‹ Mémoires de Mathieu MoléChapitre 69 sur 146 · Do Tillet · texte numérisé non relu

Do Tillet

3. Elle épousa y en effet, le prince Thomas de Savoie, onde de Marguerite, femme de saint Louis.

U fitteottvenu, en Tannée 1316, que Jeanne , fille de tMM Hirttn* et de sa première femme , ne seroit poiot niriée qae du gré de celui qui gouvernera le nSfêirnuB (f en ai le titre) ; il n'est point , en cet acte, pttU de IUh m de Reine, mais du Régent; parce que la Reine, femme de Louis Huttn, étoit demeurée grosse qpMS la mort du Roi et attendoit-on qu'eUe eut ac- Doudië, pendant lequel temps le royaume étoit gouwerïïÈé par Phi]i[^e, surnommé le Long, roi de France, la Beine ayant eu un en&nt qui mourut incontinent.

leanne, fille de Philippe de Bourgogne, étant rendue au roi Jean, par le traité fait entre le Roi et le comte de Savoie, il fiit^stipulé qu'eUe seroit mariée où il plairoit au Roi, pourvu que ce ne fôt au Dauphin son fils atné (du TiUet).

Le roi Charles V, au mois d'octobre 1374, après ■voir ordonné , par lettres patentes , que la Reine sa Gmime aura , pendant le bas âge de son fils aîné, l'éducation <14celui et qu'elle appellera pour le gouvernement de rÉtat les princes y dénommés et ceux de son conseil, il fit faire serment aux grands du royaume^ qui porte expressément qu'ils ne s'allieront, par mariage ou autrement, avec les ennemis, rebelles ^t désobéissants à l'État. (J'en ai le titre.)

En l'an 1380, Jean, comte d'Ârmagnac, fit serment 9U Roi de lui être fidèle et ses enfants, comme bon et loyal vassal, homme et sujet doit servir son Roi et son clroiturier et lige seigneur, et ajoute ces mots : « Et avec ce, nos enfants dessusdits ou aucun d'eux, fils ou

i . Jeanne fut reine de Navarre , et épousa Philippe , comte d'Évreux.

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fille, nous ne allierons par mariage ne autrement avec quelconque ennemi du Roi mondit seigneur^ ni de notre gré ou volonté soi allieront en aucune manière ; ainçoisy si nous le scavions, Tempécherions loyaument à tout notre pouvoir. Et si en aucune manière faisions le contraire , nous voulons et consentons être tenus et réputés, en toutes cours et devant tous Rois, princes et seigneurs , pour faux prince , traître , mauvais et foi mentie , et que nous en puissions être poursuivi devant le Roi mon seigneur, en sa cour de Parlement , comme crime de lèse-majesté conimis contre notre Roi et notre seigneur. i> (J'en ai le titre.)

L'an 1401 , Archambaud de Grailli, comte de Foix', recognoissant qu'il étoit vassal du Roi, lui promit qu'il ne marieroit point ses enfants que du consentement du Roi , et à ses sujets et amis , et en fit fidre pareil serment à ses enfants , leur donnant pouvoir à cet effet.

Par transaction entre Charles VII et Jean VI, duc de Bretagne , ledit duc promit au Roi que le mariage de Pierre de Bretagne son fils , avec la fille <le Loois d' Amboise , ne se feroit pas sans le sçu de Sa Majesté, ce que le père et le fils promirent par écrit en l'an 1431.

En l'année 1488, François, duc de Bretagne, plomit par traité , au roi Charles VIII, qu'il ne mariêroil ses filles sans son avis , à peine de deux cent mllU livres d'or. Et, pour plus grande sûreté, il fit obliger les principales villes de son duché. (J'en ai le titre.)

i . II figure aussi , dans l'histoire du xv* siècle , sous le An de Captai du Buch,

Entre les propositions qui furent faites par les Notables du royaume, assemblés à Saint-Germain en Laye, en 1582, celle-ci est très-expresse sur ce sujet (ebap. IV, art. 21) : nul prince ou officier de la couronne, ou duc, marquis, comte on gouverneur de province, ne peut traiter mariage avec étranger sans le consentement exprès du Roi, et qu'il soit par écrit, sous peine de privation de ses états , et des titres de ses dignités et seigneuries , et de réunion de sa principale justice à la plus prochaine royale du lieu K

>LSS COMME LES PRIIYCES ET LES GRANDS ONT DisIEE LE CONSEN- TEMENT DE NOS EOIS POUR LEURS MARIAGES 0^ CEUX DE LEURS SNFANTS.

