‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France (volume 4)Chapitre 13 sur 81 · LETTRE D£ LA REINE A MOLE · texte numérisé non relu

LETTRE D£ LA REINE A MOLE

Recommandation en faveur du duc d'Uzès.

c Monsieur Mole, mon cousin le duc d'Uzès, mon chevalier dlionneur, m'ayant fait entendre qu'il a un procès au Parlement, au rapport du sieur Bouguier,

riens, Touloient que l'on pourvût au moyen possible pour leur donner U satisfaction entière ; que si c^étoit quelque moyen qu'ils eussent à lui proposer, que de U'ès-bon cœur il leur donnoit toute Taprès- dîner, et que M. le Chancelier n'étoit ici et MM. les directeurs que pour leur donner des marques des bonnes volontés que Leurs Majesté! ont pour eux , et que Messieurs du Conseil scmt dans toutes les passions de contribuer pour leur satisfaction , et que pour lui de bon cœur il secondera les bonnes intentions de û Reine, à laquelle ils sont trés-obligcs, et celles de Messieurs du Conseil qui sont dans le désir de les servir.

« J'aurai Thonmeur de vous informer de ce qui se sera passé demain. Je suis, etc. A Paris, ce i4 mai 1649. s

I . Mole reçut une lettre de LeTellier, en date de Compiègne, U SS mai , en réponse à celle qu'il lui avait écrite , par laquelle le ministre annonçait que la Reine s'en remettait à sa prudence pour les affaires proposées par Messieurs des Enquêtes ; que T affaire de M. de la Mothe était réglée. Cette lettre se terminait par des asenrances particulières d'affection pour Mole. — M. de la Mothe fut rendre ses devoirs au Roi le 2 juin, et fat très-bien accueilli.

je VOUS fais celle-ci en sa faveur, pour vous recommander ses intérêts en justice, me promettant que vous la lui rendrez si bonne et si prompte , qu'il aura sujet de se louer de mon entremise. Ce pendant, vous devez vous assurer que la protection que vous lui accorderez f en cette occasion ^ accréditera toujours de plus en plus la bonne volonté que j'ai pour vous et les vôtres , etc. Écrit à Compiègne, le 25 mai 1649. »

MOLi AU SECRélAIRB d'ÉTAT LE TELUSR.

Affaire du duc de Bouillon. -* U faut 6ter tout prétexte de plaintes.

(c Monsieur , partant hier de Paris pour ce désert , M. de Bouillon prit la peine de venir au logis, afin que je vous fisse souvenir de mettre Tordre en Tafiaire qui touche ces pauvres familles emprisonnées ou chassées de Sedan , puisque M. Fabert est maintenant arrivé. S'il y en a de coupables, il demancle des juges, ou s'il y a des innocents, la liberté après tant de poursuites. Il semble que cette justice ne lui puisse être refusée, et principalement en ce moment, auquel on doit essayer d'ôter toutes les occasions de plaintes \ Ce n'est pas qu'elles cessent, puisqHC l'on cognolt

i. Le cardinal Mazarin, préoccupé des partis politiques qui agitaient alors la cour, n'apportait pas la même attention à « Ùtet toutes les occasions des plaintes, m II se montra peu empressé à tenir les promesses faites aux Frondeurs lors du traité de Rue! , et bientôt après il mécontenta très-vivement le piînce de Condé. A cette occasion, le cardinal de Retz dit dans ses Mémoires^ p. 1 63 : « Mazarin, qui a voit beaucoup d'esprit, mais qui n'avoit point d'ime, ne songea, dès que la paix fut faite, qu'à se défendre , pour ainsi parler, des obligations qu'il avoit à M. le Prince, qui, à la lettre, î'avoit tiré de la potence, et Tune de ses premières vues fut de s'allier avec la maison de Vendôme , tout à lait opposée aux intérêt^ de l'hôtel de Condé.

tant de contrôleurs des ordres publics, qui n'allant ni à la cour ni aux armées , s'exercent à ce misérable emploi j s'imaginant devoir conduire l'État par leur sens y n'ayant aucun pouvoir de le faire. Heureux le siècle auquel ceux qui tiennent le timon sont à Tépreuve de cette censure ^ et veillent tellement à leur conduite qu'ils sont au-dessus de l'envie !

ce Et puisque de votre cbarge dépend l'exécution d'une résolution prise pour le sieur de St-Martin , prisonnier eu Flandre , et qu'il doit être échangé avec D. Fernando Solis ou D. Frédéric de Tolède , je me veux promettre que vous ne me dénierez la lettre de cachet nécessaire pour sa liberté ; je le cognois particulièrement, et en avois ci-devant prié M. le Prince, sous les ordres duquel il a longtemps servi.

« Si vous me l'envoyez , je la délivrerai aussitôt à ceux des siens qui poursuivent cette expédition , afin qu'il puisse être délivré de tant de peines qu'il souffre depuis un an. Je suis, etc. De Champlàtreux , ce iOjuin 1649'.

tf Monsieur, depuis ma lettre écrite , je viens d'apprendre que la compagnie de la Reine loge , depuis quinze jours , de village en village , à quatre lieues de

I. La Gazette du i9 juin i649, p. 392, donne une nouvelle relative à une maladie, celle de la pierre , qui était alors trèsooffiunune racme chez les enfants , et dont il a été question dans les lettres de Mole à Dupu^ . On lit sous la date du 1 9 juin : « Cette semaine, le nonce de S. S. a été célébrer en cérémonie la première messe dans la maison du faubourg Saint-Antoine , où Ton taille gratuitement les pauvres malades de la pierre , et le 17 de ce mois, le curé de Saint-Paul dit la seconde, Tune et Tautre avec fort belle musique et afQuence de peuple grandement édifié de cette charitable institution. >

Paris y OÙ elle vit à discrétion et sans rien payer. Afin que je n'en puisse plus douter , une brigade vint hier au soir loger en une ferme qui m'appartient. Vous sçavez à quelle distance les troupes doivent s'éloigner, par un des articles de la déclaration. Il sembloit que Ton eût pris ci-devant résolution de faire cesser nonseulement les véritables causes des plaintes, mais même les prétextes. Et néanmoins, de Compiègne les faire revenir de deçà et apprendre leur conduite , vous en jugerez assez la conséquence et y apporterez le remède. On travaille tant que Ton peut à faire passer le reste des fumées de ce grand feu qui étoit allumé , et n'apprend-on qu'avec regret la disposition de quelques esprits. Ils s'enquêtent avec trop de soin de ce qui se passe à Bordeaux , et examinent trop curieusement la conduite de la cour ; mais on se peut promettre de la bonne fortune de la France qu'avec une prudente conduite on rétablira peu à peu l'autorité royale. Je suis, etc. Ce 11 juin 1649. »

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