‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France, publiés pour la Société de l'histoire de France, sous les auspices de m. le comte Molé, l'un de ses membres (volume 3)Chapitre 2 sur 52 · LETTRE DU PRINCE DE COBODÉ A MOLE · texte numérisé non relu

LETTRE DU PRINCE DE COBODÉ A MOLE

La fermeté de Mole a B§mié la paix. — Affection du prince ponr Mole.

a Monsieur^ je ne doute point que vous ne soyez dans une grande satis&ction de vous-même, d'avoir tant travaillé et si généreusement à apporter le calme et le repos à l'État : il est vrai que c'est à vous que la gloire en est due ^ J'en ai toute la joie imaginable, vous honorant au dernier point. Je ne doute point que vous n'y mettiez la dernière main en la faisant exécuter; de notre côté , nous en userona de même sans perdre temps.

« Tai parlé à la Reine du régiment dont vous m'avez écrit , qui l'a accordé avec grande joie. Je voudrois que vous voulussiez m'employer dans quelque intérêt plus solide, vous cognoîtriez que je suis, avec passion et fermeté, Monsieur, votre, etc. A Saint- Germain, ce 1* avril 1649. »

1 . M. Cousin^ dans son volume sur la Jeunesse de Madame de Jj)ngueville (p. 373), adopte Topinion de Madame de Motteville , qui fait homieur au prince de Condé du traité de paix conclu avec le Parlement. Cette lettre du Prince et une autre du secrétaire d'État Le Tellier (ci-après)^ constatent, au contraire) que la fermeté de Mathieu Mole, dans cette circonstance, triompha des plus grands obstacles.

4 Ml^.iimiiTL<;

MOLE AU SECRlhrAIRB DÉTAT LE TFLLIER.

Nonrelles de Paris. *- Le prince de G>nti. — Lioencieiiieiit des tTonpes des Frondeurs. — MaoTaîs éut des finances. — M** de Longnerille.

a Je VOUS ai écrit ce qui s*e8t passé ce matin; je TOUS ai mandé seulement la résolution, et non tous les moments qui se sont passés devant que de mettre l'afTaire en délibération ; mais je me suis promis que M. de Saintot, qui fait toujours relation très- exacte et qui a pris des soins très-extraordinaires , n'y aura rien oublié.

c( Et ayant reçu^ hier au soir assez tard , de M'' le prince de Conti le mémoire ci-après, je vous l'envoie pour en avoir réponse, la plus favorable qu'il se pourra , vu qu'il semble , en quelques articles , avoir esprit de Texécution du traité fait.

N Nous nous sommes assemblés pour le licenciement des troupes de Paris. Il leur faut une demie monstre, qui monte à cinquante mille livres. Nous avons envoyé au Prévôt des marchands, afin qu'il satisfasse à cette partie sur ce qu'il doit de sa taxe, qui monte à trois cent mille livres. Si ce moyen manque , nous n'en avons plus d'autres. Elles font tant de voleries, de jour en jour, qu'il faudra prendre résolution de m'obliger plus tôt en mon nom particulier, afin d'arrêter le cours de tant de maux , et après ce licenciement voir la retraite des autres troupes du Roi ' sur la frontière ou autre lieu nécessaire.

« Nos finances ont été tellement administrées depuis nos conférences , que j'ai trouvé à mon retour que tout étoit employé en dépenses bien extraordinaires. On en rendra quelque jour compte.

« Nous apprendrons maintenant quelles ti'oupes il plaira à kt Reine de retenir, et le plus tôt ce sera le meilleur, Afin de les éloigner \ Ce 2 avril. »

£ES ABTICLSS DEiÊAlXDÉS PIR M. LE PRmCE DE GOIITI.

« Que l'on accordera un passe-port et un trompette pour D. Joseph Aroolfini, envoyé de M. l'Archiduc , avec ses valets et équipage , afin de le faire repasser

i . Nous compléterons cette relation de Mole par l'extrait suivant de la lettre du maître des cérémonies Saintot , dont parle le Premier Président, au sujet de ce qui se passait alors à Paris. Elle est adressée à M. Le Tellier, secrétaire d*État : « Monseigneur, depuis celle que j'ai eu llionneur de vous écrire après dbier, je ne vois rien ici qu'une confirmation de tranquillité, chacun ressentant le fruit et repos de la paix et tout contribuant à son exécution. Sur les trois heures» M. le prince de Conti , M"* la duchesse de Longueville et M^* de Longueville ont quitté leur séjour de THôtel de Ville pour retourner en leurs maisons particulières, lie Prévôt des marchands les a reconduits jusques en leur carrosse I avec une joie extrême de ce qu'il en étoit délivré, suivant ce qu'il m'en a témoigné ce soir chez M. le Premier Président; lequel m'avoit renvoyé chercher, sur ce que M. le président Aubrj, Larche^ et le Prévôt des marchands étoient chez lui (je crob pour voir et sçavoir de lui pour le licenciement des troupes de Paris qui leur pèse sur les bras), afin de sçavoir de moi si je sçavois quelles troupes le Roi vouloit retenir, afin de licencier demain le reste. Je lui ai dit que je ne scavois aucune chose sur cela, sinon que j'avois eu l'honneur de vous en écrire cette après-dînée et que je croyois que M. de Ghamplâtreux, lequel étoit allé en cour, et dont son retour seroit ce soir, apporteroit tous les éclaircissements sur ce sujet. J'ai appris que les généraux ne se sont point vus depuis la sortie d'hier du Parlement; qu'ils attaident le jour de demain avec impatience , dans l'espérance qu'ils toucheront la demie monstre qui a été ordonnée leur être payée^ demain matin, en licenciant leurs dites troupes. » A Paris, ce 2 avril 1649, onze heures du soir. (Bibliothèque impériale; coll. Le Tellier, S. F., n« 3004, t. n.)

t MÉMOIRES

auprès de son mattre avec sAreté, et comprendre dans le même passe-port un gentilhomme de M. le prince de Gonti, dont le nom sera laissé en blanc, etqui ira requérir M. le marquis de Noirmoutier et M. de Laigue, auxquels il portera un passi»»port de Leurs

« Que toutes les personnes qui ont agi dans ce parti, ou qui en ont eu quelque participation , de quelque sorte qu'elle puisse être, pourront, si bon leur semble, toutes fois et quantes qu'il leur plaira^ se retirer hors du royaume , sans que pour cela il leur soit besoin d'autre passe-port que de l'acceptation dti présent article qui aura la même force, pourvu que les lieux où ils se retireront soient pays neutres ou alliés. Bien entendu que le présent article est de liberté et non de nécessité.

« Que tous ceux qui sont hors du royaume, en quelque lieu qu'ils se trouvent, et particulièrement M"* de Chevreuse et M. de Saint-Ibal, pourront-^evenir eu France, y demeurer avep la même sûreté, jouir de leurs biens , charges , pensions etgénéralement y seront remis en. même état des autres sujets du Roi.

« Que Sa Majesté non-seulement consentira , mais procurera la Uberté de M. de Beaupuis , dans six semaines, et que pour cet effet elle aura la bonté de vouloir écrire à Sa Sainteté sur ce sujet , et que ses lettres seront remises deux jours après ce présent article accordé, entre les mains de M. le duc deBeaufort.

c< Que si Ton licencie les troupes de l'armée du Parlement, on conservera le régiment de cavalerie de Libermont, ensemble les compagnies de Pertuis et de

ChappeSy qui ne feront toutes qu'un régiment, lequel sera donné à M. le duc de Brissac. »

LE SECBiTAiRE d'AtAT LE TBLLISR A KOLlf.

Fâicitatîoiifl aa iujet de la Térifiôation au Phrkment de la dédaratioii du Roi. — Ce succès est dû aux soins de Mole.

a Monsieur, si vous avez eu de la joie, comme je n'en doute nullement , de la bonne disposition que TOUS avez trouvée dans la compagnie , pour la vérifi* cadon de la déclaration, j'ose vous assurer, Monsieur, que la nouvelle ne taûn a pas moins causé* Vous cognoitrez celle de la Reine par la réponse qu'elle a faite à la lettre que vous lui avez écrite sur ce sujet (ci-dessus, p. 2), et M. de Saintot vous pourra dire avec quelle acclamation elle a été reçue de toute la cour. Mais personne ne sçait mieux que moi que cet heiu^ux succès est dû à vos soins, adresse et, en un mot, à votre vertu.

fc La Reine trouve bon , à votre considération , de recevoir au service du Roi le régiment de cavalerie dont vous affectionnez le mestre de camp. J'aurai l'honneur de vous en envoyer les expéditions sitôt qu'il vous aura plu m'en faire sçavoir le nom. Cependant, il vous plaira lui recommander de rendre son régiment au meiUeur état qu'il se pourra , et de me fiiire la faveur de croire que je vous honore et suis votre, etc. A Saint-Germain en Laye, ce 2 avril i 649. »

LE SBCR]£tàIRE d'état le TELLIER ▲ UOLÉ, Réponse de la Reine an Mémoire de M. le prinee de Gonti.

fit Monsieur, je fis hier au soir, dans le conseil , en présence de la Reine, la lecture du mémoire que vous

m'avez envoyé par M. de Sainte - Croix , signé de M" le prince de Couti. Sur le premier article duquel, je vous dirai que Sa Majesté a résolu d'envoyer un ordonnance de la maison du Roi , avec un trompette de Sa Majesté pour conduire ^ en toute sûreté, depuis Paris jusques sur la frontière^ le député de l'Archiduc avec ses gens et équipage, d'où il se puisse retirer près de son maître. Cet ordonnance du Roi aura ordre d'envoyer de là le trompette dans l'armée de l'Archiduc , pour faire sçavoir à MM. de Noirmoutier et de Laigue qu'il les attendra durant quatre jours, à comp* ter de celui que le trompette arrivera dans l'armée , pour les conduire en toute sûreté dans le royaume , suivant le passe-port du Roi qui lui sera donné pour cet effet, pour jouir de la grâce portée par la déclaration, et que si dans lesdits quatre jours ils ne se rendent au lieu où il les attendra , qu'il a ordre de s'en revenir.

(c Le Roi n'a pu accorder les 2^, 3* et 4* articles dudit mémoire, que je vous renvoie , vu que ce sont choses qui avoient déjà été refusées dans les conférences, ni aussi le 5% pour les considérations que M. de Champlâtreux vous aura pu dire , qu'on lui fit hier entendre ici.

c Je lui parlai aussi, hier, de ce qui regarde le Te Deum^ mais la résolution n'en ayant encore été prise, je la ferai sçavoir, ce soir, à M. de Saintot, pour vous en rendre compte. Je demeure. Monsieur, votre, etc. A Saint-Germain en Laye, ce 3 avril 1649. »

DE MATHIEU MOLE. (iU9.) 9

LBITRE DU ROI A MOLIÊ.

Te Deum ea rhonnear de la oeasadon des troubles.

a Monsieur Mole, ayant approuvé la pieuse pensée que ma cour de Parlement a eue, en vérifiani ma dédaratton sur la cessation des troubles de mou royaume, d'en faire rendre grâces publiques à Die.Uy je lui mande que je trouve bon qu'elle assiste au Te Deum qui sera chanté en l'église de Paris, au jour et à l'heure que M. de Sain tôt , maître de mes cérémonies, lui fera entendre de ma piart. Et quoique vous ayez la meilleure part à la lettre que j'écris à madite Cour, sur ce sujet, je vous ai bien voulu faire celle-ci en particulier, avec l'avis de la Reine-régente, Madame ma mère, afin que vous preniez soin de faire exécuter mes ordres dans la compagnie, selon que je m'en repose sur votre prudence et affection accoutumée. Et sur ce, je prie Dieu , etc. ^ Écrit à Saint-Germain en Laye, le 3* jour d'avril 1649. »

le' sbcrétaire n'iferAT le tbluer a mole.

Obsenrations reLati^es à l'exécatîon de la dédaratioii dn Roi.

a Monsieur, j'ai reçu votre lettre de ce matin. Il est vrai que M. le marquis de Jerzé est parti de ces quartiers avec deux régiments d'infanterie et un de cavalerie, et que deux autres aussi de cavalerie et deux

i. Une lettre à peu près semblable était adressée au Parlement, et il en fut donné lecture pendant la séance du 5 avril » en ffléme temps que le Premier Président prévenait la Cour que le Roi avait aussi donné les ordres pour qu'on allât , par députés , à Saint- Germain, pour lui faire les remerciments votés par arrêt de la Cour. Le Te Deum fut chanté, le 5, sur les quatre heures.

