‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France, publiés pour la Société de l'histoire de France, sous les auspices de m. le comte Molé, l'un de ses membres (volume 3)Chapitre 15 sur 52 · TV Î · texte numérisé non relu

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J'ai été heureux d'apprendre les bons sentiments où vous avez trouvé M. le Premier Président pour le bien de rÉtat : il y a sujet de s'étonner ^'après les avances ^el'on auroit faites de la part de la Reine à Fontraillesetà Matta pour accommoder leurs affaires , ils aient mieux aimé choisir une autre voie, afin de faire la chose de hauteur et n'en avoir nulle obligation : cependant on sçaura ù véritablement ils sont coupables ou non. Il faut leur laisser faire, dès que la Reine pourra faire après, de son côté« ce qu'elle doit ; je suis assuré que Son Altesse Royale condamp^ra leur procédé. Je ne sçais pas comment M< le Premier Président pourra le« sortir d*^aire $i facilement : il faut bien que ce soit par sa faveur, airehacun 9çait s'ils ont failli ; en tout cas, il me semble qu'on poui^ roit bien attendre le retour de la cour à Paris, car (je frçon ou d'autre pq en tireroit avantage,

M. le président de Nesmond m'a prié formellement d'empêcher que l'administration des biens de M. le Prince lui fut commise, au cas qu'il le nommât pour cela, avec cette réserve néanmoins qu'il ne paru( poi«t qu'il m'en eût prié. Ainsi il n'y aura qu'à faire faire, par le notaire, la réponse que Son Altesse Royale j^voit jugé à propos, que Yqu pourra même faire yaloir aprè audit sieur président. La Reine ne voit pas qu'il y ait d'inconvénient de consentir à la nomination qu'a faite M. de Longiieville pour l'administration ^e ses biens.

Je vous prie de nouveau ^e faire faire toutes les diligences possibles pour bien éclaircif 1^ conspiration au bois de Yincennes ; il n'y a rien aujourd'hui 4e si important, et on peut faire courir f isquç à l'État , si oa y qse de négligence ou 4'iudu|gei|ce, Jl pe faudra rien témoigner à M. des Rohayes ni au sieur de Saint-Aoust,

mais ne rien omettre pour découvrir la vérité, tant à leur égard que des autres qui peuvent y avoir eu part.

Ou nous dit ici qu^on bat la caisse dans Paris pour assembler les soldats qui doivent faire la garde à Yincennes ; il faut absolument faire cesser cela. Son Altesse Royale jugera bien que ce seroit un vrai moyen au^ {^artisans des princes de former un corps rempli de gens à leur dévotion, pour tenter un coup. Il faudra songer à d'autres voies de former ces corps, qui puissent nous donner un entier repos d'esprit.

La Reine estime qu'il n'y a rien de plus nécessaire dans cette circonstance , et surtout dans ces commencements, que de faire rigoureuse justice et deà châtiments exemplaires de ceux qui sç trouveront pris les armes à la main contre le service du Roi, comme les officiers de Danvilliers et de Clennont, et qu'il faut envoyer une personne expresse sur les lieux pour informer et faire le procès. Il faut bien s'empêcher d'établir par notre procédé une égalité de parti ; le Roi doit agir en maître et traiter en criminel de lèse*majesté ceux qui seront pris. Quelques têtes coupées et des maisons rasées tiendront beaucoup de gens en leur devoir et en feront revenir beaucoup d'autres. Il importe aussi de faire publier que M. de Tuf^nne a traité avec les Espagnols ; car cela rendra ce parti-là plus odieux envers tous les peuples.

Le sieur Colbert vous réppudra sur le sujet des lettres de M. Fabert»

La Reine a été bien aise d'apprendre l'ordre qui a été 4onné à Yineuil de se retirer à Beauregard.

Les habitants de Dieppe font instance d'avoir les mêmes grâces qui leur furent accordées autrefois par Henri le Grand, qui consistent à avoir, entre autres

37!2 APPENDICX; AUX MÉMOIRES

choses, des lettres de noblesse pour quatre des échevins, et Sa Majesté incline à les favoriser en cette demande.

Tai été bien aise d'apprendre que M*** de Chevreuse ait bien reçu le sieur de Saint-Quentin ^ et qu^elle doit faire réponse à M. d'Épernon.

Il sera bien à propos que MM. les secrétaires d*État écrivent, de concert, chacun dans les provinces de leun départements, toutes les semaines, les choses qui se passent; cela raffermit les bien intentionnés dans leun devoirs et empêche les autres, qui ne le sont pas, de s'échapper, quand ils sçauront que tout succède à souhait à Leurs Majestés. Je le dirai à MM. de Brienne et de Guénégaud, qui sont ici.

Pour Tabolition du marquis de la Boulaye , dont M^ de Montbazon nous a parlé, il faudra remettre cetts affaire-là à notre retour à Paris.

A Roneu, le 18 féyrier 1650.

Il faudra que vous preniez soin de caresser M. de la Tour, pour le maintenir toujours dans la bonne disposition qu'il témoigne pour le service de Leurs Majestés.

Il faut recommander à M. de Bar qu*il ne se laisse pas prendre le dessus par M. le Prince, qui, en ce cas, lui en feroit bien tâter. La sûreté de sa détention doit être toujours le principal objet dudit de Bar, qui doit bien agir avec grand respect, mais faire mentionner toutes les choses qu'il jugera nécessaires pour cette sûreté, sans se mettre en peine de l'aversion que ledit sieur Prince témoigne pour lui, qui, sans doute, est plus affectée que véritable.

Quand Brinon s'en retournera, je vous prie d'écrire à M. de la Ferté « Seneterre qu'il fAit en toutes fSiçons

qu'il chasse les troupes de M. de Turenne de Beaumont, parce que si elles s'y établissent une fois, les ennemis joignant à loi leurs forces, Mouzon seroit en quelque përil, et il nous en reviendroit d'autres préjudices trèsconsidérables. Faites-lui bien cognoitre, s'il vous plaît, la conséquence de cette affaire et combien le service qu'il y rendra sera agréé.

Sa Majesté estime qu'il ne faut pas hésiter à arrêter Vineuil , pour lui faire dire ce qu'il sçait de Pentreprise de Vincennes*

On m'écrit qu'il y a , non éloigné d'Auxonne y un habitant nommé Martoyne, créature du sieur Girard secrétaire de M. le Prince, et qui entretient une continuelle correspondance avec Brun; il marque que ce Martoyne a pris le chemin de Paris; il seroit bon de s'informer s'il y est arrivé, où il loge, et faire veiller de près à ses actions. .

Il y a trois jours que l'on seroit parti , si les déclarations que Ton attendoit de Paris pour ce parlement fussent arrivées plus tôt ; il a fallu différer parce que ce sont des affaires importantes qui se fussent perdues, à moins de la présence de la personne du Roi , et des instances que l'on a faites, où l'on a usé d'adresse, comme il en étoit besoin. On n'y a pu travailler aujourd'hui apertement , parce que M. le comte d'Harcourt y est allé ce matin pour se faire recevoir. La Reine leur a envoyé dire qu'elle désiroit que tout s'achevât demain sans faute; ainsi je crois que nous pourrons partir dimanche, et Leurs Majestés font état de se rendre en trois jours à Paris.

A Rouen, ce i^îèmtat 4050.

Nous venons de recevoir des avis de Flandre, de très-

bon lieu , que M"* de Longueville y àvoit envoyé un gentilhomme pour traiter, M. le maréchal de Turenne un autre, que tous les deux promettoient des merveilles à l'Archiduc et entre autres choses de disposer Marsin à remettre Tortose au roi d'Espagne, et de faire avec ses troupes tout ce qui pourroit lui être le plus avantageux en Catalogne : ce qui fait voir combien a été à propos l'arrêt de sa persoilne. La réduction de Clermont et de Dâhvilliers aura atissi uii peu rompu les mesures des propositions qu'ils avoient faites; mais il est vrai, cependant, que l'Archiduc leur a promis de mettre présentement en cnmpàgde. C'est pourquoi il est de la dernière importance de ne pas perdre un seul moment de temps de notre coté à assembler les troupes; il faut hâter la marche de celles dont je vous écrivis dernièt^ ment, et mander aux autres de se teni^ prêtes. Mais comme, les sortant des quartiers de bonne heure, il sert absolument nécessaire d'avoir quelque chose à leur donner pour leur subsistance à la frontière, il me semble qu'il faudroit sauver deux des quatre dernières monstres qui leur ont été destinées, et que les receveurs généraux qui les doivent fournir travaillassent à assembler cet argent, afin qu'on puisse apt-ès le bailler aux troupes comme je dis. Il sera bieh aussi qu'on dôune un ordre général , très-précis, afin que la seconde de ces monstres soit employée aux recrues des régiments, assurant les troupes que quand elles s'approcherodt du pays ennemi, elles seront plus assistées qu'elles He l'ont jamais été par le passé.

Je vous prie de parler de nouveau à M"* d'Aiguillon pour l'obliger à ne rien remuer présentement de l'affaire du mariage; nous avons à ménager encore des esprits

qu'il ne faut pas elffaroucher, pour les mauvaises consë* quences qui en pourroient arriver; en tout cas, il faut tenir tout en sursëance jtisqueà k ce que je lui aie parlé.

Je viens de recevoir Votre dëpêche d'hier, il m'est impossible d'y répondre; je vous dirai seulement que Je crois que la plus grande partie des avis qu'on donne sur Yincennes sont des inventions, et même quelque personne sensée écrit ici qu'il peut y avoir des gens qui par ces bruits aient la visée d'obliger k retirer MM. les princes du bois de Yincennes, pour les mettre à la Bastille, afin qu'il ne dépendît pas entièrement de la Reine et de Son Altesse Royale de faire continuer là détention desdits princes.

Je suis ravi de voir dans votre lettre les sentiments de' Son Altesse Royale en l'égard de son domestique ; je lui réponds sur ma vie qu'il viendra à bout de tout ; il n'y a rien de plus juste et de plus aisé que de faire qu'il en soit toujours le maître absolu , et qUe tout dépende de lui. J'aurai l'honneur de déchiffrer beaucoup de choses i Son Altesse Royale à mon retour, pour lui faire cognoître que la malice fait tous ses efforts pour brouiller.

Je vous prie de dire confidemment à Son Altesse Royale, ta suppliant de n'en témoigner rien, que M™* d'Elbeuf a dépêché à M. son mari pour lui dire que Madame souhaitoit avec passion qu'il se rendît en toute diligence à Paris, avant que la cour y arrivât. Je n'en sçais pas la cause, mais je me l'imagine à peu près; il n'ira pourtant pas, voulant achever son affaire avec ces maîtres-ci.

Je vous écrivis hier au soir, par M. de Créqui, de m'envoyer deux attelages de carrosse, sur la résolution que Leurs Majestés ont prise d'aller de Mantes à Paris ,

en un jour. Je vous prie qu'ils puissent être lundi au soir à Saint-Germain.