Les princes françois n'ont pas cru leurs mariages assurés , si 1er consentement du Roi n'y intervenoit , ou plutôt la ratification. En voici quelques exemples :

L'an 1 193, le roi Philippe Auguste confirma les mariages de Pierre de Courlenay, comte de Nevers, avec Yolande de Hainaut, et de Mahault , fille dudit comte de Nevers, avec Philippe, comte de Namur,

Philippe le Bel , en 1298 , confirma le mariage de Marguerite de Valois, fille de son frère Charles, comte de Valois , avec Gui de Chàtillon, comte de Blois.

Le même Roi, en Tannée 1308, confirma celui de Jean II, comte de Dreux, avec Péronelle de Sully, vèive de Geoffroy de Lusignan.

En l'année 1 31 1 , le même Roi ratifia le mariage de Robert, fils du comte de Boulogne, avec Catherine, fille de Jean, dauphin du Viennois.

i. Yojezy à V Appendice^ les exemples étrangers relatifs aux 0>anages des princes et des grands , qui ne pouvaient être con- ^''^'ctés sans la permission du souverain.

L'année suivante, il confirma aussi le mariage de Philippe, prince de Tarente, et de Catherine de Valois, hnperatrice de Constantinople.

En la même année 1312, le Roi confirma le mariage de Cliarles de Valois, comte d'AIençon, second fils de Charles son frère , avec Jeanne , fille du comte de Joigny.

Philippe le Long, par deux diverses lettres des an« nées 1320 et 1321 , approuva le mariage de marguerite de Germont avec Jean, fils de Henri, sire de Sully.

L'an 1 322 , Charles le Bel confirma le mariage de Pierre P', duc de Bourbon , avec Isabeau de Valois, fille de Charles, comte de Valois.

Le même Roi, Tan 1325, ratifia le mariage d*Âlix, fille d'Artus V% duc de Bretagne, avec Bouchard, comte de Vendôme , qui avait été fait en Tan 1320.

En conséquence de cet usage^ les ambassadeurs du roi Jean , par acte du 6 janvier 1 353 , offrirent aux ambassadeurs de Pierre, roi de Castille, de leur fournir lettres dudit roi Jean confirmatives du traité de mariage dudit roi de Castille , avec Blanche de Bourbon, fait Tannée précédente.

Louis XI, Tan 1465 , confirma l'accord du mariage de Pierre II , duc de Bourbon, avec Marie d'Orléans, fille de Charles, duc d'Orléans, qui avoit été conclu en septembre de Tannée 1461 .

KXKMPLFS DES MÀBIAOES FAITS PAR LtS KOIS, DKS ftlfriHTS DES OmAlTDi DE LEUR ^TÀT, SANS LE SÇU DES PARENTS.

L'intérêt public a toujours tellement été considéré par nos Rois , qu'ils ont quelquefois promis , pour le

bien de la paix, de faire des mariages sans le consentement des parties.

Le roi Charles Y ^ en Tannée 1 368 , bailla sa promesse au sire d'Â^lbret, de lui donner en mariage Marguerite de Bourbon , sœur de la reine Jeanne , sa femme.

Louis XI ayant relevé Jean II , comte d'Alençon , de l'arrêt de mort donné contre lui, à Vendôme, Tan 1458, tira du comte d'Alençon une contre-lettre, du 12 octobre 1461 , qui porte , entre autres choses, que le Roi s'est réservé la garde et administration de René et Catherine d'Alençon , ses enfants , pour être et demeurer avec lui , et de leurs mariages disposer et ordonner, et les allier avec telles personnes qu'il plaira à Sa Majesté ; et promit que s'il faisoit chose qui fût au préjudice du Roi , soit par alliance de ses enfants ou autrement, sans son sçu et exprès commandement, la grâce et restitution que le Roi lui avoit faite seroit nulle.

En Tannée 1 505 , le roi Louis XII , par traité de paix fait à Blois, promit le mariage de sa nièce, Germaine de Foix , à Ferdinand , roi d'Espagne , ce qui fut exécuté le 19 octobre de la même année. (Volume VU de rinventaire du Trésor des Chartes, J). 330, au chapitre Jrragon.)