^0 BIÉMOmES

d'infanterie le doivent suivre ; mais c'est pour les mettre en garnison dans le Maine \ l'Anjou et le Poitou, en attendant la saison de mettre les armées en campagne contre les Espagnols. Ce que je vous'disi Monsieur, est si constant, que M. de Jerzë a ordre de Ciire aller dix lieues en deçà du Mans , attendant de voir .isi M. de la Boulaye accotera la déclaration à son égard , dans les quatre jours portés par icèlle ,

1 . Lorsque cette nouvelle parvint dans la province, la municipalké du Mans prit l'arrêté suivant, que nous avons trouvé parmi les papiers de Mole. — « Extrait des registres de THôtel de Ville « du 7 avril 4649 : Le Conseil assemblé, sur l'avis donné qu'il y a plusieurs ^troupes sous la conduite de M. le marquis de Jerzé, qui s'acheminent pour venir en cette province, même en cette vflle du Mans , a été avisé que M. le révérend évéque du Mans , étant de présent en cour, sera vu, salué et supplié , de la part des habitants de cette ville, de moyenner le divertissement desdites troupes et à cette fin en faire changer l'ordre. Et pour cet effet , ont été députés les sieurs Desangevinières,*conseiller, et Dorigne-Guiltet, capitaine de l'une des compagnies de ladite ville, et sera Monsieur du Mans remercié des témoignages de bonne volonté qu'il a rendus à ladite ville, notamment dans l'occasion présente, et assuré que les habitants sont dans l'obéiss^i^^e du Roi, ayant (K>nctue^ment effectué la déclaration de Sa Majesté , après la publication d'icelle et mis les armes bas. A été pareillement avisé que M. le baron de Lavardin, lieutenant pour le Roi en cette province, sera très-humblement supplié venir en cette ville, faire ce qu'il jugera utile pour le service du Roi. »

Cette délibération fut accompagnée de la lettre suivante adressée au Parlement : « A Messieurs du Parlement de Paris : Messeigneurs , après vous avoir fait sçavoir la façon de laquelle Messieurs du Mans se sont jetés dans vos intérêts , lorsqu'ils ont appris que leurs services pourroient vous être utiles , j'ai cru que j'aurois mauvaise grâce si je ne leur servois encore d'intercesseur dans la nécessité urgente qu'ils ont d*être appuyés de votre protection, pour détourner Torage qui ]es menace d'une ruine inévitable, par les troupes commandées par le marquis de Jerzé. Us croyoient que la paix que vous avez traitée les mettoît à cou-

DE BIATHIEU MOLE. (1649.) il

pour ne rien faire, de la part du Roi, qui y contrevienne.

c< Des courriers ODt été députes, ce matin, par tous les bailliages, pour la porter aux procureurs dii Roi en iceux, avee les dépêches de M. le Procureur Général. M. de Ssdntot portera les dépêches pour le Te Deum^ et par lui vous serez informé ^ de la résolution de Sa Majesté , si elle désirera retenir des troupes et quelles

vert de la persécution et que l'amnistie générale dans laquelle ils dévoient avoir part, les empécheroit que l'obéissance qu*ils vous ont rendue ne fût imputée à cnhae. Cependant, ils sont à la veille de leur perte, si vous ne prenez leur cause en main. Ils espèrent cette grâce de votre justice. Je leur ai promis de ne les point abandonner. En attendant vos ordres, lesquels reçus je vous offre pour caution de leur obéissance, Messeigneurs, votre, etc. Au Mans, le 5 avril 1649- Lsssaed. »

i . Saintot était aussi chargé d'informer le secrétaire d'État Le Tellier de ce qui se pasiSait à Paris. Voici sa dépêche du 5 avril : c Monseigneur, j*ai reçu celles qu'il vous a plu me faire l'honneur de m' écrire, avec toutes les dépêches. Aussitôt j'ai été voir M. le prince de Conti, que j'ai trouvé avec M™* la duchesse de Longueville. Je lui ai dit comme j'avois ordre de vous pour lui remettre entre les mains l'ordre et la route pour son i^giment d'infanterie , compagnie de gendarmes et chevau-légers, que Sa Majesté retenoit Dans ce temps, MM. de Beau fort, le maréchal de la Moihe et le Coadjuteur, que j'ai trouvé l'oreille très-pendante et le visage fort pâle et défait , le sont venus voir comme il montoit en carrosse avec M"* la duchesse de Longueville pour Chaillot. (Voy. p. 13, note 2.)

« J'oi^bliais à vous dire que lui ayant dit que le sieur Dambeville» ordinaire du Roi, seroit ce soir à Saint-Denis, attendant l'envoyé de l'Archiduc, pour lequel j'aurois ce soir un trompette du Roi , qui venoit pour le quérir et conduire au sieur Dambeville , pour être mené en Flandre près l'Archiduc, et qui avoit ordre de ramener MM. les marquis de Noirmoutier et Laigue. Il m'a dit qu'il seroit nécessaire et prioit qu'il pût parler au sieur Dambeville, et que je lui mandasse de le venir trouver ce soir ou demain matin» d*autant qu'il ne pouvoit pas dire an trompette ce

if: MÉMOIRES

ce seront. Je suis , etc. A Saiot-Germain en Laye , le 4 avril 1649. i>

LE SECKÉTAIBE d'ÉTAT LE TELLIER A MOUà. Le dac de Vendôme. — Troupes au service du Roi.

ic Monsieur, j'ai expédié la lettre du Roi adressapte à )!• le duc de Vendôme pour lui permettre de venir à Anet^ Je la mettrai es mains de M. le due de Mercœur pour la lui faire tenir. J'ai aussi expédié les or-

qu'il pouToit dire audit sieur Davibeville. J'en ai aussitôt donné avis à M^ le Prince, qui écoit à Chaillot, de ce que je devois faire sur cela, lequel ne m*a rien mandé. Vous aurez, s'il vous plaît, agréable, dans demain, sept heures du matin, que j'en aie la réponse, d'autant que nous devons partir à huit heures avec les députés du Parlement , qui sont au nombre de trente-huit ou quarante, afin que je puisse envoyer au sieur Dambeville aussitôt , bien que présentement je vienne de lui mander que je lui ferois sçavoir, demain du matin , lorsque l'envoyé se rendroît à Saint- Denis.

« Les députés du Parlement arriveront demain à onze heures à Saint-Germain, au nombre de trente-huit ou quarante, sçavoir : les présidents au mortier, six conseillers de la Grand'Chambre , trois de chacune des chambres des Enquêtes et quatre des deux des Requêtes et les gens du Roi. Ils demandent d'avoir Vhonneur de saluer Leurs Majestés avant le dîner, qui pourroit être à l'issue de la messe de la Reine. A Paris, ce S avril 1649. »

Le lendemain , le Roi recevait à Saint-Germain le Parlement. Mole portait la parole « qui fit des merveilles à son ordinaire; » dit la Gazette, p. 246.

i . Sur la réconciliation du duc de Vendôme avec la Éeine , et l'alliance de Mazarin avec la famille de ce prince par le mariage du fils du duc de Mercœur avec l'aînée des Mancini, voy. les Mém, de M^ de Mottevilie, t. III, p. 277. • Le cardinal, dit-^lle, en changeant de conduite, devint plus intéressé qu'il n'avait été jusqu'alors , et les mauvais tours de ses ennemis lui fiirent désirer de se faire redouter de ceux qui lui avaient fait beaucoup de peur. Par ces raisons , il traita le duc de Vendôme comme un ami. >

DE MATHIEn MQLÉ. (i6M.) 13

dres et routes nécessaires pour les troupes qu'on veut retenir au service du Roi ; partie sont déjà envoyées et le surplus est sollicité ici par ceux qui ont été envoyés pour cet effet.

a Le retour de Bl. de Beaupuis n*est pas chose à presser; le temps y pourra faire davantage que de pressantes instances.

« Pour l'affaire de M. de Bayeux^, je m'en suis expliqué au long à M. Talon, pour vous en informer. Je m'en remets à lui et vous supplie d'y prendre créance. Je parlerai ce soir à la Reine de ce qui s'est passé depuis, afin que la chose demeure en état. Je suis, etc. A Saint-Germain en Laye, le 7 avril 1649 \ »

1 . M. de Bâyeux éuit Edouard Mole, fik du Premier Président, qui voulait être «oadjuteur du trésorier de la Sainte-Chapelle, ainsi que l'indique la lettre suivante de Mole à Le Tellier : « Monsieur, ayant cvouln prendre soin de l'affaire de la trésorerie, je TOUS dois le compte de ce qui est arrivé cette nuit, qui est la mort de celui qui l'étoit. Je me veux promettre que cela ne changera rien en la grâce de la Reine , mais qu'au lieu de coadjutorerie, la provision sera pure et simple , et que je vous resterai obligé , par e(Tet, de l'amitié que je recevrai , et, en toute occasion, je serai, etc. Ce mercredi (14 avril), douze heures. »

2. Deux jours auparavant, le 5 avril , la duchesse de Longueville avait eu une entrevue avec son frère, le prince de Condé, à Chaillot. Elle fut très -cordiale, dit la Gazette (p. 223). La châsse de sainte Geneviève fut recouverte après une procession solennelle et un Te Deum pour la paix , et le 8 avril le prince de Conti traita magnifiquement son frère à Chaillot. La cour était alors fort gaie, dit le même journal, et le Roi, surpassant la dextérité de son frère à manier les armes, tuait des petits oiseaux à coups de fusil. »

ik MÉMOIRES

MOLE ▲ M. LE TELLIBR.

Exemption de liegements de wonpes pour Menlan.

fr Monsieur, il se présente, de moment en moment, nouyeau sujet de vous donner de la peine. Les habitants de Meulan ont eu avis de quelque ordre pour logement de gens de guerre en la ville. Vous sçavex que vous m'avez promis de les en exempter. Je vous conjure de les faire jouir, par effet, de cette grâce, et je serai, etc. Ce mercredi, 7 heures. »

LB S£CIUBTAIR£ d'^AT LE TELLIER ▲ WÔVk.

Plaintes contre M. dç la Trémoille. — Sî^e do chàteaa d* Angers. ^> Les courriers du Roi sont arrêtés.

c< Monsieur , la Reine m'a commandé de vous envoyer la lettre que M^ le Prince a, ce jourd'hui, reçue de M. le maréchal de Brézé, afin de vous informer de la conduite de M. de la Trémoille et de ceux qui sont dans le même intérêt que lui , et que vous preniez la peine d'en parler dans la compagnie, et que, par son autorité, il y soit pourvu en la manière qui sera jugée la meilleure. L'on a pensé ici qu'il y auroit deux choses à faire : l'une , que M. le Prociu^eur Général envoyât aux officiers du présidial d'Angers le dupli* cata de sa dépêche , par un huissier de la Cour, ou par telle autre personne de confiance qu'il voudra choisir, à la dépense du voyage duquel Sa Majesté fera volontiers pourvoir, afin que la compagnie pût être assurée de l'état où sont les choses en ce pays, par le rapport d'une personne non suspecte; l'autre, que, sur la requête de mondit sieur le Procureur Général, la Cour donnât arrêt portant injonction à ceux

DE MATHIEn MOLE. (1649.) i5

qui n'ont point encore quitté les arine*^ «oit dans rAnjofift ou ailleurs, de les poser, sous telle peine que la Cour arbitrera. Le premier expédient est tout à Sût innocent et néanmoins peut produire bon effet : les officiers du présidial d'Angers recevroient un paquet qui feroit infailliblement cesser les mouvements qui sont encore dans la province, et le second semble nécessaire pour rendre public le refus que (ait M. de la Trémoille de laisser publier la déclaration , afin d'avoir prétexte de continuer la guerre, et empé* cheroit que les malintentionnés ne pussent faire passer pour une infiraction à la déclaration Tordre que Sa Majesté se trouve obligée d'envoyer à M. de Jerzé, de s'avancer, à Angers, avec les troupes qui sont sous sa charge, et sous le commandement de M. le maréchal de Brézé, gouverneur de la province, et empêcher la suite des maux que M. de la Trémoille lui fait souf- (Hr, lorsque toutes les autres commencent à jouir de la douceur de la paix.