Je ne sçais pas si Son Altesse Royale se rendra à la rencontre de Leurs Majestéis. Si cela est, je vous prie de m'en donner avis, et de faire en sorte qu^elle ne s^avanoe pas beaucoup au delà de Paris.

M. le président de Novion arriva hier^ et m^a vu ce matin; il eût été bien qu^on Teût détourné de delà défaire ce voyage. La réponse que la Reine lui fera, sur le snjet de la prétention de Tévêcbé de Beauvais, pour laquelle Son Altesse Royale m'a écrit une lettre très-pressante en sa faveur^ est que la personne pour qui il la demande n*étant pas prêtre, elle ne peut pas se résoudre à la lui donner, mus que quand Sa Majesté disposera dudit évéïûhé, elle lâdien de faire tomber dans sa maison quelque bonne abbaye. On ne sçait comment faire, car tout le monde prétend de demander tout, et il est impossible d'en satisfaire la moindre partie.- Je vous prie d'examiner avec Son Altesse Royale ce qui se pourra faire en ce rencontre, où Sa Majesté veut bien gratifier M. de Novion, mais elle ne se disposergit jamais à donner l'évêcbé à la personne pour qui il le demande.

De Rouen, le 20 férrier I6S0.

Je m'en vais présentement monter en carrosse ponr mon retour à Paris. Ce qui nous donne un peu de peine, c'est quo. Ton nous a donné avis qu'encore que M"^ de Longueville eût fait publier qu'elle s'étoit embarquée pour sortir du royaume, elle est toujours néanmoins dans cette province et rôde dans le pays de Gaux, chez des gentilshommes amis de M. de Longueville, changeant tous les jours de lieu. On laisse ici une compagnie des gardes pour la sûreté du Vieux-Palais, et celle des gardes

à cheval de M. le comte d'Harcourt étant arrivée , on l'envoie, avec un exempt , porter ordre à M*"* de Longuesville de se retirer en une de ses maisons, et peut-être plus loin s'il est jugé à propos. On croit même qu'il sera bon de faire une déclaration portant défenses à tous les gentilshommes de la province de lui donner aucune retraite dans leurs maisons à l'avenir, et en cas qu'il fût besoin de faire un peu halte pour cette affaire, nous pourrions séjourner un jour à Gaillon. Mais toujours en serez-vous averti.

De GaiUon, le 8i férrier 1650.

Je croyois que nous serions obligés de faire halte ici, pour les raisons que je vous écrivis hier ; mais après avoir bien examiné la chose, on a résolu de continuer le voyage pour être demain au soir à Paris, et je ne doute point, suivant ce que je vous en mandai de Rouen, que nous ne trouvions les relais demain à Saint-Germain.

Vous direz donc, s'il vous plaît, à Son Altesse Royale que n'étant pas tout à fait certain que M"' de Longueville soit dans la province, et que, quand elle y seroit, on la puisse trouver d'abord, on n'a pas voulu s'engager à demeurer peut-être ici douze ou quinze jours mal à propos , au lieu que par les ordres qu'on envoie à M. le comte d'Harcourt, et par l'état où nous laissons la province, il ne faut pas douter qu'il ne contraigne bientôt M*"*" de Longueville à en sortir, ou qu'il ne trouve le moyen de se saisir de sa personne. Sa compagnie d^s gardes étoit arrivée, et je l'ai renforcée d'autant des miens qu'il lui en manquoit pour être composée de cent hommes. Outre cela, on lui laisse deux compagnies des gardes françoises. Avec quoi, et toute la suite de gentilshommes qu'il a à présent avec lui, qui est assez nom-

breuse , les places étant à nous, il n^y a rien qui lui puisse résister, et particulièrement allant sur les lieuK en personne, comme il a ordre de faire, et ne permettant pas qu'il se fasse aucune assemblée de gentilshommes sans la rompre et la dissiper d'abord. Ki les gardes à cheval, ni les deux autres compagnies ne seront à charge à la proyince, puisque les miens ont leur paye ordinaire, que ceux de M. le comte d'Harcourt seront entretenus comme l^étoient ceux de M. de Longueville, et que les deux compagnies des gardes seront payées règlement.

Le procureur du Roi du Châtelet m*a mande qu'il a voit fait mettre en prison un homme, lequel a été convaincu d'avoir fait un libelle fort sanglant contre M. le Prince. Je crois qu'il est bon d'en faire exemple, et parce que la justice le requiert^ et afin qu'on ne croie pas qu'on veuille lâcher la bride à ceux qui voudroient écrire contre l'honneur et la réputation d'un prince du sang.

M. de Bar a bien fait de faire venir les trois gentilshommes que vous me marquez, pour les employer à la garde de MM. les Princes. Je prétends lui en envoyer encore deux ou trois assurés, et après cela on pourra faire revenir tous les gardes de la Reine.

LETtBX DS LA UUlB-BieBim. — ArFAXBES OB BOUBOOOmU

A Dijon, le 28 mars 1650.

Je vous envoie à part Textraît d'une Ifettre que j'ai reçue de M. le bailli de Valeuçay, par laquelle vous verrez Ce qu'il me mande des intelligences secrètes quV voit eues contre moi le Pape * avec M. de Beaufort et M. le Coadjuteur. Il faudroit que M. Servieu et M. Le Tellier

I . Voici cet extrait : c Votre Ëminence pourra &cîleineiit décoimir si une chose que Ton m*a dite pour très-assurée est vmtable : sçaToir.

tâchassent adroitement de découvrir ce qu'ils avoient projeté de faire, et dans quels engagements étoit entrée Sa Sainteté, et quelle sorte de sollicitations elle peut avoir faites à ces Messieurs pour me nuire; on pourroitles mettre sans affectation sur ce discours, témoignant que le Pape qui a eu appréhension qu'ils ne disent tout, et qu'ils vont s'accommoder avec moi, les a prévenus et a découvert â l'ambassadeur les instances qu'ils lui ont faites à mon préjudice, protestant qu'il n'a jamais voulu y entendre. Comme il ne vient guère plus de lettre de Paris qui ne porte quelques nouvelles particularités de la mauvaise conduite de la comtesse de Fiesque, qui, avec une insolence qui n'est pas supportable, ne fait pas seulement gloire de se déclarer hautement pour mon cousin le prince de Condé, et de tenir ensuite avec d'autres femmes, qui sont dans les mêmes sentiments, mille discours impertinents et séditieux, înais que cela passe même maintenant jusques à faire des cabales ouvertes et publiques pour acquérir des gens à ce parti-là, et enfin que sa maison est devenue un

qne le Pape, croyant qu'il n'y pouYoit avoir ianuds de réconciliation entre elle et MM. de Beaufott et le Coadjnteur ae Paris, directement ou indirectement, s'étoit découvert à eux des fflautaises intetitiolis qu'il avoit contre votre personne, leur promettant toute sorte d'aide et de fa* veor, pourvu qu'ils poursuivissent jusques à votre ruine totale et que Votre Éminence fût entièrement hors de son ministère. Qu'ayant appris que ce» Messieurs se sont réunis d'imitié avec eUe et qu'iU pourront découvrir jusques H quel point alloit la haine de Sa Sainteté ; qu'elle ne peut se donner de repos de voir son maltalent si pleinement recognu, en cas que ces Messieurs ne lui gardent pas le secret. Et comme elle appréhende que la France par là vit notoirement qu'elle s'est voulu joindre aux malcontents contré le Roi et le bien de l'État, et que l'on pût de là tirer conclusion que oe n'est pas yivre en Pape que de fomenter les rébellions et divisions dans un royaume chrétien, l'on m'a donné pour chose trèsconstante qu'en cela glt la principale cause de toutes les inquiétude» quUl a témoignées depuis l'arrestation de MM. les princes et de l'amitié jurée entre Votre Éminence et mes dits sieurs de Beaufort et le Goadjuteur. >

réduit oit s'assemblent chaque jour tout ce qu'il y a de méchants esprits et de malintentionnés contre le goa- Ternement, pour y concerter ensemble les moyens de faire réussir leurs mauvais desseins , je désire que Ton tranche le cours à ce désordre que Timpunité rendroit tous les jours plus grand et plus dangereux, en éloignant de Paris ladite comtesse de Fiesque. Vous en parlerez i mon frère aussitôt que vous aurez reçu cette lettre, et s'il se trouve du même sentiment, vous ne perdrez pas un moment de temps à envoyer Tordre à cette femme de se retirer en quelqu'une de ses maisons.

Je désire aussi que l'on examine bien de delà ce qa'ii y a présentement à faire touchant le duc de la Rochefoucault, particulièrement s'il ne s'est point encore reiMlu à la Roche-Guyon. L'état de Saumur semble presser encore davantage : qu'on y prenne une prompte résolution ; vous en parlerez à mon frère, M. le Garde des Sceaux» le sieur Servien et vous, et j'approuve dès à présent tout ce qu'il jugera à propos de faire sur ce sujet Cependant je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur Le Tellier, en sa sainte garde. Écrit à Dijon, le 28 mars 1650.

{De la main de la Reine.) Ce que dessus est mon mtention. Anne.

La Reine me commande d'ajouter à Tordre qu'on donne pour M"^ la comtesse de Fiesque les dames de Bonnelle et de Saint-Loup. Anne.

LBTTSX DE LTORITS ▲ LK TBIXIKR.

A Dijon, ce 3 aTTÎl 1050,

Je VOUS dépéchai hier matin le sieur du Youldi , ordinaire du Roi, afin que vous puissiez vous en servir pour faire porter^à M™* la Princesse l'ordre de Leurs Majestés

d'aller établir sa demeure ailleurs qu'à Chantilly; mais parce que M'' le Cardinal m'a fait sçavoir depuis diverses choses .fort importantes sur le même sujet, qu'il me charge de vous mander, je prends occasion de renvoyer un courrier que M. de Nouveau avoit dépêché par deçà, lequel arrivera peut-être avant ledit du Youldi, qu'on m'a dit avoir pris le chemin de Troyes, oii il n'y a de postes que depuis Troyes à Paris.

Je vous dirai donc, Messieurs, que Son Éminence estime qu'il sera bon de publier les raisons véritables qui ont obligé le Roi à faire éloigner M""* la Princesse, et qu'encore qu'elles soient assez fortes d'elles-mêmes pour justifier la résolution de Sa Majesté , il faudroit néanmoius les déduire avec le plus d'exagération qu'il se pourroit.

