LETTRE DF. M. DE NOTER A MATHIEU MOL
(Voy. Mémoires^ t. 111, p. 49.)
(c Monsieur, permettez que l'on vous rende les devoirs, aussi bien dans le désert que dans la foule et le tumulte des villes. Je n'ai pas pu différer davantage sans vous prier de me faire part de ce qui s'est passé entre vous et M. le Grand Maître, au dernier voyage qu'il a fait à Paris, si le Dieu de paix a régné à l'entrevue que je suppose s'être faite, parce qu'elle m'avoit été promise, et si cette ancienne chaleur s'est rallumée. Je le souhaite comme la vie; que si cela n'est point, où est l'Évangile, qui veut que nous nous p^rdonnionsseptuagintael septies ? Je sais bien que vous êtes tous deux meilleurs théologiensquemoi ; mais je suis dans la solitude où le fascinum negotiorum me permet de voir quelquefois plus clair dans la discussion des passions, qu'il ne fait à ceux qu'il possède. Je conserverai toujours ma liberté avec vous, parce que j'ai l'honneur de cognoitre votre cœur, et je crois que vous
cognoître les ressentiments de Theureux succès de notre ▼oyage, nous donnât grand sujet d^aigreur contre lui, nous ne laissâmes pas, dissimulant sa faute, de lui donner lieu de revenir près de nous, en changeant les peines quUl mëritoit en des grâces que nous lui faisions en lui augmentant son apanage et lui donnant le gouvernement d^Orlëans et d'Amboise. Bien qu^un traitement si favorable l'obligeât à s'unir inséparablement à nos intérêts, il sortit néanmoins « quelque temps après, de Paris, se retira à Orléans et ensuite en Lorraine, en 1631, où, blessant les lois fondamentales de notre État, il se maria, contre notre volonté, à la sœur du duc Charles. Ce mariage étant fait, il se retira à Bruxelles, en 1632, et se mit en la puissance de nos ennemis, qui le portèrent à entrer en armes dans notre royaume, pour se joindre, dans le Languedoc, aux forces de la faction qu^il avoit tramée avec le duc de Montmorency; laquelle n^ayant pas été plutôt formée que dissipée par nos armes, nous le reçûmes pour la troisième fois en notre grâce. Nous croyions que notre dit frère, comblé de tant de témoignages de notre bonne voloùté , prendroit enfin la résolution de demeurer dans son devoir ; mais nous n'eûmes pas plutôt quitte le Languedoc, pour revenir à Paris, qu'il sortit pour la troisième fois de notre État, se lia de nouveau avec le roi d'Espagne et prit son parti contre nous. En quoi sa mauvaise volonté parut d'autant plus grande, qu'il n'avoit recherché et reçu notre grâce, à Béziers , que pour pouvoir en abuser plus aisément , en se délivrant des obstacles qui , sans cela, lui eussent été inévitables au passage qu'il avoit résolu de faire en Flandre. Cette mauvaise conduite n'empêcha pas que, lorsque, étant lassé du mauvais traitement qu'il recevoit des
Espagnols 9 il prit résolution de se mettre en liberté, revenant près de nous avec intention de recognoître sa faute, nous ne lui pardonnassions volontiers pour une quatrième fois. Peu après, étant en France, lacognoissance que nous eûmes que ses actions u'étoient pas telles que nous pouvions désirer, et qu'il suivoit les mauvais conseils du duc de Puylaurens , nous fûmes contraint , pour prévenir un plus grand mal , de faire arrêter ledit due pour obliger davantage notre dit frère à s*unir étroitement avec nous et nous rendre Thonneur et le service qu'il nous doit. Nous lui fîmes ensuite tous les bons traitements qu'il pouvoit attendre de notre affection , jusques à l'honorer du commandement de la plus florissante et nombreuse armée qui se soit vue de longtemps en ce royaume. Au lieu de porter ces forces aussi puissamment qu'il le pouvoit faire contre les armes de nos ennemis, qui avoient surpris quelques places en notre frontière de Picardie, les persuasions du comte de Soissons et du duc de la Valette eurent tant de pouvoir sur lui , qu'ils projetèrent ensemble de s'en servir contre nous-méme. Mais ayant été détourné de ce pernicieux dessein par la cognoissance qu'ils eurent qu'ils n'y pourroicnt jamais disposer les gens de guerre, ledit comte de Soissons se retira à Sedan, et notre dit frère à Blois, en 1636, en intention de passer en Guyenne. Nous le suivîmes jus-* ques à Orléans , où nous ayant fait entendre le déplaisir qu'il avoit d'avoir consenti à de si mauvais desseins, il obtint de nous un cinquième pardon pour cette faute^ avec la même Jbeîlité qu'il avoit eu tous les autres. Ensuite de cette 'dernière grâce , comme ses actions , pendant quelques années, nous donnèrent sujet de croire qu il é\oit bien éloigné de prêter plus l'oreille à des con- IV 19
cognoître les ressentiments de l'heureux succès de notre ▼oyage^ nous donnât grand sujet d'aigreur contre lui, nous ne laissâmes pas , dissimulant sa faute , de lui donner lieu de revenir près de nous^ en changeant les peines qu'il méritoit en des grâces que nous lui faisions en lui augmentant son apanage et lui donnant le gouvernement d'Orlëans et d'Amboise. Bien qu'un traitement si favorable l'obligeât à s'unir inséparablement à nos intérêts, il sortit néanmoins « quelque temps après , de Paris, se retira à Orléans et ensuite en Lorraine, en 1 631 , où, blessant les lois fondamentales de notre État, il se maria, contre notre volonté, à la sœur du duc Charles. Ce mariage étant fait, il se retira à Bruxelles, en 1632, et se mit en la puissance de nos ennemis , qui le portèrent à entrer en armes dans notre royaume , pour se joindre, dans le Languedoc, aux forces de la faction qu'il avoit tramée avec le duc de Montmorency ; laquelle n'ayant pas été plutôt formée que dissipée par nos armes, nous le reçûmes pour la troisième fois en notre grâce. Nous croyions que notre dit frère, comblé de tant de témoignages de notre bonne voloiité , prendroit enfin la résolution de demeurer dans son devoir ; mais nous n'eûmes pas plutôt quitté le Languedoc, pour revenir à Paris, qu'il sortit pour la troisième fois de notre État, se lia de nouveau avec le roi d'Espagne et prit son parti contre nous. En quoi sa mauvaise volonté parut d'autant plus grande, qu'il n'avoit recherché et reçu notre grâce, à Béziers , que pour pouvoir en abuser plus aisément , en se délivrant des obstacles qui , sans cela, lui eussent été inévitables au passage qu'il avoit résolu de faire en Flandre. Cette mauvaise conduite n'empêcha pas que, lorsque, étant lassé du mauvais traitement qu'il recevoit des
Espagnols 9 il prit résolution de se mettre en liberté, revenant près de nous avec intention de recognoitre sa faute, nous ne lui pardonnassions volontiers pour une quatrième fois. Peu après ^ étant en France, lacognoissance que nous eûmes que ses actions u'étoient pas telles que nous pouvions désirer, et qu'il suivoit les mauvais conseils du duc de Puylaurens , nous fûmes contraint , pour prévenir un plus grand mal , de faire arrêter ledit duc pour obliger davantage notre dit frère à s'unir étroitement avec nous et nous rendre l'honneur et le service qu'il nous doit. Nous lui fîmes ensuite tous les bons traitements qu'il pouvoit attendre de notre affection , jusques à l'honorer du commandehieut de la plus florissante et nombreuse armée qui se soit vue de longtemps en ce royaume. Au lieu de porter ces forces aussi puissamment qu'il le pouvoit faire contre les armes de nos ennemis, qui avoient surpris quelques places en notre frontière de Picardie, les persuasions du comte de Soissons et du duc de la Valette eurent tant de pouvoir sur lui , qu'ils projetèrent ensemble de s'en servir contre nous-méme. Mais ayant été détourné de ce pernicieux dessein par la cognoissance qu'ils eurent qu'ils n'y pourroicnt jamais disposer les gens de guerre , ledit comte de Soissons se retira à Sedan, et notre dit frère à Blois, en 1636, en intention de passer en Guyenne. Nous le suivîmes jus-* ques à Orléans , où nous ayant fait entendre le déplaisir qu'il avoit d'avoir consenti à de si mauvais desseins, il obtint de nous un cinquième pardon pour cette faute^ avec la même £^Uté qu'il avoit eu tous les autres. Ensuite de cette 'dernière grâce , comme ses actions , pendant quelques années, nous donnèrent sujet de croire qu il é\oir bien éloigné de prêter plus l'oreille à des con- IV 19
mià APPOIDIGE AUX MÉMOIRES
roient encore été mis en lumière; ledit seigneur lui anroit permis d'en graver les figures , les imprimer ainsi que les discours, par qui et autant de fois que bon lui semblera y durant Fespace de vingt années accomplies; fiûsant défenses à toutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient, de graver, imprimer, vendre, & peine , contre les contrevenants , de trois mille livres d*amende, payable sans déport, par chacun d*eux, et applicable un tiers audit seigneur^ un tiers à T Hôtel-Dieu dé Paris , et Tàutre tiers audit Bosse, et après avoir été les^ syndics des libraires de cette ville de Paris, ouïs au parquet sur le contenu desdites lettres, conclusions du Procureur Général du Roi, et tout considéré ; ladite Gour a ordonné et ordonne que lesdites lettres seront registrées au greffe d'icelle, etc.
mXTBAlTS DES JOUENÂUX ET MÉMOIEIS ESLATIFS A LA MALADIE ET A LA MORT DU CABDIUAL DE RICBBLIEO ET DU ROI LOUIS XIII.
