à leur consolation. Auparavant, il a voulu venir en cette compagnie , comme au lieu le plus célèbre de son royaume, tenir son lit de justice, y déclarer ses intentions, et faire voir à un chacun la bonté et la douceur dont il a usé envers Monsieur, son frère, pour l'exhorter et admonester de se remettre en son devoir, de le venir trouver et vivre avec lui comme un bon fils doit faire auprès de son père, pour le servir et aider à supporter le faix de cet État, et en affermir la paix et le repos. Vous les apprendrez par la lecture de sa déclaration, que vous ferez entretenir et observer par tous ses sujets, selon que vous êtes obligés par le devoir de vos charges , ce que le Roi se promet de votre fidélité, obéissance et
affection ordinaire à son service et au bien de son État. »
Après ce discours, M. le Premier Président en prononça aussi uu\ La déclaration fut ensuite lue, après qu'on eut donné ordre d'ouvrir les portes. M. Bignon, avocat du Roi, a porté la parole, qui a été bien reçue par chacun d'eux , ayant représenté la félicité de la France, par tant de sortes de bonheur du ciel et vie* toires obtenues, et principalement en Allemagne, qui ont porté les bornes de la France jusques au Rhin ; qu'elle étoit traversée par la guerre civile qui ne seroit de dui*ée et qui seroit dissipée par la présence de Sa Majesté, etc. Il requit ensuite l'enregistrement de la déclaration.
M. le Garde des Sceaux étant monté trouver le Roi, les princes du sang et les cardinaux ont été aussitôt appelés; et après est descendu à MM. les Présidents ( en quoi la coutume a été changée ), et d'eux est allé aux ducs et maréchaux de France , et puis , étant encore descendu, est allé aux conseillers d'État et autres, et s'étant enretourné au Roi, s'est remis en sa place et a prononcé comme on a coutume. Le Roi se retira sur les onze heures et demie par l'escalier de la Sainte- Chapelle, où l'attendoit son carrosse, et se mit immédiatement en chemin pour commencer son voyage.
il semble que le Roi ait assemblé les princes du sang et les cardinaux , afin que le différend qui étoit entre eux (les cardinaux prétendant devoir marcher devant les princes du sang ) ne parut point en cette grande assemblée : cependant, en toute autre assem-
i. Collection Colbert, t. GCXII, p. 293.
blée, les princes du sang ont toujours précédé les cardinaux. Cet expédient a été Thonneur que recevoient MM. les Présidents de donner leur avis devant MM. les cardinaux. Le Premier Président lui représenta que la forme qu'il tenoit étoit extraordinaii*e, et que l'ancien ordre étoit d'aller premièrement recevoir la volonté du Roi seul et de descendre ensuite .vers les Présidents, afin de prendre leur avis avant de remonter prendre celui de MM. les princes du sang et cekii de MM. les cardinaux. M. le Garde des Sceaux répondit que le Roi faisoit ce qu'il lui plaisoit, et M. le Premier Président n'a répliqué autre chose à cela , sinon qu'il ne reste plus rien à dire.
LE BOI CONDAMNE ▲ MORT LE VICOMTE DE l'eSTRANGE.
Le 24 août, le Roi rendit une ordonnance, portant jugement de mort contre le vicomte de l'Estrange* et autres officiers, avec le commandement pour l'exécution. En voici la teneur : <c Sa Majesté ayant été avertie des levées de gens de guerre qu'avoit fait le vicomte de l'Estrange dans le \ivarais, et même qu'il se seroit saisi du lieu de Tournon , près Privas, qu'il a fortifié pour favoriser la rébellion de ceux qui s'étoient sou-
1 . Ces lettres patentes paraissent contredire Popinion de M. Bazin {Histoire de Louis XIII ^ t. II, p. 270), qui pensait que M. de Machault instruisit le procès de M. de l'Estrange , prisonnier depuis trois semaines , et le condamna à être déca4>ité , ce qui eut lieu le 6 septembre. M. de Machault ne fut chargé que de l'exécution des ordres du Roi, et M. de l'Estrange, aussitôt arrêté, fut condamné à mort en vertu de la déclaration du Roi, du 12 août, véritiée au Parlement de Paris. M. de l'Estrange avait été attaqué, à la tête d'une poignée de rebelles, par le maréchal de la Force, le 18 août, battu et fait prisonnier. (Ibid,^ p. 264.)
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levés dans la province contre son service , ensuite de quoi les capitaines qui commandoient les compagnies des régiments de Sault , Yaubecour et d'Halincourt , établis en garnison audit Privas , ayant résolu d'attaquer ledit lieu de Toumon , l'entreprise auroit si heureusement réussi qu'après un Ipng combat et grande résistance , ik auroient forcé le lieu et pris prisonnier le vicomte de l'Estrange, avec aucuns ofHciers ou soldats de son régiment : et voulant qu'ils soient punis comme criminels de lèse majesté et perturbateurs du repos public 9 afin que la justice qui en sera faite serve d'exemple pour retenir en devoir et en crainte ceux qui , au mépris de son autorité , se voudroient porter à telles entreprises : Sa Majesté, de sa pleine puissance et autorité rovale • et conformément à ses dédarations ci-devant faites contre ceux qui adhèrent aux factions présentes, a condamné et condamne ledit vicomte de l'Estrange, les capitaines, lieutenants et enseignes desdits régiments qui ont été faits prisonniers, à avoir la tête tranchée, et pour les sergents et soldats, aux galères perpétuelles; enjoint au sieur de Machault, conseiller en son conseil d'État et intendant en la justice , police et finance, en l'armée commandée par le sieur maréchal de la Force , de faire, en sa présence , exécuter ladite ordonnance , laquelle Sa Majesté a signée de sa propre main. Fait à Cosne, le 24 août 1632. »
a Louis , etc. — Monsieur de Machault , nous vous mandons et ordonnons, par ces présentes signées de notre main, que vous ayez, sans aucun délai, à vous transporter au Ueu où est le vicomte de l'Estrange et les autres prisonniers, et, par l'exécutem* de la haute
justice j faire exécuter, en votre présence , le contenu en la présente ordonnancé. De ce faire vous donnons pouvoir, commission et mandement spécial par ces présentes; mandons à notre cousin le maréchal de la Force et à tous prévôts des maréchaux , leurs lieutenants, archers et autres nos officiers et sujets, vous donner, pour reiïet de ce que dessus, toute Tassistance et main-forte dont ils seront par vous requis : car tel est notre plaisir. Donné à Cosne, le 23 août 1632, et de notre règne le vingt-troisième*. »