Cette autorité royale , ce pouvoir de nos Rois a été

si assuré, et a-t-on si peu douté de cet ordre public,

que les Enfants de France qui prétendent devoir jouir

des mêmes prérogatives , encore qu'il y ait quelques

honneurs qui ne se peuvent communiquer à d'autres

sans blesser le titre souverain, ont entrepris eux-mêmes

de publier des défenses de contracter mariage à ceux

qui faisoient leur demeure es terres desquelles ils jouissent , comme : Louis de France , fils aine du roi Philippe Auguste, défendit, par ses lettres, à Érard de Brenne, sire de Ramerie, et à la fille du roi de Cypre, qu'ils n'eussent à contracter mariage ensemble.

EXEMPLES DE CEUX CONTRE LESQUELS LES ROIS OKT TiMOlOJXi LEUR ' INDIGNATION ÀPRis LES MARIAGES PROJETlés ET CONTRACTiS.

Charles le Chauve ayant sçu que son fils Louis, dit le Bègue, avoit épousé une jeune damoiselle appelée Ansgarde, de laquelle il avoit deux enfants, sans sa volonté et son exprès consentement, il les sépara et lui fit prêter serment de ne la recognoitre jamais pour sa femme et lui en fit épouser une autre , nommée Adelaïs, laquelle il laissa grosse. (Reginon, 1. U, p. 44; d'après Fauchet, 1. X, p. 388.)

Charles VII déclara la guerre au duc de Savoie pour avoir été si hardi que d'entendre au traité de mariage de Louis, Dauphin, qui s'étoit retiré de la cour et avoit formé parti en France. Et comme ce n*étoit qu^un pourparler sans aucun effet, duquel néanmoins le Roi fut justement indigné, et que les articles étoient seulement arrêtés entre eux, aussi fut-il bien aise d'apporter remède à ce mal. Le cardinal d'Estouteville * ayant trouvé le Roi près d'entrer en la Savoie, alla trouver le Duc, qui recognut sa &ute ; et fut fidt traité entre le Roi et lui, qui portoit consentement du prince de passer outre au mariage , qui ne fiit néanmoins consommé que quatre ans après, à Namur.

1 . Guillaume d'Estouteville , archevêque de Rouen et légat en France» était en route pour Rome lorsqu'il apprit que le Roi marchait sur la Savoie. U revint sur ses pas et trouva le Roi à Feurs.

DE MATEDEU MOLE. (i63i.) 247

Il importe d'en écrire l'histoire au long, puisqu'elle est autre qu'on ne la tient communément :

Ix>uis, Dauphin, étant en mauvaise intelligence avec le Roi, son père, se retira en Dauphiné, qui lui appartienoit par sa naissance. Le Roi lui voulant retrancher ^ous les moyens de lui nuire et à son État , et pour l'obliger de revenir près de lui, révoqua les ordres €p]*il avoit donnés pour son entreténement , même pour ce qui étoit en Dauphiné.

Ce jeune prince, impatient de cette nécessité, prit d'autorité ce qu'il put d'argent qui appartenoit au Koi , qui s'offensa si fort de cette entreprise , qu'il envoya une armée contre lui en Dauphitié , sous la conduite du comte de Daramartin\ Le Dauphin se retiroit à mesure que l'armée du Roi s'approchoit de lui, et néanmoins il rechercha les grands dont il ppu* -voit tirer de l'assistance. Le duc d'Alençon et le comte d'Armagnac se voulurent mêler de lui donner conseil, comme fit aussi Jacques Cœur*, homme fort pécunieux; mais les uns et les autres furent tellement châtiés par

1 . Louis-Antoine de Ghabannes , comte de Dammartin. Cette famille, originaire du Bourbonnais , s'est perpétuée de nos jours, et l*tm de ses descendants est le lieutenant général comte de Ghabannes.

2. Les biographes du célèbre financier du xt* siècle n'ont peut-être pas assez insisté sur cette circonstance de la vie de Jacques Gœur, qui contribua probablement aussi à déterminer le roi Charles VII à poursuivre son argentier lorsque déjà des accusations d'empoisonnement pesaient sur lui. (Voy. le Mémoire de M. Bonamy sur les dernières années de Jacques Cœur, Mém, de V Académie des Inscriptions ^ t. XX, p. 509, et la récente publication de M. Pierre Clément.) Louis XI fut très^favorable à la révision de ce procès , que poursuivirent , pendant son règne , les enfants de Jacques Gceur.

le Roi 9 que personne n'osa plus lui témoigner aucune bonne volonté.