«c J'écris en cette conformité à M,, le Procureur Général et lui mande, de la part de la Reine, qu'il concerte avec vous ce qu'il sera à faire en cette occasion, en laquelle Sa Majesté juge très-important de justifier la marche des troupes de M. de Jerzé, pour empêcher qu'on ne s'en prévale au préjudice du service du Roi et du repos piÂlic.

ce Si vous jugez devoir faire voir, lundi, à la compagnie, la lettre de M. le maréchal de Brézé ^, M^ le

i. Voici la lettre de M. de Brézé : « J'ai fait partir, ce matin, le courrier du Roi qui m'avoit apporté les expéditions touchant la paix, et j*a^oîs retenu celui de Vôtre Altesse pour lui mander de certaines nouyelles de la manière que ceux d'Angers recevroient

Prince trouTe bon que yo«s la reteniez^ sinon il vous plaira de me la Renvoyer par ce porteur, ou bien lorsqu'elle ne vous sera plus nécessaire. Je suis, etc. A Saint-Germain en Laye, ce 10 avril 4649* »

les ordres pour publier la déclaradon du Roi. Mais, Monseigneur, voyant le temps passé auquel Tun de mes gardes , qui avoit porté à Angers les dépèches de Sa Majesté et le paquet de M. le Procureur Général avec une de mes lettres , devoit être de retour, je crois que Tavis qu'un marchand m'a donné qu'il étoit arrêté et celui qui alloit à Châteàu-Gonthier, pour la même chose, est véritable ; et ce qui m'empêche d'en douter, c'est que je suis trèsassuré qu'ils pressent, avec toutes les diligences possibles, le travail du château, et que leur mineur y est attaché. Ce qui confirme ^ncore cela, c'est. Monseigneur, «qu'il fut publié hier dans Angers , avec trompette et tambour, une ordonnance de M. de la Trémouille portant défense expresse de ne point dire ni croire que la paix fût faite, sous peine d'être déclaré perturbateur du repos public.

« L'on m'a donné avis de bonne part qu'ils retiennent généralement tous les courriers, pour empêcher que la déclaration du Roi ne soit publiée , se fondant sur l'article qui leur donne trois jours de temps après ladite publication, et cependant ils espèrent pouvoir exécuter leur dttsein contre le château.

« Toutes ces raisons-là. Monseigneur, m'ont fait envoyer deux gentilshommes, l'un après l'autre , pour faire hâter M. de Jerzé avec les troupes qu'il conduit ; mais j'ai bien peur que le retardement qu'il a fait par les chemins ne le fasse arriver trop tar^. C'est pourquoi, je crois qu'il seroit très-important qu'il plût à Votre Altesse d'envoyer ordre pour qu'elles se diligentassent, et même que le régiment d'infanterie d'Orléans s'y joignit, d'autant qu'il y a sujet de croire que M. de la Trémouille ne manquera pas d'assembler là tout ce qu'il pourra de troupes, et, dès aujotu^ d'hui , il a commencé à marcher quelque trois cents chevaux, qui ont passé à Thouai*s pour se rendre auprès de lui, auquel cas le secours de la place se rendroit fort difficile, tant à cause du passage des rivières que de sa situation que l'on ne sçauroit aborder sans de fort grands défilés, et ainsi on n'auroit pas trop de tout.

« La Boulaye i)artit d'Angers le jour de Pâques pour aller as-

DE BIATHIEU MOLE. (i«49.) 17

lUSpOJrSBS DE MOUS*-

a Monteur, les uonvelles que Tûd doit recevoir demain d'Angers, qai est le jour de Tordinaire, nous assureroQt de ce qui s'y passé ^ L'huissier de la Cour

sembler ce qo*!! pourroit ée UtNipe» pour s'opposer klp, marche de celles que conduit M. de lerzé.

« J& demande pardon à Votre Altesse, avec toute sorte de soumission, de l'importunité qu'elle recevra par la longueur ^ cette lettre. Je'croifi qu'elle aura assez de bonté pour Taccorder à celui qui sera, etc. Au château de Saumur, ce jeudi 8 d'avril iB49.. »

1. La lettre suivante des maire et échevins fut en^eOet apportée d'Angers au Premier Président : « Monseigneur, le même esprit qui nous a portés d'assurer n^s seigneurs de la Cour de nos obéissances à l'autorité de leurs arrêts , nous oblige. maiatenant de vous donner avis que noue avons été aussi prompts à déposer les armes, que nous nous somm^ montrés prêts de les prrâidre pour seconder vos saintes intentions. Nous ne reçi&mes, monseigneur, les nouvelles de la paix que- le 7 de ce mois ,* ^yt le midi. Le même jour , là déclaration du. Roi fut publiée au siège présidial , et le lendemain Ton chanta le Te Deum , Ton fit les feux de joie, où M. le duc de la Tréma^ille, qui étoit ici de votre part, j assista , et ensuite congédia ses troupes et fit mettre bas les armes à nos concitoyens. Et comme il n'étoit venu en cette ville que pour tenir la main à Vexécution de votre arrêt, il nous laissa le jour suivant dans une tranquillisé parfaite ; mais dans la volonté de pe manquer ]amai!», en toutes autres occasions^ à Thonnevr de vos commandements. Il est vrai. Monseigneur, qu'il nous a 'laissé ij/àns cetle crainte d'être plutôt opprimés que châtiés des troppes que l'on vc^t faire descendre , et toutefois, comme tontes les (v^^a^iotas qui procèdent de la justice n'ont pour objet qu« de rétablir toutes choses dans leur ordre, notre oninie sur ce fondement s'est convertie sur cette confiance qu'après cette paix, qui est un ouvrage de la justice du Roi et un effe;^ de la prudence de la Cour, nous pourrions, en reprenant nos premières voies, rencontrer. notre premier repos. Nous avons, pour ce sujet , député vers M. notre gouverneur, que la nature séparoit d'atecrnous plutôt que son inclination, pour le prier de nous^ faire jouir de la .paix , puisquil#voit plu à la bonté du Roi IV 2

part pour porter la déclaration , afin que Ton y obéisse comme on doit, et demain, sur la remontrance, je me promets qu'il y aura arrêt. S'il est nécessaire , je ferai voir la lettre de M. le maréchal de Brézé , qui écrit sur Tavis d'un marchand et ne dit point si la déclarration a été publiée au siège de Saunuir. Vous verrez par le mémoire ci-eoclos ce à quoi il importe de pourvoir. J'en attendrai votre réponse et essayerai de satisfaire à tout ce que je dois et vaincre le malheur qui semble me vouloir encore suivre en Tamitté que vous me témoignez; vous voulez bien que j'ajoute ce mot. Je serai, etc. Ce dimanche matin.

. MOLÉ AU SECBÉrAXBE d'iÊTAT LB TELLIBB*

Noarelles d'Angers. — Retour de MM. de Noicmontiery de Lugue et de M"^* de Cherreuse.

c( Monsieur, je viens de recevoir les lettres de M. de la Trémoille % en créance du sieur de la Noue, dont

nous la donner. Non» espérons^ Monseigneur^ de sa générosité notre rétablissement dans ^s bonnes grâces et le divertissement du dessein qui avoit été pris de nous envoyer des trou-* pes ; mais n notre malheur étoit aussi public que nos misères, nous supplierions très-humbleûient votre intégrité de n'abandonner pas une province, laquelle, outre la considération de la justice de Botre cause, s'est pointée à vous servir parce qu'elle est l'apanage de la seconde personne de l'Eut, k la cqnservaticm duquel nous, sacrifierons toujours nos vies, nos bîens et nos familles, avçc la même affection de laquelle nous vous offrons les obéissances de. Monseigneur, vos trés-humbles et très-obéissants et très-obligés serviteurs. »

i . Les documents tirés des papiers de Mole, et qu'on vient de lire, indiquent assez If» difficultés qu'épjrouvait rexéculion de la déclaration du Roi du Zi mars , et le rétabliseement de la paix. Les plaintes se renouvelaient sans cesse de part et d'autre. L'ordre ne fut œomenta^hnent rétabli dans les provinces que

je TOUS edfvoie copie* (en retenant roriginal), que j*ai fait écrire devant moi. C'est Tafisurance qu'Angers a désarmé, en exécution de la déclaration; maïs comme par celle reçue de M. le maréchal de Brézé, qui ne vous avoit écrit que sur Tavis d'un marchand et dont je me défiois, comme je vous Tai mandé, U avoit plu à la Reine prendre résolution de faire avancer les troupes commandées par M. de Jer^é, et qu'avançant toujours, on pourroit s'engager et ainsi rallumer un feu qui fume encore, j'ai cru être obligé de vous en* voyer cet exprès, afin de les faire retarder au plus t6t. c Je ne doute point que vous n'ayez avis du retoiir de M. de Noirmoutier, d'hier au soiv, ^n cette ville, et d'aujourdliui de celui de M"** de Chevreuse*, dont M. le duc de Luynes me vient présentement d'assurer. Si tous ces esprits $e disposent au bien^ Dieu soit loué , rînon vous croyez bien qu'il &ut veiller plus que jamais* Lundi, 12 avril, à 7 heures..» — Il y a eu

lorsqu'on apprit que la tranquillité régnait à Paris. Un grand nombre de lettres adressées' à Mole le prouvent suffisamment ; mais les détails qu'elles amiiennent na nous ont pas fntru assez intéressants pour être publiés. — La lettre de M- de la Trémoille et celle de M. de Ja Ifoue, dont parle Mole dans sa lettre à Le Tellier, existent dans le tome m de Colbert, P> 28^, 286.

i . Cette copie existe en effet dans les papiers de Le Tellier , t. n y avec cette note : <( Dans la Lettre de M. le Premier Président Mole, du lundi iS avril 1649. »

9. L'arrhrée de Mme de Cbevreuse à Pari$ et ses premières démarches sont facontées dans les Mémoires de MP* de Motteville, t. m, p. 2Ti. W* de Montpensier eut une entrevue avec H*^ de Cbevfeuse à Montmartre. Voy. ses Mémoires, p. 55. — Une très-intéressante publication faite par M. Cousin sous le titre de : La duchesse de Cbevreuse , contient de curieux renseignements sur la conduite de cette femjm célèbre, lorsqu'elle revint à Paris. \

arrêt ce matin^ comme il a été proposé; il importe de l'envoyer toujours, non à M. le maréchal de Brézé , mais aux ofïîciers du Roi. — Le sieur de la Noue est parti de vendredi au soir d'Angers, a passé à Tours, qui a levé les gardes. Le maire d'Angers est en chemin pour Paris, d

MOLi AU SECRÉrAIRE V^É^At LE TELLTER.

M. de la Êoulaye va être attaqué parles troupes du Roî. -— Mole empmntè de l'argent pour licaocier les troupes des Frondeurs qui volent publiquement. •— La province du Maine se conforme à la déclaration.

• (c Monsieur, étant ici assemblés avec MM. nos cidevant généraux , pour le licenciement de leurs troupes , ils ont assuré avoir avis que les troupes du Roi partoieat pour s'en aller contre le sieur de la 6oulaye , et qu'ils sçavoient que les régiments éloient en état de soutenir TefTort, et qu'ainsi c'étoit s'engager en la, guerre % dont il y auroit, peut-être, d'autre suite

î . Cette lettre de Mole partit eu même temps que la suivante de Le' Tellier, relative à la même affaire : « Monsieur, une heure ou environ après le départ du courrier que je vous envoyai hier, arriva ici un gentilhomme de la part de M* le marquis de Jefzc , qui mande que M. le marquis de la Boulaje s'étaQf trouvé dans Montmirail, il le fit sommer de poser les armes , en conséquence de la déclaration , et qu'après plusieui*s contestes ils arrêtèrent que M. de la Boulaye sortiroit ,. comme tl fit, avec les officiers des troupes qui étoient avec lut ; que les cavaliers et soldats seroient désarmés et mis dans le château de Montmirail jusques à ce que Sa Majesté en eût ordonné.