(Voy. Mémoires ^ t. 111, p. 37, 56, et la Notice sur les manuscrits de
Moié, p. Lxxxi.)
BIhUoth, hist, du P. Lelong, édit. Fontette. Paris, i769, t. III, p. 487, ii«* 22090 a 22123, n*" 22126 à 22171, et p. 492. — Gazette^ année 1642, p. 172, 401, 414,438, 976, 1115, 1168, 1196. ISim,deW de Montpensier^ p. 414. — Catalogue des livres imprimés de la Biblioth. impér., pubUé en 1855, t. I, 618, !> n«» 3315 à 3335; 620, V" n^ 3347 i 3403. — Ifemoirei de Pontis, coll. Petitot, p. 357. — 3ftfmoires de F abbé jimauld, même coll., p. 213. — Mémoires de Brienne^ coUect. Michaud et Poujoulat, p. 75 et 77. — Henri Martin, Hist. de France, X, Xlll, p. 432,435, 438, 439, 451. Bibliographie biographique, par OEtUnger, gr. in-8. 1850, p. 38 et 561.
NARRÉ DE LA CONTENTION RELATIVE A LA PRÉSÉANCE DES CONSEILLERS DE LA CRANDV.HABkBRE ET DES ENQUÊTES.
( Voy. les Mémoires ^ t. III, p. 70.)
I^e 4 juin, MM. les présidents des Enquêtes Champront et Barillon sont venus , de la part de tous MM. les Présidents des Enquêtes y me dire que les obsèques du feu Roi se devant faire bientôt , où la compagnie assisteroit en corps, qu'ils avoient arrêté de s'y trouver pour rendre Thonneur qu'ils dévoient à la mémoire du feu Roi. Je leur témoignai que je recevois cet avis comme j'y étois obligé; mais que si, par cette déclaration de leur inten* tion, ils avoient quelque autre prétention , qu'il seroit në^ cessaire de s'expliquer , a6n d'y donner les ordres nécessaires.
Ils me dirent lors qu'il y avoit souvent contention entre Messieurs de la Grand'Cbambre qu'ils avoient vus aux Enquêtes, et eux qui prétendoient les précéder, suivant redit du roi François I*^, de 1 543, qui avoit terminé l'affaire et ordonné la préséance. Je leur promis d'en avertir Messieurs de la Grand'Cbambre, afin de cbercber les remèdes convenables pour empêcher la division en la compagnie : ce que je fis le lendemain. Et , néanmoins , les ayant encore deux ou trois fois avertis , afin qu'ils conférassent entre eux pour sçavoir les raisons de, la justice qu'ils croyoient avoir, afin de rendre réponse , sans attendre le moment qui seroit si pressant qu'il n'y auroit plus moyen d'y donner ordre, et que, s'il se pouvoit, il y falloit trouver le remède en la compagnie, sans faire poursuite au dehors, étant plus raison*-
nable que tels différends fussent tranchés par le Parlement même. Le temps s'étant écoulé jusques au jour de la semonce , qui fut samedi, et lors Tayant dit en public, on trouva à propos d'envoyer avertir MM. les présidents des Enquêtes , afin que , leurs raisons étant entendues par Messieurs qui étoient en la Grand'Chambre, on y pût pourvoir.
Cette matinée se passa en plusieurs propositions faites par les Présidents des Enquêtes, qui toutes leur donnoient avantage et gain de leur cause sans être jugée ; enfin , eux retirés , Messieurs de la Grand'Chambre donnèrent pouvoir à six des anciens d'entre eux pour y pourvoir. Et Taprès-dinée , étant en conseil, MM. les présidents Nesmond , de Bellièvre , de Longueil et les autres de la Grand'Chambre, qui travailloient en conseil au deuxième bureau et à TÉdit, furent avertis de venir, et les présidents des Enquêtes aussi; et enfin, apràs plusieurs autres propositions, on arrêta d'un commun consentement, que au plus tôt le différend se jugeroit, et en attendant, sans préjudice des droits, que M. le président Gayant, qui avoit vu M. Savare, doyen du Parlement, aux Enquêtes, n'y viendroit point, ni M. Savare aussi, lequel s'en étoit également excusé pour son incommodité, et qu'après MM. Chevalier, Crépin, Thelis, Hénequin, plus anciens que M. Champront, et qui n'en avoient vu pas un d'eux aux Enquêtes , marcheroient , et après quatre présidents des Enquêtes , et tous les autres de la Grand'Chambre pries de ne s'y trouver point pour cette fois, afin d'éviter toute contention : ce qui a été exécuté.
Les raisons de MM. les Présidents des Enquêtes sont : qu'ayant ci -devant prétendu marcher après
DE MATHIEU MOLE. 30i
MM. les Présidents du Parlement, Messieurs de la Grand' Chambre, au contraire, soutenoient que ceux qui présidoient aux Enquêtes n'avoient qu'une commission qui ne donnoit aucun rang, et qu'étant conseillers de la Cour et obligés de garder cet office , ils ne pouvoient avoir rang que de leur réception. Ce difTérend étant porté devant le roi François I*', en 1 543 , il envoya la déclaration de sa volonté, par laquelle on voit qu'ils doivent marcher en rang de leur réception, et aussi qu'ils doivent précéder ceux qu'ils ont vus aux Enquêtes, quoiqu'ils soient entrés en la Grand'Chambre; qu'ayant perdu leur cause en un chef, on doit le leur maintenir en l'autre ; que si, par respect, ils ont cédé en quelques occasions publiques, que cela ne leur peut faire préjudice, et, qu'en particulier, es enterrements et offrandes et autres cérémonies, ils se sont conservés , et plusieurs leur ayant cédé , il n'y avoit point d'apparence de leur contester en public , et que l'ordre prescrit par le Roi a été autrefois trouvé si raisonnable et avantageux pour Messieurs de la Grand'Chambre, que, sans les appeler à la diligence des gens du Roi , il a été apporté en la compagnie, et en la Grand' Chambre délibéré et ordonné qu'il seroit registre; qu'il resté donc de l'exécuter, et qu'ils se promettent de l'obtenir, puisque c'est une loi publique^ prononcée et exposée dans les registres de la Cour, pour être observée non en un moment, mais toujours.
Pour Messieurs de la Grand'Chambre , on peut dire qu'il faut voir le sujet de cette ordonnance , laquelle est si ancienne que l'on n'en a pas mémoire; que, si elle eût été à leur avantage , ils n'auroient pas réclamé de temps en temps, non pas eux en particulier, mais toute la
compagnie / n*y ayant point intérêt pour ce qai les reippirde chacun^ n'étant pas juste de les rendre comme partie pour les obliger de se défendre des prétentions des Présidents des Enquêtes; ({ue c'est un intérêt public qui téside en la bouche du Procureur Général ; que c'est à lui à voir les règlements, de temps en temps, les apporter et pour y être après délibéré , comme il a toujours été Elit ; et que, tant s'en faut que cet ordre soit prescrit tel qu'ils disent, pour être observé, qu'au moment même et toujours depuis on en a usé autrement en la compagnie, et que, recognoissant le peu de droits , ils se sont abstenus des ordres publics où la compagnie s'est trouvée en corps, soit à la messe de la Saint-Martin, aux enterrements, aux services publics et en tous autres. De sorte que le droit étant conBrmé par une possession continue, contestée souvent par eux et toujours ayant été gardé, qu'il n'y a point d'apparence de leur nouvelle prétention, que pour avoir déclaré qu'ils enttndoient venir aui^ obsèques qui se doivent faire ; que cet avis ne peut servir de loi ; qu'il ne seroit pas juste qu'ils se la donnassent à eux-mêmes, et qu'au contraire. Messieurs de la Grand'Chambre déclarant aussi qu'ils iroieot, ce seroit s'exposer à une voie de fait de part et d'autre, qui seroit très-honteuse et très-indigne. Que ce procédé étoit si désavantageux qu'il ne devoit être souffert; qu'il attendroit nettement ce qu'il plairoit à la compagnie d'en ordonner.