Le Dauphin , réduit à ces extrémités ', s'adressa à Louis, comte de Savoie , et lui proposa d'épouser Charlotte, sa fille, qui étoit lors en bas âge. Le Comte écouta ce parti , voyant le Roi sur la fin de ses jours et le grand avantage qui lui en pouvoit venir. Le contrat de ce mariage se passa à Genève , en janvier 4451 , et rien davantage, soit que la fiUefùttrc^ jeune , qui étoit un empêchement sans remède pour lors, soit aussi (ce qui est vraisemblable par la suite de rhistoire) que le Comte vouloit avoir le consentement du Roi. '

L'affaire donc étant demeurée en cet état*, le Dauphin, qui voyoit que le Roi son père se préparoit pour se venger du comte de Savoie , se retira au comté de Bourgogne. Cependant le Roi s'avançoit avec son armée pour entrer en Savoie et fut jusques à Feurs en Forez, où il fut rencontré par le cardinal d'Estoule* ville, qui retQurnoit d'Italie.

i. Guichenon prétend que le duc de Savoie refîiM alors de donner aide et secours au Dauphin {Hist. de la Maison de Saipoùi , t. II, p. 92); mais cet écrivain se contredit un peu plus loin (û/., p. 106 et 407).

2. Guichenon raconte, dans son Histoire de la Maison de Sopoie^ que la princesse Charlotte fut promise après beaucoup de difficultés à Louis, dauphin de France , parce qu'il négociait ce mariage à Tinsu du roi Charles Vil. Le Dauphin envoya en Savoie Jean, bâtard d'Armagnac, seigneur de Gourdon, et Antoine Bdomier, ses ambassadeurs , pour épouser en son nom la princesse Charlotte; le pouvoir qu'il leur donna était daté d'Alexan, proche Romans, en Dauphiné, le 8 janvier 1451. Les articles du mariage furent alors accordés, et le contrat passé dans le couvent des frères mineurs le 4 février suivant. Le roi de France l*ayant su,

Ce cardinal supplia le Roi de lui permettre de voir Je Comte, pour sçavoir quelle raison il lui vouloit faire. Cet expédient eut un bon succès : le Comte vint trouver le Roi à Feurs*, et, le 27 octobre 1452, ils firent un traité d'amitié et de confédération , qui porte ces mots , c'est le Comte qui parle : ^c Vu l'alliance qui est à présent entre ledit seigneur Roi et nous par le ûioyen du mariage d'aucuns ses enfants avec les nôtres. »

Qudques historiens françois (de Serres) ont dit que le Roi prêta lors un demi-consentement à ce mariage , ce qu'ils eussent dit plus hardiment, s'ils eussent vu ce traité et ces paroles formelles de consentement, qui se doivent rapporter à ce mariage , non à celui de lolande , fille aînée du Roi, avec le prince de Savoie , fils aîné dudit Comte , fait longtemps auparavant*.

L'amitié continua, depuis, entre le Roi et le Comte; mais la haine que le Roi portoit à son fils augmentolt, ce qui obligea le Comte de venir à Paris , ayant avec

envoya son héraut d'armes, avec des lettres fort pressantes au duc Louis de Savoie, afin de retarder l'exécution de ce mariage ; mais il fut solennisé au château de Ghambéry avant que le héraut eut rendu les lettres. Toutefois, ce mariage ne fut pas consommé, et le Dauphin se retira à Namur, d'où il envoya quérir par le seigneur de Montagu, au mois de janvier 1457, la princesse Charlotte sa femme. — Guichenon ne parle pas du traité de 1452, et ne dit pas que le Dauphin ne réclama sa femme qu'en 1457. (Hiitoire de la Maison de Savoie, p. 106, 107, édition de Jean- Michel Briolo.)

1 . Cette entrevue de Feurs est racontée par Guichenon. (Edit. citée. )

2. Yolande de France, fille de Charles Vil, née à Tours le 23 septembre 1434 , fut fiancée en 1436 à Amé de Savoie.

lui cette lolande , fille du Roi , pour tâcher de vaincre cette dureté , mais inutilement; si bien que le Comte s'en retourna en Savoie j non ^ comme il est à juger, sans le consentement exprès du Roi pour Taccomplissement de ce mariage, car, sitôt qu'il fut arrivé chez lui, il fit conduire sa fille à Genep en Flandres, où étoit le Dauphin , et les noces furent faites et le mariage consommé à Namur^ en Tannée 1457.

