‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France, publiés pour la Société de l'histoire de France, sous les auspices de m. le comte Molé, l'un de ses membres (volume 3)Chapitre 14 sur 52 · Mefllanges de Qairambault, t' CXXXI, F. 3471. Original · texte numérisé non relu

Mefllanges de Qairambault, t' CXXXI, F. 3471. Original

union si fort dësapprouYëe par le passé. Je n'estime pas, néanmoins, qu'on la doive refuser, étant indubitable qu elle produira un autre effet qu'ils ne pensent; le grand nombre des commissaires, et de différentes compagnies, ne peuvent être que très-«vantageux pour raccommodement des affaires , par le dégoût que les autres compagnies ont de l'autorité trop grande du Parlement , et du mauvais traitement qu'ils en ont reçu , par les taxes passées et par les menaces des taxes à venir , si les désordres continuent. Tout ceci se soumet à votre avis, étant plus informé que moi de l'état des choses et des sentiments de la cour. Mais comme cette conjoncture s'est présentée et que je désire, par tous moyens , sortir d'ici, et ne se pouvant à cause de mon incommodité qu'avec un peu d'aisance, j'ai cru que vous pouviez me faire nommer entre les commissaires du Roi, avec M. de Léon, pour sortir d'ici et nous rendre à Saint-Germain. Je suis, etc. Â Paris, ce l*' mars 1649. D'Aligrb. m

NoQTelles d'Anjou. — Lettre des officiers du présidial d* Angers.

« Monseigneur , la dépêche de Messeigneurs du Parlement, du 1 8 janvier, contenant les arrêts du 8 et du 1 0 dudit mois, nous ayant été rendue le 29 février, par M. le procureur du Roi à ce siège, auquel M. le Procureur Général en a £ait l'adresse, nous avons estimé de notre devoir. Monseigneur, de vous donner avis comme aussitôt ils furent lus en cette compagnie, qui vous supplie très^liumblement lui faire cette grâce de croire qu'elle ne manquera jamais à la fidélité et obéissance due au service de Sa Majesté, ni de respect aux arrêts de la Cour , sous l'autorité de laquelle nous tiendrons, Monseigneur, à grand honneur de continuer iT 22

les fonctions de nos charges. Nous sommes, etc.^ A Aagersy en la chambre du Conseil, le 6 mars 1649. n

1 . Nous complétons les nonvelles d'Anjou par det extniu d'une lettre du Roi, relative aux désordres commis par les troupes dans cette province : c Mon cousin , je re<^ois avec beaucoup de déplaisir les diverses plaintes que Ton continue de me faire tous les jours des désordres et violences que commettent mes troupes , et même celles qui sont en Anjou, soit dans leur passage , soit dans les lieux de leur séjour et de garnison ; et comme les peuples attribuent la licence extrême des soldats aa ressentiment qu'ils croient que Ton a des cboses passées» et que c*est pour les en punir que les troupes leur ont été envoyées et qu'elles vivent ainsi; qu'aussi les gens de guerre sont de leur c6té si emportés hors de leur devoir, qu'ils se persuadent fort volontiers que ce qui est anîvé en ces quartiers leur donne liberté de tout entreprendre impunément , en soite qu'il seroit à craindre que cela ne causAt de nouvelles altérations dam mes provinces, si mes peuples n'étoient informés de la vérité de mes intentions et les soldats retenus dans la discipline et'cbfttiés de leurs désordres : j'ai bien voulu vous (aire cette lettre, par Tavis de la Reine-tégente. Madame ma mère, pour vous dire que vous fassiez entendre à tous mes serviteurs et sujets de l'étendue de votre gouvernement , que bien loin d'avoir aucun ressentiment de tout ce qui s'est fait pendant ks derniers mouvements, que je porte avec grande peine et impatience h continuation de la guerre contre les ennemis de l'Eut, et qu'elle empècbe que je ne les puisse soulager des logements des troupes et des antres charges qu'ils portent, ne le souhaitant pas moins qu'eux-mêmes, et que tant s'en faut que je les aie envoyé en ces quartiers par aucun ressentiment, que je ne m'y suis résolu que par nécessité et parce que mes provinces de Picardie, Champagne^ Ile-de-France et Normandie en sont si chargées, que j'ai été obligé d'en envoyer une partie en celles qui sont voisines, et il n'y en a point, en tout le royaume, où il y en ait moins qu*c9 Anjou, outre que ce n*est que pour les faire rafraîchir pendant quelque temps, n'étant pas possible de tenir les troupes à présent à la campagne, à faute de subsistances, à cause de la longueur de l'hiver, dont Ton sent encore à présent des restes par deçà, si bien que, dans un pays comme celui de Flandre, les herbes n'ont point encore poussé. Au surplus, to« ferez oognoître à tons, comme je vous ordonne d'empêcher à l'avenir b lièence de mes gens de guerre, et de faire punir ceux qui ont commis des pillages et crimes notables. (Suivent les instructions pour faire pnnir les soldats, rechercher les coupables et avancer de l'argent pour faire vivre les troupes.) Écrit à Saint«Germain en Laye» le 24 avril 1649. »

Extrait de l'iaterrogatoire du nem* d« Bréqnigny, fait par H* Gamin, iotendant de la jastice» police et finance de Picardie et places de la mer.

Du vendredi 12 mars 16A9. Enquis de ses nom» âge, qualité et demeure , — a dit qu'il se nommoît Resë le Meneust, sieur de Bréquigny, âgé de trente-quatre ans, ou environ, ëcuyer de M. le prince de Conii, demeiH' rant ordinairement à Paris. — Enquis quel a été le 8uj«t de son toyage, — a dit que M. le prince de Conti Ta envoyé à M. Tarchiduc Léopold pour lui faire ses com* pliments et le remercier de ce qu'il avoit envoyé ofTrir secours à Messieurs du Parlement et à lui, et que, s'il étoit toujours dans la même résolution, il étoit temps qull se mît en chemin pour faire lever le blocus de Pa* ris, les vivres y étant si rares qu'ils seroient bientôt contraints se rendre; qu'il pourroit entrer aisément en France et que cela contribueroit à faire une paix générale , son intention n'étant autre que de travailler pour le bien de la paix : et que lui qui répond ne se seroit embarqué à fietire ce voyage, s'il n'eût été assuré que M. le prince de Conti n'avmt d'autres pensées. — Enquis s'il, n'a pas rendu une lettre de la part de M. le prince de Conti à M. l'archiduc Léopold, — a dit en avoir rendu une qui*ne portoit qu'un simple compliment et créance pour l'état des affaires de Paris. — Enquis quel jour il est parti et qui Ta accompagné à ce voyage, -*- a dit être parti de Paris il y a aujourd'hui quinze jours, le 26 du mois passé , avec un valet et un guide qu'il prit aussi à Paris. — Enquis qui lui a donné ce guide et combien il y a qai\ est à son service, — - a dit que le sieur de Noirmontîera lui a donné, à Paris, ce guide, et que son valet,