« M. de Jerzé croit que ledit sieur de la Boulaye est allé au Mans et autres lieux, pour disposer à mettre bas les armes. Cependant, nous envoyons un courrier audit sieur de Jerzé pour lui (aire sçavoir qu'il donne la liberté aux cavaliers et soldats qui se sont trouvés dans Montmirail ; que ceux qui voudront prendre parti dans les troupes du Roi y soient reçus, et (Sour'les autres ,

DE MATmEU MOLE. (J649.) tf

et qu'il seroit bien plus nécessaire d'envoyer la déclaration du Roi vériGëe, et de les sommer, en vertu d'icelle, de poser )es armes, afin que Vobëissance fût rendue aux ordres de Sa Majesté. Je les ai laissés dans la salle un instant pour en écrire; à quoi je satisfais, après leur avoir fait cognoitre qu^ils doivent avoir envoyé vers lui pour l'obUger à ne passer plus avant ^ Je suis votre, etc. Ce samedi, 8 heures. »

a 11 faut que j'emprunte quarante mille livres, puisque nous n'avons nuls fonds pour le licenciement des troupes qui volent publiquement et que le Roi ne retirera les siennes qu'après cette action. On est délogé de l'Hôtel de Ville. Bonne exécution de la déclaration. »

que leurs cheyanx et andes leur étant rendus, ils se retirent chez eux, deux à deux, ou trois à trois au plusr, sans commeittre désordres, sous peine de punition..

c Tout ceci ne faisoit rien ti l'égard d'Angers. On mande à M. de Jerzé de continuer son voyage. J'ai pensé vous devoir informer de ceci , afin ^e vous cogpoiasiez la raison qu'a Sa Majesté de lui donner cei ordre^ encore que M. de la Boulaye ait fait mettre bas les armes à ce qu'il avoit de troupes dans Montmirail. ^ suis, etc. A Saint-Germain en ÎLaje, ce il avril i649. »

i . Voici la réponse du secrétaire d'État Le Tellier : « Monsieur, j'ai reçu votre lettre , aveo copie de la créance du sieur de la Moue, envcfyé de M. de la Trémoille. L'on a été très-aist d'apprendre que ceux d'Angers se soient remis dans l'obéissance , en exécution de la déclaration , et l'on envoie à M. de Jerzé les ordres nécessaires p^ur mettre en garnison les troupes étant sous sa charge. Tous' devez être assurés que l'exécution s'en ensuivra avec toute sincérité. Je doute que les esprits des personnes nommées en votre lettre se portent au bien , ainsi je conviens qu'il faudra veiller plus que jamais. Au surplus, Monsieur, je me remets à ce que M. de Saintoft vous dira touchant la trésorerie, et je suis, etc. A Saint-Germain en Laye, 13 avril 1649. »

tl MÉMOIRES

HOtli AU SECRiTAIRB d'^IAT LE TELLISR.

Afïkire des piOTinces du Maine et d'Anjou.

« Monsieur , il faut donner compte de Texécution de la déclaration et que la puissance de la Reine soit recognue, comme elle doit. Le baron des Essarts, sénéchal du Maine, sort du logis, assurant que, dans le Mans, on a mis les armes bas, et enfin j'ai tiré les deux actes que je vous envoie, que vous me renverrez pour les faire voir demain à la compagnie. On se plaint que les chevaux et armes des gens de guerre de Montmirail n'ont point été rendus, et que Içs troupes du Roi commettent beaucoup de violences. 11 me semble que Tobéissancequi se rend peut arrêter la marche des troupes du Roi , pour n^exciter pas de nombreux bruits dahs les provinces, et que Ton ne donne pas sujet de se plaindre que Ton veut exercer justice trop rigoureuse contre \e% villes qui ont été pour la cause commune, et ainsi engager de nouveau à quelques mouvements.

fc J'attendrai votre réponse pour la faire sçavoir '. Je suis, etc. Ce mardi, midi. »

1. Le secrétaire d'État Le Tellier répondit à Mole : c Monsieur, J'ai reçu votre lettre de ce jourd'hui, avec les articles de la ville et du présidial du Mans, que je vous reuTOie, qui confirment suffisamment le dire de M. le baron des Essarts. Cette nouvelle et celle d'Angers, apportée par le député de M. de la Trémoille, obligent la Reine à désirer, plus que personne, qu^ les troupes soient promptement retirées dans les garnisons qui leur sont destinées, suivant les ordres envoyés à M. de Jerzé. La licence des gens de guerre n'est pas facile à corriger^ à cause qu'ils ne sont pas payés, et vous sçavez ce qui Pem pèche. On fait néanmoins tout ce qui se peut pour les contenir dans Tordre et la discipline. Juges-le, Monsieur, par l'intérêt qu'a le Roi d'empêcher la ruine

DE MATHIEU M0L£. (i649.} 23

(f Monsieur, tous m'avez écrit que Ton avôit en- Toyé ordre du Roi à M. de Jerzé pour faire rendre leii cbevaux et les armes aux cavalieri» qui étoient retenus dans le château de Montmirail; et comme il y a beaucoup dç ces cavaliers de retour en cette ville , qui assurent que l'on ne leur a pas voulu rendre ni chevaux tki armes et qu'ils sont du régiment de M* de fieaufort , qui pourroît dire être pirement traité que les autres /j'ai cru vous en devoir donner avis, afin qu'il vous plaide renouveler les ordres pour M. de J^zé, quQ cet officier du régiment, qui vous rendra la présente 9 portera sur les lieux , et s'il se pouvoit faire que les troupes du Roi , commandées par M. de Jerzé, fussent mises en garnison en d'autres villes que celles de l'Anjou,^ et particulièrement que celle de Yeroeuil-au-Perche, sachant assez qui en jouit, ce seroit un moyen d'assurer les esprits de cette pro* vince, afin de leur ôter le prétexte que, par ressentiment de leur action passée , on se porte à donner ces ordres^ Vous assurant que je suis, etc. Ce mercredi (i4 avril). ».

du peuple , qui est le soutien de ses affaires. Votre » etc. A Saint- Germain en Laye, 4e i 3 avril 1649. >

i . Voici la réponse de Le Tellier ; « Monsieur, j*ai reçu par M. le baron des I^sarts la lettre qu'il vous a plu m'écrire d'hier. Tai aussitôt .expédia Tordre du Roi, qu^a désiré Toflficier du régiment de Beaufortf pour la restitution des chevaux et armes retenues à Montmirail. L'armée de M. d'Erlac, occupant présentement beaucoup de quartiers où l'on avoit accoutumé de loger les troupes des armées de Flandre, il n*y a pas moyen de mettre ailleurs celle que nous laissons dans l'Anjou et le Maine ^ vu qu'à cause de l'approche de la campagne on ne peut davantage les éloigner de la frontière, mais l'on a donné tel ordre pour les faire vivre en bonne police et discipline, que les lieux de garnison

LE PARLEMENT DSHAICDE A LA BEINE DE SEVEITIR HABITER PAUIS. RÉPOUSE DE LA REIIIIB.

Le mercredi 14 avril, le Premier Président a dit à la Cow qu'à cause de Tinterruption des affaires il n'airoit été fait ouverture de l'audience suivant les anciennes formes, et ainsi il n'avoit été tenu mercuriales ordinaires, pour faire récit de ce qui setoit passé à Saiut-Germain en Laye. il fut arrêté que Ton feroit la mercuriale et ensuite le récit de ce qui s'étoit passé à Saint-Germain. Et à Tinstant, le Premier Président a dit : « Qu'il partit le 6 de ce mois avec les députés de la Cour , arrivèrent sur les midi et trouvèreut au château le Roi et la Reine-régente, auxquels il fit les remerciments de la Cour et les supplia d'ho*norer la ville de Paris de leur présence et de mettre en considération les intérêts particuliers de tous, les généraux.

La Reine répondit' : a Qu'elle étoit bien contente que tous les mouvements eussent pris, fîn^ et qu'elle Tassuroit de l'affection de là compagnie , qu'elle recognottroit en toutes occasions; quant aux intérêts des particuliers, qu'elle avoit déclaré sa volonté et qu'elle n'y changeroit rien. Pour le retour du Roi et le sien à Paris, qu'aussitôt que les affaires le pourroieut permettre, qu'elle viendroit à Paris et qu'elle en avoit

n'auront, je m'assure , aucun juste sujet de s'en plaindre. L'on n'en a point mis à Vemeuil-au-Perche.

N Je crois bien que vous sçavez que Son Altesse. Royale doit aller, ce jourd'hui, coucher à Paris; néanmoins, j'ai cru tous en devoir donner avis, estimant que vous jugeres à propos de la voir. Je suis, etc. A Saint-Germain en Laye, le 15 avril Î649. »

DE MATHieU MOLE. (1649.) 25

un extrême désir. » Le Premier Président lui dit : m Qu*eHe sçavoit bien avec quel respect ils recevoient llionneur.de ses commandements, mais qu'elle lui permettront de lui dire qu'ayant charge de la compagnie d'insister ponx les intérêts de quelques particu* liers, et ayant reçu leurs mémoires , ils la supplient de commander à quelqu'mi de les revoir, et que le tout étoit remis à sa volonté ; » ce qu'elle accorda , et se retirèrent, ils furent à la capitainerie, où le dîner étoit préparé par ordre de la Reine et les soins de M. le Prince; se peut dire que tous le» officiers du Roi qui servirent n'oublièrent rien de l'honneur dû à la compagnie, et ne se peut rieu ajouter au traitement* L'aumônier du Roi dit le Benedicite et les grâces. Et la Reine ayant sçu que beaucoup de Messieurs n'avoient sçu voir le Roi, à cause delà presse qui y étoit, fit sçavoir qu'il étoit dans la chapeHe, que Ton eût à s'y trouver, et que l'on éntendroit bonne musique; où beaucoup de Messieurs furent , qui y reçurent tous les accueils possibles. Et, en attendant , M« Le Tellier vint de la part du Roi sçavoir quels mémoires nous avions, et il les prit et assura que T intention de Ta Rc^ne étoit d'y faiise favorable réponse, et qu'il la feroit sçavqir sous peu; ce qu'il a fait, et ce que le Premier Président fit sçavoir aceux qui y avoient intérêt. »

Le vendredi 1 6 avril, la Cour, sur ce que -le Premier Président a dit que M. le duc d'Orléans et M. le Prince étoient arrivés en cette ville, d*hier au soir, et que les soins qu'ils avoient pris pour la paix étoien( extraordinaires ; que ce inoment étoit important au repos public,' et que ne pouvant autrement recognottre ce qui leur étoit dû que par le respect particulier, il

26 pfÉHOIRES

laissoit au jugement de la compagnie d'arrêter de l'aller trouver par députés : ladite Cour arrêta que deux présidents et deux conseillers de la Grand'Chambre et un conseiller de chacune des autres Chambi*es seroient députés pour aller saluer M. le duc d'Orléans et M. le Prince*

MOUE AU SEGBJÉTAIRS p'^AT LE TEIXIER.

Le doc d*Oriéaiis à Paris. -*- M"* de Cherreuse. — Le maréchal de la Mollie.— >Le duc de Booillon. — Mme de CbeTreuse obéira aux ordres de la Reme. —M. de Vitry. — lies marchands de salines. -» Siège d*Ypres par TArchidac. — Réponses de M. Le Teliîer.

c< Monsieur, j'ai reçu la lettre, hier, sur le tard , et par bonheur j'ai prévenu ce qui est à la fin de la vôtre, ayant rendu mes devoirs à Son Altesse Royale aussitôt que j^ai sçu son arrivée.

« Au retour, j'ai trouvé M"*® de Chevreuse qui m'attendoit, qui me dit une partie de son histoireel la cause de son retour \ Elle prétend que c'est en exécution de la déclaration , qu'elle s'est aidée des quatre jours y exprimés. Ce seroit peu que cela, si elle ne me donnoit l'assurance d'une conduite telle à l'ave* nir que la Reine en sera contente. L'état de ses affaires, le long temps d'absence , les considérations de sa famille peuvent la porter à cette nouvelle résolution ; ( et comme je n'ai pas cc^noissance de ce qui s'est

passé ci-devant, je n'ai pu que la conjurer de ne don-

i , La duchesse de Chevreuse se mit, en même temps, en rapport avec Ib coadjutear de Paris, et de très-intimes relations s'établirent bientôt entre Retz et H"* de Cbevreuse. Voy., sur la colère de M""* de Guéménée , à l'occasion de ces premières visites du Coadjateur à l'hôtel de Chevreuse , les Mémoires de Ret2 , édition citée, p. 179.

ner plus de parole qu'elle ne TOulAt garder, et que je ne manquerois pas d'en donner avis. Pour le moins, il me restera la satisfaction d'avoir essayé d'aider au malbeur d'autrui et conservé une Françoise en son devoir, et peut-être prévenir le bruit qui pourra naître de quelque autre dissension. Je suis, etc. A Paris, 16 avril. »

«r Monsieur, j'ai fait sçavoir à M™* de Chevreuse la volonté de la Reine à laquelle il est nécessaire qu'elle obéisse ; et ses propres actions lui doivent servir d'assurance^ si elle est en esprit de changer de conduite. Je n'en ai pas encore de réponse.