Il semble à Son Éminence qu'il faudroit mettre toutes ces particularités bien au long dans la lettre du Roi, qu'on lui enverroit , et ensuite la faire imprimer ou trouver quelque autre moyen d'en donner cognoissance au public, n'oubliant pas (pour avoir l'applaudissement du peuple) de marquer que M*"* la Princesse et M"** de Longueville, engagent et emploient tout ce qu'elles ont pour assister les Espagnols et les aider à faire des progrès dans ce royaume, leur donnant lieu de s'opiniâtrer à ne vouloir pas la paix, qu'ils seroient nécessités de faire dans les extrémités où ils sont, et particulièrement en fait d'argent, si celui que leur ont envoyé lesdites princesses ne leur donnoit encore le moyen de subsister et de fournir à la plupart des dépenses de cette campagne «

Et sur ce sujet, la Reine, par l'avis de Son Éminence, m'a chargé de répondre à Son Altesse Royale, de sa part, qu'il seroit bon de mettre la main sur tous les revenus

382 APPEINDICE AUX MÉMOIRES

desdits princes et princesses, pour leur en rendre compte en temps et lieu; car autrement, quelque précaution qu*on y apporte, il est indubitable que tout ce que Ton en retirera sera, de façon ou d*autre, employé contre Sa Majesté même; et cela n'est pas si peu, que comptant ensemble le bien des trois princes prisonniers et celui de |l|m« j^ Princesse, il ne monte à plus de six cent mille écus par an. — 'Sa Majesté se remet pourtant à ce que Son Altesse Royale jugera plus à propos, après avoir bien examiné l'affaire avec M. le Garde des Sceaux et avec vous, Messieurs, en particulier^ et y avoir pris de suite résolution dans tout le conseil.

Ayant considéré que si vous prenez la résolution d'écrire de la part du Roi à M"^ la Princesse et d'insérer dans la lettre tout ce que dessus, ou une partie, les blancs seings que je vous ai adressés de la part de M* de Guénégaud ne pourroient servir, n'étant chacun qu'en an demi-feuillet ; je m'en suis fait bailler un cinquième à mon dit sieur de Guénégaud, que vous trouverez ci-joint, lequel est signé à la quatrième page, et de cette sorte il peut servir ou pour deux, ou pour quatre, ou pour six, ou pour huit, etc. »

J.VmX ou CAXSINiJL HÂZAAUf AU HÉME.

J'ai reçu des avis de Flandre, de fort bon lieu, qui portent que les ministres d'Espagne , M°^ de Longueville et M. de Turenne sont extraordinairement mal satisfaits les uns des autres, et qu'après une conférence qui s^étoit tenoe à Arlem où ladite dame et ledit maréchal s'étoient trouvés en personne et avoient demandé des choses exorbitantes, comme des cinq cent mille écus pour employer à des levées, des sept à huit mille hommes pour les as-

sister, et des cent mille ëcus par mois pour la subsistance de leurs troupes, sans rien offrir pour cela de leur part, ils s^étoient séparés fort malcontents, et les Espagnols avoient retire toutes leurs troupes. Les mêmes avis me sont couBrmés de Sedan, par le siei^r Fabert, avec encore plus d* exagération, marquant des particularités de la foiblesse extrême du maréchal de Turenne, du peu de moyens qu'il a de faire subsister ce qu'il a près de lui, qui ne va qu^à trois cents hommes de pied et à cent cinquante chevaux, et des malédictions aue lui donnent les troupes du duc de Yirtemberg, qu'il a fait souffrir comme des chiens, et les a toutes ruinées.

On me mande aussi de Bruxelles que le chevalier de Rivière y étoit arrivé avec des lettres de M"* de Longueville et des ordres de solliciter vivement rArchiduc de mettre en campagne, pour profiter du temps que le Roi seroit occupé devant Bellegarde ; après quoi elle représentoit que tout iroit fondre sur elle, mais que, ce pendant, on pouvoit se prévaloir de la foiblesse de nos frontières, et que, l'Ârchiduc y venant, il emporteroit avec toute facilité ou Saint-Quentin, ou tout au moins Guise, dont il tireroit tou» ]e% amis de MM. les Princes» et de notables avantages. On me mande même que ledit chevalier insistoît particulièrement pour l'attaque de Guise, qu'il disoit être une affaire de huit jours.

On a fait ici de grandes réjouissances de la nouvelle que vous nous ayez donnée de la reprise de M""" 4e Bouillon, et des résolutions que Son Altesse Royale a prises ensuite* La Reine a été très-aise d'i^pprepdre que le» soins de M* le Garde des Sceaux ont contribué à cela, et m*a commandé de vous écrire de lui en faire les remercîmeats de sa part. Cest une affaire de grande conséquence dans

les conjonctures présentes , et qui nous fait mettre Tesprit plus en repos sur le sujet de M. de Bouillon; c'està-dire, si je ne me trompe , qu'il n*enlreprendra rien tant qu'il verra M*"^ sa femme dans la Bastille. Cela ne nous doit pas empêcher de poursuivre les premières résolutions d'envoyer dans les provinces, et, par le courrier de demain, j'espère de pouvoir vous envoyer des déclarations séparées, comme on estimeroit ici qu'elles dussent être sur M. de Turenne et desdits sieurs ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld , se remettant pourtant à ce que Son Altesse Royale résoudra de cela.

La Reine m'a fait interroger pourquoi on n'avoit pas exécuté ce qu'elle avoit mandé touchant la comtesse de Fiesque, Fontraille et Matta. Ce qui déplaît fort à Sa Majesté en cela, c'est qu'encore que la chose eût été tenue fort secrète de deçà , elle s^est publiée à Paris aussitôt, et M. de Beaufort a dit à diverses personnes que c» ordres-là auroient été envoyés d'ici, mais qu'on n'avoit pas jugé à propos de les exécuter pour encore. A Dijon, ce 1 3 avril.

raiSB DE vUsUKOAMxnt. — nnasBB oampagnk dx louis xiv. — Aicrr DU caedinal kazulin»

A Dijon, le 13 avnl 1650.

Son Altesse Royale aura déjà su, par une lettre qu'écrivit de Lyonne à M. Le Tellier, qu'on avoit espérance d'entrer dans Bellegarde en peu de jours, sans répandre une goutte de sang ; à présent, elle apprendra que tout est entièrement condu, ce qu'on doit en grande partie au voyage que le Roi a fait à l'armée. Je m'en vas vous en faire le détail» afin que Son Altesse Royale en soit informée.

DE MATHŒU MOLE. 3bî$

Sitôt qu<^la coDtrevailatio»futacheYëe(ce qui fut fait par les soins de M. de Yendôrae, avec tant de diligence^ qu'on n'y mit que deux jours malgré ]a pluie et le mauvais temps), le comte de Tavanes demanda à voir un nommé Bossuet, et comme je prévis '<\ue dans cette conjoncture un voyage du Roi à Tarmée (qui se pouvoit faire en toute sûreté) produiroit sans doute un grand effet, rëchaufferoit Pardeur de nos troupes, et jetteroit la consternation dans ceux de Belleg^e ; je le proposai à la Reine, qui y coneentit volontiers, afin de pratiquer tous le^ moyens qui pouvoient donner lieu d'avoir promptement la place, sans aucune effusion de sang.

Sa Majesté partit dono et aHa coucher à Saint-Jean de Losnej'Bossuet, à qui on avoit permis de voir le comte de Tavajies, retourna avec les propositions de la part dudit comte, si extravagantes, qu'on fut obligé de les rejeter bien loin ; mais, sur Jes instances qu'il lit d'y retourner, s'assurant qu'il porteroit enfin les assiégés à se mettre à Ja raison, on lui en donna de nouveau la permission.

Le jour suivant, le Roi descendit en bateau sur la Saône jusques au château d'Épagny, où M. le ducde Yen* dônie traita toute la cour avec une grande magnificence; Bossuet y revînt avec une modification très-médiocre aux premières propositions, ayant rapporté que Tavanes, Saint-Micaud, Passage et les principaux officiers commandant dans [a place, après lui avoir dit qu'ils étoient cent quatre-vingts officiers résolus de périr sur la brèche et de s'y entasser les uns sur les autres, mais de vendre chèrement leur vie, et toutes les autres rodomontades que Son Altesse Royale sçait qu'on fait en pareilles rencontres, demandèrent trois semaines de temps pour attendre ^i M. de Turenne les viendroit secourir, s'oblizv 25

géant» ce temps expiré, ^ remettre la place au Roi, à condition de se pouvoir tous retirer en corps, et d'aller joiadre en toute sû^etë M. de Turenne, protestant, pour conclusioui qu'ils demeureroient fermes dans cette ^ proposition et qu'ils périr6ient^ tous plutôt que de s'en

relâcher en rien.

Ma réponse fut que ces Messieurs se moquoient, et ^ . que peut-être ils avoient résolu de faire, par leur opiniâ-

treté, que non*seulement le Roi eût l'avantage de prendre Rellegarde, mais de les châtier et les. faire servir d'exemple à tout le reste du royaume, ce qui leur étoit inévitable, et qu'ils méritoient aussi d'autant plus qu'ils sçavoient bien qu'ils ne servaient en rien à M. le Prince et qu'ils ne pouvoient être secourus, et par conséquent qu'ils faisoient cognoître n'avoir autre but dans leur rébellion que de donner moyen aux Espagnols de prendre quelque avantage sur nous pendant que les armes du Roi seroient engagées à l'entreprise *de Bellegarde.

Je lui déclarai, pour dernier mot, qu'il ne falloit pas que les assiégés espérassent jamais de pouvoir se retirer ni en corps ni autrement, pour aller joindre M« de Turenne; que ce que je pouvois faire c'étoit de m^employer auprès de la Reine, afin de leur faire accorder une abolition de 4out le passé; qu'il falloit qu'au même instant qu'ils sortiroient, toutes les troupes fussent licenciées et que chacun ou prît emploi dans les troupes du •^Roiy ou se retirât chez soi. Qu'au reste, pour ce secours imaginaire qu'ils attendoient, je ferois que Sa Majesté condescendroit à leur accorder huit jours de temps.

Bossuet paît avec ce dernier ordre; cependant le Roi alla à l'armée, et comme il s'avaaçoit, ceux de fiellegarde envoyèrent dire que, par le respect qu'ils portoient à Sa

Majesté, ils ne tireroient poiot de toute la journée, ce qui connaiença de faire voir que je ne m'ëtois pas trompe dans l'effet que devoit produire la présence du Roi. On ne peut bien exprimer avec quelle joie, quels applaudissements et quelles acclaipation^ Sa Majesté fut reçue par nos troupes. Tout retentissoit de continuels cris de « Vive le Roi ! » et on ne voyoit que chapeaux en l'air de tous les soldats et toutes les autres marques de réjouissance dont ils pouvoient s'aviser. Cela causa un grand abattement dans Bellegarde^ mais y attendrit tellement le cœur des soldats etralluma en sorte leur affection naturelle envers la personne du Roi, que tout ce qui étoit sur les remparts, malgré les officiers, firent d'abord la même salve que faisoit l'armée, et ne crièrent pas moins « Vive le Roi I » ni avec moins de joie et d'empressement.