Que de prétendre la préséance sur le doyen du Parlement, qu'il n'y a point d'apparence , non plus que sur les autres qui ont été vus aux Enquêtes ; que, tant qu'ils ont été aux Enquêtes , ils ont cédé à ceux qui les présidoient, mais qu'étant sortis, montés en la Grand'-
Chambre, présidés par MM. les Présidents du Parlement , ils ne pouvoient conserver cette préséance sur eux; que ce seroit établir un droit de suite , sans apparence quelconque ; que c'est assez de les honorer quand on est présidé par eux, quoiqu'ils soient plus anciens de réception ; que cet ordre ne se peut entendre qu'en ce cas : qu'ayant ordonné que chacun iroit selon son ordre de réception, que les plus anciens qu'eux Présidents les dévoient précéder , mais ayant jugé qu'encore qu'ils fussent plus anciens en réception, qu'étant, néanmoins, présidés par les Présidents des Enquêtes, qu'il étoit juste que Ton ne considérât pas, en ce rencontre, le temps de la réception, et, qu'étant par chacun jour présidés, ils dévoient céder à ceux qui les présidoient ; mais, qu'étant sortis des Enquêtes, entrés en la Grand'Chambre et présidés par MM. les Présidents du Parlement, et allant avec tous les autres selon leur rang , qu'il étoit bien plus juste de conserver ce rang de réception avec tous, que non pas de prendre garde si on avoit été présidé lorsque l'on étoit aux Enquêtes , et conserver cette préséance imaginaire.
Les Maîtres des Requêtes, après dix ans de réception, les précèdent partout , quoiqu'ils aient été présidés es Enquêtes ; ils sont du corps comme les autres, et, néanmoins , on voudroit prétendre non après dix ans de réception , mais après vingt et trente ans , encore une supériorité imaginaire qui ne peut qu'apporter de la confusion dans la compagnie. Prétendent-ils pas précéder ceux mêmes qu'ils n'ont point vus aux Enquêtes, sous ombre que l'un de ceux qu'ils ont vus précédait les autres , comme l'un des conseillers d'Église peut monter plus tôt qu'un conseiller clerc, et aussi qu'il demeure
plus longtemps aux Enquêtes et Tautre monte plus tôt en la Grand'Chamjbre , néanmoins , sous ombre que le laïque précède le clerc quand il est en la Grand'Qiambrei sous prétexte qu'ils ont yi| le laïque aux Enquêtes , ils prétendent la préséance sur le clerc qui n*a jamais été présidé par eux aux Enquêtes.
n y a tant d'autres inconvénients qui apportent la corifiision , que cette loi dont ils se vantent ne pourroit être exécutée. Ce qu'ayant été recognu, il a été jugé par la compagnie que l'ancien ordre seroit gardé à IVgard de Messieurs de la Grand'Chambre , avec lesquels les 'Présidents des Enquêtes n'iroient que selon leur réception f ne tenant lieu dans le corps que de conseillers , n'étant écrit dans le tableau qu'en ce rang, ne leur demandant leur voix qu'en cet ordre , et chacune assemblée de Chambres confirmant ce règlement, M. le Premier Président demandant leur voix à tous Messieurs de la Grand 'Chambre y et après aux Présidents des Enquêtesy et après à Messieurs des Enquêtes, qui est à dire qu'ils doivent céder à tous Messieurs de la Grand'- Chambre, sans se souvenir s'ils les ont vus aux Enquêtes, et se contenter de précéder tous ceux des Enquêtes, quoique même plus anciens de réception : c'est le véritable sens de cette ordonnance , et non pas se conserver un empire après qu'on est sorti des Enquêtes, et par ce droit de suite apporter le désordre partout.
Que s'ils sont si jaloux de Thonneur du Sénat|, il faut qu'ils abandonnent leurs prétentions, l'ordre ne se pouvant garder assurément que par l'ordre du tableau, c'est-à-dire par le temps de la réception, tout autre moment dépendroit en effet de l'opinion de l'un ou de l'autre, n'y ayant rien de certain, chacun pouvant assu-
rer et l*âutre nier le temps de présidence lorsque Ton étoit aux Enquêtes.
Vaut-il pas mieux que chacun prenne son rang de réception, ou bien, s*ils sont si jaloux d'être recognus présidents, qu'ils se mettent après Messieurs de la Grand' Chambre, qu'ils marchent deyant tous ceux qu'ils président chaque jour , et que , les voyant les premiers, quoique ceux qui les suivent es Enquêtes puissent être plus anciens de réception , ils les honorent toujours comme leurs présidents, et conservent, soit en public, soit en particulier, l'autorité qui leur est acquise par la commission qu'ik exercent en leur présidence , et qu'ils ne croient pas que ce soit un titre d'office, puisqu'il ne se peut faire, en France, qu'une même personne possède et exerce deux offices, sans ordre du Roi particulier, qui puisse être recognu de tous. (Collect. G>lbert, t. CCXHI, I~ partie.)
ULLATION DES STÉHIOfKKTS RT DIS BAftUCADBS DE PABIS EN l'aH- VtB 1 648. EXTEAIT DES 1U3USCE1TS DE LAHCBLOT.
(Voy. Mfémoins, t. UI, p. i30.)
Comme la guerre épuise les financt*s , il est difficile qu'elle ne donne lieu à de nouveaux et extraordinaires moyens d'argent, pour la continuer et maintenir les troupes; et encore que l'on s'en soit servi de toutes sortes, depuis le règne de Louis XIII, durant le gouvernement du cardinal de Richelieu, qui, par ses conseils, porta Sa Majesté à ia déclaration de la guerre, et que l'on ait été obligé de la continuer du depuis, durant cette régence sous Louis XIV, l'on pensa néanmoins aux moyens
qui pouvoient le plus promptement apporter un secoure
aux affaires de Sa Majesté, Et bieo que les peufiles, de* puis un si long temps lasses de fournir et épuiser leurs bourses à tant de taxes , de subsistances» et retranchements en ce qu'ib pouYoient posséder de biens , néanmoins y dans une nécessité et. pour le bien et affermissement de l'État, les sentiments populaires sont d'ordinaire renversés. Quoique chacun se dqit saigner jusque» à la dernière goutte , je ne veux pas pourtant me pi^rauader que cette maxime sôit toujours bien imprimée dans le cœur des sujets , et que , quelque nécessité qu'ils puissent oognoître , ou quelque bien qu'ils prévoient par un secours qu'ils donneroient à l'État , voyant qu'ils le tirent de leurs bourses, cela ne laisse pas de leur donner beaucoup de crainte, et ils ne se servent de toutes voies pour éviter les desseins que l'on pourroit en avoir aujourd'hui. Il s'en rencontre un exemple, puisque le seul bruit que l'on vouloit faire des édits , obligea beaucoup de personnes à crier et créer bruit avant le coup ; témoin le corps des Maîtres dés Requêtes , qui firent assemblée et délibération entre eux, pour aviser aux moyens d'empêcher qu'il ne leur fût donné une augmentation de confrères , auxquels l'on n'avoit pas pensé , ce qui en fit naître la pensée aux Ministres de l'État et à tous les autres qui avoient la charge du gouvernement, n'étant de plus prompts et de plus solides secours à avoir d'argent qu'en la création d'officiers de cette nature, dont la vénalité est grande, de prix haut et peu à charge aux finances du Roi et nullement au peuple.
Le 1 1 janvier, les femmes furent en assez grand nombre à Notre-Dame pour se plaindre à la Reine , qui y alloit à la messe ; mais le lieutenant civil , qui en avoit donné l'avis à Sa Majesté, reçut ordre d'y aller et le chevalier
du guet avec lui , qui y fit trouver quelques soldats de sa compagnie, au nombre de quarante ou cinquante , en différentes bandes et sans armes qui parussent, pour empêcher que lesdites femmes ne parlassent à Sa Majesté, quelques instances qu'elles leur firent. La Reine sortant de la messe , elles crièrent très-haut , mais on les empêcha d'avancer, ce qui fut cause qu'elles pensèrent assommer ledit lieutenant civil, et furent chez lui, où elles lui dirent mille injures.
Cette après-dînée même, sur le décret donné au Parlement contre les bourgeois susnommés (voy. Mémoires, t. III, p. 194, note), fut tenu conseil extraordinaire d'en haut, auquel fut mandé le Procureur Général du Parlement, pour être oui sur ce qui s'étoit passé et aux moyens que l'on devoit suivre, qui fut que l'ordre seroi^ donné à deux huissiers du Parlement, qui seroient escortés du chevalier du guet avec sa compagnie, du sieur Legrain, lieutenant criminel de robe courte avec sa compagnie, et de celle du prévôt de l'Ile, qui le lendemain iroient en la maison des bourgeois, contre lesquels il y avoit décret, les prendre et mener es prisons de la Conciergerie. Et comme, du depuis deux jours, l'on avoit sçu que les bourgeois de Paris de ce quartier, de la rue Saint-Denis et de lame Saint-Martin, avoient acheté pour cinquante mille livres d'armes à feu et de poudre, et que les nuits précédentes ils avoient continuellement tiré, l'on crut qu'ils pourroient possible apporter quelque soulèvement , particulièrement lors de l'exécution du décret dudit Parlement. Cela fit que la Reine commanda au maréchal de Schomberg de faire battre l'estrade et faire patrouille par les chevau-légers et gens d'armes , et qu'il y eut six compagnies du régiment des gardes françois sous les
armes sur le Pont-Neuf, qui y arrivent à quatre heures du matin, le dimanche 1 3, et six compagnies de Suisses, vers la porte Saint-Denis et du Ponceau, où ils seroient en leurs quartiers, sous les armes, auxquelles troupes il commanderoit comme général, pour les faire servir en cas de besoin.