« M. le maréchal de la Mothe n'assistera plus au gouvernement, et lui dis hier mes pensées, desquelles il promit assurément de ne s'éloigner point.

u J'ai eu l'honneur de voir Sou Akesse Royale aussitôt qu'elle fut arrivéci et lui rendis^ compte de l'état de la ville.

u M. de Bouillon presse pour recevoir bientôt les dix mille livres promises; j'en ai parlé avec M. d'Aligre : M. de Bouillon témoigne ressentiment des prisonniers retenus par M. Pabert dans Sedan, qu'il sçait qu'ils sont innocents et que si on les tient coupables, que l'on les rende à la justice, comme on lui a promis. On peut mettre fin à cette afTaire sans crainte. Et si j'ai réponse en peu, cela mettra son esprit en repos. Il semble que l'on les fasse souiïvir pour son sujet.

«c Je ne puis finir qu'en vous remereiant de tant de soins que vous avez pris pour conduire TafTaire de la trésorerie à sa fin ; je n'ai jamais douté de vos paroles, en ayant trop reçu de preuves; mais vous scavez assez

30 MKBftCURES

DISGODBS DE MOLE A. M. LE PRINCE QUAND LE PARLEMElTr FUT LE SALUER \

« Aa milieu de tant d'obligations dont là France TOUS est redevable pour la conclusion de cette paix, si nécessaire au royaume , n'est-il pas juste que chacun en particulier vous en témoigne son ressentiment? Et surtout cette compagnie, laquelle, durant le calme bien établi, vous avez toojours honorée de votre bienveillance. Et comme elle veille continuellement au salut public et essaye , en tt>ute rencontre ,

troupes et en bon état pour lui opposer ; mais pas un sol pour Téquipage d'artillerie, ni le pain de munition. La liberté d'emprunter ne vint jamais plus à propos, pui3que sans cela il faudroSt demeurer les bras croisés et voir continuer les progrès de l'Archiduc, ce qui arrivera infailliblement si Pon ne trouve occasion d'en profiter. Je suis, etc. A Saint-Germain en Laye, ce 18 avril 1649. »

1 . Le manuscrit porte : « Pdur dire à M. le Prince quand le Parlement le fut saluer. » Le prince de Condé se rendit ensuite de Paris à Chantilly pour y recevoir le Roi et k Régente. Lorsque le Roi fut habiter Obmpiègne le 3 mai^ le prinog fut avec le cardinal Mazarin visiter Parmée de la frontière de Picardie. Il revint à Gompiègne le 1*' juin, et il prit congé do Roi pour retourner à Chantilly 9 et de là ^ par Paris, à son gouvernement de Bourgogne (Gazette, p« 343). Le prince écrivait de Paris^à Le Tellier la lettre suivante : « Monsieur, le peu de séjour que je dois faire en Boar» gogne me faisant perdre T espérance de recevoir, pendant le temps que f y serai , les expéditions nécessaires pour là décharge dès tailles, j'estime qu'il est si fort important au service du Roi d'en pouvoir donner quelque assurance plus grande que de parole , que je me sens obligé de vous prier de m'expédîer use lettre de cachet par laquelle le Roi me mande que son intention est telle, et que les expéditions en bonne forme en seront au plus tôt déli* vrées , attendant lesquelles Sa Majesté me permet et m'ordonne d'en assurer tout ce que je jugend à propos. J'attends, s'il vous plut, cette lettre et demeurerai toujours fort véritablement, Monsieur, votre très- affectionné à vous servil*. A Paris', le 8 juin 4649. *

de satis&ire à ce qu'elle doit, die a cru élre obligée de vous venir trouver pour vous donner les assurances de sa fidélité, et qu'elle se tiendra très-heureuse de rendre en toutes occasions les obéissances dues comme étant vos très-humbles sujets. »

nous AU SECBiXAIBE d'ÉTAT tE TELLIBR.

Les caré» yenleat aller complimenter la Reine. — Uarchevéqoe de Paris t'y «ppose —Le maii« d'Angers. — Nouvelles dcBell^me ti d'Oléron. •—Désordres des gens de guerre. — Le baron d'Hortie.-— Les finances de rÉut. — If m« de Gheriensê. — Réponses de Le T^iflr.

«r Monsieur , je viens de recevoir la vôtre et ai vu M. le maréchal de Gramout , (jui m'a dit les assurances que vous voiriez donner de reffet de cette affaire , dont je vous suis très-redevable et en témoignerai les ressentiments que je dois. Je viens d'apprendre que les curés avoient pris résolution d'aller rendre leurs devçirs à la Reine, en ce moment présent, et ce sous le bon plaisir de M. l'archevêque de Paris, et qu'il ne le leur a pas permis. Il semble, sans s'enquérir du motif de ce refus, qu'il seroit nécessaire, afin que cette bonne volonté pût recevoir l'effet désiré, d'écrire au nom du Roi à M. rArchevéque qu'il a été averti de la résolution prise entre les curés de sa bonne ville de Paris de satisfaire à ce qu'ils doivent et de le venir trouver , et qu'il contribue ce qui est de son autorité ^ leur permettant de venir au plus t6t^ et qu'il se promet qu'il donnera à cet effiet les ordres nécessaires. Celte -lettre lui fera cognottre qu'il n'auroit pas dû y faire difficulté , ou , pour le moins, on aura cognoissance de ses.senlimeuts. C'est

une proposition qui aura telle résolution qu'il vous plair^ ' : vous assurant, etc. Ce dimanche au soir, w

« Monsieur y le maire d'Angers, qui vous rendra celle-ci, vous expliquera ses justes craintes qu*après avoir souffert, Tannée passée, toul; ce qu'une ville a pu porter, qu'il craint encore en ce moment que les troupes du Roi ne reçoivent ordre de loger encore une fois en la ville , en ressentiment de ce qui s'est passé. Je l'ai assuré que l'on u'aura pas cet esprit et que l'on contribuera volontiers au soulagement d'une ville qui a été assez affligée et qui a expié toutes les fautes passées. Je serai toujours votre , etc. Ce lundi au soir. »

«c Monsieur, vous aurez «çu les plaintes qui viennent de tous côtés des désordres que commettent les gens de guerre , comme s'ils avoient cette liberté , en

i . Mole reçut la réponse suiyante de Le TelHer : c Monsieur, je puis TOUS assurer que ce que vous a dit M. le maréchal de Granmont/ poyr l'article qui vous touche, sera effectué. Vous en aurez l'obligation entière à la Reine qui s'y porte, tant par elkmême que par les bon» offices que Son Éminence vous rend continuellement près de Sa Majesté. J'ose de plus vous dire qu'il aura grande joie de le faire en toute occasion, et je n'ai contribué en celle-là que pour vous faire sçavoir la bonne disposition en laquelle on a toûjoof^ été de vous donner satisfactÎDn, où je trouve la mienne» étant comme je suis votre serviteur.

« ^our ce qui est de la résolution prise par MM. les t;urés de Paris, l'on a jugé' à propos que M. de Saintot mlk voir Hf. l'Archevéque , pour lui dire qjue la Reine , ayant sçu cette jrésoliidon de MM', les cures de venir rendre leurs devoirs à Leurs Majestés, elle Va eu très-'agréable et l'assure qu'ils seront les bienvenus. M. de Mercœur est parti ce matin pour, aller quérir M. le duc de Vendôme, à qui la Reine a permis de venir ici. »

Lès curés se rendirent en effet , quelques jours après la date de cette lettre, h Sainf-Germmn. Ce fut le curé de Saint-Landri qui |>orta la parole.

ressentiment des choses passées. L'avocat du Roi de Belléme vous dira le particulier de ce qui s'est passé en cette ville. 11 semble que si on lui accordoit le chan|;ement du logement que ce seroit le remède , et que l'on oublieroit le passé eQ recevant cette grftee. On me vient de donner avis que l'on retient dans Oléron le lieutenant général de la Rochelle et qu'il y est très-mal traité. Je ne doute point qu'en exécution de la déclaration , on n^ait mis en ces quartiers-là les armes bas, et aussi vous pouvez croire quel jugement de ce procédé !

(f Messieurs des Enquêtes ont député deux d'entre eux , afin que je fisse cognoitre les désordres extrêmes des gens de guerre j pour y apporter remède par l'autorité du Roi. Cette voie n'est qu'honnête^ et veuille Dieu qu'ils la suivent toujours. Je les ai assurés d'avoir prévenu et que vous m'aviez promis d'y donner tous les ordres nécessaires , mais que je ne manquerois pas encore de satisfaire à ce qu'ils désirent. Il est vrai que l'on en use comme si les peuples éto^ent une proie partout. Cette plainte générale pourroit avoir d'autres eflels. Je serai, etc. Ce vendredi au soir.

« Je vous envoie le mémoire touchant la trésorerie, duquel je vous ai parlé, en sçachant que M. de Mesmac est à Saint^Germain. Je vous conjure d'y mettre fin avec lui , suivant la parole donnée et dans le temps que vous m'avez promis, dont je resterai trèsobligé; mais souvenez- vous, s'il vous plait^ que le temps peut faire naître telles difficultés que la résolu* tion ne sera en votre puissance.

« Le 8, Droué continue ses exactions, et avec telle IV 3

32 BfÉMOnUES

une proposition qui aura telle résolution qu'il vous plaira ^ : vous assurant, etc. Ce dimanche au soir, h

« Monsieur, le maire d'Angers, qui vous rendra celle-ci, vous expliquera ses justes craintes qu'après avoir souHert) Tannée passée, tout ce qu une ville a pu porter, qu'il craint encore en ce moment que les troupes du Roi ne reçoivent ordre de loger encore une fois en la ville , en ressentiment de ce qui s'est passé. Je l'ai assuré que Ton i^'aura pas cet esprit et que l'on con* tribuera volontiers au soulagement d'une ville qui a été assez affligée et. qui a expié toutes les fautes passées. Je serai toujours votre , etc. Ce lundi au soir. »

fl( Monsieur , vous aurez sçu les plaintes qui viennent de tous côtés des désordres que commettent les gens de guerre, comme s'ils ayoient cette liberté , en

i . Mole reçut la réponse suivante de Le Tellier : « Monsieur, je puis vous assurer que ce que vous a dit M. le maréchal de Granmont/ popr l'article qui vous touche, sera effectué. Vous en jturez Tobligation entière à la Reine qui s'y porte, tant par elkméme que par les bon» offices que Son Éminence vous rend continuellement près de Sa Majesté. J'ose de plus vous dire qu'il aura grande joie de le faire en toute occasion, et je n'ai contribue en celle-là que pour vous faire sçavoir la bonne disposition en laquelle on a toûjoufs été de vous donner satisfaction, où je trouve la mienne» étant comme je suis votre serviteur.

' « Pour ce qui est de la résolution prise par MM. les curés de Paris, l'on a j'agé'à propos que M. de Saintot aille voir Hf. l'Archevêque, pour lui dire que la Reine, ayant sçu dette jrésoliidon de MM-. les cuçes de venir rendre leurs devoirs à Leurs Majestés, elle Va eu très-agréablè et Tassure qu'ils seront les bienvenus. M. de Mercœur est parti ce matin pour. Mer quérir M. le duc de Vendôme, à qui la Reine a permis de venif id. »

Lés curés se rendirent en effet , quelques jours après la data de cette lettre» à Saint-Germain. Ce fut le curé de Saint-Landn qui lM>rta la parole.

DE MATHIEU MOLE. (16(i9.) 83

ressentiment des choses passées. L'avocat du Roi de Belléme vous dira le particulier de ce qui s'est passé en cette ville. Il semble que si on lui aocordoit le changement du logement que ce seroit le remède , et que l'on oublieroit le passé eq recevant cette grftee. On me vient de donner avis que l'on retient dans Olëron le lieutenant général de la Rochelle et qu'il y est très-mal traité. Je ne doute point qu'en exécution de la déclaration , on n^ait mis en ces quartiers-là les armes bas, et aussi vous pouvez croire quel jugement de ce procédé !

(c Messieurs des Enquêtes ont député deux d'entre eux y aBn que je fisse cogDoitre les désordres extrêmes des gens de guerre , pour y apporter remède par l'autorité du Roi. Cette voie n'est qu'honnête, et veuille Dieu qu'ils la suivent toujours. Je les ai assurés d'avoir prévenu et que vous m'aviez promis d'y donner tous les ordres nécessaires , mais que je ne manqueroispas encore de satisfaire à ce qu'ils désirent. Il est vrai que l'on en use comme si les peuples étoient une proie partout. Cette plainte générale pourroit avoir d'autres effels. Je serai, etc. Ce vendredi au soir.