Dès lors, la négociation * générale fiit ouverte et les soins que je pris pour Tempécher purent bien faire qu'il n'y eût pas six miil<3 négociateurs tout à la fois, mais pour quatre mille, tout au moins, je réponds à Son Altesse Royale qu'ils y furent; elle sçait la démangeaison que les Pk*ançois ont en semblables rencontres.

Cela rebuta plus ceux du dedans qu'il n'avott avancé le traité; cependant, comme il y avoit de grandes eaux et de mauvais chemins à passer pour aller au quartier du marquis d'Uxelles, où je voulois voir les troupes, le Roi s'en retourna, et j'allai audit quartier^ où je vis entre autres le régiment de Son Âltësse Royale, qai est certainement le plus beau corps et le plus fort que j'aie jamais vu«

Je dis en partant à M« de Vendôme que l'inlentiom de Sa Majesté étoit que, dès qu'il seroit parti de Saint*Jean de Losne pour retourner à Dijon , ce qui devoit être le

^B ' ilPPENBlCK AUX MÉMOIRES

lendemain à dix heures du matin, on n'écoutât plus aucune proposition d'accommodement et qull fît ^défense , sous peine de la vie , d'avoir aucun pourparler ni entretien avec les assiégés : et parce qu'on sçavoit que beaucoup de leurs» cavaliers et de leqrs soldats ne servaient dans cette occasion qu'à contre-cœur, et que cette répugnance devoit être encore bien augmentée depuis que le Roi avoit paru en personne , on laissa à M. de Vendôme plusieurs imprimés d'une ordonnance qu'on avoit préparée pour jeter dans la place , afin d'essayer de détacher ceux-ci des autres et mettre les officiers dans une perpétuelle défiance du service de tous leurs soldats. On met dans ce paquet une copie de ladite ordonnance, afin que Son Altesse Royale la voie.

L'effet que j'avois vu de la présence du Roi me fît bien juger que nous aurions bientôt quelque nouvelle n^ociation , et je ne m'abusai pas en cela ; car, à mon réveil, je sçus que dès le soir d'auparavant, comme l'on étoit sur le point d'ouvrir la tranchée , Passage parla à Viantais et demanda de pouvoir entretenir NavaîUes, prenant pour prétexte de faire des excuses sur quelque^ coups de canon qu'on m'avoit tirés lorsque j'allai au quartier du marquis d'Uxelles, nonobstant la parole qu'ils avoient envoyé donner, disant que ç'avoit été par des canonniers ivres , contre l'ordre exprès de leurs officiers. Après cela, il lui dit si op ne trouveroit point moyen de a'accommoder; sur quoi ils eurent divers propos. On négocia toute la nuit , principalement sur la prétention où ils demeuroient toujours fermes et fort opiniâtres de pouvoir aller joindre M. deTurennCi après les trois semaines qu'ils demandoient pour attendre le secours. Enfin, après beaucoup d'allées et de venues et

pourparlers, M. de Yendôme Ie«r accorda dix jours pour attendre ce prétendu secours, après quoi ils remettroient la place , et* sur TinstaDt même toutes les troupes qui sont dedans seroieot licenctëes^ et se retireroieqt chacun chez soi, si ce n'est ceigc qui voudroient servir dans l'armée de Sa Majesté,

Ils convinrent de donner pour otage le comte de Coligny et un capitaine du régiment de M. le Prince, et on leur donne M. de' la Rallière. A quoi M. de Yendôme apporta longtemps grande résistance , comme certainement on ne devoit pas le faire ; mais il y fut enfin porté par tous les autres officiers qui lui r^résentèrent qu'on avoit toujours accoutumé d'en user ainsi , pour une sûreté réciproque de ce dont on convenoit, et que les assiégés la donnoient plus grande et en nombre et en la considération des personnes.

Je sçus tout ceci à mon- réveil ,'et n'y ayant plus de moyen d^ empêcher qu'on ne se fdt engagé, ce que je pus faire, ce fut, après en avoir consulté avec MM. le^ maréchaux de France qui avoient accompagné le Roi , d'ajuster les choses en sorte qu'il parût que les assiégés venoient en suppliants, demandant pardon au Roi de leur faute, laquelle Sa Majesté leur accordoit à condition de remettre la place le 21 du mois courant , et de licencier le même jour toutes les troupes. Ainsi il n'est point parlé des otages ni même du prétendu secours qu'ils attendent.

Il n'y a point de doute que si on eût pu se servir de cette occasion pour faire un châtiment exemplaire de CCS rebelles, cela eût produit un très-grand avantage pour le service du Roi , par les raisons qui sont assez aisées à juger ; et il est certain aussi que dans l'état où étoient les choses et avec les préparatifs qu'on avoit

fintSy ta place ne pouTortfkw maaqaeF d*ètre prise, qu'il y eût rien à craindre, ni des soUici talions ie M^ de Longueyiile pour avoir une armée des Espagnds, ni des assurances qu'envoyoit tous les jours M. de Tarenne aux assiégés qu'il viendrôit les secourir.

Mais les raisons qu'il y ayoit pour en user comme on a fait et qui ont obligé Leurs Majestés à y acquiescer, semblent beaucoup plus fortes, et on s'assure cpie Soo Altesse Royale les trouvera tout à fait concluantes. Premièrement, il est constant qu'avec toute la chaleur <|Be les soldats témoignoient au -dire des cognoisseurs, nous ne pouvions nous rendre maîtres de la place que dans trois semaines,' snpposé que les assiégés eussent fait une médiocre défense , parce que le peu de cavalerie que nous avion» et le bon nombre qu'il y en avoit dans la place, nous auroient empêchés de pouvoir &ire plus d'une attaque. En second lieu, quand ils auroient été pressés, tous les officiers et toute la cavalerie povrvoient toujoun sortir par le pont du côté de deçà la rivière , parce que nous n'avions pas assez, de troupes pour les enfermer par une contrevallation, et la garder comme on l'avoit fait de l'autre côté.

Il fût arrivé, en outre, un dégoût général dans notre armée , où il étoit déjà public que les assiégés offroient de se rendre aux conditions ci-dessus , si les officiers et les soldats eussent vu que l'on fisùsoit bon mardié de leur vie pour en tirer quelque plus grand avantage.

Il fut aussi arrivé in&illiblement que dans ee siège on eût affoibli extrêmement l'armée, soit par ceux qui y auroient été tués ou blessés , soit par la maladie et la désertion, outre qne^ Toii aiiroît toujours été contraint, après ce que l'armée anroit soi^ert , de lui donner uo

DE MATHIEU MOLE. • 39i

rafri^chissement de quinze jours ou tsois semâmes , ce cpii auroit empêché de pocfvoir fieiire état d'aucune de ces troupes^i que dans le mois de juin , pendant que la Flandre , les frontière? de Chan^pagne , Fltilie et la Catalogne en peuvent avoir un besoin aussi pressant que chacun sçait, au lieu que Ton travaille dès. à présent pour faire marcher toutes les troupes, dès l'instant que la place sera rendue, et cela même avec grande espérance que les corps qui sont destinés pour les frontières de Picardie et de Champagne -pourront s^y rendre assez à temps pour, avec les autres qui y sont déjà , empêcher que les E^agnols n'y puissent rien jentreprendre avec succès. Cependant il est aisé à voir qu'en faisant autrement, les ennemis eussent pu venir à hout, avec facilité,^ pendant le temps ci-dessu^, de ce qu'ils auroient voulu tenter, qui eut possible été d'assez d'importance pour mettre nos affaires et au dedans et au dehors le royaume en très-méchant état.

On peut espérer même que venant à sçavoir la reddi* tion de Belkgarde qui, dès à présent, deviendra publique, s'ils avoient formé cpielque dessein dans la pensée de l'achever pendant que les armes du Roi seroient engagées de deçà, ils pourront maintenant le changer et feront plus de considération de s'y embarquer, comme, en effet, par les avis que j'ai de Flandre, la plus forte batterie dont se servoitM""* de Longueville et le maréchal de Turenne auprès de l'Archiduc, c'étoft de profiter utilement du temps que le Roi seroit au siège de Bellegarde^ parce que tant qu'il dureroit rien ne lui pourroit résister.

Nous étions d'ailleurs obligés de faire très-grande dépense tant pour les travaux > que Son Altesse Royale sçait aller bien vite quand on approche de la contrescarpe, ainsi

que pour le pay^ent du pain , de ravoine, du fourrage et de la subsistance aux troupes; eti^en effet, il falloit ayoir continuellement Targent comptait à la main, dont, à dite vrai, nous somme»^ entièrement à bout et sans grande espëran^^e d'en pouvoir trouver, parce qu^encore qu'il y ait de deçà quelques fonds, comme le recouvrement n'^en est pas bien présent, personne ne le veut avancer.

Ce qui nous mettoit encore çlu^ en peine, c^éioit la provision pour le fourrage ; tout le quartier d'en haut de la Saône n'en ayant plus et étant fort difficile d^en faire remonter du côté de Châlon , parce que la rivière demeure toujours grosse.

Enfin,, il y a beaucoup dUutres petites raisons que l'on ne dit pas, et il eut été même superflu de déduire celleci que Son Altesse Royale aurait bien jugée, si on n'eût voulu l'informer de tout le détail. En un mot. nous avons Bellegarde et non-seulement nous.n'afroiblissonspas notre armée, mais nous la renforçons de près de huit cents hommes de ceux qui étoient dans la place, qui traitent déjà* Nous gagnons cinq ou six semaines de temps poar nous opposer aux desseins des ennemis ; nous conservons divers préparatifs que nous avions faits pour ce siège, dont nous pourrons nous servir utile^nent ailleurs, et nous nous en retournons à Paris.

La joie de toute cette province est inexplicable; le Roi revint hier au soir, la Reine fut à sa rencontre et toute la ville sortit avec des témoignages de réjouissance qui oe «e peuvent bien exprimer. Sans flatterie, le Roi s'est conduit merveilleusement bien en tout ce voyage; les gens de guerre en sont demeurés extraordinairement satisfaits; si on lui eût voulu permettre, il n'y eût eu endroit où il ne fût allé. T^e transport des soldats a été tel, que s'il

Teût commandé , je crois qu'ils fussent allés manger les portes de Bellegarde avec les dents.

La Reine m'a commande de me rëjouir de sa part avec Son Altesse Royale de ce succès, et^de lui dire que ce qui accroît notablement sa satisfaction en ce renqontre, c'est l'espérance de la revoir bientdt. Leurs Majestés partiront à point nommé, le* jour diaprés que ceux de Bellegarde seront sortis, et font état de pi^ndre le chemin de Champagne.

