Fauchet, liv. IX, p. 3S
3. • Si le Pape les excommunia, ou les évéques de France, ne se Toit en ce lieu ; mais bien que le Pape révoqua l'interdit à la prière de Baudouin , qui fut à Rome et envoya des légats au Roi le supl^ier de lui pardonner, ce qu'il fit; et Belleforest, p. 279 , ajoute qu'après le pardon, suivant l'avis des prélats assemblés à Senlis, les noces furent faites à Auxerre, Tévêque de Noyon faisant l'office. D'où il se peut recueillir que le premier mariage célébré lorsque Judith fut enlevée, fut déclaré nul, et, après le consentement du Roi , que Judith et Baudouin furent mariés solennellement , et que ce seul acte est valable. » {Note de Mole,)
farent excommunié»; ils furent à Rome pour l'exeaser envers le Pape, montrant qu'il ne Favoit point raTt ni dëçu par paroles , ains prise veuve du consente* ment de son frère : comme si cette qualité de veuve Peut exemptée de la puissance paternelle , suppliant le Pape lui pardonner, si par violence d'amour et de jeunesse, il avoit commis une telle faute, n'attendant, dit l'historien, le consentement de son père, etc. Mais ils ne purent lors obtenir le pardon de leur fkute, lé Pape ne leur voulant remettre sans en donner part au Roi. Le Pape révoqua depuis l'interdit, et le Roi, en faveur du Pape , après l'avis des prélats assemUés à Soissoils*, passa doucement telle injure, suivant Tordinaire des sages princes , qui aiment mietix lemv commodités que leur honneur.
Telles actions ont été de tout temps jugées si importantes à la sûreté de l'État et à l'honneur des Rda, qu'ils ont toujours témoigné leurs ressentiments, en public , contre les grands de leur État qui ont eu la pensée de mariage pour leurs enfants sans leur avis.
Le comte Thibaud*, duquel l'histoire sera décrite ci-après , doit servir d'exemple pour rendre les respects et les devoirs dus au prince naturel. Et encore
i. VArt de vérifier les dates dit, au contraire, qne ce fat le concile de Soissons qui excommunia , en Tannée 86Î , le comte Baudouin^ sur la demande du roi de France ; mais le pape IVtoolts, informé que ^enlèvement s'était fait du consentement de la priil» cesse Judith , écriyit en faveur des deux coupables à Charles le Chauve, et obtint leur grAcc. La même année, Baudouin, dh Bras de Fer, fut créé comte de Flandre par ce monarque.
î. Thibaud IV, dit le Grand , comte de Blois, dont les éhroniques contemporaines de son règne font de grands éloges. U eut de graves démêlés avec Louis le Jeune pour avoir donné reànite
DE MATHIÉtT MOLE. (1684.) 435
que saint Bernard qui, pour sa sainteté de vie, ëtoit en très-^ande recommandation , écrivît en sa faveur au Roi Louis le Jeune, et à ceux desquels il prenoit conseil , on ne laisse pas de voir es lettres écrites sûr ce sujet, les anciens ordres de la France, qui sont des lois gravées dans les mêmes tables que celles de là loi salique , nées avec la couronne et conservées avec sa grandeur. Il dit donc : «Que le roi Louis le Jeune tenoit à grand crime et imputoit au comte Thibaud d'avoir allié ses enfants par mariage es maisons et familles des seigneurs et barons de sa cour^ »
Autre raison : le Roi est en son État comme le soleil est au ciel, et les princes et grands, comme les planètes et les étoiles. Si, au cours ordinaire du ciel , elles empruntent leur lumière de ce corps merveilleux et ne peuvent changer de place, pour s'approcher Tune de Tautre , sans uti mouvement extraordinaire ; pourra-t-on approuver que les princes et les grands qui n'ont autre jour, autre crédit et autoiité que celle qui leur est communiquée et qui sort de cette souveraine puissance que le Roi les établit es provinces et es villes sans, qu'ils les puissent quitter sans crime; qu'ils communiquent ensemble le secret de teurs familles, et mêlent leurs intérêts qui peuvent être assez
à Pierre de la Châtre > élu archevêque de Bourges saiis la pardci- |>adon du Roi , et par Tinfluence du pape Innocent II. VArî de vérifier les dates ajoute : « Thibaud eût mieux fait d'être moins libéral envers l'Église, et plus soumis envers son souverain. >»
I . Thibaud eut six filles : Agnès, mariée à Renaud, comte de Bar ; Marie, à Eudes, duc de Bourgogne ; Elisabeth, à Roger, duc de Fouille ; Mahaut, femme de Rotrou, comte du Perche ; Marguerite, religieuse \ et Adèle, qui fut la troisième femme de Louis le Jeune.
puissants pour donner jalousie à leur Prince, sans son aveu et consentement ?