Le lendemain 12, les huissiers dudit Parlement, escortes comme il est dit ci-devant, furent au l(^is de Croiset pour le prendre, qu^ils ne trouvèrent pas, et de là à celui de Cadeau, marchand , qui pareillement ne s*y trouva pas. Cadeau fit rompre ses portes , duttLUi lequel temps il sortit par la porte de derrière ^ au travers de cent archers qui ne le recognurent pas; de sorte que tout se passa en procès-verbal seulement , et le bourgeois ne branla pas , ou ne fit aucune mine d^apporter empêchement à Texëcution de Tarrét du Parlement, en sorte que, sur les dix heures, le maréchal de Schomberg , diaprés les ordres de la Reine , renvoya tous les gardes, tant de la porte Saint-Denis que ceux qui étoient au Pont-Neuf, dans leurs quartiers.
Et ce jour-là même, la Reine , après avoir communié au Palais-Cardinal, en la chapelle d^icelui, mena le Roi en Féglise Notre-Dame rendre actions de grâces à Dieu et à la Vierge (à qui elle avoit voué le Roi dans sa maladie), de son heureuse convalescence. Elle y étoit accompagnée de toute la cour et avec un très-grand cor-' tége des gardes. Le maréchal de Schomberg étoit à cheval à la tête de la compagnie de chevau-légers. Leurs Majestés furent reçues et complimentées à la porte de l'église par le Coadjuteur, en habit de chanoine, étole et croix, accompagné de tout le clergé de Téglise, et Leurs dites Majestés ouïrent la messe devant l'autel de la
Vierge ^ durant laquelle furent chantés force motets par la musique de la chapelle du Roi , à Tissue de laquelle les prières pour le Roi furent dites et Leurs dites Majestés s'en retournèrent au Palais-Cardinal , avec la même cérémonie et au même ordre qu'elles étoient venues : et la Reine eut à dîner Mademoiselle,, fille du duc d'Orléans et la princesse de Condé douairière.
Durant ce temps, Son Éminence donna superbement à dîner aux duc d'Orléans, prince de Condé, chancelier Séguier, au sieur d'Émery, surintendant , aux sieurs de Bailleul et Chavigny, ministres d'État , lesquels tous avoient travaillé, depuis les huit heures du matin, pour entendre les moyens qui leur étoient proposés par le sieur d'Émery, surintendant des finances, pour avoir et faire de l'argent, le plus promptement et le plus au soulagement du peuple.
Le lendemain 1 3 janvier, fut envoyé l'un d'iceux édita au Procureur Général du Roi du Parlement pour être par lui porté à la compagnie \ afin qu'elle délibérât à la vérification d'icelui et des autres en après. Tout ce qui put se faire, en ce jour, ce fut la présentation, et la Cour en remit au lendemain mardi 14 la lecture et pour en délibérer; mais on ne fit que la lecture, et avant qu'on délibérât, l'heure se passa et la Cour se leva. L'on recognut divers sentiments par les discours particuliers des uns et des autres de la compagnie , bien que Ton ne fût encore venu jusques à la délibération ; et comme
i . Autre rédaction du même paragraphe :
« Divers autres moyens furent aussi proposés pour le besoin de cet État y si glorieux sous la régence d'une si vertueuse Reine et des ^nseils de &es ministres si bien intentionnés, lesquels ayant été jugés être moins À la charge du peuple et que Ton en pouvoit tirer grand secourt, il fut résolu de les envoyer au Parlement pour les vérifier. »
310 APPENDICE àVX MÉMOIRES
par iceux , ceux du G>n8eil d^en haut qui étoient avertisi jugèrent que cette attente du Parlement ne prodoiroit aucun bien pour les affiiires de TÉtat, qui demandoient on secours prompt pour la subsistance de rarmée, obli* g^pent la Reine, ce joilt même, par la délibération et résolution qui fut prise au Conseil d'en haut, où étoient la Reine^ le duc d'Orléans, le prince de Condé, le cardinal Mazariii , le chancelier Séguier, le président de Bailleul, ministre d'État, le sieur de Chavigny, aussi ministre, et le sieur d'Émery, surintendant des finances de France , les sieurs comte de Rrienne , de la Vrilliàre, du Plessis^kiénégaud et Le Tellier, secrétaire d*État, de mener le Roi, le lendemain, au Parlement, et aussitôt furent donnés les ordres nécessaires aux sieurs de Rhodes et Saintot , grand maître et maître des céré^ monies, pour avertir Messieurs du Parlement que toutes choses fussent préparées pour leur réception. Et comme l'ordre est qu'en pareilles occasions ils soient chargés d'une lettre de cachet , le sieur du Plessis-Guénégaud , secrétaire d'État, l'expédia sur-le-champ.
Les députés du Parlement vinrent au Palais-Cardinal le 18 mars, sur les onze heures et demie , et furent reçus par le sieur Saintot, maître des cérémonies, qui les conduisit à la chambre de descente des ambassadeurs , où ils neposèrent durant que le sieur Saintot en alla donner avis à Leurs Majestés et au sieur du Plessis , secrétaire d'État, pour qu'il les vint aussi quérir en bas, ainsi qu'il est accoutumé.
Je ne puis assez exagérer la foule de courtisans dont tout te palais fourmilloit , de telle sorte que l'on fut obligé de faire sortir du cabinet de la Reine plus de deux ou trois cents personnes de condition, pour que
DE MATHIEU MOLE. 3il
Leurs Majestés, princes, ducs, pairs et maréchaux de France y pussent entrer, dans lequel cabinet Leurs Majestés les reçurent, accompagnées d'une infinité de grands et de dames de a cour, dont toutes les salles, anticham* bres et chambres étoient remplies.
Le sieur Mole, Premier Président, porta la parole, en exprimant par un discours aussi éloquent que respec* tueux et prudent, comme ils venoient témoigner à Leurs Majestés leur obéissaiice, et confirmer comme toutes les choses qu'ils faisoient n'étoient que sous Tautorité et le bon plaisir de Leurs Majestés , et qu'ils avoient apporté l'arrêté de la compagnie. La Reine témoigna la satisfaction qu'elle recevoit des services desdits présidents au mortier, et que le Parlement feroit bien de se porter dans l'obéissance qu'il devoit aux volontés du Roi, qui ne tendoient qu'au bien de l'État : et après ils se retirèrent dans l'ordre qu'ils étoient venus.
£t ensuite, fut tenu conseil d'en haut, où il fut donné arrêt contre les Maîtres des Requêtes , par lequel, sur la plainte de quantité de parties qui avoient leurs affaires au conseil et dont les Maîtres des Requêtes étoient chargés, n'en pouvoient avoir issue , attendu que lesdits Maîtres des Requêtes ne vouloient remettre leurs productions au grefTe du Conseil; par ledit arrêt d'en haut, il fut enjoint auzdits Maîtres des Requêtes de remettre dans les vingt-quatre heures après la signification à eux faite, toutes les pièces, procédures, productions et procès dont ils avoient été chargés, au greffe du (Conseil, pour être lesdits procès distribués aux conseillers d'Etat , et par iceux rapportés au Conseil .
I^ 28 avril , M. le duc d'Orléans alla à la chambre des Comptes, et M. le prince de Conti à la cour de
^12 APPCIDICE AUX MÉMOIRES
Aides, pour y Ciire enregistrer les édits que le P^u^emcnt awoit refbses. Le premier président NiooUi fit un discours bien fort et bien TÎf, de même que le premier président de la eour des Aides (Amelot). Les édits cependant furent enregistrés *.
Mais deux jours après, c'est-a-dire le jeudi 30, la chambre des Comptes s'assembla pour examiner de nouveau ces édits , comme le Parlement avoit fiût. La Chambre étoit occupée à cette révision , lorsque des députés de la cour des Aides vinrent lui proposer de s*unir et lui dire qu'ils avoient déjà parole du grand Conseil; le véritable motif de ce dessein étoit le retranchement de quatre années de gages. La chambre des Comptes accepta la proposition.