L'envie que Ton a de partir au plus tôt fait même chercher les moyens d'accourcir le temps de la reddition de la place ; et quoiqu'il n'y ait pas grande espé^ rance que les principaux officiers y veuillent donner les mains, on ne laisse pas d'y travailler, profitant d'un avis qu'on a eu atujourd'hui que les cavaliers et les soldats sont fort las d'être enfermés, et ne sont pas fort maniables depuis qu'ils ont vu le Roi.

MM. Servien et Le Tellier pourront fait^ un mé^ moire à Renaudot de ce qu'ils jugeront à propos qu'il pubUe, oîi il y a beau champ de s'étendre sur les louanges du Roi, sur la résolution qu'il a témoignée et sur le plai* sir qu'il pvend de tra^iiiller lui-même à ce qui peut regarder son service et le bien de ses affaires. Et quand il mettra qu'il a fallu enfin que la Reine cédât aux instantes prières que le Roi lui faisoit pour lui permettre d'aller à Tarmée, il dira encore une vérité.

Du U àTTÎl 16^.

Sa Majesté es\ du même avis de Son Altesse Royale, qu'il ne faut pas différer davantage la publication de la déclaration contre MM. de Bouillon, de Turenne et de Marsillac, et ajoute qu'il ne faut rien épargner pour châtier promptement et exemplairement M. de la

ReckeCpocauld^ et cpie si sa personoe se retire, on tronvera toujours ses maisons à raser , afin qu^tl s*en nmvienoe et que cela serve à contenir dans leur éevoir ceox qui pourroient atpir de méchantes intentions. Il hk semble qu'il sera bon de prendce occasion de faire et grandes plaintes du pfocëdé de M. de la Rochefoucanld à M^* de Liancourty à M. son mari et à M. de Schomberg. Nous avons quelques avis que les Espagnok^ on se sont déjà engagés ou sont sur le point de le faire, enyen M""* de Longueville et M. de Turenne, de ne point consentir à la paix qu'ils ne moyennassent la libertë des princes, à condition que ceux-ci ne pourroient jamais s'accommoder sans leur consentement. C'est pourquoi cette seule raison sufBroit pour empêcher mon aboodiement avec Pignoranda, dont je crois quMl se faut bien garder, et si lui ou quelque ministre Qomme le Nonce en font instance, dans l'occasion de son passage en Franre, il faut tout rejeter sur cette nouveauté si pr^udidable à toute la chrétienté ; dire qu'il seroit superflu de traiter à présent que l'on sçait que les Espagnols ont promis de ne point Taire de paix qu'à condîtioir de la liberté da princes ; ce qui paroi t si étrangeM si déraisonnable, qu'c» a peine à croire que les ordres en soient venus d'Efpagne, ou que la chose y soit approuvée et le traité ratifié, n'étant pas à présumer que Sa Majesté Catholique soit si contraire à la paix, qu'elle s'oblige à n'y jamais donner les mains qu^à ta charge de contraindre le Roi de se conformera sa volonté touchant ses sujets, outre qu'U est toat à fait ridicule qve l'on puisse écrire que jamais le Roi pût donner la liberté à un prisonnier prince du sang a l'instance des Espagnols, et laisser dans le royaume une personne de sa condition ayant cette oUigation aux ennemis.

DE MATHIEU MOLE. ±n

La Reîiiea grsuid'peio^, retournant à Paris, de sçavoir que Matta et FontraiUes y soient encore, et m'a chargé de foua ëcrire, si la chose n étoit pas encore faite, d'en parler k Son Altesse Royale de sa part, et lui «dire qu'elle souhaite qu'on les éloigne sans plus de délai, et que sHls n'obéissent pas on les fasse mettre dans la Bastille.

IBTTISS DE GOLBERl ▲ LE TSUJUL.

libourns , ca 8 août 1650.

Pour répondre au premier mémoire, Son Éminence m'avoit chargé de vous faire sçavoir, avamt la réception du second,*que sur toutes ces sortes de rencontres vous pouTiez avoir confiance entière en M. le fiarde des Sceaux; que c'étok un homme d'honneur qui aimoit la royauté et qu'il avoit de la fidélité'; qu'il vous prioit de consulter ensemble, dans le même temps que ce» affaires arrivent, quels remèdes on y pourroit apporter, et d'en éérîre vos avis ; que dans ce dernier rencontre vous vissiez s'il ne seroit pas bien à propos que la Reine écrivît fortement à Son Altesse Royale et lui aussi ; qu'il croyoit être né^ cessaire que vous parlassiez aussi avec rigueur à M* (fe Beaufort et à M""* de Montbazon, qui se déclarent si ouvertement ; leur fiEipre honle de leur mauvaise conduite après avoir reçu tant de grâces de la Reine, et leur faire entendre qu'enfin ils lasseront sa bonté, apk*ès en avoir si souvent abusé. Sur cette même conduite de M. de Beaufort, que vous découvrissiez les sentiments de M. le pré* sident de Bellièvre, qui a été sa caution qu'il en tiendroit une autre toute contraire à celle qu'il a lui-même mise par écrit; qu'il £ailloit tous -ses efforts pour obliger Son Altesse Royale à leur parler à^l'ntt et à l'autre au même sens, et cpi'il falloit toujeuGS travailler à hii faire cognoître

396 APPEI9DICE AUX MÉMOIBBS

les mauvaises intentions, tant de ces deux personnes que des autres chefs de la Fronde ; que tous les avis qu'il a d^euxy fortifiés par leurs actions^ témoignent qu ik en veulisnt à la monarchie, et comme il est à présent le pre- . mier obstacle qu'ils ont à abattre, ils travaillent à eeU par toutes sortes de moyens, et qu'on peut facilement juger quelle suite auroit leur dessein, s'ils pouvoientyenir à bout de ce point; qu'ils emploient toute leur industrie à s^emparer de l'esprit de Son Altesse Royale (ayant besoin de son autorité pour exécuter leur propiier dessein, ce .qui seroit un grand pas pour la suite, puisqu'il mettroit la division dans la fataiille royale), à quoi ils ont beaucoup de facîKté par sa faiblesse naturelle, et encore plus par une des branches de cette foiblesse, qui est la crainte qu'il a d'eux ; qu'il feut travailler par tous les expédients imaginables à la fortifier et à lui ôter cette crainte,'' autant qu'il se pourra, soit en lui faisant cognoitre les mauvaises intentions de ces gens-là, soit eo lui donnant une plus forte crainte de l'état auquel il se trouveroit, s'il étoit désuni d'avec la Reine. Voilà, Monseigneur, ce que Son Éminence m'a commandé de vous écrire sur ce premier mémoii^. Sur la lettre qu'elle reçut de vous et sur votre second mémoire, elle a désiré que je vous fisse sçavoir : Que c'est un gratad mal que votre avis n'ait été suivi, touchant l'arrêt de M"* de loongueville; que c'est encore une marque de la foiblesse de Son Altesse Royale; qu'il vous prie de pousser cette affaire avec le plus de vigueur qu'il se pourra; qu'il y â lieu de croire que les témoignages d'amitié que Son Altesse Royale lui fait donner par M""* de Chevreuse, ne dureront qu*autanl de temps que les mauvaises intentions de ses ennemis n'exciteront point quelque nouvelle affaire, puisque autant

DE MATHIEU MÛLt. 397

de temps que U dernière a duré, il n'a pts eu la même chaleur. C'est aussi le sentiment que la Reine a fait cognoître à la lecture de cet endroil. Pour ce qui est du changement des gouverneurs en cette province^ je ne les crois pas guère disposés ni l'un ni l'autre à leur accorder ce point.

Lors de la lecture du premier mémoire, la Reine témoigna beaucoup d'aigreur contre M"** de Chevreusey qu'elle accusa de jouer les deux trop manifestement ; et sur Son Altesse Royale^ elle dit qu'elle lui écriroit de sorte qu'elle luî feroit bien changer de sentiment. »

A Lâbonme, ce 9 août 1 650> à . . . . heures du matio.

Monseigneur, j'ajoute ces lignes à ma lettre du jour d'hier, qui va partir par l'ordinaire, pour vous dire que je viens de recevoir plrësçntement votre' dépêche du 6 de ce mois, apportée par le courrier Dorot^OA travaille à déchiffrer le mémoire qu'elle contenoit ^ que je porterai aussitôt à Son Émiuence.

J'ai trouvé Son Éminence, lui portant votre mémoire déchiffré, dans sa chambre, seul, rêvant profondément. D'abord qu'il m'a vu, il s'est levé et m'a dit que vous aviez laissé faire un étrange pas à Son Altesse Royale; qu'on ne feroit pas cette injure au moindre gentilhomme du royaume qui auroit été député pour l'accommodement de Bordeaux, d'accorder une chose de cette conséquence, non-seulement sans lui en demander avis, mais même contre celui qu'il en auroit écrit; encore bien moins à Son- Altesse Royale, s'il étoit reçu en cette pro* vince comme on lui avoit offert ; que si le Roi lui avoit fait l'injure qu'il venoit de lui faire, il auroit le plus légitime sujet que l'on puisse avoir de prendre les armes et se

3^ APPENDICE AUK f^IÉMOIRES

dédarer ouTectement ; qu*il ébok îmitîle de faire £aâre ut si long voyage au Roi et à la Reine pour &ire une si haute infamie; c[u'ea Taccordant à Boi*deaux, on pouvoit faire cet accommodement dès Paris, et qu'au moins SonÀkesse Royalewuroiteu part à la faonte, et ob aurait été en état de remédier plus puissamment au désoidre de la frontière. Mais que de souffrir de ce cote -là ks progrès des ennemis et yenir de deçà faire une fiaiK infâme, lorsque le Roi peut tirer raison de ses peuples révoltés, et cela par le moyen de la crainte que Son Altesse Royale a de M. de Beaufort, qui fait qa*il donae de Paris la loi au Roi, tandis qu'il est à quatre lieues de Bordeaux, certes il ne le pouvoit ni comprendre, ni concevoir que vous ne lui eu écriviez que sèchement, sans lui dite si vous y aviez fait résistance ou non; <pi*il ne sçavoit pas ménfe si M. le Garde des Sceaux avoit été consulté, et' qu'il ne pouvoit pas croire qu'il y eût donné les mains. — ^Je l'interrompis sur cela et lui lus votre mémoire, qui lui fit cognoître que Son Altesse Royale Tavoit fait contre le couBentement de M. le Garde des Sceaux. Après cette lecture, il continua que c^étoit en des occasions comme celle4à quMl falloit périr et dire hautement à Son Altesse Royale qu'on se retireroit, et en venir même à l'effet ; que cda avoit été pratiqué pendant le voyage de Bourgogne, lorsqu'on vouloit établir les seize ou dix-huit, qui étoit un beaucoup moindre sujet que celui-ci ; qu'il ne sçavoit pas de quelle sorte aborder la Reine pour lui dire cette nouvelle, qui assurément lui donneroit la fièvre ; que c'étoit une princesse qui avoit beaucoup de cœur, et qu'après avoir reçu une injure si sensible, vousluiconseilliezencorede l'agréer, et puis que cela lui sembleroit si dur^ qu'il étoit Qicbé,