Ce mariage fut si heureux , que la princesse Dauphine eut mi fils à la fin de Tannée; le comte de Savoie crut que c'étoit un moyen que sa bonne (ùf^ tune lui présentoit pour réunir ces deux esprits si divisés , faisant voir au Roi un nouveau gage d'amitié ; mais cela ne fut suffisant de fléchir le Roi, qui mourut. Tan 1461 , n'ayant jamais voulu voir son fils, qui avoit été onze ans en sa mauvaise grâce et hors de son royaume.

Voilà la vérité de cette histoire, dont on parle lorsqu'il est question des mariages des Enfants de France. Il est aisé à juger si de là Ton en peut tirer les conséquences qu'aucuns peu informas en font, pour dire que le consentement des Rois n'est pas autremmit nécessaire aux mariages des princes de leur sang et autres grands de leur royaume.

Au contraire, il est aisé de juger qu'encore que le premier pourparler, qui est de Tan 1451 , eût été entrepris sans l'autorité royale , dont le Roi s'indigna justement, que depuis le duc de Savoie ne voulut jamais passer outre sans consentement exprès. Ce qui

i . Voy. aussi V Histoire de France d« P. Biliiel , p. 530 d« rédidon de 1622.

se voit clairement par les termes du traité, qui est de l'an 1452 , et par les voyages faits depuis vers le Roi, tant par le duc de Savoie que de sa part.

Et le temps qui s* est écoulé. depuis le contrat, qui est de 1451 jusques à la consommation du mariage qui se fit à Namur en 1 457, déclare assez qu'encore que le courroux du Roi demeurât toujours contre la personne de son fils qu'il ne vouloit point voir, il ne laissoU ^as de se vaincre soi-même, et préférant l'intérêt de l'État qui le portoit à souhaiter le mariage de son fils, en l'espérance des enfants qui eu dévoient naître, ne laisse pas de consentir au mariage , qui fiit consommé dans les pays étrangers , dont naquit le juste successeur de la couronne, Charles VIII ; qu'il y demeura jusques après le décès de son père , qui se ressentit jusques à sa mort des mouvements excités sous son nom , le tenant éloigné , afin que par sa présence il ne put servir de prétexte aux mauvais esprits pour forger, de jour en jour, de nouveaux intrigues.

Thibault, comte de Champagne, sans en communiquer au roi Louis le Jeune , avoit fait un double mariage de son fils avec la fille du comte de Flandres, et de sa fille avec le comte de Soissons , qui déclara la guerre pour ce sujet au comte de Champagne et le dépouilla de ses États. Et saint Bernard , qui, pour sa sainteté de vie, étoit en très-grande recommandation, en écrivit au Roi et à ceux desquels il prenoit conseil; et, par les lettres, il est aisé de voir jusqu'où se portoit le ressentiment du prince et les raisons d'État qui l'obligeoient d'en user ainsi, comme il a été dit.

Gui, comte de FlandresS pair de France et vassal du Roi y à cause de son comté , rechercha les occasions de (àcher le roi Philippe le Bel ; il avoit une fille nommée Philippe , qu'Edouard P, roi d'Angleterre , lui demanda en mariage pour son fils Edouard, qui lui succéda au royaume. Le Comte embrassant cette occasion proportionnée, ce lui sembloit, à son désir, promit sa fille et fit de grands préparatifs pour la cpnduire en Angleterre. Le roi Philippe le Bel, à qui cette alliance touchoit, fit dire au Comte qu'il tiendroit à injure 8*il envoyoit sa fiUe en Angleterre sans prendre congé de lui, qui étoit son parrain. Le Comte, qui sçavoitrobligation qu'il avoit de donner part au Roi de cette affaire, et de la puissance d'un si grand Roi qu'il auroit sur les bras s'il n'obéissoit, se résolut de passer en France avec sa fille, et trouvèrent le Roi à Corbeil. Le Comte présentant sa fille dit au Roi : « Sire, voici votre cousine qui a plu à Edouard d'Angleterre ; si ne veut pas partir de votre royaume sans prendre cong^ de vous. » Le Roi répondit : <c En nom Dieu, sire Comte, aussi n'ira mie; vous avez fait alliance à mon ennemi, sans mon sçu ; par quoi vous et elle demoureres avec moi. » (Anciennes histoires de Flandres.) Aussitôt le père et la fille furent arrêtés prisonniers ; le Comte (ut délivré quelque temps après , mais sa fille fut retenue et mourut en prison, et fut enterrée aux Cordeliers de Paris.