nommé Ghampaigne, est à son service depuis quatre ans. — Enquis avec quelle personne il a confëré, pour ses instructions , avant son départ , — a dit avoir conféré avec dom Joseph ^ qui est venu trouver Messieurs du Parlement de la part de M. rArchiduc , et avec le sieur de Noirmoutiers. — Enquis s'il n'y a pas d'autres personnes qui sçachent le sujet de son voyage , — ^ a dit qu'il ne croit pas que personne en ait cognoissance, si ce n'est le secrétaire de M. le prince de Conti ; que MM. d'Elbeufy de Beaufort^ le G>adjuteur et beaucoup d'officiers des troupes parisiennes étoient bien dans la chambre quand il reçut le commandement de partir, mais qu'ils n'en entendirent rien. — Enquis à qui il s'adressa d'abord h Bruxelles, — ^ a dit qu'il s'adressa à l'abbé de Mercy pour avoir audience de M. l'Archiduc, laquelle il n'eut que le lendemain du matin. — * Enquis quelle personne il vit cette même nuit qu'il arriva, — a dit qu'il vit le sieur comte de Pignerande, et cpi'il y fut i mené par le sieur de Laigue ; qu'il vit aussi M"^ de Che- I vreuse, à laquelle il fit un compliment de la part de > M"** de Longueville. — Enquis où il trouva ledit de [ Laigue, — a dit qu'il le trouva chez l'abbé de Mercy. — j Enquis s'il n'avoit pas d'ordre particuUer pour M^ de Chevreuse et pour le comte de Laigue, — a dit que non. — Enquis qui lui avoit dit à lui de s'adresser an sieur abbé de Mercy , — a dit que ç'avoit été dom Joseph. — Enquis quelle personne à la Ferté-Milon facilite le passage à ceux qui veulent aller en Flandres, — a dit que le procureur du Roi lui aida à passer. -^ Enquis s'il n'y a que le procureur du Roi qui soit de rintelligence et qui lui ait donné avis, — a dit que le sieur de Noirmoutiers lui dit qu'il n'avoit qu'à s adresser au pro-

cureur du Roi. — Enquis comment le procureur du Roi le fit passer, — a dit qu'il lui donna un guide , lequel le mena jusques auprès de Saint-Restitude où il coucha. — Enquis quelle personne étoit présente à Bru&elles quand il fit ses compliments à M. T Archiduc, -—a dit qu'il n'y avoit que le sieur de Laigue et le sieur Chomsalbert, chambellan dudit Archiduc, et qu'il ne vit ledit Archidac de* puis ce temps-là. — Enquis avec quelle personne il eut plus grande conférence, — a dit que c'étoit avec ledit abbé de Mercy et avec M"* de Chevreuse, et qu'il n'a vu que deux fois le duc Charles. — Enquis ce que lui dit M"** de Chevreuse, — a dit qu'elle lui dit qu'elle viendroit avec l'armée en cas qu'elle entrât en France, et qu'elle ne lui dit rien autre chose qui puisse être de conséquence. --* Enquis quelles troupes elle disoit devoir entrer en France,

— a dit qu'elle lui a dit que toutes les troupes de M. l'Archiduc et de M. le duc Charles y dévoient entrer, au nombre de vingt-cinq mille hommes. — Enquis si elles étoient déjà assemblées et de quel nombre à peu près il croyoit que leur armée puisse être composée^ — a dit qu'il croit qu'il y aura vingt et un ou vingt-deux mille hommes, et qu'ils étoient encore dans des quartiers vers Cambrai et Yalenciennes dimanche 7 du courant.

— Enquis ce que lui dit M. le duc Charles , — a dit qu'il avoit été longtemps à marchander, sçavoir s'il don neroit toutes ses troupes, et qu'au commencement il n'avoit pu se résoudre qu'à en donner une partie, et qu'à la fin il se résolut à les donner toutes , par la persuasion de M"** (Je Chevreuse, et que ladite M"* de Chevreuse lui a confirmé que c'étoit à sa prière que ledit Duc avoit donné toutes ses troupes. -— Enquis quelle route l'armée des ennemis devoit tenir en entrant en

Fraaœ» — a dit que lorsqu'il partit de Bruxelles, ledit comte de Pignerande lui dit que le comte de Fueusaldagne vouloit faire un pont sur la Somme/ mais qu'il ne sçavoit précisément pas à quel endroit. •— Sur quoi nous avons interpellé ledit répondant de nous dire en* tièrement ce qu'il en sçavoit, le déni qu'il en faisoit pouvant aigrir Fesprit de Leurs Majestés. — Lequel nous a dit que le comte de Fueosaldagne lui dit , avant de partir , qu'il pourroil entrer avec toute TarnAëe par Crécy-sur*yaire , Origny et Ribemont, et de là marchadroit à Paris. -^ Enquis s'il croit qu'il ose entrer en France sans être assuré de quelques villes, — a dit que oui y et qu'il ne croit pas qu'il veuille attaquer aucune place y et que son dessein est d'entrer en France , non point comme ennemis, mais comme gens qui recherebeot la paix y et que, pour cet effet, ils feroient un manifeste contenant leurs intentions, et pour faire sçavoir à toutes les villes et aux habitants du plat pays qu'ils n'eussent point à s'épouvanter.— Enquis s'il ne sçavoit pas qu'il est défendu, sous peine de la vie, d'avoir aucune comnyunication avec les ennemis, et qu'il est encore plus criminel de prêter son ministère pour les faire entrer dans ie royaume, — a dit n'en sçavoir rien, et n'avoir £siit que ce que son maître lui avoit commandé.

Enquis pourquoi les ennemis ont changé leur résolution de faire un pont sur la Somme, -^ a dit qu'ils ont jugé plus à propos de ne se fioint enfermer entre deux ri^ vières, et que passant vers iUbemont, ils n'auroient qu'une rivière à passer, et que lui répondant sçait qu'ils portent force pontons. -— Enquis s'ils amènent de Tar* tillerie avec eux, — - a dit que lesdits comtes de Pignerande et de Fuensaldague lui ont dit qu'ils mèneroient

DE MATHIEU MOLt. 'Akd

trente pièces de canoo. — Enquis qnels préparatifs il a vu pour un si grand équipage, — a dit n*en avoir point vu. — Enquis s*il ne leur a point représenté quMl étoit du tout impossible de mener du canon^ les chemins étant eztraordinairement rompus , — • a dit qu'ils lui ont ré* pondu que les équipages d'artillerie étoient très^bien attelés. — Enquis pourquoi ils venoient avec tant d'équipages et tant de troupes , s'ils viennent comme amis, s'ils ne sçavent pas qu'il est impossible qu'une puissante armée , comme la leur, puisse passer dans un pays sans le ruiner entièrement, — a dit qu'ils se vantent de marcher avec tant d'ordre qu'ils ne donneront sujet de plainte à personne. — Enquis combien ils peuvent avoir d'infanterie^ — a dit qu'ils dévoient marcher avec quatre mille hommes présentement, et cinq mille qu'ils attendent de Gueldres. — Enquis si les troupes du duc Charles sont comprises dans ce nombre, — a dit que non. — Enquis combien ledit duc Charles peut encore avoir d'infanterie, — a dit qu'il lui a dit pouvoir mettre en état de servir six à sept mille hommes de pied ; m<is qu'il ne croit pas qu'il en puisse avoir plus de quatre mille. — Enquis combien le duc Charles peut avoir de cavalerie, — a dit qu'il a quatre à cinq mille chevaux. — Enquis où sont toutes lesdites troupes dudit duc Charies à présent, — a dit qu'il croit qu'elles sont à présent à Maubeuge, parce que ledit Duc lui a dît qu'il devoit entrer par ce côté-là pour se joindre yers Ribemont. — Enquis pourquoi ils prennent leur marche vers la ville de Péronne , — a dit qu'il croit qu'ils peuvept avoir changé de dessein , et que, peut-être, ils veulent faire un pont sur la Somme, comme on le lui avoit dit à Bruxelles. --**- Enquis s'ils n'ont pas des intelligences avec