pour l'amour de vous, que cela fût arrive, yow prëMBi, et que néaumoins vous traitiez cela de bagatdle dans votre lettre; qu'il n'eutendoit pas quel «avantage rece* vroft le Roi de la proposition que vous lui faisiez de ne rien ùàre contre Bordeaux p pendant vingt joiirs que pourroit durer le retour de ce courrier et le voyage de Guyonnet, pai'ce que ceux de Bordeaux, ou seront secou* rus d'Espagne, et en ce cas ils ne tiendront rien de ce qui aura ëté promis à Paris par leurs députés, ou ils sont à Textrémité par les armes du Roi, et ils accepteront les conditions que Son Altesse Royale leur aura accordées; que cette nouvelle lui avoit été plus sensible que si on lui eût dit que son père avoit été pendu, ou qu'on l'eût condamné lui-même ; que destituer M. d'Épernon (lui qui avoit seul soutenu l'autorité du Roi contre un parlement) sans. forme de procès, cela n'avoit jamais été pratiqué ; que récompenser tous ceux qui auroient servi les parlements^ et punir ceux qui leur avoient résisté, c'étoit mettre l'autorité royale entre leurs mains, et contribuer à la ruine de la monarchie, comme les plus méchants et les plus puissants d'entre eux avoient dessein; que de dire que M. de Beaufort et M. le Coadjuteur avoient poussé Son Altesse Royale à faire ce pas pour mettre la division entre lui et la Reine, par la mauvaise' satisfaction qu'elle en auroit et qu'elle lui témoigneroit, et aussi l'obliger à en faire quelque autre pour les désunir entièrement, et profiter de leur division pour l'avancement de leurs desseins, et par conséquent qu'il faut que la Reine l'approuve, ce n'est pas remédier au mal qui en peut arriver, puisqu'ils se serviront de la même action pour insinuer dans l'esprit de Son Altesse Royale qu'il peut tout; que la Reine ayant approuvé par

fdiblesse une chose qui louche si sensiblement son aotoritë^ il n'a qu'à entreprendre, ou bien même qu'ayant offensé la Reine en ce point , si elle dissimule ce n est que pour trouver son temps favorable pour se venger, à quoi elle ne manquera pas, et qu'elle sera toujours excitée à cela par Son Éminence, et qu'on pouvoit leur retrancher l'avantage qu'ils ont de se' servir de ces raisons, en lui résistant fortement et empêchant qu'il ne prît cette résolution comme il Tavoit écrit, par la lettre qui vous fut rendue par Saint-Fray, qui de sa vie il n'en avoit fait une si forte que celle-là; à quoi ayant encore ajouté quelques autres discours de cette même force, et parlé de la difficulté qu'il avoit à aborder la Reine pour lui donner une si .fâcheuse nouvelle, a rêré quelque temps : il souhafta que Dieu lui envoyât une si forte fièvre qu'elle l'envoyât en l'autre monde dès ce soir. A tous ces discours dont vous voyez tout l'emportement, n j en ayant* point paru sur le visage, je repartis seulement, dans le temps que vous jugerez facjlement, que le ooiémoire en chiffres faisoit cognoître à Son Éminence que le tout avoit été codcerté avec M. le Garde des Sceaux, et que la relation qui viendroit après-demain en instruirôit plus particulièrement Son Éminence. Sur le mot de périr et de quitter^ que lorsqu'on avoit fait cette menace pendant le voyage de Bourgogne, elle étoît concertée avec tous les ministres du Roi, qui en étoient demeurés d'accord, et dans ce rencontre vous n'auriez eu que votre voix et étiez obligé de déférer aux avis de M. le Garde do Sceaux ; qi;ie par les derniers mémoires, Son Éminence avoit bien vu quelle conspiration il y avoit pour faire condescendre Son Altesse Royale à donner cette parole, et que je me souvenois que par celui de vendredi dernier

DE MATHIEU MOLE. 40i

vous mandiez que rien n'avoit pu empêcher qu'on ne poussât Son Altesse Royale , sur cela que la raison par vous alléguée que c'étoit la seule chose que la Reine pouvoit accorder pour l'accommodement^ et que si Son Altesse Royale n'en donnoit parole, le Parlement ne s'en tiendroit assuré et feroit quelque autre demande pour la liberté des princes : à quoi il avoit été répondu seulement qu'on y penseroit. Que depuis, ces mêmes personnes avoient résolu de faire l'accommodement moyennant cette condition, et que par ce moyen ils avoient poussé et obtenu cette parole; je lui répétai aussi la rai* son de votre dernier mémoire, que Paris ne souffrira jamais que Bordeaux soit opprimé quand il se réduira à cette condition ; et qu'enfin vous vous étiez trouvé entre deux grands maux, les remontrances et la destitution ; que vous aviez évité le pire qui devoit assurément arriver, puisque vous aviez choisi l'autre; il me chargea ensuite de ne vous rien mander de tout ce qu'il m'avoit dit, mais seulement qu'il vous feroit réponse sur la lettre qu'il avoit reçue de vous par Dorot.

A libourne, ce 13 «oût 1650.

Monseigneur le cardinal a vu ce matin votre mémoire en chiffres, du 7 de ce mois, que l'ordinaire m'apporta hier. Avant que de vous rendre compte de tout ce qu'il m'a chargé de vous écrire, je crois qu'il est à propos que vous sçachiez qu'avant-hier au soir, peu auparavant que la fièvre me prît, Son Éminence m'envoya quérir, et après m'avoir fait quelques complaintes sur la conduite de ceux qui ont poussé Son Altesse Royale à donner pa* rôle de la destitution de M. d'Épernon, il ajouta qu'ils faisoient tous leurs efforts pour le rendre méprisable, et IV 26

40Î APPEr^mCE AUX MÉMOIRES.

que c'ëtoit l'attaquer dans son fort, et me fit sur cela une grande déduction de tout ce qu'il avoit fait cette année : que par son adresse il avoit fait rendre Danvilliers et qu'il avoit inspiré à M. de la Ferté-Seaeterre les moyens de se rendre maître de Clermont. Que n'avoit-îl point fait en Normandie par son seul crédit et négociationsy sans employer les fonds du Roi ni ses finances? Il avoit pris Pont-de-l'Arche, Dieppe et Caen, changé les mauvaises intentions de M. de Richelieu pour le Havre, et enfin pacifié cette province ; qu'il avoit fait la même chose en Bourgogne et qu'il avoit pris Bellegarde qui étoit défendue par les principaux amis et servitenn de MM. les Princes, beaucoup plus par traité que par force ; que tout le monde sçavoit ce qui s'étoit passé à Guise, qui étoit pourtant l'action à laquelle il avoit moms de part, puisqu'elle s'étoit faite avec toutes les troupes de l'armée du Roi ; qu'on voyoit pourtant ce qui se Cûsoit à Langon pour avoir prévu que de eeot lieux où l'armée d'Espagne pouvoit s'attacher, elle attaqueroit cette place indubitablement, et l'avoir munie du nombre d'hommes nécessaire pour une vigoureuse défense, de toute sorte de munitions et même d'argent de son propre; que sa prévoyance avoit passé jusques à faire choisir ks meilleurs forçats de toutes les chiourmes et leur promettre la liberté au cas qu'ils pussent faire passer, dai^ le port de Longon , une galère qui portoit cinq cents hommes, eux compris ; qu'il venoit de recevoir nouvelle que cela avoit réussi, que les révoltés de la Catalogae avoi^nt été défaits, et qu'enfin hors du royaume tout étoit en bon état ; qu'il falloit que vous vous servissiez de toutes ces choses pour repousser le mépris dans lequel tous ces gens-là le vouloient jeter, et qu'il falloit que je

TOUS en écrivisse, parce qu'il ne le pouvoit pas faire. Il reprit sur cela le discours de Tafiaire qui ëtoit restée dans son esprit, touchant la parole donnée par Son Altesse Royale, et me dit que la Reine en auroit pleuré et qu'elle s'ëtoit étonnée aussi bien que lui que vous eussiez si peu résisté à la volonté de Son Altesse Royale, comme vous le témoignez par vos lettres et mémoires; et qu'il avoit été forcé de lui dire que c'étoit par TafTection que vous aviez pour lui qui vous avoit fait appréhender la suite de ces remontrances. Je pris celle-là comme venant de lui et non pas de la Reine, et lui repartis que, pour le détail de ce qui s'étoit passé en cette affaire, Son Éminence ne le pouvoit sçavoir que par la relation qui en viendroit par le prochain ordinaire ; qu'au reste, elle ne pouvoit pas dou* ter de votre affection et de votre zèle, encore moins de votre esprit et de votre conduite ; qu'elle se feroit tort à elle-même si elle en doutoit, et que je la pouvois assurer que ce seroit un fort méchant motif pour vous faire agir, que la crainte qu'il n'y auroit que le devoir envers la Reine et la gratitude envers elle qui vous obligeât de le faire, sans jamais manquer de zèle, d'affection ni de fidélité. Sur cela le sourcil se fronça e( la couleur lui monta au visage, sans pourtant rien dire : il sortit seulement de sa garde-robe où il étoit et m'y laissa seul.

Aujourd'hui, après la lecture de votre grand mémoire, il a témoigné beaucoup de satisfaction de tout ce que vous avez fait, et a dit que, dans le conseil, tous ces Messieurs, Servien, de Yilleroi et autres, lui demandoient si vous ne lui écriviez rien sur toutes ces rencontres, et que quoiqu'il ne s'y peut rien ajouter, néanmoins que cela n'étoit point connu ; à cela je lui ai reparti que pourvu que cela le fût de Son Éminence , vous étiez satisfait*

Ensuite, il m^a commande de vous écrire qu*U étoit de la dernière conséquence de sçavoir jusques où pouvoit s^étendre le pouvoir qu'avoit M. le Coadjuteur sur Tesprit de Son Altesse Royale, et s'il pouvoit aller jusques à bxi faire consentir à ne pas s'opposer vigoureusement aux propositions qui pourroient être faites contre lui ; qu'il falloit rechercher avec M. le Garde des Sceaux et pratiquer tous les expédients imaginables pour le décréditer dans l'esprit de Son Altesse Royale. Et si cela ne pouvoit réussir, qu'il falloit nécessairement que la Reine fît un coup d'autorité , et pour cela que vous consultassiez à fond avec le même M. le Garde des Sceaux, sur tout ce qui se pourroit faire; qu'il falloit que l'un et l'autre vous fissiez bien cognoitre à Son Altesse Royale que la Reine ne Tabandonnera jamais, et que quand elle seroit réduite à une province, elle le maintiendroit toujours; qu'il n'ja point de différence entre ce qui se fera contre lui et ce qui se feroit contre Sa Majesté, non-seulement par le poste qu'il occupe, mais même par la fermeté de la Reine; et lui dépeindre ensuite les désordres qui s'ensuivroient pour le royaume et pour lui en particulier, s'il venoità se désunir d'avec la Reine; que de sa part elle a fait, en cette dernière occasion, tout ce que Son Altesse Royale pourroit souhaiter et au delà, et c[ue c'étoit une des plus essentielles marques qu'elle lui pouvoit donner de la ferme résolution qu'elle avoit faite de tenir toujours avec lui, et lui persuader ensuite, s'il se peut, à écrire à la Reine un remercîment, avec protestation de ne jamais rien bitt qui lui pût être désagréable. A quoi il vous prie de vous appliquer et de vous servir aussi de M. le Garde des Sceaoi pour le même efTet.