Le lendemain 1^ mai, les députés de ces trois compagnies s'assemblèrent , et pour éviter la dispute de préséance entre le grand Conseil et la chambre des Comp-
i . U existe dans les papiers de Lancelot une relation particulière de cette entrée des princes d'Orléans et de Conti à la chambre des Comptes K cour des Aides. Mais elle s^étend surtout sur le cérémonial qui fut ordonné, d'après les usages anciens, et sur un incident de préséance entre les pei*so nuages qui accompagnèrent les deux princes. Toutefois, la pièce important de ce récit est sans contredit les lettres patentes dont il fut donné lecture par le doyen des Comptes» En voici un extrait : c Louis, etc., à notre très-cher et très-amé oncle le duc d*Orléans, salut. Lies grandes et excessives dépenses que nous avons k supporter, à cause de la guerre , nous obligeant de nous servir des moyens extraordinaires pour y satisfaire , et ne s'en étant point trouvé de plus prompts ni moins onéreux à nos sujets que ceux qui dépendent de Texécution d'aucuns édits et déclarations arrêtés en notre conseil , nous avons jugé à propos de vous commettre le soin de les faire registrer, pour l'entière confiance que nous avons de votre affection envers notre personne* et les intérêts de cet État. A ces causes, etc. (On trouve ensuite la mention de trente édits bursaux.) Donné à Paris, le 27* jour d'avril de Tan de grâce 1648.
c Lu commission achevée de lire, le sieur Nicolaï, premier p^ésideD^
DE MATHIEU MOLE. :n3
tes , la conférence se tint dans la troisième chambre de la cour des Aides. Il y fut résolu que Ton engageroit le Parlement de se rendre à ces séances.
La députation des trois compagnies au Parlement se fit le lundi 4 mai ; ils demandèrent que Ton nommât des députés; deux conseillers furent envoyés à la salle Saint-Louis pour conférer ensemble. Ce fut là que les trois compagnies représentèrent que Tunion étoit nécessaire ; que quoique le Parlement eût été excepté pour le retranchement des quatre années de gages , il lui en arriveroit un de ces jours autant qu^aux autres, etc. Il ne fut pas difficile de lui insinuer ces craintes. L'on convint qu'on ne parleroit point du véritable motif, c'est-à-dire du retranchement des gages, mais que l'on prétexteroit tout du bien public et du soulagement des peuples. Cela
prit la parole, et durant Tespace de cinq quarts d'heure , harangua trètH éloquemment, représentant les intérêts du peuple oppressé et accablé de misère, par les continuelles impositions qu'il payoit aussi ; exhortant tous ses confrères au respect qu'ils dévoient, par obligation , au Roi et à son autorité, et à Tobéissance qu'ils lui deroient ; conjurant Son Altesse Royale d'intercéder et d'obtenir de la bonté de la Reine , un soulagement pour le peuple et de les faire jouir d'une paix après laquelle il languissoit depuis tant d'années qu'il étoit oppressé au sujet de la guerre. Ayant achevé son discours, qui fut admiré de toute rassemblée, le sieur de Fromont donna les uns après les autres tous les édits au sieur Bourson, qui en fit la lecture ; après laquelle le sieur Dreux, avocat général, brièvement parla et conclut » pour le Procureur Général, à ce que les édits seroient vus et examinés par la compagnie pour être passés , en cas qu'en leur conscience ils fussent jugés équitables, et qu'il s'opposoit ce pendant à l'exécution d'iceux. Le sieur d'Ormesson se leva, et faisant la révérence à Son Altesse Royale, de laquelle il prit commandement de prononcer, s'étant assis et couvert , dit : or Le Roi a ordonné et ordonne que sur le repli il sera rais : lu et publié et registre , ce consentant et requérant le Procureur Général, et copie collationnée envoyée dans l'étendue et ressort de ladite chambre.
•f A l'instant même, le duc d'Orléans se leva , et ayant fait civilité à la compagnie , se retira au même ordre qu'il étoit entré. »
3i4 APPENDICE AUX MÉMOIRES
donna, dit le Premier Président dans un manusmt que j*ai (c est le texte des Mémoires^ X. ISL^ p. 216)^ à beaucoup occasion de laisser un peu les intérêts particuliers et tourner l'esprit au public.
Le 6 mai, les Enquêtes furent mandéeS| Ton délibéra sur la proposition. Quelques efforts que fît laeour^ quelque soin que l'on prît de jeter de la jalousie entre les compagnies, Tunion iîit r^olue; ce furent les Enquêtes qui remportèrent.
Le 12 mai, les députés des compagnies ayoient été mandés , le cardinal Mazarin leur dit que la Reine ne Touloit point de ces arrêts d'union ; il prononça ce mot en son patois ougnon; il ajouta que le Roi étoit le maître I et que s*il ne vouloit pas qu*on port&t des glands à son collet, il n'en faudroit point porter. Les députés, de retour vers leurs compagnies , plaisantèrent sur son arrêt A^ oignon et sur ses glands; et malgré les défenses que leur fît la Reine le matin même , Tarrét fut rendu le 43 mai.
Le mercredi 1 0 juin, un homme fut trouvé auprès de la maison du président de Mesmes et accusé d'écrire les noms de ceux qui y alloient; il fut mené au Châtelet , mais il en sortit, le vendredi matin, en vertu d'une lettre de cachet. Le 1 1 juin, M. de Guénégaud vint au Palais, avant l'assemblée des Chambres, et remit aux gens du Roi l'arrêt du Conseil, rendu la veille 10 juin (jour de la Fête-Dieu), qui cassoit l'arrêt d'union, ordonnant qu'il seroit ôté des registres et celui du Conseil mis en sa place. Lorsque les Chambres se furent assemblées, on lut l'arrêt ; les gens du Roi mandés dirent qu'ils ne pouvaient donner de^ conclusions qu'ils n'eussent parié à la pleine. Le lendemain, ils apportèrent la réponse de la
Reine, qui continuoit toujours à ne pas vouloir d'union, les exhortoit à l'obéissance et à se contenter de remon-trances , autrement qu'elle seroit obligée de se porter à des extrémités. Il n'y eut rien de délibéré ce jour-là.
Mais le lundi 1 5 , il y eut un nouvel arrêt , portant confirmation de celai d'union; cet avis, ouvert par M. Boucherat, passa à quatre-vingt-dix-sept voix contre soixante-six, qui étoient pour des remontrances. Lé même jour, après midi, on rendit au Conseil un autre arrêt, qui cassoit celui du Parlement et ordonnoit que celui du 1 3 mai et celui du 1 5 juin seroient ôtés des registres, etc.^ défendant au Parlement de s'assembler, etc. M. de Guénégaud alla au Parlement pour faire exécuter cet arrêt du Conseil, les clercs et les marchands du palais s'ameutèrent et fermèrent les portes de la salle; il fallut que M. de Guénégaud se retirât.
Le lendemain 16, lettre de cachet portant ordre au Parlement de venir au Palais-Royal , en corps de Cour, à neuf heures du matin, et y porter l'arrêté de la veille. Ils y allèrent au nombre de quatre-vingt-quinze, et furent suivis d'une multitude de populace. Reçus par un secrétaire d'État et le Grand Maître des cérémonies, après les avoir Êiit attendre, ils montèrent. Le Chancelier parla fortement ; on leur demanda s'ils avoient apporté la feuille de leur arrêt , ils répondirent que non ; on leur lut celui du Conseil, on leur ordonna de rapporter le leur le lendemain, et on leur défendit de s'assembler dans la salle de Saint-Louis. Ces défenses ne servirent qu'à les presser de conunencer leurs assemblées des compagnies; dès deux heures après midi, les députés des compagnies se rendirent dans la chambre de Saint- Louis; cette conférence se pasaa en compliinents. L«
même jour après midi , le Parlement s'assembla ; il ne résolut rien, les gens du Roi ne s'étant pas trouvés au palais.
Le mercredi 1 7, on délibéra sur les défenses de s*assembler ; les conclusions des gens du Roi furent que la Reine seroit suppliée de révocpier les arrêts de cassation, et, ce pendant, ceux d'union exécutés. L'avocat général Talon avoit fait, néanmoins, un discours tendant à exhorter à Tobéissance et à ne pas vouloir opposer autorité contre autorité; il n'y eut rien de décidé. Le jeudi étoit Fête-Dieu, le vendredi le Landy, ainsi on ne se rassembla que, le samedi ; mais, le Premier Président ayant dit que Ton parloit d'acconunodement, on renvoya la délibération au lundi 22. Cet accommodement venoit de la part de Monsieur (Gaston).
Le mercredi, 26 août. Te Deum pour la bataille de Lens ; enlèvement de MM. Broussel (mené à Saint-Germain) , de Blancmesnil (mené à Yincennes) , par M. de G)mminges, lieutenant des gardes de la Reine, etc. Barricades au premier bruit qui s'en répandit. Les gardes françoises et suisses repoussés jusques vers le Louvre et le Palais-Royal. Le Coadjuteur vint haranguer la populace, et lui promit qu'il alloit demander la liberté des prisonniers ; il vint au Palais- Royal , mais il n'y obtint rien. Il sortit avec M. de la Meilleraie, qui se mit à la tête des chevau-légers. Le Coadjuteur , si l'on en croit ses Mémoires, fut blessé ; M. de la Meilleraie et ses troupes qbligés de se retirer. La nuit se passa , néanmoins, tranquillement.