H44 APPENDICE AUX BfÉMOIRES

quelques gouTemeurs de la frontière , — a dit qa*il ne croit pas qu'ils en eussent aucune. —Enquis s*il ne sçait point ceux qui servent à entretenir tout ce cchdmerce, — > a dit ne sçavoir personne autre que le sieur de Laigue. — Enquis avec quelle personne il a plus de commerce à Bruxelles, -^ a dit qu'il sçait que c'est arec le comte de Pignerande et Tabbë de Mercy qu'il est le plus souvent. — Enquis en quel lieu il doit faire la jonction avec les troupes parisiennes ^ — a dit n'en sçavoir rien. -* Enquis en quel lieu et à quel jour il promit de leur rapporter des nouvelles, — a dit qu*il ne se fût pas chargé de faire un second voyage s*ii eût pu et qu'il ne leur promit point de revenir.— Enquis s'il n'y eut aucun de Messieurs du Parlement qui lui donnèrent quelques instructions, — a dit qu'il n'a parlé à aucun. — Enquis qui est celui qui a été trouver M. l'Archiduc de la part de Messieurs du Parlement , — a dit qu'il croit assurémeùt que le sieur de Laigue y a été envoyé de leur part et de celle dé M. le prince de Conti , et que ledit sieur de Laigue le lui a dit. — Enquis s'il ne sçait pas quand ledit sieur de Laigue doit revenir, par où il doit passer, — a dit qu'il croit qu'il ne doit pas revenir. — Enquis ce que lui a dit ledit sieur de Laigue pour dire de bouche i ceux du parti, — a dit qu'il ne lui a rien dit autre chose, sinon faire des baise- mains à tous ces Messieurs. — Enquis s'il ne croit pas qu'il y demeure comme négociateur, pour ménager les intérêts de son parti, — a dit que oui. — Enquis si M. l'Archiduc ne lui a rien dit de particulier pour dire aux personnes du parti de Messieurs du Parlement, et s'il ne lui en nomma pas un, — a dit que M. l'Archiduc ne lui parla d'aucun d'eux. — ^Ed-

DE MATHIEU MOLE. 34r

quis si M"" de Chevreuse ne le chargea d'aucune lettre pour eux, — a dit qu'elle ne lui donna aucune lettre, et ne lui dit rien pour leur dire. — Enquis si elle ne lui dit rien de secret pour dire à quelqu'un des généraux, — a dit qu'elle ne leur fait que des baise-mains. — Enquis s'il n'avoit pas d'autres lettres que celles avec lesquelles il a été saisi, — a dit que non. — Enquis pourquoi il donna des lettres au guide, — a dit qu'il les lui avoit données pour les jeter, en cas que lui répondant fût arrêté, et que ledit guide le trahit et fit signe à des passants qui gardent les passages de l'arrêter, et aussitôt ledit guide leur donna les lettres. — > Lecture à lui faite de son interrogatoire, etc.

LimU DU CAADUIAL MAZAEIH ▲ LB TBLLIBE.

Il faut te procurer de l'argent par tons les moyens possibles. *- Cambrai secoara par les ennemis. •— Discours de Son Altesse Royale au Prévôt de Paris. — M"" de Cherreuse. — M. de Beaafort. ^- Cambrai doit-il être attaqué? — ÂfTection de la Reine pour Mazarin. — Tentative àes Frondenn. — Réponse que doit faire la Reine au Prérôt de Paris. — Désordres à Paris. — Regrets du Cardinal d'être éloigné de la Reine; il ne croyait pas atoir le coeur si tendre. ^ )d"* de Montbazon. — Les Frondeurs.

Je redépêche votre courrier à l'instant même que je reçois Totre lettre , pour vous dire qu'elle m'a mis en des inquiétudes extrêmes , voyant le peu d'avancement qu'il y a à trouver l'argent nécessaire pour le bon. succès de l'entreprise où l'on est engagé. La Reine m'a commande de vous écrire qu'elle approuvoit entièrement tout ce que vous jugerez à propos de faire avec M. le (hancelier et MM. les Directeurs, pour en avoir daa>

346 APPENDICE AUX IIÉMOIRES

cette conjoncture, qui est si pressante, ne désirant pas même que tous écriviez ici , pour aroir ses sentiments , mais que vous conduisiez dès de là toutes choses, afin de ne perdre pas un instant de temps utile.

Il seroit absolument nécessaire d'avoir présentement six cent mille livres, et quelques jours après quatre cent autres mille; je comprends dans la première partie les deux cent mille que Ton doit envoyer pour demain au soir. Vous pouvez croire que je serois très-aise de vous voir ici bientôt de retour ; mais je vous conjure de voir auparavant, jusques au bout, ce qui se peut faire humainement; car, quand vous serez une fois parti , les lettres n'avanceront pas beaucoup. Quand je vous recommande de faire en cette occasion tous les efforts possibles, je sçais bien qu'il est superflu ; mais je le fais pour ma propre satis&ction. A Compiègne, 3 juillet 1649.

Enfin nous sommes malheureux, et quelque prudence que l'on apporte pour faire réussir les choses , on n'en peut venir à bout. Les ennemis ont jeté un secours dans Cambrai de deux mille hommes, qui sont entrés par le quartier des Allemands, au moment où le comte d'Hareourty par l'avis de tous les officiers, a jugé à propos de ne pas continuer à fermer la circonvallation et de se t étirer de devant la place. Il me mande qu'il attendroit les ordres de ce qu'il y avoit à faire et qu'il étoit en état de tout entreprendre; mais comme les ennemis ont déjà leur armée ensemble, je ne vois pas bien quel nouveau projet on peut faire pour attaquer quelqu'une de leurs places, tant soit peu considérable. La Reine m'a com* mandé de vous en dépêcher, afin que vous donniez part de cei événement à Son Altesse Royale ; et si elle ne doit

pas venir sitôt , la prier de donner des conseils dans ce rencontre.

L'affaire est assez extraordinaire pour nous toucher au dernier point* Il est constant qu'il n*y ayoit que douze cents hommes dans la place ; il est vrai que^ hors quatre cents, tout le reste étoit de nouveaux soldats qui ne valoient rien, et de Tautre il est assez étrange qu'après dix jours de travail à la circonvallation, les ennemis soient entrés sans combat et sans perdre un homme. Maisy surtout, il est inoui qu'ayant intercepté une lettre du gouverneur de Cambrai au comte de Fuensaldagna , qui spécifioit. par le menu par quel endroit il falloit introduire le secours, et en ayant fait sçavoir le contenu à H. le comte d'Harcourt, il leur soit réussi de le faire entrer par cet endroit même.

U faut bien prendre garde de ne point parler llk-dessus, en sorte que les chefs de nos troupes puissent croire qu'on ait la moindre méfiance d'eux : il faudra même que l'on voie de quelle façon en parlera la Gazette.

Continuez, s'il votis plaît, la même diligence pour Targent, car il faut encore plus présentement songer aux moyens de faire subsbter l'armée.

Je vous prie, à l'instant que vous recevrez cette lettre, d'aller voir Son Altesse Royale, afin qu'elle ne reçoive la nouvelle d'autre bouche que de la vôtre.

J'ai été très aise d'apprendre avec quelle fermeté, quelle affection et quelleadresse Son Altesse Royale a parlé à M. le Prévôt des marchands, échevins et aux autres qui l'ont vi* site, tant sur les vertus du Roi, que sur les libelles et désordres qui régnoient encore dans Paris; comme, néanmoins, il ne se peut rien ajouter, je ne doute pas que

348 APfBNDICE AUX MÉMOIRES

cela ne produise de très-bons eflfets. J'en rendrai compte à Sa Majesté la Reine.

Pour M*^ de Chevreuse, vous pouvez assurer H. k Premier Président qu'il n'y aura point de faute à ce qu'il lui promettra* Il ne faut point ouvrir de capitulatioD sur le temps qu'elle demeurera à Dampierre.

Ce seroit un coup bien digne du zèle que mon dit sieur le Premier Président donne pour le bien de l'État, si dans une conjoncture si importante que celle-ci, il me donnoit quelque moyen d'avoir de l'argent.

Si M. de Beaufort n'attend à s'accommoder que la rupture ou la conclusion du mariage, il me semble qu il ne doit plus être arrêté par ces con^dérations, puisque le mariage ne se fait pas.

Comme je songe incessamment au moyen d^avoir de l'argent, je vous mande tout ce qui me tombe dans la pensée. Rien n'étant opéré, c^està vous à y faire ce que voas estimerez plus à propos. Je vous prie donc de voir, si parle moyen de M. le Premier Président ou de M. le présideat Le Coigneux, ou de M. d'Avaux, qui se pique sacs doute de générosité en ce rencontre, nous ne pourrioos point trouver de l'argent sur des pierreries. Elles ae sont point de la couronne et m'appartiennent en mon particulier. Je prendrai moi-même l'argent en mon propre et privé nom, et faute de payer elles seroient fort bien perdues. A Compiègne, ce 4 juillet 1649.