«c Je vous envoie le mémoire touchant la trésorerie, duquel je vous ai parlé, en sçachant que M. de Mesmac est à Saint-Germain. Je vous conjure d'y mettre fin avec lui , suivant la parole donnée et dans le temps que vous m'avez promis, dont je resterai trèsobligé; mais souvenez- vous, s'il vous plait, que le temps peut faire naître telles difficultés que la résolu* tion ne sera en votre puissance.

«c Le 8, Droué continue ses exactions, et avec telle

32 BfÉMOnUES

uoe proposition qui aura telle résolution qu'il vous plaira ^ : vous assurant, etc. Ce dimanche au soir, m

« Monsieur, le maire d'Angers, qui vous rendra celle-ci, vous expliquera ses justes craintes qu'après avoir souffert, l'année passée, tout ce qu'une ville a pu porter, qu'il craint encore en ce moment que les troupes du Roi ne reçoivent ordre de loger encore une fois en la ville , en ressentiment de ce qui s'est passé. Je l'ai assuré que l'on n'aura pas cet esprit et que l'on contribuera volontiers au soulagement d'une ville qui a été asses; affligée et qui a expié toutes les fautes passées. Je serai toujours votre , etc. Ce lundi au soir. »

flc Monsieur , vous aurez «çu les plaintes qui viennent de tous côtés des désor4res que commettent les gens de guerre, comme s'ils àyoient cette liberté , en

i . Mole reçut la réponse suivante de Le Tellier : « Monsieur, je puis vous assurer que ce que vous a dit M. le maréchal de Granmont/ poyr l'article qui vous touche, sera effeotué. Vous en aurez l'obligation entière à la Reine qui s'y porte, tant par elkméme que par les bon» offices que Son Eminence vous rend continuellement près de Sa Majesté. J'ose de plus vous dire qu'il aura grande joie de le faire en toute occasion, et je n'^ai contnbué en celle-là que pour vous faire sçavoir la bonne disposition en laquelle on a toûjouts été de vous donner satisfaction, où je trouve la mienne^ étant comme je suis votre serviteur.

'. « Pour ce qui est de la résolution prise par MM. ]es curés de Paris, Pou a jagé'à propos que M. de Saintot aille voir Hf. l'Ardievèque, pour lui dire que la Reine, ayant sçu dette résoliidon de MM. les euçés de venir rendre leurs devpirs à Leurs Majestés, elle l'a eu très^agréablê et Passnre qu'ils seront les bienvenus. M. de Mercœur est parti ce matin pour, sdler quérir M. le duc de Vendôme, à qui la Reine a permi3 de venir id. »

Lès curés se rendirent en effet , quelques jours après la data de cette lettre, à Saint-Germain. Ce fut le curé de Saint-Landri qui |M)rta la parole.

DE MATHIEU MOLE. (i6(i9.) S3

ressentiment des choses passées. L*ayocat du Roi de Belléme vous dira le particulier de ce qui s'est passé en cette ville. Il semble que si on lui accordoit le changement du logement que ce seroit le remède , et que l'on oublieroit le passé en recevant cette grftee. On me vient de donner avis que l'on retient dans Oléron le lieutenant général de la Rochelle et qu'il y est très^mal traité. Je ne doute point qu'en exécution de la déclaration , on n^ait mis en ces quartiers-là les armes bas, et aussi vous pouvez croire quel jugement de ce procédé !

(c Messieurs des Enquêtes ont député deux d'entre eux y afin que je fisse cognoitre les désordres extrêmes des gens de guerre j pour y apporter remède par l'autorité du Roi. Cette voie n'est qu'honnête, et veuille Dieu qu'ils la suivent toujours. Je les ai assurés d'avoir prévenu et que vous m'aviez promis d'y donner tous les ordres nécessaires , mais que je ne manqueroispas encore de satisfaire à ce qu'ils désirent. Il est vrai que l'on en use comme si les peuples étoient une proie partout. Cette plainte générale pourroit avoir d'autres effels. Je serai, etc. Ce vendredi au soir.

«r Je vous envoie le mémoire touchant la trésorerie, duquel je vous ai parlé, en sçachant quel^I. de Mesxnac est à Saint-Germain. Je vous conjure d'y mettre (in avec lui , suivant la parole donnée et dans le temps . que vous m'avez promis, dont je resterai trèsobligé; mais souvenez- vous, s'il vous plait, que le temps peut faire naitre telles difficultés que la résolu* tion ne sera en votre puissance.

«c Le 8, Droué continue ses exactions, et avec telle

uoe proposition qui aura telle résolution qu'il vous plair^ ' : vous assurant, etc. Ce dimanche au soir, m

« Monsieur, le maire d'Angers, qui vous rendra celle-ci, vous expliquera ses justes craintes qu'après avoir souffert, Tannée passée, tout ce qu une ville a pu porter, qu'il craint encore en ce moment que les troupes du Roi ne reçoivent ordre de loger encore une fois en la ville , en ressentiment de ce qui s'est passé. Je l'ai assuré que l'on o'aura pas cet esprit et que l'on contribuera volontiers au soulagement d'une ville qui a été assez affligée et qui a expié toutes les fautes passées. Je serai toujours votre , etc. Ce lundi au soir. »

a Monsieur , vous aurez 6çu les plaintes qui viennent de tous côtés des désordres que commettent les gens de guerre, comme' s'ils avoient cette liberté , en

i . M6lé reçut la réponse suivante de Le Tellier : « Monsieur, je puis vous assurer que ce que vous a dit M. le maréchal de Granmont/ poyr l'article qui vous touche, sera efTeotué. Vous en aurez l'obligation entière à la Reine qui s'y poite, tant par elkmême que par les bon» offices que Son Eminence^ vous rend continuellement près de Sa Majesté. J'ose de plus vous dire qu*il aura grande joie de le faire en toute occasion, et je n'ai contribue en celle-là que pour vous faire sçavoir la bonne disposition en laquelle on a toiijoQts été de vous donner satisfaction, où je trouve la mienne^ étant comme je suis votre serviteur.

. « Pour ce qui est de la résolution prise par MM. les tcurés de Paris, Ton a jugé' à propos que M. de Saintot aille voir Hf. l'Ardievéque, pour lui dire que la Reine, ayant sçu cette xésoliitîoii de MM. les cnçes dé venir rendre leurs dévpirs à Leurs Majestés, elle l'a eu très-^agi^éable et Passure qu'ils seront les bienvenus. M. de Mercœur est parti ce matin pour aller quérir M. le duc de Vendôme, à qui la Reine a permi3 de venir id. »

Les curés se rendirent en effet , quelques jours après la data de cette lettre, à Saintf-Germain. Ce fut le curé de Saint-Landri qui |M)rta la parole.

DE MATHIEU MOLE. (16(i9.) S3

ressentiment des choses passées. L'avocat du Roi de Belléme vous dira le particulier de ce qui s'est passé en cette ville. 11 semble que si on lui accordoit le changement du logement que ce seroit le remède , et que l'on oublieroit le passé en recevant cette grftee. On me vient de donner avis que l'on retient dans Oléron le lieutenant général de la Rochelle et qu'il y est très^mal traité. Je ne doute point qu'en exécution de la déclaration , on n^ait mis en ces quartiers-là les armes bas, et aussi vous pouvez croire quel jugement de ce procédé !

(c Messieurs des Enquêtes ont député deux d'entre eux y aGn que je fisse cognoitre les désordres extrêmes des gens de guerre , pour y apporter remède par l'autorité du Roi. Cette voie n'est qu'honnête, et veuille Dieu qu'ils la suivent toujours. Je les ai assurés d'avoir prévenu et que vous m'aviez promis d'y donner tous les ordres nécessaires , mais que je ne manqueroispas encore de satisfaire à ce qu'ils désirent. Il est vrai que l'on en use comme si les peuples étoient une proie partout. Cette plainte générale pourroit avoir d'autres effels. Je serai, etc. Ce vendredi au soir.

«r Je vous envoie le mémoire touchant la trésorerie, duquel je vous ai parlé, en sçachant que M. de Mesmac est à Saint"*6ermain. Je vous conjive d'y mettre fin avec lui , suivant la parole donnée et dans le temps . que vous m'avez promis, dont je resterai trèsobligé; mais souvenez- vous, s'il vous plaît, que le temps peut faire naître telles difficultés que la résolu* tion ne sera en votre puissance.

<c Le 8, Droué continue ses exactions, et avec telle

une proposition qui aura telle résolution qu'il vous plaira ' : vous assurant, etc. Ce dimsttiche au soir, m

i( Monsieur , le maire d'Angers y qui vous rendra celle-ci, vous expliquera ses justes craintes qu'après avoir souHert) Tannée passée, tout ce qu'une ville a pu porter, qu'il craint encore en ce momentqueles troupes du Roi ne reçoivent ordre de loger encore une fols en la ville , en r^sentiment de ce qui s'est passé. Je l'ai assuré que l'on 9'aura pas cet esprit et que l'on con* tribuera volontiers au soulagement d'une ville qui a été assez affligée et qui a expié toutes les fautes passées. Je serai toujours votre , etc. Ce lundi au soir» »

« Monsieur , vous aurez 6çu les plaintes qui viennent de tous côtés des désordres que commettent les gens de guerre, comme s'ils ayoient cette liberté , en

i . Mole reçut la réponse suivante de Le Tellier : « Monsieur, je puis vous assurer que ce que vous a dît M. le maréchal de Granmont/ pour l'article qui vous touche, sera effeotué. Vous en irurez Tobligation entière à la Reine qui s'y porte, tant par elkmême que par les bons offices que Son Éminence vous rend continuellement ^r^ de Sa Majesté, J'ose de plus vous dire qu'il aura grande joie de le faire en toute occasion, et je n'ai contribue en celle-là que pour vous faire sça?oîr la bonne disposition en laquelle on a toiijouf^ été de vous donner satisfaction, où je trouve la mienne» étant comme je suis votre serviteur. *

* « Pour ce qui est de la résolution prise par MM. les curés de Paris, l'on a jugé' à propos que M. de Saintot aille voir MF. l'Archevêque, pour lui dire que la Reine, ayant sçu cette ^olotioii de MM', les ençes de venir rendre leurs devoirs à Leurs Majestés, elle l'a eu trèsr'agréabte et Passure qu'ils seront les bienvenus. M. de Mercœur est parti ce matin pour Mer quérir M. le duc de Vendôme, à qui la Reine a p€frmi3 de venir îd. »

Les curés se rendirent en effet , quelques jours après la data de cette lettre» à Saintf-Qermmn. Ce fut le curé de Saint-Landri qui |)oru la parole.

DE MATHIEU MOLE. (16(i9.) S3

ressentiment des choses passées. L*ayocat du Roi de Belléme vous dira le particulier de ce qui s'est passé en cette ville. 11 semble que si on lui aocordoit le changement du logement que ce seroit le remède j et que l'on oublieroit le passé en recevant cette grftee* On me vient de donner avis que l'on i*etient dans Oléron le lieutenant général de la Rochelle et qu'il y est très^mal traité. Je ne doute point qu'en exécution de la déclaration , on n^ait mis en ces quartiers-là les armes bas, et aussi vous pouvez croire quel jugement de ce procédé !

(c Messieurs des Enquêtes ont député deux d'entre eux y aGn que je fisse cognoitre les désordres extrêmes des gens de guerre , pour y apporter remède par l'autorité du Roi. Cette voie n'est qu'honnête, et veuille Dieu qu'ils la suivent toujours. Je les ai assurés d'avoir prévenu et que vous m'aviez promis d'y donner tous les ordres nécessaires , mais que je ne manquerois pas encore de satisfaire à ce qu'ils désirent, il est vrai que l'on en use comme si les peuples éto\ent une proie partout. Cette plainte générale pourroit avoir d'autres effets. Je serai, etc. Ce vendredi au soir.

«c Je vous envoie le mémoire touchant la trésorerie, duquel je vous ai parlé, en sçachant que M. de Mesmac est à Saint^Germain. Je vous conjure d'y mettre (in avec lui , suivant la parole donnée et dans le temps . que vous m'avez promis, dont je resterai trèsobligé; mais souvenez- vous, s'il vous plait^ que le temps peut faire naître telles difficultés que la résolu* tion ne sera en votre puissance.

a Le 8, Droué continue ses exactions, et avec telle IV 3

43 MimOIRES

les femmes que Ton a feit aller pour apprendre 4« ses nouvelles. On voit assez la fin de ce dessein : Tempoisonnement n'est pas au corps, mais en Tésprit , et ainsi il se peut guérir lui-même, quand il changera, comme il y est obligé.