Par la loi de TÉtat, on doit l'avis au Roi de ce qui peut regarder la sûretë publique. Et si les particuliers communiquent à leurs parents et amis les articles des nouvelles alliances qu'ils proposent de traiter ; si les étroites amitiés entre les grands de la cour peuvent faire naître un juste soupçon en Tesprit du Prince ; quelle défiance peut-il prendre de ceux qui lui rendent tous les jours leurs devoirs, entrent dans sa chambre jusques au cabinet^ rapprochent et le suivent avec liberté, et néanmoins, sans lui en donner avis, contractent, non d'une affaire, mais passent un contrat solennel qui lie d'intérêts et d'affection leurs familles ensemble ?
Et comme le Prince est le centre des bonnes vo* lontés que les sujets doivent avoir, et que leur esprit ne peut avoir autre but que de conduire toutes leurs actions au contentement et satisfaction de leur Roi, quelle assurance peuvent avoir ceux de la Cour qui traitent ensemble , que le Prince n'ait point de sujet de se défier de la fidélité que l'un et l'autre lui doivent; et, comme ils ne peuvent sçavoir quel avis il a reçu de la liaison qu*ils ont avec les ennemis de la couronne , quelle part même ils ont en TaOection de leur Prince , et si leur procédé envers lui a toujours été tel qu'il en soit content? aussi ne peuvent-ils sans crime contracter ensemble sans son consentement.
Et quand ce ne seroit point une nécessaire obligation, ce seroit toujours une loi de respect et de civilité à laquelle le sujet ne peut manquer, sans un mépris public de celui qui est donné du ciel pour com-
mander, et auquel on doit robéissaoce comme à luimême. S'il est donc vrai que nos Rois soient Empereurs en leur royaume , et si souverains qu'ils ne recognoissent nul en terre par-dessus eux j qu'ils ne tiennent leur couronne de personne du monde, laquelle étant sur Tautel en leur sacre , ne leur est donnée pour mettre sur la tête, ains qu'ils la vont prendre eux-mêmes, comme de la main de Dieu, dit Fauchet; qu'ils ont le titre de Roi par la grâce de Dieu , comme tenant de lui leur sceptre et leur puissance : toutes ces marques d'honneur et d'autorité seroient inutiles, s'il étoit permi3 aux sujets de faire ce que bon leur sembleroit entre eux, sans témoigner soumission à laquelle ils sont obligés.
Et pour assurer le jugement en ce rencontre , il ne faut que se souvenir de ce qui se lit^ tant es bistoires de la France , que des autres royaumes , et par tels exemples, on recognoitra premièrement : que, par la loi de rÉtat, les Enfants de France ne se peuvent marier sans le consentement du Roi , et non-seulement les Fils de France, mais les Princes du sang et les grands du royaume, et qu'ils se sont obligés par écrit et ont donné caution à leur Prince , pour lui servir d'assurance de leurs actions à l'avenir, et qu'euxmêmes n'ont pas tenu leurs mariages assurés, si le consentement du Roi n'y intervenoitet qu'il les ratifiât. Secondement, que cet ordre n'est pas particulier à la France, mais commun aux autres couronnes.
Tiercement, l'indignation des Rois quand on a entrepris, non-seulement de contracter mariages, mais de les projeter sans leur sçu et consentement.
Et si ces témoignages publics nous restent et que,
depuis l'an 1 1 95 jusqu'en 1 582, et encore depuis, on ait gardé œs règles, il semble que le Roi, qui, en puissance et en effets, ne cède en rien à ses prédécesseurs, ne puisse les changer sans blesser Thonneur de la couronne.
EXEMPLES COMME LES PBIN CES FEINÇOIS ET LES OEAKDS s'OBLIGSIT ▲ NOS EOIS DE NE SE MÂEISE , OU LEU&8 EZfFAHTS y SAITS LXOm PUMISSION ^
En Tannée 1195, Philippe Auguste prit sûreté d^ la comtesse de Flandres Mahault , qu'advenant séparation d'elle et de Eudes', duc de Bourgogne, elle ne se marieroit point sans lui en demander la permission.
L'an 1218, Alix, duchesse de Bourgogne, promit audit Roi de ne se marier sans sa volonté, et donna les scellés de beaucoup de grands seigneurs pour a^isurance de sa promesse.