Je suis arrivé ici avant dix heures, et peu après le sieur Talon, venant de l'armée, qui m'a dit de la part de M. le comte d'Harcourt, qu'ayant fait opiner dans le conseil sur l'attaque de Cambrai, en vue qu'il n'y eut dedans que dix-huit cents hommes, comme il vmoit d ea

avoir le rapport par un espion, et que le gros de Farmée ennemie iîit aux environs de Bouchain^ comme il en avoit aussi avis, chacun avoit été d'opinion qu'on pouvoit faire Tentreprise, d'autant plus qu'il n'y avoit nulle apparence que les ennemis pussent croire qu'on fût pour prendre une pareille résolution.

Voilà qui est fort beau de prime abord : mais on j ajoute tant de poun^u, que j'en suis fort embarrassé; et, à vous dire vrai, je répliquerai de nouveau à M. le comte d'Harcourt ce que nous pourrons faire, et il prendra après les résolutions qu'il estimera les meilleures, ne voulant point m'exposer à aucune contestation, ni qu'il y ait sujet* de dire qu'on Fa embarqué à un grand dessein mal à propos.

Je crois qu'il seroit bon que vous écrivissiez un mot à Son Altesse Royale de rét9t des choses, sans oublier que je ne ferai autre chose que de répliquer c^ que nous pou* vons contribuer à l'entreprise, laissant après cela à M. le comte d'Harcourt à prendre telle résolution qu'il avisera, avec le conseil des principaux officiers.

Âpres que vous aurez donné part à la Reine de tout le contenu en cette lettre, je vous prie d'y ajouter mes compliments, avec toute la soumission et la tendresse que doit le plus obligé de ses serviteurs. A Ham , le 22 juillet 1649.

Les personnes qui avoient dessein de proposer à la Reine d*agréer que M. de Beaufort eût la liberté de lui venir faire la révérence pendant mon absence, cognoissent fort mal Sa Majesté, ne sçavent pas combien je me puis promettre de sa bonté et de la fermeté de sa bienveillance, sans que j'aie aucun besoin d'être présent pour en recevoir '

.ISO APPERDIO: AUX MÉMOIRES

toute sorte d'effets, et qu'elle n'a nulle nécessité de recey<Mr conseil sur de pareilles demandes. Je voudrois, pour ma satisfaction, que ces personnes-là eussent exécuté leur pensée avant qu'aucun autre l'eût découvert; je siâs certain que l'ouverture a été rejetée avec les termes d'indignation qu'elle méritoit ; et ' que Sa Majesté a bien vu d'abord d'elle-même , que le dessein de M. de Beaufort seroit d'éterniser sa demeure dans Paris, disant qu'il avoit rendu ses devoirs à Sa Majesté, et qu'il devolt être dans la même condition que tous les autres. Cependant, je suis fort obligé à M. l'abbé de la Rivière des sentiments qu'il vous a témoignés quand vous lui avez parié sur ce rencontre.

J'ai été bien aise de voir l'arrêt du Parlement, que vcoi m^avez envoyé. H est certain qu'on ne pouvoit pas désirer davantage de lui, sur l'accident qui est arrivé de Févasion de Morlot.

La députation de la ville sera aussi fort bonne, et il faut prendre soin que la Gazette en publie les circonstances, afin de faire voir à tout le royaume et aux étrangers combien le Roi est souhaité à Paris, et qu'il n'y a rien que les bons bourgeois ne fassent, quand on voudra, pour obtenir ce bien.

La réponse, à mon sens, qu'on pourra leur faire, c'est que Sa Majesté leur dise en substance :

<c Qu'elle a grand désir de leur donner cette satisfaction, et qu'elle l'auroit déjà fait, quoique chacun voie assez combien l'approche du Roi de la frontière peut apporter d'utilité à toutes les affaires, soit de la guerre, soit de la paix même, pour l'avancement de laquelle on n'oublie rien de possible; mais qu'à la vérité personne ne se trouve assez hardi pour conseiller ce retour, tant

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qu'on verra la licence et le désordre régner si impunément dans Paris. Que Sa Majesté est bien assurée que les bons bourgeois, bien loin d*y avoir part, sont au désespoir de ce qui se passe et n'oublient rien de ce qui dépend d eux pour j remédier ; mais qu'il sera impossible vraisemblablement qu'ils en viennent à bout , tant qu'il y aura dans la ville des personnes qui fomenteront ce mal par les artifices qu'elles emploient continuellement pour l'accroître. Ajoutant : que Sa Majesté est si certaine de l'af-» fection qu'ils ont pour le Roi, qu'ils ne voudroient pas euxmêmes conseiller de le ramener, tant que ce désordre et cette licence dureront avec tant de débordement, étant impossible que Leurs Majestés y puissent pour cela demeurer avec aucune satisfaction, ni même avec sûreté. »

Ainsi, sans leur expliquer davantage la cbose, ni leur demander positivement qu'ils chassent personne, je voudrois leur faire cognoître adroitement qu'ils ont en main un moyen bien facile et indubitable d'obliger Leurs Majestés à revenir sans délai, rejetant la cause de l'absence sur les désordres^ et faisant voir qu'ils ne peuvent cesser, tant que ceux qui les fomenteront seront préseivts.

Je ne puis assez m'étonner que M. de Retz sollicite pour Fontrailles et pour Matta , cela ne s'accorde pas avec les protestations que fit à la Reine le Coadjuteur, sans le conseil duquel il est certain que M. de Retz ne le feroit pas.

Le sieur de Bougy est arrivé ce matin de l'armée; celle des ennemis est toujours campée entre Bouchain et Cambrai, se couvrant de la rivière d'Escaut, et ayant un retranchement entre ladite rivière et le ruisseau d'Arleux. Ils ont six régiments dans un fort à la tête d'un pont, qui n'est qu'à portée du canon de Cambrai. Ainsi l'atta-

3f(i APPENDICE AUX MÉMOIRES

que de cette place se trouve préseateuient impossibie, n'y ayant rien de si public parmi les ennemis mêmes, que Ton avoit dessein de la faire réassiéger. Ainsi, il y a plus de dix jours que les moindres personnes suivant la cour ne s'entretiennent d'autre chose à Ck>mpiègne. Je n'ai point pris encore de résolution pour ce que l'on pourra faire à l'armée ; je vous tiendrai incessamment avisé de tout, afin que vous en rendiez compte à Sa Majesté et à Son Altesse Royale. Il sera même à propos que M. le Prince, arrivant à Paris, trouve quelque chose de ceci, et que vous lui mandiez que je vous en ai prié. A Saint-Quentin, 23 juillet 1649.

Je vous envoie l'extrait d'une lettre écrite de Paris, dont j'ai trouvé les particularités très-considérables. Il n'y a rien de plus étrange que de voir M. de Beaufort et les autres, protéger d'un côté ceux qui ont outrage les valets de pied du Roi et de l'autre ceux qui attaquent la Reine : la chose vient si avant qu'elle ne peut plus se dissimuler, et il faut sans doute songer aux remèdes. Je crois qu'il sera bon que vous fassiez sçavoir la plus grande partie du contenu audit extrait à M. le Premier Président et aux autres gens que vous jugerez à propos pouvoir servir le Roi, en cette occasion, quand elles en auront cognoissance , comme au lieutenant criminel ; et il faut aussi examiner au lieu où vous êtes ce qu'il seroit bon de faire en ce rencontre; comme il seroit à propos d'en écrire au corps de ville ou au Parlement de se déclarer, ou bien en parler aux députés de la ville, quand ils viendront saluer Sa Majesté sur le même sujet.

La proposition de donner à M. de Beaufort la survivance de l'amirauté et ce qu'on a parlé de donner en

DE MATHIEU MOLE. 35Si

échange à M. de Mercœur, est fort belle et je m'assure que la Reine Taura fort goûtëe. Â Saint-Quentin^ 25 juillet 1649.