« M"® de Chevreuse et le sieur de Laolne sont venus hier, auxquels j'ai fait entendre Tobéissance que M^^ de Chevreuse devoit aux volontés de la Reine, par sa retraite à Dampierre, pour un temps, et j'appris, sur le tard , qu'elle étoit résolue d'y satisfaire , et m'ayant fait demander pour quel temps : je ne l'en ai pu assurer. Elle veut que l'on croie son changement d'esprit et qu'elle a quitté, en vérité, tout commerce avec les étrangers et les François suspects.

affaires fussent terminées comme celles de M. de Beaufbrt, pourvu qu'ils se mettent dans leur devoir. Enfin le poison n'a pas été bien fort^ la maladie est en bonne disposition. Il alla hier chez M"« de Longueville. C'est bien étrange qtte de voir les artifices dont on &'est servi en cette occasion, qui ont été si grossiers qu'ils ont trompé peu de personnes. Je l'ai fait visiter dans sa maladie; il m'a fait dire qu'il viendrait ce soir. Je suis, etc. A Paris, ce 10 mai 1649. »

« Je ne vous dirai rien de l'affaire de M. de Beaufort. J'ai mandé à M. le comte de Brieraie l'avis de M. le Premier Président et des gens dv Roi ; à quoi je n'ai rien à ajouter, sinon que le bruit est répandu par Paris que j'avois ordre, de faire informer contre lui, et les esprits sont un ])eu échauffés et travaillent à s'op> poser à cette procédure. J'ai cru devoir la vérité au public , et de témoigner que le Roi avoit mauvaise satisfaction de 1^ de Beaufort, mais que je n'avois, jusques ici, ordre de faire informer. J'ai proposé un expédient en cutte affaire ^ que je soumets au jugement de Son Éminence. J^ttends ce qae l'on m'ordonnera et je l'exécuterai avec la fidélité qiie jedois'. A Paris, ce 23 juin 1 649. »

La visite que le Chancelier fit faire au duc de Beaufort fut Marnée par ses collègues les ministres d'État. Il existe à la Bibliothèque impériale une aulre lettre dans laquelle Séguier se plaint des reproches qu'il reçut à celte occasion.

a Pour vérité assurée par M. de Chevrcuse, le courrier qui est allé en Ftandre n'a parié à elle qu'en sa présence, étant à table. Le courrier a pu demeurer plus longtemps dans le logis, mais avec ses domestiques, desquels il est bien cognu, et a écrit à quelqu'un dos siens qui est à Cambrai avec son bagage, afm qu'il revienne au plus tôt. Elle a fait dire à M. le marquis de Noirmoutier qu'elle le prioit de ne retourner p}us chez elie, et elle est venue aus4t6t me le dire, avec ttBt d'assurances de paroles de sa fidélité, que l'on recognoitroit par effet sa résolution d'observer tout ce qu'elle doit à la France et qu'il (Noirmoutier) s'en va à la Ferté- Milon où il n'aura plus pensée qu'à la chasse.

a Quant à la trésorerie, je m'assure seulement en vos paroles que tous les efFets, quoique contraires, ne m'en laissent point de doute. H est temps, ce semble, si vous voulez que je vous le dise en liberté, d'y mettre fin , puisque les moments à l'avenir peuvent rendre l'af&ire plus difficile. On me donne un bénéfice, et on ep expédie le» provisions à un autre; on me le confirme à Chantilly, et on lui en expédie de nouvelles datées du même lieu. On lui en laisse prendre possession ^ dont je fiis hier le témoin, et il demanda hier après diner les clefs du trésor à Messieurs des comptes.

« De toutes œs apparences quel jugement en peuton faire? vous le pouvez sçavoir, et néanoioins je soumets mon esprit au milieu de ce procédé, et je suis, etc.

« J'ai vu M. le Chancelier qui m'assure n'avoir point de peur et être très*satisfait de ce retour'* »

i. Le TelHer répondit à Mole t « Monsieur, M. de Champlâ-

« Monsieur, M"*^ de Chevrcuse sort de céans, résolue à Tobëissance et de partir pour Dampierre , s'assurant en Tinnocence de ses actions pour l'avenir , et que, tout le passé étant oublié, on recognoftra à l'avenir la vérité de ses paroles. Elle se persuade pourtant que cette absence ne sera pas changée en exil perpétuel, et m'ayant demandé dans quel temps elle pourroit en revenir, ou s'éloigner en quelques autres lieux, selon la liberté qui lui seroît acquise par sa conduite, je ne lui ai pu faire réponse \ Ce n'est pas que

treux s'en allant bien informé de ce qui concerne M"** de Che- Treuse, M. de Beaufort et les autres aÏTaires publiques , je croirai lui faire tort de vous en rien dire et tous «upplier de trouyer bon que je me remette à l'entretien qu'il vous en fera, beaucoup mieux que je ne pourrais vous l'écrire. Vous cognoitrez, Monsieur, par ce qu'il TOUS porte, que l'on à toujours intention de vous servir, et que les formalités que l'on a apportées enMrs M. de Mesmac n'ont été que, pour mieux faire réus^r la chose à votre satisfaction. Je suis bien aise que vous éprouviez que je ne donnai jamais parole à personne que je ne fusse assuré de la pouvoir effectuer, et le contraire m'arriveroit moins à votre égard que de qui que ce soit, pour le respect et l'estime que j'ai toute entière pour votre personne.

c En faisant cette lettre, j'en reçois nbe du gouvemefir de Guise, qui m'apprend que le sieur de la Sauvetat, frère du sieur de Barrière, y a été arrêté avec deux hommes de sa suite. Il devoit partir le soir à neuf heures pour entrer dans le pays ennemi , et celui qui l'a découvert est le même qu'il vouloit prendre pour guide. Vous jugerez par là , Monsieur, si l'on a renoncé à toutes pratiques et intelligences avec les ennemis^ et si pour aller prendre les eaux à Spa et de là se rendre à sa compagnie en Hollande, l'on devoit faire difficulté de prendre ufi passe-port du Roi. Je suis, etc. A Coiâpiègne, ce i3 mai 1649. »

La lettre du gouverneur 3e Guise eaûste également dans la collection Colbert, à & Bibliothèque impériale.

i . MoIé reçut de Le Tellier la réponse suivante : c Monsieur, la Reine ne considère pas comme exil le séjour de M"** de Che-

DE MATUmU MOLE. (1649.) 45

Ton n'ait ci-devant parié de quinze jours ou un mois; mais n'ayant pas reçu de terme certain, j'ai diffère de lui en donner p&role, et l'attendrai, s'il vous plait, afin que cette affaire se termine.

« Il a été élargi, à Gonesse, un prisonnier accusé d'avoir violé le dépôt des bardes mises dans Téglise durant les mouvements, en vertu d'une lettre de cachet. Si c'est un ordre commandé, il faudra essayer

Trease à Daiii|^rre ; mais Sa Majesté ne désire pas stipuler de combien il devra être ; la conduite de ma dite dame le pouvant faire durer ou cesser, selon la satisfaction qu'en recevra Sa Ma* jeslé.

c Cett de MAL les directeurs qui sont à Paris de qui dépend la satisfaction qu'attend M. de Bouillon, pour les dix mille livres promises. S'ils étoient ici, ou que je fusse où ils sont, je leur en parl^rois très-volontiers pour faciliter l'affaire. Ub mot de votre part, Monsieur, y. fera plus que qu<rf que ce soit

< Pour ce qui est des prisonniers retenu* à Sedan , j'ai écrit , par commandement de la Reine, à M. de Fabert, pour savoir ce que c'est, et je voulois faire donner ma lettre à celui des gens de M. de Bouillon , qui sollicitoit l'affaire. Il ne voulut s'en charger et elle fut mise à l'ordinaire. Je n'en ai toutefois eu réponse; ce qni m'oblige à^.vou^ en envoyer le duplicata avec un mot que je lui fais nouvellement pour le solliciter de répondre. Il vous plaira de faire bailler le tout à M. de Bouillon, afin qu'il eognoisse que nous agissons de bonne foi.

a Je n'ai point de cognoissance de l'affaire de Gonesse ; j'attends lexetour de M. du Plessis-Guénégaud pour lui en parler, après quoi je pourrai vous en dire davantage. Je suis, etc. A Compiègne, ce 47 mai 4649. »

A cette même époque , il y eut un arrêt du Parlement défendant de s'attrouper, de composer, semer et publier aucuns libelles diffamatoires | à peine de la vie , et d'empêcher de laisser librement circuler les munitions de guerre destinées à Tarmée du Roi, sur la frontière de Picardie. Le Procureur Général avait porté plainte contre l'impression et la mise en vente de quantité de méchants libelles tendant à sédition et remplis d'injures et calomnies atroces.

46 MÉttOmES

de faire cesser les plaintes de quelques habitants : ce seroit le mieux pourtant de laisser le cours ordinaire de la justice, surtout au criminel.

•c J'ai TU une dame, ce jourd'hui, qui prend soin particulier d'une affaire que vous avez avec les administrateurs de THôtel-Dieu ; en faisant leur condition meilleure qu'elle n'est, ce sera le moyen d'obtenir ce que vous désirez. Vous croirez, s'il vous plait, que j'y contribuerai tout ce qui sera en mon pouvoir, puisque je suis votre, etc. Ce samedi, sept heures du soir. »

or Monsieur, je viens d'apprendre l'extrémité de la maladie de M. Tévéque de Chartres, qui a disposé, il y a quatre ans , de la chanoinie et prévôté d'ingré , au profit de M. Âubert; mais comme eUe est contentieuse, on ne manquera pas de la demander en régale, comme vacante de droit et de fait, quoiqu'elle soit remplie, en sa personne, en Pun et en l'autre titre. Je prends donc la liberté de vous conjurer de la faire accorder en son nom , afin de joindre les droiu ensemble. Xe mérite de cette personne est assez cognu, et l'amitié que je lui dois m'oblige à vous donner cette peineS que je recognoitrai en toute occasion, étant votre, etc. »

i . Si Mathieu Holé recomn^ndait les intérêts de ses amis aux secrétaires d'État, les princes au sang ne se faisaient pas faute de lui écrire en faveur de leurs serviteurs dévoués. Voici le texte d'une lettre du prince de Condé , au Premier Président : c Monsieur, les intérêts de M. d^Aubeterre puîné m' étant en particulière considération , par Festime que je fais de sa personne et TafTection qu'il m'a toujours témoignée, je lui ai volontiers accordé ces lignes pour vous supplier de lui départir de votre protection au procès qu'il a au Parlement, contre le sieur d'Aubeterre , son

(c Monsieur, je ferai demain sçavoir à M. le maréchal dp la Mothe ce qu'il vous a plu de m'écrire , afin de l'obliger, sans plus ée demeure , de satisfaire à son devoir.

« M. le maréchal de Turenne a pris la peine de venir, ce jourd'hui, sur le refus fait par M* d'Erlac à fioduel, capitaine en son régiment de cavalerie, de le recevoir au service. Je lui ai dit qu'il y avoit raison de ne l'admettre pas jusques à ce qu'il y eût ordre du Roi, qu'il devoit demander devant que de s'y présenter. Je l'attendrai , s'il vous plait^ s'il n'y a autre cause.

tf II arrive, de jour en jour, quelqu'un de cette armée et apprend-on les violences que l'on y exerce et qui croissent.de jour eii jour; on tente tout pour Pempécher de marchpr.

« On asçu les nouvelles de l'envoyé d'Angleterre en Hollande, et qu'il y a été trouvé mort par la rue^ : extrême hardiesse d'envoyer au lieu où le fils de leur Roi est [chez] son beaU-frère, et de se promettre d'y voir traiter une ligue offensive et défensive. C'est l'intérêt de toutes les couronnes, pour maintenir la monarchie en son entier.

«c Mon fils m'a dit ce que vous lui wez témoigné de vos sentiments pour moi, dont je vous en rends encore

frère aîné, vous assurât que je v#us serai beaucoup obligé de la faveur qu'il recevra de vous pour le bon soocès de cette affairè , et qu'en toute occasion je vous ferai paroître que je suis véritablement voire bien kumble serviteur. A Gomplègne, ce 12 mai 1649. »

i . Une relation particulière de cet événement fut impriaoée dans la Gaasétte, p. 327, en n^me temps que là déclaration du prince d'Orange sur ce fait.

48 l^lÉMOm£S

actions de grâces. Se peut-il faire qu'une poursuite si juste puisse être refusée, et que ni la raison ni les exemples ne puissent vaincre Son Éminence pour obtenir la grâce que je demande avec tant d'instances? Croyez que je serai, etc.*. »

LK PRINCE DE COl^D^ A MOUÎ.