Le lendemain jeudi 27, (grâce aux soins du Coadjuteur), le tumulte reconunença. Le Chancelier, qui alloit au Parlement , fut insulté ; un lieutenant du Grand Pré-
vot tué à ses côtés ; lui, cootraint de s'enfuir dans Thôtel de Luynes, d^oîi il n'auroit point échappé à la fureur de la populace, si elle ne s'étoit point amusée à piller la maison, et si M. de la Meilleraie ne fût venu le retirer. Toute la ville prit les armes. Cependant le Parlement assemblé délibéra d^aller en corps de Cour demander Télargisse* ment des prisonniers; que, Quelque réponse qu'ils eussent, ils demeureroient assemblés; prit im arrêté contre M. de Comminges et autres, portant défenses à l'avenir d'exécuter de semblables ordres, etc. Ils partirent au nombre de cent soixante , dit-on ; arrivés au Palais- Royal et admis à l'audience, le Premier Président fit un discours ferme et éloquent (à sa façon) pour la liberté de MM. Broussel et autres. La Reine n'en parut pas plus touchée. Elle répondit que l'émotion n'étoit pas si grande qu'ils la lui vouloient représenter; qu'au sur^ plus, ils lui en répondoient, eux, leurs femmes et leurs enfants ; aussitôt elle se leva et entra dans son cabinet. Le Parlement se retira et étoit presque descendu , lorsque le Premier Président proposa de retourner faire des efforts pour la fléchir. Il y eut des allées et des venues de la salle au cabinet. Enfin il fut promis par la Reine qu'elle rendroit les exilés, si le Parlement cessoit .ses assemblées jusques après la Saint-Martin. Il fut répondu qu'on ne pouvoit accepter cette condition qu'après en avoir délibéré. On leur donna une salle pour cette délibération ; mais y étant entrés, ils convinrent d'aller délibérer au palais. Ils se mirent en marche pour cela; arrivés à la Croix du Trahoir, la populace, qui leur avoit demandé, dès la première barricade, s'ils ramenoient M. Broussel, fut plus insolente; les menaça s'ils ne retournoient au Palais-Royal , dit qu'ils vouloient avoir Brou^
318 APPERPICZ AUX MÉMOIRES
sel. Qnq prësidenU et quarante ou cinquante conseillers, intimida de cette insulte^ s'échappèrent ; le reste, ayant à la tête Tintrépide Premier Président , retourna sur ses pas. Le Premier Président repr^nta le danger qu'il y avoit à refuser ; la Reine resta ferme. Enfin les sollicitatious des princes et princesses, le consentement du cardinal Mazarin, la firent changer. Elle permit au Parlement de voir ce qu'il y avoit à faire ; il passa dans la grande galerie et s'y rangea en séance ordinaire. M. le doc d'Orléans, M. le Chancelier, les ducs d'EIbeuf et de Retz y prîrent leurs places. H y fut discuté si Ton y délibéreroit ; cinquante furent d'avis qu'on ne pouvoit délibérer qu'au palais, le reste opina à le faire en ce lieu, attendu la nécessité urgente ; on discuta aussi si, suivant la condition qu'on avoit imposée à la liberté des prisonniers, l'on sursoiroit les assemblées jusques après la Saint*Martin. n fut rendu arrêt, daté de la galerie du Palais-Royal, portant que la Reine seroit très-humblement remerciée dci ce rappel qui sera présentement exécuté , et toutes lettres expédiées à cet effet, et outre a été arrêté, in mente cun'sej qu'il seroit sursis aux délibérations jusques après la Saint-Martin, à la réserve du tarif et rentes de THôtel de Ville, et sans préjudice de Texécution des choses jugées. Cet arrêté fait, on remonta au cabinet de la Reine, pour lui en rendre compte. Elle ordonna qu'on préparât des carrosses pour aller requérir MM. Broussel et Blancmesnil. Le Parlement attendit qu'ils fussent prêts et que les lettres fussent expédiées. lorsqu'elles le furent , les sieurs Boucherat, neveu de Broussel, et Génier, parent de Blancmesnil, se mirent chacun dans un carrosse, à la tête du Parlement ; le tout défila en mon* trant , à chaque barricade , les lettres. Ces barricades
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cootinuèrent toute la ouit 6t ne furent levées que le lendemain, vers dix heures, lorsque M. Broussel fîit revenu. Il vint prendre séance , suivi d'une multitude infinie de peuple. Le Premier Président le complimenta. La compagnie , qui avoit attendu son arrivée , rendit alors un arrêt portant que les barricades seroient rompues, etc. Elles le furent en moins d^une demi -heure et la tranquillité remise.
Le samedi 29 août , le Parlement nomma des commissaires pour faire Tinformation ordonnée contre Catelan et autres traitants. On demanda à M. Broussel où en étoit le tarif.
Le vendredi 4 septembre, arrêt contre Catelan et Tabouret, et pour la recherche de leurs effets recelés. On a travaillé ensuite à l'article des rentes ; il a été ar* rété que les deniers destinés à leur payement seroient portés directement à THôtel de Ville, sans passer par les mains des payeurs, etc.
Le samedi 5 septembre, on a voulu mettre sur le bureau l'affaire du tarif; mais M. Broussel a dit que son procès-verbal ne seroit fait de huit jours , et a proposé qu'on parlât de la chambre de Justice. Les délibérations ont été portées sur une autre matière, sçavoir si le Parlement se prorogeroit lui-même, ou demanderoit des lettres pour ce. M. Broussel a été du premier avis. Le président Viole a lu l'extrait de plus de vingt exemples servant a prouver que le Parlement a continué ses séances en vacations sans des lettres du Roi. Cependant l'avis de demander des lettres pour la prorogation a prévalu. 11 a été aussi arrêté que l'établissement d'une chambre de Justice n'auroit lieu qu'après que l'édit en auroit été vérifiée.
3iO ÀPPElfDICE AUX MÉMOIRES
La dëdaration pour la prolongation du Parlement jusqu'au 20 du mois fut apportée le lundi 7 septembre , par les gens du Boi. Délibérations remises à huitaine, à cause que M. Broussel ne pouvoit avoir fait son prooisverbal que dans ce temps-là.
Le mercredi 23 septembre, la cour fît sortir de Paris le Roi, M. le duc d^Anjou , tout rouge encore de la petite vérole. M"^ la duchesse d'Orléans se retira aussi à Buel. La Reine manda le Prévôt des marchands et échevins et leur dit qu'elle ne vouloit aucun mal aux bourgeois de Paris, mais qu'ils eussent à s'opposer à ceux qui tenoient des discours pernicieux contre elle ^ Cependant les bien-intentionnés proposèrent une conférence à Saint-Germain , où la 0>ur se rendit ; ce jour-là même, M. le duc d'Orléans et M. le Prince écrivoient, sur ce sujet, au Parlement. Le Premier Président dit, dans des Mémoires manuscrits^ que ce fut lui qui proposa cette conférence. Le cardinal de Retz , au contraire, donne cet honneur à Monsieur le Prince*.
Le 25 septembre (vendredi) , conférence à Saint-Get*main. MM. le duc d'Orléans, princes de Condé et de Q>nti, et duc de Longueville, y assistèrent seuls avec les députés. Le Cardinal en fut exclu. Les députés demandèrent le retour du Roi, l'élargissement de M. de Cha- ^^^y t 1^ sûreté publique et la continuation du Parle-
i. Dans son Histoirû de France^ t. XIV, p. 72, M. Henri Martin, ordinairement si exact, confond tons les événements politiques qui occupèrent les derniers mois de l'année 1648. Cette relation et celle de Mathieu Mole rétablissent les faits dans leur vrai jour et en donnent les dates précises.
2. M. Henri Martin cite à la page 91 du tome XIV de son Histoire de France^ un passage det Mémoirts du cardinal de Retz , qui ne s'y troure pas.
ment jusques à la Saint-Martin; une déclaration sur les articles de Tordonnance de Blois concernant les évocationsy la décharge pour le peuple de taille et impôts^ etc.
Le 27 septembre , nouvelle conférence où les mêmes assistèrent ; le Chancelier et le maréchal de la Meilleraie s^y trouvèrent aussi , la continuation' du Parlement fut accordée, le retour du Roi remis à quelque temps (attendu, dit la Reine, quMle ne Tavoit fait sortir que pour le promener) , de même que l'élargissement de M. de Chavigny, la sûreté promise à tous; quant à la décharge du peuple , quMl falloit auparavant cognoître la dépense et la recette. M. le maréchal de la Meilleraie lut un état de dépense excédant de douzMiillions celui des recettes. La conférence remise au jeudi, l*' octobre.
Ce même jour 27, Madame de Vendôme présenta requête au nom de MM. de Vendôme et de Beaufort , qui demandoient la permission de se remettre à la Conciergerie pour être leur procès fait; elle fut reçue et M. Chevalier chargé d*en faire le rapport.
Le jeudi \" octobre, autre conférence à Saint-Germain ; on y promit la diminution d'un quart de la taille, sans surcharge, et de laisser achever le tarif. On donna quelque espérance de l'élargissement des prisonniers. Le Chancelier y parla de l'autorité des Rois que la Reine étoit résolue de maintenir pendant sa régence ; c'étoit au sujet de la loi que le Parlement demandoit qui fût observée, que les prisonniers fussent interrogés dans les vingt-quatre heures, et qu'on n'en fît point sans cette formalité.