J'ai reçu votre lettre d'hier^ qui ne m'oblige à aucune réponse.

Je vous prie de faire mes très-humbles soumissions au Roi j à la Reine et à Monsieur. Je vous avoue que je n'aurois jamais cru avoir le cœur si tendre et que je souffre déjà beaucoup de mon éloignement de la cour.

M. le maréchal de Schomberg vient d'arriver, qui me fait horreur en me comptant les particularités de ce qui se fait journellement à Paris, où il n'est plus question du Cardinal, mais du Roi et de la Reine, et cependant ces sacrés noms ne sont pas capables de les retenir.

On me confirme que M. le maréchal de la Mothe a eu grande part à l'évasion de Morlot, et néanmoins on m'a dit que M. le Premier Président est persuadé que ledit maréchal a de parfaitement bonnes intentions pour le service du Roi. J'espère que Ton pourra donner ordre à tout ceci avec grande facilité, et je vous enverrai mes pensées à mon retour. Â Saint-Quentin , le 26 juillet

Je vous dirai, en toute confiance, que M. de Vendôme vient de me faire voir une lettre que lui écrit M"** de Montbazon, qui contient beaucoup de choses assez particulières* Je crois bien que son dessein a été qu'il me la montrât^ oii qu'elle a jugé qu'il ne manqueroit pas de le faire; mais toujours elle mérite beaucoup de réflexion. £lle assure, premièrement, qu'il y a la dernière intelligence et union entre M. le prince de Conti, M. de Longue vil le, M. de Beaufort, M"*» et M"* de Longue ville; IV .23

854 APPENDICE AUX HÉMOIRES

que J&^^ U PriqçeMC est la pli^ gmnde ennemiç qu'«it le Cardinal ; ({ue tout ceja ensemble souhaite le mariage de M. de Beaufort et de M^^^ de Longueville; que M. de Beaufort avoit plus d'inclination pour M"* de Cheyreuse } mais qu^elle dame de Montbazon ne seroit pas de son avis , et qu'encore que cette dernière soit plus belle, Tautre doit être prëfërée, ayant plus de biens et plus présents. Elle ajoute que si M. le Cardinal vouloit un peu s*aider et les aider, il y auroit bien moyen de retirer M. de Beaufort de ses engagepents.

Assurément il y a de Partifiee là dedans à me faire dire la chose : je crois pourtant que la plupart des olioses pourroient être véritables. La même lettre porte encore : que M. de la Mothe n'ëteit pas parti de Paris, et qn'il étoit dans la dernière liaison avec toqs ceux de ee parti, unis ensemble si étroitement qu'il ne se peut pas davantage. D^autres avis que j'ai de Paris, par une perr sonne bien informée, portent que M. le prince de Conti étoit continuellement avec M. de Beaufort, et le n^enoit souvent dans son carrosse avec Matta et Fontrailles. Mais surtout, je suis averti de bon lieu que le lieutenaat criminel a touché cinq cents pistoles pour favoriser Matta et Fontrailles dans les dépositions des témoins qa*il entend ; qu'il a promis de faire les procédqres en sorte qu'elle^ ne leur nuisent point ou fort peu. J'ai peinç à y ajouter foi, mais je suis obligé de vous 1q Q^qderi parce que Tavis vient de très-bonne ptirt.

Je croirois important que JVf . le Prince (ut le plus tôt qu'il se pourroit à Compiègne, agn qu'pxi lui put parier à fo«d de tout ce que dessqs, ou du peu 4*éut qMHl doit faire de pouvoir conduira les siennes cciwne il voudroit; je le tiens d'autant plu(( nécessaire, qu'il s'imagine peut-

DB MATHIBU MOLE. 358

être d'en pouvoir disposer entièrement s cependant, par ce que YOi^s sçavei et pav avis que je reçois et par la conduite qu ils tiennent, il me semble qu'il est bien éloigné de cela.

Je ne sçais si on ne pourroit point se senrir du prétexte de la députationde la ville pour le convier à venir plus tôt, ou que la Reine lui fît sçavojr qu'elle désire de le voir incontinent, pour lui communiquer diverses choses et prendre ses avis sur ce (jui se passe à Paris, à Tégard du Roi et au sien*

Après avoir donné part de tout ceci à la Reine, il faudra tenir bien secret que je vous en ai écrit, vous en servant seulement en discours, selon les circonstances, autant que vous le jugerez k propos.

J*ai oublié, ce matin, de dire à du Plessis de voir Mademoiselle de ma part, pour lui faire mes compliments sur l'accident qui lui est arrivé; je vous prie de suppléer à cela 9 et de dire à du Plessis quMl le fasse.

J'ai vu dans la lettre d*hier les sentiments de Son Altesse Royale sur la réponse que la Reine pourra faire aux députés de la ville de Paris. J's^urois cru qu'on pouvoît s'avancer un peu davantage^ d'autant plus que, comme vous avez vu diuis rimprimé de la relation de ce qui s'est passé à l'Hôtel de ville , ils ne parlent que de la lie du peuple et je pensois qu'il étoit bien de les détromper et leur faire cogaoître que tout cela n'arriveroit point s'il n'y avoit des instigateurs de plus grande condition, qui fomentoiei^t et excitoient ces sortes d'accidents et en recherobaieftt continuellement toutes les occasions possibles. Néanmoins, je me remets entièrement à ce qui sera jugé à propos d^ cela.

Je faisois état de partir, demain matin j pour Tannée, mais les six-vingt mille livres n'étant pas arrivées, et oeb pouvant produire un mauvais efTet, pour diverses choses où cette somme-là même est nécessaire , j'ai résolu de remettre mon départ à après-demain y . espérast de pouvoir recevoir cet argent dans ce temps-là, par le moyen de la diligence que je vous prie d'apporter à son transport. 27 juillet 4649.

LKTTU DU GHAKCSLIEa siomBH ▲ LB TSUJES.

Monsieur, les lettres du Roi ont été rendues ce maba aux compagnies souveraines et à THotel de la ville: je ne puis exprimer la joie avec laquelle elles ont été reçues. Leurs Majestés cognoîtront, arrivant à Paris, la vérité de leurs bons sentiments , et j'espère que cette actiou assurera le repos et la tranquillité de l'État. Il est vrai que les factieux ont toujours appréhendé ce retour, et les gens de bien Tont désiré comme la fin du règne de ces mauvais esprits. Je suis, etc. A Pans, le 12 août 1649.

LBTTBES DE MAZAEIlf ▲ LX TSLXlEft. (xXTEAITS SBEVIXT DB COMnilOT

AUX mbcoiaxs de l'année 1650.)

Pacificatioii de la Normandie. — Rouen. — Pont de PArcfae. — Oa.

— La duchesse de Longneyille. -— Le maréchal de Turenne. — U duchesse de Bouillon se plaint des hommes qui la gardent en pmoo.

— M. de Champlâtreux et le Premier Président. — Projet d'aatssber Mazarin.— Dieppe. — Fuite de la duchesse de Longuerille. — Lapaô* fication est due à Thahileté de Mazarin . — M"*« de Gheyreuse et M. àljh pemon. — M"» de 'Monthazon et le duc de Beaufort. — Le doc et Lorraine. — Résolutions violentes à prendre. — Récompenses à donner à des sergents pour raffermir Pesprit des troupes. — Lei pnoco prisonniers correèpondent avec leurs partisans. — Il £iut IVmpédia. -— Discours contre Thonneur de la Reine. — Joie de Mazarin ao snjA des sentiments de Son Altesse Royale pour lui. ^- M. de BouiUoB. — Ce qu'il faut dire dans la Gazette. — Libelles. — M. de Marolkc* —

Le Premier Président. •— GoDspiratioa pour détiTrer let princes priionnien. — Rigonrense justice et ch&timems à infliger. — T^es à couper et maisons à raser.— -NouTelles à écrire en province. — Arrestations. — M. de Longueriite. — M"* d'Elbenf. — M. de Notion. — Tout le monde prétend demander tout. — Retour du Roi à Paris. •— AfTaires de Bourgogne et de Guyenne. — Désespoir de la Reine et de

Mazarin.