U s*empreftftera de lai étrê utile en toute occasion.

« Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait la faveur de m'écrire , et je me trouve tout honteux de voir que n'ayant jamais reçu de moi aucun service considérable, vous vous sentiez néanmoins obligé de l'envie que j'ai de vous en rendre. Je ne m'estimerai jamais heureux que je ne vous aie fait voir , par mes services y et particulièrement dans l'affaire de M. votre fils , que ]p suis avec plus de passion que homme du monde. Monsieur, votre, etc. A Compiègne , ce 1 5 mai 1 649 *. »

1 . La réponse de Le Tellier fut : qu'il allait s'informer de M. d'Erlac des motifs de son refus à l'égard de Boduel; que les maux causés par Varmée étoient très-grands » mais qu'il attendoit de l'argent pour leur distribuer une monstre et les faire entrer dans le pays ennemi.

2. Cette lettre du prince de Condé, entièrement de sa main, se rapporte sans doute à la nouvelle suivante , donnée par la Ga* zette : « Le 15 mai, l'évéque de Bayeux prit possession de la trésorerie de la Sainte Chapelle par la démission de l'abbé de Mesixiac. (Gazette , p. 308.) » Mais elle lui avait été longueme^^ coiitestée, comme oa a pu le voir par les lettres de Mole et àt Le ïellier.

DE MATHIEU MOLE. (i649.) 49

MOLE AU SECRETAIRE d'^AT LE TELLIER.

Moyen d'afFermir la paix dans Paris. — M. de la Mothe. — M. de Bouillon. — Messieurs des Enquêtes. — Les rentes sur THôtel de Ville non payées.— Plaintes très-yites de Mole. — On ne lui tient pa4 compte de ses senrices.

« Monsieur, vous voulez bien qu'au milieu de ce désert, je continue, en l'esprit que je dois avoir, d'essayer, par toutes voies, de séparer ces Messieurs , qui n'ont été ci-devant que trop joints en apparence , puisque c'est un moyen d'affermir notre calme public. L'affaire de M. le maréchal de la Mothe est faite, ce dit-on, et la parole en est donnée. Je [le] lui ai fait sçavoir, et néanmoins point d'exécution. Si c'étoit argent comptant, ce seroit un juste sujet de retardement; mais pour des assignations, il semble que l'on manque pour quelques autres desseins, vous le recognoitrez par sa lettre, dont copie est ci -enclose.

«c Vous aurez sçu que Messieurs des Enquêtes ont député à trois fois, pour trois affaires, et deux d'entre eux sont venus au logis : 1^ pour obtenir une déclaration du Roi et un bref de Rome pour les induites ; V pour chercher quelque remède au jugement en dernier ressort que les Maîtres des Requêtes ont donné touchant les faussaires du sceau , dont ils se fussent bien passés , puisque l'on ne parloit plus de cette affaire ; et le 3* pour donner ordre aux rentes de la ville *,

i . Le maîtres des cérémonies Saintot écrivait, à cette époque , au sujet des affaires des rentiers de THôtel de Ville , la lettre suivante à M. Le Tellier, secrétaire d'État :

c Ce matin , beaucoup de rentiers, au nombre de cinquante ou soixante, se sont trouvés k l'entrée de la chambre de Saint-Louis, laquelle étoit fermée. M. de la Nauve, conseiller, passant, leur IV 4

en exécution de l'arrêt du 4 septembre dernier, qui ordonne une assemblée par députés, de trois mois en trois mois. Je les ai remis après ces fêtes , à quoi ils se sont accordés.

« Je reçus hier une letlre de Son Éminence , et ne m'altendois pas à un refus si exprès et par écrit. La raison que je trouve en ma demande, sans apprendre celle de la lettre , m'obligera à tenter tous les moyens, en peu de jours , de lui persuader bientôt ce que je souhaite avec tant de justice. Je plaindrois mon malheur, si les grâces extraordinaires n'étoient souvent accordées, mênle offertes, à ceux qui se sont éloignés du devoir et service dti, et que, pour m'être acquitté de ce que je dois, depuis quarante ans , au milieu des temps les plus difficiles , je ne puisse obtenir ce que justement je peux désirer. J'ai assez de regret de le dire

a demandé ce qu'ils faisoient là. Ils lui ont dît que c'étoit pour le regard des rentes, afin que Ton y donne ordre. Il leur a témoigné qu'ils avoient mauvaise raison de venir de cette sorte, et que s*ils avoient quelque chose qui les regardât, qu'ils députassent quatre d'entre eux pour voir M. le Premier Président. Quelquesuns étoient dans ce sentiment, les autres non, voulant attendre qu'ils fussent en plus grand nombre. A la fin, par la persuasion de quelques-uns que j'avois fait jeter parmi eux, et voyant que ce leur étoit le meilleur moyen d'agir par cette voie, tous lesdits rentiers sont venus au nombre de quelques cents. Dans cet entretemps, j'en ai donné avis à M. le Premier Président, afiu qu'il ne fût pas surpris.

c L'un d'entre eux et le même qui porta la parole au Conseil , a dit que c'étoit les rentiers qui lui étoient envoyés de la part de Messieurs du Conseil , et qu'ils lui demandoient audience pour dire les raisons qu'ils avoient pour le payement de leurs rentes.

u II a fait réponse que de très-bon cœur il la leur donneroit; mais que comme il croyoit que leur fin étoit d'être payés de leurs rentes, il avoit à leur dire que l'on travailloit à cet effet; que les intentions de la Reine, à qui ils avoient de très-grandes obliga-

devant, plutôt devrois-je le laisser au jugement d*autnii ; mais Tancienne amitié dont vous m'avez toujours honoré me le permettra , s'il vous plaît. Cette poursuite sera sçue d'un chacun, et il sera nécessaire que j'en fesse cognoître le procédé en public, et je m'ose promettre que Son Eminence se fera gloire en ce rencontre de changer sa première résolution , ce qui augmentera le nombre des obligations desquelles je lui suis redevable*. Étant votre, etc. AChamplâtreux, ce 24 mai. »

LETTRE DE LA REUTE A MOLIÉ.

Recommandation en faveur du duc d'Uzès.

a Monsieur Molé, mon cousin le duc d'Uzès, mon chevalier d'honneur, m'ayant fait entendre qu'il a un procès au Parlement, au rapport du sieur Bouguier,

dons, vonloient que Von pourvût au moyen possible pour leur donner la satisfaction entière ; que si c'était quelque moyen qu'ils eussent à lui proposer, que de très-bon cœur il leur donnoit toute Vaprès- dîner, et que M. le Chancelier n'étoit ici et MM. les directeurs que pour leur donner des marques des bonnes volontés que Leurs Majestés ont pour eux , et que Messieurs du Conseil sont dans toutes les passions de contribuer pour leur satisfaction, et que pour lui de bon cœur il secondera les bonnes intentions de la Reine, à laquelle ils sont très-obligés, et celles de Messieurs du Conseil qui sont dans le désir de les servir.

< J'aurai l'honneur de vous informer de ce qui se sera passé demain. Je suis, etc. A Paris, ce 14 mai 4649. 9

I . Molé reçut une lettre de Le Tellier, en date de Compiègne, le 25 mai , en réponse à celle qu'il lui avait écrite , par laquelle le ministre annonçait que la Reine s'en remettait à sa prudence pour les affaires proposées par Messieurs des Enquêtes; que l'affaire de M. de la Mothe était réglée. Cette lettre se terminait par des assurances particulières d'affection pour Molé. — M. de la Mothe fut rendre '3es devoirs au Roi le 2 juin, et fut très-bien accueilli.

je TOUS fais celle-ci en sa faveur, pour vous recommander ses intérêts en justice, me promettant que vous la lui rendrez si bonne et si prompte, qu'il aura sujet de se louer de mon entremise. Ce pendant, vous devez vous assurer que la protection que vous lui accorderez, en cette occasion, accréditera toujours de plus en plus la bonne volonté que j'ai pour vous et les vôtres , etc. Écrit à Compiègne, le 25 mai 4649. »

molA au sECRérAiRB d'état lb tellieh.

Affaire du duc de Bouillon. — D faut 6ter tout préteicte de plaintea.

(( Monsieur , partant hier de Paris pour ce désert, M. de Bouillon prit la peine de venir au logis , afin que je vous fisse souvenir de mettre Tordre en TafTaire qui touche ces pauvres familles emprisonnées ou chassées de Sedan , puisque M. Fabert est maintenant arrivé. S'il y en a de coupables, il demande des juges, ou s'il y a des innocents, la liberté après tant de poursuites. Il semble que cette justice ne lui puisse être refusée, et principalement en ce moment, auquel on doit essayer d'ôter toutes les occasions de plaintes *• Ce n'est pas qu'elles cessent , puisque Ton cognott

i. Le cardinal Mazarin, préoccapé des partis politiques qui agitaient alors la cour, n'apportait pas la même attention à « ôter toutes les occasions des plaintes. » Il se montra peu empressé à tenir les promesses faites aux Frondeurs lors du traiié de Ruel , et bientôt après il mécontenta très-vivement le prince de Condé. A cette occasion, le cardinal de Retz dit dans ses Mémoires^ p. 1 63 : « Mazarin, qui a voit beaucoup d'esprit, mais qui n'avoit point d*âme, ne songea, dès que la paix fut faite, qu'à se défendre , pour ainsi parler, des obligations qu'il avoit à M. le Prince, qui, à la lettre, i'avoit tiré de la potence, et l'une de ses premières vues fut de s'allier avec la maison de Vendôme , tout à fait opposée aux intérêts de l'hôtel de Condé.

tant de contrôleurs des ordres publics ^ qui n'allant ni à la cour ni aux armées , s'exercent à ce misérable emploi , s'imaginant devoir conduire l'État par leur sens j n'ayant aucun pouvoir de le faire. Heureux le siècle auquel ceux qui tiennent le timon sont à Tépreuve de cette censure , et veillent tellement à leur conduite qu'ils sont au-dessus de l'envie I

t€ Et puisque de votre charge dépend l'exécution d'une résolution prise pour le sieur de St-Martin , prisonnier eu Flandre^ et qu'il doit être échangé avec D. Fernando Solis ou D. Frédéric de Tolède , je me veux promettre que vous ne me dénierez la lettre de cachet nécessaire pour sa liberté; je le cognois particulièrement, et en avois ci^evant prié M. le Prince, sous les ordres duquel il a longtemps servi.

a Si vous me l'envoyez , je la délivrerai aussitôt à ceux des siens qui poursuivent cette expédition \ afin qu'il puisse être délivré de tant de peines qu'il soufTre depuis un an. Je sub, etc. De Champlâtreux , ce 10 juin 1649^

(V Monsieur, depuis ma lettre écrite , je viens d'apprendre que la compagnie de la Reine loge , depuis quinze jours , de village en village , à quatre lieues de

1. La Gazette du i9 juin i649 , p. 392 , donne une nouvelle relatÎTe à une maladie, celle de la pierre , qui était alors trèscommune même chez les enfants , et dont il a été question dans les lettres de MoIé à Dupuy. On lit sous la date du 19 juin : « Cette semaine, le nonce de S. S. a été célébrer en cérémonie la première messe dans la maison du faubourg Saint-Antoine , où l'on taille gratuitement les pauvres malades de la pierre , et le 1 7 de ce mois 9 le curé de Saint-Paul dit la seconde, l'une et l'autre avec fr)rt belle musique et affluence de peuple grandement édifié de cette charitable institution. >

Paris y OÙ elle vit à discrétion et sans rien payer. Afin que je n'en puisse plus douter ^ une brigade vint hier au soir loger en une ferme qui m'appartient. Vous sçavez à quelle distance les troupes doivent s'éloigner, par un des articles de la déclaration. Il sembloit que l'on eût pris ci-devant résolution de faire cesser nonseulement les véritables causes des plaintes, mais même les prétextes. Et néanmoins, de Compiègne les faire revenir de deçà et apprendre leur conduite , vous en jugerez assez la conséquence et y apporterez le remède. On travaille tant que l'on peut à (aire passer le reste des fumées de ce grand feu qui étoit allumé, et n'apprend-on qu'avec regret la disposition de quelques esprits. Ils s'enquêtent avec trop de soin de ce qui se passe à Bordeaux , et examinent trop curieusement la conduite de la cour; mais on se peut promettre de la bonne fortune de la France qu'avec une prudente conduite on rétablira peu à peu l'autorité royale. Je suis , etc. Ce 4 1 juin 4 649. »

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