Que vous consultiez M. Talon et vos amis particulien

du Parlement pour sçavoir, au plus juste quMl se pourra, quels sentiments prévalent à présent dans la compagnie, et les moyens que Ton pourroit tenir pour en gagner quelques-uns, et faire cognoître à quelques autres Tétat des affaires et les mauvais sentiments des malintentionnés.

Qu'il jugeroit même à propos que vous vissiez sur d'autres sujets M. le Premier Président, M. de Champlâtreux, et qu'adroitement vous les fissiez parler sur tout ce qui se passe , et même de la réunion du parti dont ils sont les chefs avec celui du Roi ou des bien intentionnés , sans pourtant vous découvrir, puisque vous en sçavez la conséquence.

Qu'en voyant M""* de Chevreuse, vous lui fassiez cognoître en la meilleure manière que vous jugerez, que la Reine croit que M. le Coadjuteur agit par un principe de méfiance, et que pour le lui ôter et lui donner entière assurance, il n'y a rien qu^elle ne fasse^ et qu'elle donne la carte blanche pour faire tout ce qu'elle et MM. de Bellièvre et I^igues aviseront pour le mieux.

Que vous tâchiez de découvrir l'intelligence de M""* de Montbazon et de M. de Beaufort avec les princes, et que vous la fassiez cognoître ensuite à Son Altesse Royale/ et aux autres personnes que vous jugerez nécessaire.

Que vous consultiez avec M. le Garde des Sceaux s'il ne seroit pas à propos que la Reine écrivît à Son Altesse Royale surtout ce qui se passe et en quels termes; qu'en ce cas vous nous envoyiez une lettre minutée si vous jugez à propos de l'envoyer par M. d' Anville, ou par Comminges, et que votre avis sur cela mérite bien un courrier exprès.

Qu'il est encore de la dernière conséquence de bien faire cognoître à Son Altesse Royale l'état du royaume,

40« appeudige aux biémoires

qui n'est pas tel qu'on lui veut persuader; que tontes les places et les troupes sont au Roi; que les peuples témoignent partout un amour extrême pour son prince ; que cette aversion dont on lui parle tant que les peuples ont contre Son Éminence, ne paroît point dans toutes les provinces, au contraire beaucoup d'affection et dëàr de le voir ; que cette aversion prétendue n'est que dans les esprits de quelques gens attitrés dans Paris et payés pour cela. L'entretenir ensuite sur les services ci-devant décrits et sur le désintéressement de Son Éminence, et lui fiiiit cognoître que tant qu'il demeurera uni avec la Reine on viendra facilement à bout de tout; et que la force des ennemis de l'État et de la royauté ne consiste qu'en l'espérance qu'ils ont de leur désunion ; que vous voyiez si M. le maréchal de l'Hospital peut être induit à contribuer à détromper Son Altesse Royale de toutes ses craintes.

Que vous vous souveniez toujours de bien traiter, autant qu'il se pourra, les officiers d'armée et les troupes, et que vous voyiez quelquefois M"^ de Montbazon, qui se plaint du peu de visites qu'elle reçoit de vous.

Sur ce que j'ai dit à la Reine de l'avis donné à M. d'ir vauxy elle m'a répondu qu'elle n'avoit aucune cognoissance de ces réponses, mais qu'il étoit bien fôcheuxà M. Servien de voir tant de calomnies contre lui, où même elle étoit mêlée, dans des libelles que M. d'Avaux avoit fait faire. Je lui ai reparti que toute la question étoit de sçavoir s'ils venoient effectivement de lui. Sur quoi elle m'a répondu qu'il n'étoit que trop vrai qu'ils venoient de Saint-Romain et de Marsilly, et que M. d'Avaux faisoit beaucoup de mal dans Paris, secrètement, qu'il étoit tout à M. le Prince.

Mes précédentes vous auront tiré de l'inquiétude oii

vous étiez touchant les mëmoires, vous assurant qu'il n'y a que la Reine et Son Éminence qui les voient.

LETTRES DB UOLÉ A MX. DUPITT, AU HOMBBX DS TEEVTB-GIHQ. *.

i. Le manque d'espace nous oblige à ne donner qu'une analyse des lettres de Mole à Dupuy dont le texte n'a pas pu trouver place parmi les documents des Mémoires. Nous allons donc indiquer les faits historiques et littéraires dont elles parlent. Ces lettres sont presque toutes sans date.

Dnpuy, tome DCCXCII,, lettre n" 39. c Je me propose de retourner demain pour passer les fêtes en la solitude (Champlàtreux). La pris» de Danyilliers et l'emprisonnement du premier maréchal de France* donne sujet de s'y entretenir. »^N* 36. « J*ai été pour voir M«* le Qiancelier, mais il étoit allé chez M. d'Auxerre (son frère), où la journée se passera en famille, n — N* 19. c J'ai vu la lettre de celui qui n'oublie pas ses amis aux mauvaises rencontres qui surviennent. Je lui en témoignerai mes sentiments. Mais, devant aller sur les lieux, je m'exposerai à recevoir les coups en personne; puisqu'il n'y a autre voie, je m'y résous. » — N* 20. « Je vous laisserai le jugement du procédé de celui dont vous m'écrivez. » — N^ 90. c Je n'avois rien appris de la maladie de M. le Chancelier que par la ▼6tre, mais mon fils de Sainte-Croix m'en a dit la grandeur (une apoplexie) ; celle qu'il possède ne l'exempte pas des accidents humains. n faut voir la fin de cette vie un peu de loin. Ce sont des pensées du désert où vous êtes regretté chaque joilr. Par lettre de Catalogne on attendoitle moment d'un combat, puisque les ennemis avoient passé la Seigra. Vous avez vu la réponse faite au gazetier que l'on dit venir de Flandre , et néanmoins on y déclare tout ce qui se passe de particulier en France. Une lettre tire toujours une réponse; on a commencé ec Hollande , et toutes les actions vraies ou fausses se publient sous noms empruntés. » — N<> 92. c Si de Rome on vous rend grâces de ce que vous écrivez de votre main , que ne vous dois-je point : et encore ces lettres du sieur Heinsius , qui sont dignes d'être conservées. > — N* 91. « Le retour de M. de Bellièvre d'Angleterre en fait assez juger l'état trèsmisérable pour les couronnes. L'événement sera aussi peu favorable pour les petits- fils que pour le grand-père. Les première^ nouvelles de Naples nous apprendront l'extrémité d'un peuple désespéré. Le si^e de Crémone est levé. » — N<^ 98. Siège d'Ager.... c On y conduira difficilement du canon ; les officiers de l'artillerie l'ont prévu ; il

* Mole nous paratt faire alluùon à rarrestatioo do maréclial de MarilUc.

dOS APPENDICE AUX MÉMOIKES

n*y a qa'nne plaine entre les armées; on est résolu de combattre les ennemis ; » la Bavière ; les Suédois ; la Hollande ; l'éréché de TooL

— N« 93 bis. « J'ai parlé avec mon fils de Bayeux , qvl a déjà donné ordre au payement nécessaire , en cas que les gratis ne se passent ob-> tenir. Je n'ai osé me le promettre en ce siècle où tout se traite par antre Toie que Tordinaire. L'argent me désobligera de tout; mais je cboisi* rai toujours cette Toie par beaucoup de considérations. J'ai extrême regret

à Dixmude puisque Ton se défend si mal. Pour P Allemagne,

Bavière a plus gagné par un traité que par les armes ; il mérite une îok d'être payé de son infidélité. Mon fils le chevalier, après la prise d*Ager, est parti de la Catalogne et arrivé ici en huit jours. » — N<> 99. PrisoDr niers à Grenoble ; Toul et le pape ; le beau temps. — N*» 9i. Toul. « An milieu de nos jeux publics, Dixmude est attaqué. Par vos lettres du i6oii saura ce qui s'y passe , puisque le lieutenant de Dnnkerque l'a permis. » — L'Allemagne ; manifeste de Bavière ; l'Italie ; promotion au cardinalat; M. de Bayeux. — N<* 95. c II feiut que l'on soit bien hardi de vous attaquer ; ce sera gloire de vous seconder. Ces prétendues souverainetés diminuent l'autorité et renversent tous les ordres de la justice ; ce sont des asiles et des impunités publiques, s — Paix de Munster; nouvelles d*ItaEe et d'Allemague. — N° 100. La taxe de M. Valois, c C'est assez que Ton m'a donné parole ; je sais bien le moyen de me la faire garder. » M. de Champlâtreux est au Pont-Saint-Esprit; il va en Catalogne. — N** 38. c Pai bien du regret de votre mal que vous souffrez toujours avec courage ; le mien diminue quelque peu. Les vieux bâtiments s'étajent bien, mais ils ne se renouvellent point ; ils durent tant qu'il en soit ardûnné. Les particuliers pâtissent au milieu des intérêts publics ; ils sont trop foibles pour soutenir les coups de puissance souveraine. On se rdâche souvent pour les intérêts des couronnes par des considérations que Ton ne dit pas. »— N® 54. Affliction éprouvée par Dupuy. c Lafib des travaux assidus de l'année m'ayant causé quelque indisposition, j'essaye d'assurer encore le bâtiment ébranlé. » — N^ 49. c On ne croira jamais, du procédé ordinaire de M. votre frère , qu'il se soit approché de son maikR mettant la main sur la garde de son épée et qu'il Tait tirée contre lui.... S'il lui reste encore quelque cognoissance du bien ou du nud , il est impossible qu'il ne se repente de cette action.... Je crains tout d'un e^uxt tel que celui-là, et ne parle point du service que l'on lai rendra à regret. » — -N° 31. «Je sçais bien que nos vies prendront fin par Tfanmaine condition, mais aidons-les de ce que nous pourrons en attendant l'ordre du ciel. :p — N» 30. c En ce désert où vous êtes souvent souhaité.... On fera donner arrêt en tous les parlements contre cette balle.... Elle contient choses justes, mais elle l'ordonne avec trop d'empire.... »