De Rouen, le 6 fénier 1690.

J'ai dit à Saintot de faire une relation de tout ce qui s'est passe à l'arrivée du Roi ici. Elle ne peut pas encore être achevée, parce que diverses compagnies de cette ville, qui n'eurent pa^ hier le temps de saluer Leurs Majestés, le doivent faire aujourd'hui. Vous verrez les particularités de tout par ladite relation, que Ton vous adressera demain, afin qu'après l'avoir vue, vous la fassiez imprimer. J'y ajouterai seulement que jamais peuple n'a témoigné plus de joie que celui-ci à la vue de son prince. On croyoit que tout Rouen fût hors des portes, et cependant toutes les boutiques et les fenêtres étoient encore remplies de monde ; et outre cette démonstration, toute la nuit on a fait des feux de joie, et tous les bourgeois l'ayant passée à boire à la santé de 'Leurs Majestés, n'ont ni dormi^ ni permis aux autres de reposer, à cause des continuels cris et marques de réjouissance qu'ils donnoient.

Après divei*ses allées et venues que j'ai fait faire au Pont de l'Arche, enfin le sieur de Ghambois a consenti de remettre la place entre les mains du Roi. On y envoie pour cet effet, demain à dix heures du matin, le sieur de Saint-Amour, exempt des gardes du corps, avec quarante hommes pour entrer dans le château et en prendre possession. On en licencie la garnison et on donne toute sûreté au sieur de Ghambois et à ceux qui sont avec lui de se retirer où bon leur semblera. Outre cela, on lui

S58 ÀPPENDICX AUX HÉMOIRES

tatt remettre riiigt mille francs argent comptant, pdur le rembourser de ce qu'il a fourni pour Tachât des poadres et autres munitions de guerre et de bouche qu^il laisse dans la place. Enfin c*est une affaire achevée, pourvu qu*il n*y arrive point de changement entre ci et demain^ comme il n'y à pas apparence. En tout cas, ausr sitôt après l'exécution^ je vous le ferai scavoir.

On a envoyé à Caen pour disposer le sieur de la Croisette à suivre l'exemple de Chambois. Je tous assure qu'on n'y perdra pas un moment de temps^ tous les moments étant assez précieux dans les (conjonctures présentes.

Le Roi écrit à M""* de Longiieville pour lui ordonner de se retirer à Trici à Coulommiers, ou en quelque autre des maisons de M. son mari, et^ suivait sa réponse^ Ijeors Majestés font état de faire avancer les troupes du côté de Dieppe et même de s'en approcher. {De la main Je Mazarin : On n'a pas tout à fait résolu cela encore.)

La Reine juge à propos que vous expédiiex une ordonnance par laquelle il soit enjoint à tous les officiers et soldats, qui sont allés trouver M» de Turenne, de revenir dans le service du Roi^ où on les assure qu'ils seroat bien reçus et traités favorablement, sinon qu'on les déclarera criminels de lèse-majesté et qu'ils seh>nt traités comme tels en tous les lieux où ils pourront être appréhendés, aussi bien que tous ceux qui iront trourer dorénavant ledit sieur maréchal de Turenne. Il faudra faire publier cette ordonnance à Sedan^ à Montrond et autres lieux de ce côté-là, et tâcher même d'en faire jeter dei copies dans Stenay et dans Germont^ ce qui prodoin sans doute un fort bon effet.

M'"* dé Bouillon a fait faire plaint* de la contrainte

ir

t)É UATHIED MOLÉ. àS9

qu'elle reçoit de ses gardes, qui, en Tëtat où elle est, sont continuellemeiit dans sa chambre, et lui ôtent ainsi le repos et la liberté de faire beaucoup de choses nécessaires pour sa guérison. Je crois qu^on lui peut donner satisfaction là-dessus, ordonnant aux gardes de la traiter avec respect, et de n^enirer dans sa chambre que de temps en temps pour voir si elle y est, sans Tobséder continuellement; et s'il était nécessaire, il vaudrait mieux redoubler les gardes, afin d'être encore plus maîtres de la maison.

L^on me donne avis que M. de Champlâtreux fait tous ses efforts, auprès de M. le î*remier Président, pout le porter à se remuer, dans ce rencontré, en faveur de M. le Prince, et à appuyer la requête qu'on veut pré* senter au Parlement de sa part. Je pense qu'il sera bon que vous en parliez audit sieur de thamplâtreux et même à Monsieur son père, leur disant qu'on croit avoir cet avis de bonne part et qu'ils y doivent prendre gardé, la Reine étant aussi disposée que jamais de gratifier eh toutes rencontres mon dit sieur le Premier**'Président et tous ceux de sa maison, pourvu que de son côté il témoigne toujours le m^me attachement à ses intérêts, et qu'il continue à donner des marques de son zèle et de sa fidélité au service du Roi.

A Rouen, le 8 féfrier i6IM).

J'ai reçu quantité d'avis de divers endroits que M**de Longueville songe et travaille à me faire tuer. Je remets le soin principal de ma conservation entre lés nlains de Dieu, qui cognoît mes intentions pour le bien de l'État, sans oublier les autres diligences qui peuvent empêcher l'effet de tels attentats.

A Rouen, le 9 février 1650.

J'ai reçu une lettré du sieur du Plessis^BelIîèvre, qui me mande d'avoir été reçu par les habitants de Dieppe atec des acclamations inouïes et des cris continuels de : ce Ym le Roi ! » par tout le peuple gënëralement, ce qui n'est pas peu à estimer dans les diligences que faisoit M"^ de Longueville elle-même en personne, à THôtel de ville, nonobstant sa prétendue maladie, pour faire prendre aux habitants une résolution toute contraire. J'avois fait accompagner Plessis-Bellièvre par trente officiers ; ils ont trouvé les bourgeois sous les armes , en huit compagnies, à cause de la jalousie qae leur a donné rarrivée de Chambois dans le château. Qiacun a pris son dépa^ tement; on a fait des barricades contre le château; enfin vraisemblablement notre affaire ira fort bien. J*y ai envoyé encore quarante de mes gardes, et cinquante chevaux d'un autre côté ; Paluau sera ce soir bien près de la place avec qumze cents hommes; M. le comte d'Harcourt le suit avec le reste des troupes, et Leurs Majestés, comme je vous ai dit ci-dessus, s'y avanceront demain. Il n'y a que le canon qui nous fait peine, n'étant arrivé ici qu'hier au soir; encore il se trouve que les affûts ne valent rien , qu'il faut travailler à en faire d'autres et à des charrettes pour porter le canon ; et enfin tenir toujoun la bourse ouverte pour ces sortes de dépenses. II faut avoir patience : Chamfort fait ce quMl peut, mais il ne peut servir qu'avec ce qu'on lui donne. J'espère pourtant qu'avec la diligence qu'on y apporte et la dépense qu'on y fait, la plus grande partie du canon partira demain matin.

DE MATQIEU MOLE. 361

A Bouedy le 9 férrier 1650, neuf heares da M>ir.

La résolution de Leurs Majestés et la diligence avec laquelle elles ont agi a tellement étonné M"^ de Longueville et ceux qui étoient avec elle dans le château de Dieppe , que tout présentement nous venons d'apprendre qu'elle en est sortie et s'est échappée à cheval, avec vingt cavaliers. Elle avoit essayé, la nuit dernière, de se sauver par mer, étant descendue par le derrière du château pour s'embarquer au bas de la falaise ; mais comme M. du Plessis-Bellièvre avoit fait parler au capitaine Daniol, qui commandoit la seule frégate qui étoit pour lors en état de partir, ladite dame fut contrainte de faire rentrer toutes ses demoiselles au château , et s'en est allée comme je vous dis à cheval , sans qu'on sçache encore au vrai quelle route elle a prise. Quelqu'un a dit qu'on l'a vue passer aujourd'hui à Longueville.