Le vendredi 2 octobre, rapport du Premier Président de la conférence d'hier; l'après-dinée on travailla IV SI
8tl APPENDICE AUX MÉMOIRES
«u tarif. On ôta quarante sous aur chaque bœuf et cinq sur chaque mouton.
» Le samedi- 3 octobre^ autre conférence qoi ce passa en disputes* La cour trouva mauvais Tarrôt touchant la 'dimînutipn des quarante sons par boeuf. Elle ne voulut point non plus qu*il y eût rien d'ëoîl tondiant Tinter* ragat des prisonniers dans les vingt-quatre heures » et que Ton se contentât de la parole que la Reine en donnoit. Ce fut dans cette conférence que le Premier Président parla vivement au Chancelier et qu'il lui dit : « Ma vie est sans tache et pans reproche ; je suis tout prêt de porter ma tête à la Reine et partout ailleurs , pour ré* 'pondre de n^ actions ; vous n'oseriez le Cuire. » C'étoit à Toccaiion des droits du sceau que s'éleva ce différend.
Le dimanche 4 octobre, nouvelle conférence. Les députés ne partirent qu'après avoir dîné, ayant délibéré qu'ils ne soufïHroient plus d^être traités aux dépens de la cour, commue ils l'avoient été à toutes les autres conférences. La sûreté fiit accordée aux Cours souveraines, et pour les auti'es personnes, déclaré qu'on les interrogeroit trois jours après leur détention ; un quart de la taille remis ; la suppression des droits du sceau établis depuis 1 (>31 , sans vérification , et pour le tout , arrêté que Ton en donnera une déclaration que le Parlement dressera.
Le lundi 5 octobre, rapport fait en Parlement ^^ par le Premier Président, des deux dernières conférences, sur quoi a été délibéré et arrêté que les députés concer-
I . Les regittres du Parlemeut contenaDt ces rapports et les arrêts rendus pendant les troubles des années 1S48 à 18S0, ont été lacérés par ordre de Louis XIV, en l'année i668. Voy. sur ce sujet une brochure publiée par M. £. Lamé Fleury, ingénieur des mines, sous le titre : Un dernier épîtode de la Fronde en 1668. Paris, in -8*, Thunoty 1896, et V Appendice à notre édition de Rea, in*i2, t. Il, p. 302.
teroient les articles qui restoient à examiner des propositions de la chambre de Saint*Louis.
Les 7, 8, 9 et 10 octobre, employés à cet examen , et des arrêtés donnés en conséquence.
Le 14 d'octobre, nouveau tumulte des marchands, qui remplirent la grand'salle et insultèrent des présidents (entre autres le Premier Président et le président de Nesmond). L'après-dînée, il y eut arrêt portant diminution de cinquante- huit sous d'entrée sur chaque muid de vin.
I^ 15 octobre, on repassa Tarrêt du jour précédent. Il fut aussi délibéré que la Reine seroit suppliée de r^ mettre jusques à deux millions sur ces entré^es. liCs gens du Roi allèrent ce jour même à Saint*Germain et obtinrent cette remise, à la charge que toutes assemblées cesseroient ; ce fut M. Bignon , avocat général , qui l'obtint.
Le vendredi 16 octobre ^^ le Parlement fut occupé à répartir ces deux millions de remise sur toutes les marchandises.
Le lundi 1 9 , le Parlement travailla au projet de la déclaration, de même que les 20 et 21 .
Le jeudi 22, les députés de la compagnie allèi*ent porter cette déclaration à Saint-Germain; la Reine la reçut. 11 y eut quelques difficultés, mais si petites qu'on ne changea rien au projet , et qu'il fut donné à sceller dans le même état qu'il fut présenté. Le Premier Président avoit eu soin de passer légèrement sur la loi qui étoit demandée pour les prisonniers ; l'article 1 5 , où il en est parlé , ne porte autre chose, sinon que les sujets ne seront traités criminellement que selon les ordonnances et non par commissaires^ et qu'aucun officier de
Cours souveraines ne pourra être inquiété, par lettres de cacheti etc.
Lfes assemblées du Parlement continuant , M. le duc d'Orléans, avec d'autres ducs et pairs, y vinrent^ le 16 décembre. M. le duc d'Orléans dit que la Reine trouvoit mauvais que la compagnie s'assemblât , qu'elle permettoit qu'ils le fissent par députés, et que ces députés examinassent chaque article de la déclaration. Il s'éleva un grand bruit. Il y eut des voix qui allèrent jusques à demander ce qu'étoient devenus quatorze ou quinze millions reçus, depuis que le maréchal de la Meilleraie avoit les finances, puisqu'on ne payoit personne, et que la table du Roi avoit manqué un jour; que, d'ailleurs, les troupes s'approchoient de Paris et commettoient beaucoup de désordres. On voulut aller aux opinions; M. le Prince les interrompit, parla fort haut contre la hardiesse de ces assemblées, et fit un signe de main, en forme de menace, à M. Quatresous, conseiller; celui-ci éleva la voix et dit que M. le Prince venoit de le menacer, et en demanda justice. Toute la compagnie murmura; quelqu'un dit, pour excuser M. le Prince, que c'étoit son geste ordinaire. Quatresous eut Tinsolence de répondre que, si c'étoit son geste, il devoit s'en corriger, comme d'un fort vilain geste. L'assemblée se leva et ne conclut rien.
Le lendemain 17, les mêmes princes revinrent au Parlement et y parlèrent avec plus de douceur. Il y fut arrêté que des députés vérifieroicnt, chez M. le duc d'Orléans, la déclaration, article par article, coteroient les contraventions, pour le tout rapporté au Parlement, être ordonné ce que de raison. Le Procureur Général fut aussi chargé d'informer des désordres des gens de
guerre y etc., et fîit dit que la Reine seroit suppliée de ne pas permettre que les passages par où venoient les provisions à Paris fussent occupés par des gens de guerre, etc.
Le lundi, 2i décembre, la cour des Aides fîit mandée au Palais*Royal, et le Chancelier, en présence delà Reine, etc., leur dit que la Reine youloit qu'ils ôtassent de leur arrêt d'enregistrement ces termes : à peine de confiscation de corps et de biens , parce qu'on ne pou- ^oit pas se dispenser de mettre les tailles en traité , attendu que la recette en étoit longue et qu'on étoit pressé d'argent. Le Premier Président (Amelot) fit un discours assez ferme. Cependant cette compagnie donna arrêt portant permission de faire des prêts et avances sur les tailles pour six mois.
Le Parlement, ayant sçu cet arrêt et qu'il y avoit une déclaration à la chambre des Comptes, qui permeitoit ces avances sur les tailles, non-seulement pour six mois, mais pour autant de temps qu'il plairoit à la Reine, s'assembla , le mardi 29 et le mercredi 30 décembre , et ce jour envoya prier la chambre des Comptes de lui envoyer quelqu'un de leur compagnie.
Le jeudi , 31 , le président Âubery et quatre maîtres des Comptes vinrent au Parlement ; mais ils ne purent satisfaire à ce qu'on leur demandoit.
déclâ&ahoh coimB lb FiaLBHBiiT.
(Voy. Mémoires^ t. III, p. Wl.)
L'article de la sûreté a été accordé, comme il a été lu devant la Reine , à condition que le Parlement ne de-
3Î6 APPOIDICE AUX MÉMOIBES
nuuuhra plui rien de neuvem; qu*il terminera toatef choaes^ mâme ra£Gûre du tarif, et toutes antres àélibérmtions 9 dans la fin de la présente semaine; sinon, et an cas que le Parlement continuât son ass^nbl^, ou liieD après rajustement fidt, ainsi qu'il anra été projelié ,• les recommençât sûns quelque p^texte que oe soit, ttF le due. d'Orléans y BIM. les princes de G>ndé, de Conti^ Mm le cardinal Mazuin , M. . le duc de Longueville, H* le Ghancdier et M. le maréchal de la Meillersie ont conseillé à la Reine de se porter ii toute extrémité contre ledit Pariement , et ont promis de s'y empl^r^ de tont leur pouvoir pour la manutention de l'autorité du Rot et Texécution de ce que sera résolu pour cet effet. Fait au conseil du Roi, tenu i Saint-*Germain en Laye, le 4 octobre 1648.
Gaston, Louis db BouaBmii Armand db Bourbon , le cardinal IIazarin, Hbnri d'OruéanSi Siéguibr, LA Mbillbraib^ * .
xxr.
LK O&AND-OTBF DU PALAIS. ÉCLAIBCISSEMEUTS DONUÏS
PAE tt. TAIUiANniBB.
(Voy. Mémoit-et, t. Il, p. Si8, et t. III, p. 45.)
(( Monsieur, je viens de trouver un renseignement relatif au Grand-Cerf dont il est question dans le second volume des Mémoires de Mole. Voici ce que je lis au chapitre des Chanceliers, dans un manuscrit intitulé : Etablissement du Parlement de Paris ^ dont la Bibliothèque impériale possède une copie (ms. de Mortemart, n® 79), et dont je possède aussi une copie.