— No 85. Affaire de Rome; arrêt touchant l'évocation. — N. 86. € Votre défiance est juste en l'état du mal de mon fils, et la lettre du 10, que je viens de recevoir, me l'augmente ; elle est écrite de sa main , mais j^ai

remaïqoé aMez par le style la grandeur de son îndispoddon et les sentiments de son esprit. Cest assez pofir troubler le calme du désert. »^— N® 93* Remercîments. — N° 13. < J'entreprends bien plus volontiers le voyage en ce désert quand vous êtes de la partie.... Si vous pouvez avoir copie du brevet accordé à la noblesse, vous m'en ferez part. Ces mouvements sans ordre peuvent produire de très-ftcbeux effets ; ils commencent pour un sujet et finissent pour d'autres. » — N<* 12. Affiiire des rentes, c On fait rendre compte aux payeurs et aux adjudicataires à cet effet, et m'at-on promu de n'y perdre point de temps, j» — N^ 1 (16S1). c Vous vou* lez que le public sçacbe que vous m'aimez et il y a longtemps.... Achevez, je vous prie , votre ouvrage, et faites qu'on travaille à plusieurs presses et pour cause. Si- vous me mandez qui est celui des évéques qui ose entreprendre de contredire à ces vérités publiques, j'essayerai de prérenir le mal et l'arrêter en son commencement, etc..» — N<* 3 (1651). c Monsieur, j'apprends que votre disposition est un peu meilleure, c'est ce qui me console au milieu du torrent d'affaires où je me vois employé (il étoit garde des sceaux). Veuille le ciel que les forces du corps poissent toujours répondre à l'affection de servir au public. On voit beaucoup d'orages qui se préparent, mais le ciel, favorable à la France , nous prêtera les secours nécessaires. Vous pouvez 'croire ce que je voudrois pour M. Rigault (Nicolas Riganlt , continuateur de l'histoire de de Thon), mais il me semble que son âge ne lui permettra cet emploi si difficile et si éloigné du repos d'esprit, duquel il a joui an milieu de l'exercice des lettres. Continuez a m'aimer, s'il vous plait, et croyez qu'à la vie et à la mort, je serai, tetc. Ce dimanche matin 1651. » — N^ 3. f PapprouTe volontiers que M. Brisacier fasse valoir le nom tout w qu'il pourra pour tout ce qui vous regarde. » — N© i. c J'ai reçu le mémoire des ouvrages de feu M. votre frère ; ils méritent tous l'impression et voudrois que l'on l'entreprit bientôt, puisque tous servent au public que l'on ne cognoit plus guère.» Voir au Trésor des Chartes les bulles qui regardent les privilèges du grand aumônier, et comme il est le véritable curé de la cour. — N<^ 7. c J'attends les deux volumes des Preuves des libertés, où je trouverai les actes entiers. Vous m'obligerez que je puisse aToir ceux qui ne sont imprimés , comme aussi ceux qui sont dans les recueils de M. votre frè^e , qui font mention que les ecclésiastiques ont été jugés dans les conciles assemblés par l'autorité de nos rois. » -^ N» 8. ... c II est très-extraordinaire que le Ch&telet ait prononcé contre trois évéques. Si nous pouvons trouver quelques exemples de ceUx qui ont été punis du dernier supplice comme les criminels de lèse-majesté, etc. s-— N<> 9. c Je vous renvoie l'ouvrage de M. Rigault, qui est digne de lui et de la mémoire de feu M. votre frère (la vie do P. Dup'^y). Voua en presserez l'impression afin que ses amis se consolent de le voir encore vivant. Sa vertu lui donne déjà cet avantage. » — N* 1 1 . c Fant-il que cet ouvrage commencé soit arrêté? M. Rigault s'en poorroitbien confier à vous

TABLE AlVALTriQUE

43. — Aisiste au Te Deum ponr la naissance du Dauphin, 425; —et à Poccasion d'antres événements heureux » 430, 491 , 497.

— Bâtiments de la Cour réparés, 452. — Va au-devant du Boi, III, 56. — Assiste aux Ainérailles de Louis XIII, 74, 83.

•—Du prince de Condé , 166 n.

— DécLuration du Roi vérifiée par cette Cour, 169 et n., 170, 172, 173, 182 ».♦ 185, 186.

— S'assemble k Poccasion du retranchement des gages, 215.

— Donne arrêt de jonction avec les autres cours souveraines, 2'i 8 , 222, 233, 244; IV, 312 et n., 313. — Demande audience au Parlement, III, 267. — Est bien reçue delà Reine, 318 n. — Députe chez Mole plusieurs de ses

membres, 336. — Certaines

Srovinces remises sous sa juriiction, 373. — N'envoie pas de députés à Ruel, 39 1 .— Ses députés à la conférence de Saint- Germain, 427. -» Adhère au traité, 484; IV, 75. — Mandée chez la Reine, 325.

•— de Normandie 4 III, 411, 416, 421,427,436,445.

Aiguebelle (M.) , au siège d'Aire , U, 515.

Aiguillon (Duchesse d') fait poursuivre un ouvrage de Vialart sur le ministère du card. de Richelieu , IrUrod, lxxv. — Son château de Ruel habité par le Roi , m , 276. — Perquisition qui y est faite par ordre du Parlement, 340. — Reçoit i son château le premier président Mole , 351 , 396. — Ne doit pas insister pour les mariages k faire, IV,

Airains, prédicateur, II, 434.

Aire ( Ville). 1 , 452 ; II , 428. — Siège et prise de cette ville, 513, 544, 516, 517. 518 n., 521; III, 440 «. ; IV, 258 et».— Ravitaillée, 260, 261, 265 a.

Jisne, rivière, II, 518.

jiix (Ville), n, 206 it.; m, 360.- (IHirlement, voy. Pntçemee), 375.

— Compagnies mises sur med, IV, 336.

Aladron (D. Alonço), prisonoia de guerre, II, 303.

Alais (Comte d') , gouverneur de Pïpovence , III , 342 «. — Son opinion sur les troubles de oftte province, IV, 333. — Son régiment doit être licencié, 334, 335. — Sa mise en liberté demandée au nom du Roi, 336.

Albert (Archiduc), IV, 228.

Albret (Le sire d') , son nuoiage, n, 245.

Alcmaar (Hollande) , I, 424.

Alençon (Jean comte d"). Son arrêt de mort, U, 245, 247, 254.

— (Charles). Son mariage, II, 244.

Alençon (Généralité), III, 427.

Alexan TDauphiné), II, 348.

Alfonse IX, roi d'Oviedo, IV, 223.

Aligre (Etienne I d'} , le Roi vent

le nommer garde des sceaux , I, 279. — Afifaire du Grand Gooseil, 327, 338. — Chancelier, ses lettres à Mole, 332, 333 m , 334, 342, 343, 345, 350. 353, 356».

— i Inûste pour la création d^me Chambre de justice, 337, 338.

•^ n recommande de ne pas trop accorder d'autorité au Psilement, 341 .— Le Roi lui redrp ks sceaux, 361 n, — N'a. pas assa poursuivi les financiers, 386. — Assiste à Varrestation d^Oniano, 390.— Seslettres citées, 401 ,403.

— (Etienne II d'), lettres i Mole, I, 284, m , 363 A. ^ Rapport sur l'affaire de Sedan, 485. — Directeur des finances , 232 «.; IV, 27, 64. —Lettres à Le Tdlier, 336, 337.

— (Louis), abbé de Saint<Jaoqucs, se plaint des religieux , I , ^4 et «., 285.

— (M- d'), sa mort, II, 429.

Alincourt(M. d'), 1,225.

Alix, duchesse de Bourgogne, premet au roi de France de ne pas

DES MATIÈRES

se marier sans son consei&teineiit , II, 238. (Voy. Adélaïde)

Alix de Bretagne, II, 244.

Allemagne (Elmpire et Empereur) :

armée française dite é\ Introd.

xxxn. — - Guerre des Francs dana ce pays, I,.225; II , 145, 155, 180, 183, 185, 186, 366, 446; m, 144 , 145, 368 n, — Insurrection , 1 , 226. — Nobyelles direrses , II, 284, 315, 437; IIÏ, 4, Su., 8, 27»., 86«., 89, 102 et «., 109, 147 «., 223.

— Paix avec la France , 292 »., 294, 491. — Livres rares apportés en France , voy. Nouai, Mentionnée, 454, 459; IV, 168 à 175, 178, 184, 332. —Les catholiqaes de ce pays, 182, 1 95. — Guerre des Suédois , 206 à 209.— Les Electeurs, 210 à 212. — Les protestants, 214 à 216. — Nouyelles diverses, 205, 217 à 22 1 . — L'armée française s'y avance , 252 , 262 , 263. — Régiment allemand, 127. — I, 350.— L'Empereur. 517; IV, 178,182, 183, 189, 195, 197, 198, 205, 206, 207. — Sa mauvaise conduite, 208 à 215, 217, 220, 221, 223. Princes déclarés incap. k parvenir à l'empire, 229, 230. — Attaque la France, 253, 259; I, 226, 510.— Lettre, 348. — Son armée en Italie, II, 15, 73. — S'était emparé de Moy envie, 129. — Signe le traité avec le duc de Lorraine, 225. — Soutient le comte de Flandre, 253. — Son armée commandée par Banier, 315. — Fait la paix avec le duc de Saxe, 316 ». — Entreprise contre la France, 322.

— Son armée battue, 362. — Se retire de France , 369. — Drapeaux pris à son armée, 382. — Laisse usurper le pays de Gimbrésis, 405 n. — Savilli était à son service, 429 »., 430, 437, 446.

— Son armée , III , 5 «., 191 , 223. — Fait k paix avec la France, 293 et». —Après avoir

fait de grands efforts pour la combattre, 294, 375,491.— Le vicaire du Saint-Empire, II, 387 ». — Election du roi des Romains, IV, 211, 213. — Nouvelles diverses, 408.

Allemagne , baiUiage de Lorraine , IV, 228.

Alliot. Son procès pour avoir publié des pamphlets, II, 292.

Allon9iUe,lW,\ÇSQ.

AUuye (Marquis d*) , assiste au lit de justice du Roi, I, 127. — Ses demandes adressées k la Reine , III, 466, 467. — Son quartier à l'armée du Roi, IV, 95.

Aimeras (M.). Mentionné, I, 348.

Alpes, II, 2 ».; IV, 167, 168.

Alphonse , roi de Portugal , FV,

Alsace ravitaillée, II, 347. —Gouvernement de cette province , III, 459.

Aluert (gouvernement d') donné au cardinal de Richelieu, II, 11.

Amariton (M.). Mentionné, I, 214.

Amboise (Louis d'), II, 242.

Amboise (château d'). Conjuration mentionnée, Introd, xzjv. — Le président Le Jay y est enfermé, I, 76. — Lettres *du Roi et du Chancelier datées de ce château,

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