Elle a dépêché Chambois à la Reine; la substance de ce qu'il a dit à Sa Majesté a été que M"^ de Longueville l'envoyoit pour assurer Leurs Majestés de son obéissance, et que ce qu'elle avoit fait jusques ici n'avoit été que pour rencontrer la sûreté de sa personne ; que la même considération l'obligeoit encore à s'éloigner; mais que, pour donner à Leurs Majestés une marque des sentiments de respect et de fidélité où elle étoit , elle avoit ordonné au sieur de Montigni de remettre le château de Dieppe entre les mains de telle personne qu'il plairoit à Sa Majesté de commettre pour le recevoir.

La Keiqe a répondu : qu'elle s'étonnoit fort que M™* de Longueville prit pour prétexte de ce qu'elle avoit fait la sûreté de sa personne, après la bonté que le Roi avoit eue de lui envoyer une personne expresse pour lui

d6i APPCNDIGE AUX BfÉMOlRES

donner sa parole qu elle pouvoit aller et demeurer à Trie ou à Coulommiers , en toute sûreté; que pour ce qui ëtoit de Tordre qu'elle avoit donné aa sieur de Montigni de remettre les châteaux , on ne lui en avoit aucune obligation ^ parce qu'elle àvoit bien cognu qu'elle ne potivoit pas les défendre contre les forces du Roi.

Cependant, on mande à M. le comte d'itarcourt d'en- Yoyei^ deux cents Suisses audit sieur du Plessis-ftellièvre, pour envoyer dans le château, et de faire faire halte aux troupes et à Tartillerie , sans avancer ni revenir en arrière jusques à ce qu'il y ait nouvelles dudit sieur da Plessis-Bellièvre, qu'il soit maître des châteaux : ce que Ton saura demain à midi : selon que la chose se sera passée, ou il ira plus outre, ou il reviendra.

On a fait aussi fWiré halte aux bagages de la cour qui étoient partis aujourd'hui^ et nous espérons que Leurs Majestés pourront s'épargner la Fatigue de ce- petit voyage , qui étoit très-incommode à cause que les diemins sont fort mauvais.

Son Altesse Royale ne sera pas peu ravie de tant de bonnes nouvelles que nous vous avons envoyées en peu de temps. Enfin voilà quatre places comme assurées en quatre jours.

Du Plessis-Bellièvre a intercepté une lettre qu^un petit garçon porEoit à M™^ de Longueville, de la part d'un gentilhomme de Picardie, nommé la Chaussée, par laquelle il marquoit d'avoir déjà assemblé trente-deux hommes pour lui mener ; mais qu'il n'avoit encore pu passer à cause de la compagnie des gardes àe M. d'Elbeuf , et d'une autre compagnie de cavalerie qui étoient en ces quartiers-là et qui le cherchoient, ayant eu avis de sa levée.

DÉ MATHtËti MOLE. 3ftS

Après avoir écrit jusques ici, j'ai reçu une seconde dépêche du sieur du Plessis-Bellièvre, que je vous adresse, afin de la fkire voii^ à Son Altesse Royale^ après i|uoi je vous ûrîe de me la renvoyer. Entre vous et moi, il me semble pouVoir dire sans vanité qUe j^ai servi heureusement à la réduction de cette place, et je m'assure que les termes et les circonstances de la lettre dudit Plessis- Bellièvre vous le feront juger de la sorte» On fera en sorte que le sieUr dU Plessis-Bellièvre, qu'on veut laisser à Dieppe, trouve bon qu'on envoie quelqu'un en sa plAce à la fiassée^ cat*, côtnme ce sera infailliblement la preknière place ou les ennemis s'attaqueront , s'ils soiit en état d'y attaquer quelqu'un ^ il faut y pourvoir sans délai. Ce n'est pas un morceau qui soit souhaité de beaucoup de gens; je vous prie d'en parler à Son Altesse Royale et de lui dire que Sa Majesté sôngeroit à jeter pour cela les yeux sUt* Beaujeu ^ qui se défendit si bien dans Ypres, sous le cbmte Ëroglio.

On tti'a assuré que M"* de Lpngueville vouloit pi*ofiter de l'offre que lui porte Yarenties, de la patt du Roi, peut* sa sûreté dans i'uue de ses ikiaisons ; mais que Ssint-Ybar y fut contraire , et l'entratua dans son avis. Si vous voyez par occasion M. le président de Nesmond, il sera bou de lui faire eogUdître que là seule conduite de M^'' de Lougueville lui a attiré ce^ malheurs-là; elle pouVbit demeurer eti toute èûreté dans quelqu'une de ses maisons. Cëpetidant, sea voyages en Normandie et les efforts qu'elle y a faits contre le service dU Roi y ayant appelé Leurs Majestés, oU vbit maintenant quelles en Sont les suites.

Dé Roueoy le 9 février 1690.

Il y a eu autrefois beaucoup d'amitië entre M"** de Cbevreuse et M. le duc d'Éperuon. Cependant elle se plaignoit dernièrement de lui, et comme on a jugé important, pour le bien du service du Roi et pour d'an* très raisons, de rétablir rintelligence entre ces deux personnes, j'en parlai à M"*^ de Cbevreuse; Monsieur ent aussi la bonté de s'en entremettre, et elle donna les mains à tout ce que l'on vpudroit. A présent, le sieur de Saint-Quentin est arrivé de la part de M. d'Épemon, qui apporte une lettre de civilité pour M"® de Cbevreuse; je lui en écris aussi une pour la convier à rétablir solidement cette amitié , laquelle lettre vous lui ferez rendre par ledit sieur de Saint-Quentin , si vous le jugez à propos. Il faudra pourtant que vous vous en concertiez avec Son Altesse Royale, et si, en allant cbez M*^^ de Cbevreuse, elle veut avoir la bonté de lui présenter ledit sieur de Saint<"Quentin, cela ne pourra produire qu'un bon effet, sinon vous le lui mènerez vous-même par les ordres de Sa dite Altesse Royale et à ma prière, et la disposerez à le recevoir, en sorte qu'il ait lieu de mander à son maître qu'il peut faire état de son amitié. Enfin c'est assez qoe vous sçacbiez que la fin que nous nous proposons en cela est la réunion de ces deux personnes, peur être assuré que vous pratiquerez tous les expédients et les moyens les plus propres pour y parvenir, dont je me remets à votre prudence.

Je vous ^ie de faire une civilité de ma part à M"^ de Montbazon pour l'assurer de mon très-bumble service et lui donner toutes les nouvelles que je vous envoie , qui , je m'assure, ne lui seront pas désagréables. Je vous prie

aussi de faire le même compliment à M. de Beaufort, et rassurer que je voudrais, avec passion, lui témoigner la passion que j'ai pour son service. Il sera aussi bon que vous saluiez ces antres Messieurs. Je ne doute point qu'ils ne soient informés par détail de tout ce qui se fait. Je vous prie, après en avoir informé Son Altesse Royale, de remettre la lettre ci-jointe à M"*^ de Chevreuse et à faire en sorte que le sieur de Saint-Quentin, à son arrivée, soit bien reçu et que ce renouement d'amitié a^ puisse établir.

A Rouen, ce i 1 février 1650.

J'ai eu avis certain de Bruxelles, que Madame avoit écrit à M. de Lorraine d'envoyer promptement à Paris un des siens pour traiter ses intérêts, et qu'il auroit pris !a résolution de faire faire ce voyage à un nommé Ver* duisant, qu'on dit être un esprit dangereux et qui vient avec des instructions de menaces, que si on n'accorde tout et sans délai , son maître fera de grandes choses contre nous, comme s'il avoit moyen de nous faire pire que la guerre : sans considérer même qu'il est moins en état de nous nuire qu'il n'a jamais été, ayant vendu aux Espagnols quatre mille hommes qui étoient ses meilleures troupes, puisque le marché portoit qu'eux-mêmes en feroient le choix , et qu'avec cela il leur donne encore deux mille hommes pour envoyer en Espagne par mer. Sa Majesté ne se met pas beaucoup en peine de tout cela, sçachant dans quels sentiments est Son Altesse Royale sur ce sujet.