1. U*aprèt roriginal, BibUolh. royAlr, coUect. U Tdiliei, t. III.
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des foaar Mirrliffi drrat wnu «t «kv ksmrmir catre kf pi»|tl dk»
et Tarcaie «Js Gnmà-Cjat^ éam b çmade silW ik 15^. <
L'aicfeâe «fc Gtand-Cerf ctût aittn nooimeig « pirvir ifo'oa j ^m^ OB p^aA cnf csb Imtobit. Ot fjnmd cttf fiit drtraiî par le Cen, ion de riBCCBdie da 7 mus I6IS; m^ î! parait «pv Farade où il «tût pUce costiaua d'elle deaçgpw de b même muDm« après b nKcnslnic. tîoB de b ^rasde salle par Jacques Dekro&e* en 1622.
Apeez. etc. A. TAiiXA3(itm.
'Tcj Xlc«;«>a. u III, p. 22». «i, »3. SM, 5», 3», 4Tf , 4T4,
Li?ff*ir^ ir Sûsot 4 Le TdBcr. — Afbires «in Ncraïu&Jb^
c MuMeigntur, tout ae paaie ici à souhait pour le ^wrnce du Roi . et Ton n^auroit pu $ iam^ner comlMeD U préseuce du Roi apporte de cahne eu cette pnovioce et d^utilité au bien de ses afiaîres. Vous avez 591 ce 9ui s^est fait au Vieux-Pabis, Tordre que j'eus d> mener les SuisMs et d*en Êiîre sortir b garnison du marquis de Ëeuvron, et d'en destituer b Fontaine-4e-Pin de la lieutenance et de major. J'ai ordrv de (aire comprendre de moi-Bieme au sieur marquis de Reuvron, qu^il t va
de son intérêt €t qu'il y auroit mauvaise grâce pour lui de rester plus longtemps logé dans le Yieux-Palais , dépendant) pour entrer et sortir, des officiers suisses.
« L'on fit ppeter hier serment entre les mains du Roi, après la destitution de ceux qui y avoient été mis par le duc de Longueville. Je ne sçais si la destinée que la duchesse de Longueville a prise lui sera plus fortunée que l'obéissance qu'elle eût pu apporter aux ordres du Roi d'aller à Try ou à Coulommiers. Le sieur de Mallevellci enseigne des gardes, est parti ce matin pour Caen, avec soixante soldats. Nous espérons notre retour pour Paris en bref , et je crois que M. de Matignon , que nous attendons aujourd'hui, achèvera les affaires. A Rouen, ce 10 février 1649. »
((Monseigneur, hier M. de Matignon arriva ici, et bien qu'il soit d'humeur très-froide, j'espère qu'elle s'échauffera dans l'obéissance qu'il doit aux volontés du Roi. L'on a envoyé M. d'Husenat au Havre à M. de Richelieu; nous en attendons le retour demain, afin de sçavoir ses dernières intentions. J'ai eu l'honneur de vous mander comme les deux cents Suisses sont entrés dans le château et le paulet de Dieppe ; et le peuple de cette ville est si animé contre ce qui est et porte le nom de Longueville , qu'hier au soir le carrosse des filles de M"*' de Longueville , sortant de Dieppe , pensa être déchiré par le peuple et jeté à la rivière.
« Ce matin, l'on m'a envoyé trouver le sieur de Montenay , conseiller eu ce Parlement, parent du duc de Longueville, et lequel avoit hier refusé les clefs de la tour et porte cochère dont il avoit été chargé par le duc de Longueville, sur un ordre qui lui avoit été porté
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du Roi, signé de M. de Brienne; mais il me lésa remises dans l'espërance que je lui ai donnée d'être remboursé des frais qu'il a faits pour fortifier cette porte, qui lui est très*importante ici à cause du pays de Caux. M. de la Marguerie a été pour faire vérifier au Parlement la commission pour commander en cette province, ce qui a été exécuté , non pas sans peine. Le président Bigot, ayant fait sa cabale pour l'empêcher, a voulu que , si cela pasoit, ce fut à condition qu'elle ne pourroit pré-* judicier à la survivance du comte de Dunois, que le duc de Longueville avoit obtenue du Roi; mais cela s^est passé purement et simplement, sans aucune modification. L'on y a passé aussi les trois cent mille livres pour le payement des garnisons, et cette après-dinée l'on s'assemble , chez le Premier Président , pour conclure l'affaire des rentes, conformément aux volontés du Roi.
(c Je ne puis assez vous exagérer combien la présence du Roi rétablit ici toutes choses , et l'exemple que cela produira pour les autres provinces. M^ le Car^ dinal m'a dit que M. de Lyonne vous écrivoit par la sienne quelque chose touchant la Rallière. C'est qu'il a eu avis que MM. de Beaufort, le duc de Retz,^ le Coadjuteur et Laigue , dînant chez Rousset , trésorier des parties casuelles, résolurent de maltraiter la Rallière , et Laigue doit venir ici se charger de l'exécution, avant qu'il sorte de cette province. Je crois que son intention est qu'il en soit dit un mot à Son Altesse Royale, afin qu'elle témoigne que l'on a cet avis. Ce n'est pas que l'on ait aucune crainte de ce côté-là ; mais afin que, s'il arrive quelque chose , l'on sache que c'est en se défendant. Je suis, etc. Rouen, ce 1 2 février. »
Compte de l'argent reçu et payé par le banquier Cantorini par ordre
de Mazarin.
L'an 1 649, le 1 2 janvier, sur les neuf à dix heures du matin, nous, Jean Ijaisné, Antoine Loisel et Claude Le Clerc, conseillers en la cour de Parlement, commissaires en celle partie et de l'ordonnance d'icelle, nous sommes transportes, avec l'huissier en ladite Cour, au logis de Thomas Cantarini, banquier, demeurant rue et paroisse Saint^-Christophle , auquel parlant, l'aurions sommé de nous représenter tous et chacuns les livres, r^istres, journaux et mémoires concernant son négoce» et spécialement ceux concernant les affaires du cardinal Mazarin, et qu'il eût à déclarer les sommes qu'il pouvott avoir appartenant audit Cardinal. Et avons recognu que pour les années 1643 à 1648, la recette du compte du Roi à présent régnant montoit à la somme de 26 692 889 livres 3 deniers.
Sur le compte du sieur cardinal Mazarin, depuis 1641 jusqu'à 1648, la recette s'est trouve montée a 7808 648 livres 7 sols 3 deniers.
De 1644 à 1647, pour le compte de Charles Longuet, sieur de Machau, la recette s'est montée à 4 267 161 livres 1 6 sols 4 deniers. Plus, sous la date du 24 avril 1645, autre recette montant à la somme de 461 790 livres 9 sols 8 deniers , faisant partie de la somme de 798112 livres 1 sol 2 deniers, pour diverses parties reçues de diverses personnes et en divers temps.
Après examen du débet et crédit du compte dudit sieur Mazarin, il a été trouvé ledit Contarini être redevable audit sieur Cardinal de 442802 livres 15 sols 8 de-
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niers , sauf à déduire 3404 livres 1 3 sols , dont ledit Cardinal est débiteur en un compte à part.
En son compte courant, 1 61 550 livres ; en un compte tenu sous le nom de M. l'abbé Mondin *, 1 36 470 livres; pour un compte de frais à ses bardes", environ 1 0 000 livres'; pour la compagnie du Nord, 30000 livres*; pour M. le cardinal Antoine Barberin, 40 000 livres; reste de 45 539 livres, payées au sieur Bouchet, trésorier de la marine, 16 500 livres; reste de 137 000 livres environ, payé audit par le sieur Cenami de Lyon, sur les ordres de Son Éminence , 1 01 430 livres ; à M*' le cardinal de Sainte-Cécile pour 6000 écus monnoie de Rome , et reste d'une année de ses gages et pensions, environ 26000 livres; payé à M. deLopes, 20 000 livres; à M. le commandeur Chastellux, à compte d'un ordre de 30 000 livres, 1 0 000 livres ; reste de 25 000 pistoles payées à Gênes à M. Balthazar, ci 32 000 livres; pour une lettre de 80 000 florins pour la reine d'Angleterre, payable à Amsterdam, 1 00 000 livres ; pour une lettre de 15 000 rixdalers, payables à M. le vicomte de Brégy, àDantzig, 48 000 livres; reste d'une
1 . Éclairci8sement5 Kiir Tétat des diverses parties qui sont dues k moi Cantarini par Me' le cardinal Mazarin : c En un compte tenu sous le nom de M. Pabbé Mondin. » — Ledit sieur abbé donnoit les ordres pour ce compte, par le commandement de Sou Éminence, et pour cela a été tenu en son nom.
2. c Les bardes et pierreries achetées en Portugal ont été délivrées à MS' le Cardinal, les pierreries dans des paquets cachetés lorsqu'ils sont arrivés, et les bardes ont été apportées de la douane en son hôtel. De plus, pour un compte de frais de voitures et autres à ses bardes, comMè se voit fol. 90, 158 et 207. » — Les autres dépenses sout justi&ées s&m« plement par des ordres écrits ou verbaux de Mazarin.