Philippe, comle de Naraur, frère de Baudoidn, comte de Flandres, étant tuteur de Jeanne et Blar^erile ses nièces, filles dudit Baudouin, promit, par
i . Om«r Talon a imprimé dans set Mémoires qndquMAms i$ ces exemples, sans dire toutefois qu'ils étaient tirés du Iravsil du Procureur Général , dont il eut communication en sa qualité dV vocat général au même Parlement. Mais ces exemples ne sont pti classés de la même manière et dans le but de servir de preures à l*appui des Considérations du Procureur Générai sur le martaff de Monsieur. (Voy. notre édition des Mémoires it Orner Takm^ dans la collection Michaud et Poujoulat, p. 26. ) — Pierre Dupuj et Godefroy aidèrent Mathieu Mole dans ses recherches historiques , comme on le voit par divers extraits de chronîqiiet el de documents anciens, écrits de leur main, et qui se trouvent ep^rare parmi les papiers du Procureur Général , dans le volume LXXXI de Colbert.
2. Ce mariage n'eut sans doute pas lieu, car le comte Kudlt épousa Alix de Vergi qui lui survécut. {Art do vérifier lee dates,)
DE MAXBIEU MOLE. (1631.) i30
tnâtë au roi Philippe Auguste, que ses deux mèces'ue serojent mariées sans le couseotement dudit seigueur Roi, leur souverain seigneur; qui étoit, dit du Tillet^ un' droit de souveraioeté es héritières desquelles les mariages pouvoient troubler le royaume.
Mathilde» comtesse de Nevers, en raonée 1221^ promit au Roi de ne se pôiut marier 'que de son con* sentement, et Guy de Saint-Paul, Guillaume deMello, Hugues de Saint-Urbain 9 Piarre des Barres, Etienne de Sancerre, Geoffroy de Bully, et autres parents et alliés se constituèrent pleiges pour ladite Mathilde» et promirent, au caa <|u'eUe manquât d'accomplir ce que dessus, d'aider le Roi contre ladite Mathilde; dont ils baillèrent lettres scellées de leur sceau, qui sont au Trésor des Chartes.
Les prélats et barons de Bretagne, Tau 1227, so- Uigèredt au roi saint Louis de garder Yolande , fille de Pierre, duc de Bretagne (d'après Belleforest), tant que Jean de France , fils dudit Roi , eût atteint T&ge de quatorze ans, ou que ledit duc de Bretagne, père% 9Ùi donné assurance au Roi de ne point marier sa fille au roi d'Angleterre, ni à aucun autre ennemi de la
1 . Elles farent Miccessivement comtesses de Flandre , Jeanne , la première , en iS06 , après être restée six ans à Paris, où Philippe Auguste la retint avec le consentement de son tuteur, et la maria à Ferrand de Portugal; la seconde, Marguerite, dite de Constantinople , succéda à sa sœur en 1244.
2. Blahaut, comtesse de Nevers, avait été mariée h Hervé de Donsi, mais séparée ensuite, pour cause de parenté, en l'an 1213. Elle épousa plus tard Guignes V, comte de Forez.
3. Le duc de Bretagne, Pierre Mauclerc, était alors e&communié par le clergé de Bretagne, et ennemi dédale du roi de France. Le prince Jean , fils de saint Louis, était né à namittte en 1260.
couronne; et la mère\ par acte sépara en l'an 4 234, promit au roi saint Louis de le servir eofen et contare tous, et de n'allier par mariage sa fille, sans son oonsentement et de la Reine sa mère; qu'elle la gardera fidèlement, comme elle Ta promis, et qu*dle la représentera toutes fois et quantes il lui plaira, libre et firaiiche de toute sorte d'obligation, soit de fiançailles ou de contrât; et, ne se contentant de telles assurances , y oblige ses terres qui demeureront au Roi en cas de contravention, et, à toutes ces conditions, donne encore pour caution vingt-un de ses parents, qui s'obligent à chacun dix mille marcs d'argent, comm? plus au long il se voit es lettres.
En la même année 1 234, le duc de Bretagne promet toute sorte de service au Roi et à la Reine sa mère, et qu'il ne contractera aucun mariage, soit pour lui, soit pour son fils ou sa fille, avec le roi d'Angleterre ou Richard son frère, ni aucun autre ennemi du Roi, etc.
Mahault, comtesse de Boulogne, promit audit Roi, en la même année 1234, de ne contracter mariage sans sa permission et celle de la Reine sa mère, (J*en ai les titres.)
En Vannée 1 236 , Jeanne , comtesse de Flandres ', promit par acte particulier au roi saint Louis, qu'elle n'exécuteroit point le mariage avec Simon de Montfort, que sous son bon plaisir *.
i . Sans doute Marguerite de Montagu , deuuème femme clu duc de Bretagne.