On m'assure que M. de Turenne a touché cent mille écus de l'argent de Paris ; vil faut que M*^* la Princesse les ait donnés ou que ce soit Pargent de Peraut. Je vous prie d'en parler à Son Altesse Royale , afin que si elle

Tapprouve vqus fassie? nprès parler a M°^ la Pnn*» cesse, en termes de graad resseatimeat et qui lui fassent cognoître et appréhender que Sa Miy^té ne peut souffrir cette conduite} et» ep effet, il semble à Sa dite Majesté qu'il n'y a pQÎot de résolution violente ou on ae doive ae porter, plutôt que de permettre qu'on fasse Is guerre au Roi, de l'argent que ladite daioe fourniroitou de celui des princes pri^nnîers.

Sa Majesté croit qu'il faudroit donner des lettres de noblesse a cinq ou six sergents qu^on pourroit choisir en prenant ceux qui ont mieux servi , s'ils se sont distingués dea aut|^, ou , si le service a été égal , les faire tirer au sort, afin qu'il i^'y eût point 4e dégoût ni de jalousie; on pourroit faire le premier sergent et oelai qui a porté la nouvelle» tous deux capitaines, et les au* très lieutenants, les caporaux sergents et des soldats caporaux.

Tout ceci n^est pas seulement important pour la kcognoissance qui esi% légitimement due à ce service, mais pour la conséquence , parce que» prenant soin de faire publier, particulièrement dans la 3oargQgne et la Cham* pagne, ce qi^'on aura fait pour cette garnison, cet exem* pie excitera toutes ks autres, qui sont dans les gouvernements des princes prisonniera, h en faire de même, et en tout cas tiendra les ofBciers qui les commandent dans une perpétuelle méfiance d'un pareil coup, et il aéra plus facile d'en avoir raison.

On m'a donné avis de très-bon lieu , que M. de Tu*; renne avoit eu des nouveltes de M. le Prince; vous jugerez bien combien cela est important, car le même garde qui l'aura servi à cela ne manquerait pas d'intentioa pour lui procurer la liberté s'il pouvoit. U est questîoa

DE KUTBIEU MOLE. 3G7

de changer de certains vieux gardes qui sont sn bois de Yincenne^y de faire diverses autres choses pour fissurer encore mieux riaipQssii)ilité de Tévasion des princes, II n'y a personne qui puisse donner là-dessu« de meilleurs; conseils que M. le duc de Beaufort; vous pourriez mander au sieur de Bar de venir faire un tour chez vous au galop, à une heure que vous auriez prise par avance ; M. de Laigue s'y rendre après avoir consulté Is^ matière avec M, leducdeBeaufort, de qui il ne çeroit pa^ à propos de désirer qu'il s'ahqucbât audit de Bar; mais ledit sieur de Laigue suppléera à cela. Je vous prie de n'y perdre pas un moment de temps^ dès que vous aurez reçu cette lettre* Il faut faife en sorte absolument que M. le Prince ne ^çhe ftucunes nouvelles de tout ce qui se passe.

Rouen, 12 fémer 1650.

Je viens de recevoir avis de très-bon lieu que Yineuil ne se contente pas de faire toutes les cabales qu'il peut dans Paris, en faveur du parti des princes prisonniers ; mais qu^il tient continuellement des discours contre l'honneur de la Reine et tendant à sédition^ et à passer même à des attentats pour faire entreprendre à d'autres plus hardis que lui ce qu'il n'oseroit faire. J'en ai donné part à la Reine, qui me charge de vous prier d'en parler à Son Altesse Royale pour y faire prendre résolution, soit en arrêtant ledit Yineuil, soit en l'éloignant en quelque lieu où il ne puisse faire de mal. Mais Sa Majesté juge l'un ou l'autre absolument nécessaire et sans délai.

Je n'ai pu lire ce. que vous me marquez des favorables sentiments d'estime et d'affection que Son Altesse Royale vous n témoignés sur mon sujet, sans un ravissement de joie qu'il m'est impossible d'exprimer; je vous prie de

368 APPENDICE AUX UÉMOIRES

lui en rendre de très-humbles actions de grâces de ma part, et lui dire que je tiendrai toujours mes trataux fort bien récompensés de sa seule approbation, que j'essaye^ rai de mériter incessamment par des services aussi fidèles et aussi passionnés qu'aucun de ses domestiques même pourroit lui rendre.

J'ai voulu lire à la Reine la dépêche du Parlement de Dauphinéy elle est très-bien et Sa Majesté désire qu'on leur en témoigne recognoissance. Cétoit de Poitiers qu'on auroit écrit plusieurs jours après l'arrestation de MM. les Princes, qu'il n'y avoit paru encore aucun ordre du Roi.

Si M. de Bouillon revient, en conséquence de la déclaration qui a été publiée, nous n'aurons rien à dire; mais d^entrer en des négociations avec lui, séparément de son frère, pendant que l'autre nous fera la guerre, ce ne seroit pas mon avis, et je crois que Son Altesse Royale sera de mon sentiment. Ils ont témoigné tant d'union d'intérêts jusques ici, et M^ de Bouillon a tant déclaré qu'un frère ne feroit rien sans l'autre , qu'il y auroit de l'imprudence à nous de souffrir qu'ils ne se divisassent aujourd'hui, qu'afîn que l'un reçût tout le bien que nous pourrons lui faire et que l'autre continuât à nous faire tout le mal qu'il peut.

A Rouen, le 15 fémer 1650.

Nous venons d'avoir avis que M"* de Longueville s'est enfin embarquée pour passer en Flandre; elle sera mieux là qu'ici. ChamboisetTrassy l'ont voulu fort persuader d'aller à une de ses maisons et de se 'fier à la parole de la Reine ; mais les autres conseillers ont prévalu. Ceux qui l'ont accompagnée sont Saint-Ibar, Saiat- Romain, Trassy, Sarrazin et le chevalier de la Chaise.

Quand on donnera part au public^ dans la Gazette, de ce qui 8^ est passé à Clerroont, il faut prendre soin que ce soit en termes que le monde cognoisse que ces événements et celui de Danvilliers ne sont pas des cas fortuits, et que Ton a ménagé dHci Tun et Tautre par prudence, dès le même jour que les princes furent arrêtés, Yandy, Béefaerelle et Tabbé Fouquet ayant été envoyés pour celle de Danvilliers et le sieur du Tet, à M. de la Ferté-Seneterre , pourQermont.

A Rouen» 1 tt férrier 1650.

On m'écrit qu'il court dans Paris des libelles fâcheux et méchants ; il sera bon que vous en parliez à M. le lieutenant civil et à M. le Procureur du Roi pour aviser au moyen d'en arrêter le cours. Il y a apparence que les colporteurs seroient les premiers à les apporter, pourvu qu'on leur donnât quelque chose qui leur tînt lieu à peu près du profit qu'ils font en les débitant, et qu'ils joindroient à cela quelques exemples. Ce seroit le souverain remède.

A Rouen, le 16 férrier 1650.

Je TOUS renvoie la lettre du prince de Marsillac, à la^ quelle la Beine estime que vous pourrez répondre en accusant simplement la réception ; mais que comme il aura reçu, depuis, la déclaration du Roi qui lui ordonne de se rendre dans quinze jours près de sa personne, espérant de le voir bientôt, vous n'avez autre chose à lui mander. Pour le mémoire que MM. les Princes avoient souscrity Sa Majesté a fort approuvé l'avis de Son Altesse Royale de ne pas le faire voir à M"" la Princesse , laissant seulement libre l'exécution des choses qu'il contient.

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