Cette affaire eut de très-mauvaises suites pour le comte de Flandres, qui voulut s'en ressentir contre le

i. Gui de Daropierre^ comte de Flandre, conclut^ en 1194, le mariage de sa fille avec le fils aine du roi d'Angleterre.

DE MATHIEU MOLE. (i634.} 2ȉ

Roi; mais il se trouva si mal assisté de ses amis, même de l'Empereur et du roi d'Angleterre intéressé , qui traita sans lui j qu'il se vit réduit , pour sauver son pays, à se rendre, lui et ses enfants et beaucoup de gentilshommes flamands, entre les mains du comte de Valois, qui les amena tous au Roi , qui les reçut non point comme amis, comme on leur avoit promis, mais comme vaincus et captifs , et les envoya en diverses prisons, où le Comte mourut en l'année 1 304 \ après avoir été dix ans prisonnier. Un de nos historiens*, écrivant cette histoire, dit : « Le comte flamand fut fort joyeux d'un tel rencontre, ne voyant pas à quoi teùdoit le roi d'Angleterre^ et s'estima heureux qu'un si grand priuee daignât s'aUier en sa maison : ainsi il accorda aux Anglois ce qu'ils désiroient, sans en communiquer au roi Philippe , son souverain , ce qui lui tourna en grande conséquence. Le Roi averti de ceci, en fiit grandement irrité , tant pour avoir suspecte la puissance du comte de Flandres , que pour trouver mauvais que , sans son avis et congé , il entreprit de marier sa fille à un étranger, même à un ennemi de la couronne de France , comme ainsi soit que la loi ancienne du royaume porte qu'il n'est permis à homme vivant, tant grand soit il, de marier ses enfants hors du royaume, sans le congé exprès et le consentement du Roi. Et si quelqu'un est assez hardi que de ce faire , il est en la puissance du Roi de le bannir et lui ôter sa terre, et ainsi Tai-je recueiUi d'un vieux livre écrit

i. Cette date est exacte d'après Tancienne manière de compter, Tannée ne commençant qu'à Pâques : le comte était mort le 7 mars 130» N. S.

2. Belleforest, année i 295, Fie de Philippe le Bel^ p. 755, b.

à la main et en fort ancien langage, qui m'a été communiqué par le seigneur de Sansay. »

Un des principaux chefs d'accusation de crime de lèse-majesté dont fut convaincu Jean- II, comte d*ÀlençonS prince du sang et pair de France, et condamné à mort par cet arrêt si célèbre , donné à Yendôme, le 10 octobre 1458, fut d'avoir traité le mariage de sa fiUe avec le (ils aine du duc d' Yorck, prince anglois, dont il n'avoit donné aucune part au Roi.

Du même règne de Charles VU, Jean IV, comte d' Armagnac*, traita le mariage de sa fille avec le roi d'Angleterre, et ce crime n'étoit pas seul : ce qui obligea le Hoi de le faire arrêter et saisir tous ses biens. Les amis et parents du Comte, croyant qu'il étoit innocent, supplièrent le Roi de les ouïr pour le justifier; ce qu'il leur accorda , mais voulut que ce fttt en présence de son conseil. Là, ils représentèrent les services du Comte et de ses prédécesseurs, et , comme il étoit injustement traité, conclurent demandant justice. L'avocat criminel du Roi , nonuné Jean Barbin, pré* sent au conseil , eut commandement de répondre ; il demanda trois jours de délai pour se préparer : ce que le conseil trouva bon. Le délai expiré , Tavocat du Roi fut ouï par le Roi en son conseil. Il répondit

1 . L'un des personnages qui défendirent vivement le duc d'Âlençon pendant la durée de ce célèbre procès , fut Charles , doc d'Orléans. Ce prince prononça , dans cette circonstance , un dis* cours que Ton peut considérer comme un exemple de l'éloquence judiciaire de cette époque. Les textes des Ecritures sont pour loi le code suprême, le guide des consciences, et les motib des juge» ments. (Voy. cette harangue dans le volume que nous avons publié sous le titre de Louis et Chitrles^ ducs d'Orléans^ p, M8.}

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