‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France (volume 4)Chapitre 29 sur 81 · VU · texte numérisé non relu

VU

mimonis m eichelieu poum les knvixs 1639, ISdO et i64i '.

(Voj. la Notice sur les manuscrits de MoU^ p. Lxzn, et les Mémoires,

t. II, p. 441, 446; 451.)

Les armées françaûet en Picardie et en Champagne.— Siège de Thion- TiDe. — Fenqoières est battu. — Sa mort. — Moozon attaqué par Piccolomini. — U est l>attu. — Prises de Hetdin , — d'iToy. — Victoires remportées par la Meillcraye.— Mauvaise conduite de la duchesse de Savoie, sœur du Roi. — Prises de Turin, — de Nice. — La Duchesse se rend A Grenoble. — Le jésuite Monot.-^ExtraTaganoes de la dudiesse.— -Le comte d'Harcourt entre en ItaHe à la tête d'une armée. — Mort du duc de Weimar et du cardinal de la Valette. — Révolte du duc de la Valette. — Les Espagnols prennent Salces. — Combat de Quiers et succès du comte d^Haroourt. — Victoire navale des Hollandais sur les Espagnob.

1 639. Bien que Tannée 1 639 ait été mêlée de roses et d*ëpines, la postérité jugera , je m'assure , que les unes et les autres ont également contribué à votre gloire.

Vous aviez destiné trois armées pour être employées es frontières de vos ennemis, proche de la Picardie et de la Champagne, en dessein que deux agiroient Pune après

1. Nous avons soigneusement coUationné notre édition de ce texte sur le manuscrit original (coll. Colbert , t. II, p. 370 et suiv.). Il offrira donc quelques variantes avec celui qui a été donné par le P. Griffet et par MM. Michaud et Poujoulat , à la suite des Mémoires de ttickelieu , comme étant un fragment du Testament politique à\xiM^\Xk.9\.

232 APPENDICE AUX MÉMOIEES

l'autre , et que la troisième soutiendroit toujours celle des deux qui seroit en action .

Feuquières, qui en commandoit une^^ avoit ordre d'attaquer Thionville, mais il Ta^oit aussi de considérer, premièrement, quelle seroit la marche de Piccoloinini. Son instruction portoit qu'il s'opposât à son passage en Flandre, s'il s'approchoit de lui, et au cas qu'il s'en éloignât, qu'il attaquât la place, après qu'il seroit passé'.

L'ardeur de ce gentilhomme plein de courage et d'ambition lui fit précipiter l'attaque de cette place, à dessein d'attirer à lui Piccolomini , et d'aller au-devant pour le combattre , avec d'autant plus d'avantage qu'il croyoit le pouvoir surprendre. Mais son malheur Tempêdia d'exécuter ce qu'il avoit fort bien projeté.

Au lieu de prévenir son ennemi , il en fîit tellement surpris , que ne pouvant avoir lieu de s'en défendre amc toutes ses forces , il fut contraint de combattre en divers quartiers avec grand désavantage*, ce qu'il fit cependant avec tant de fermeté, que sans une lâcheté du tout inoine de sa cavalerie, il eût apparemment évité son malheur*.

1 . L'ariçée commandée par Feuqaières n^était pas trèt-nombreiiw. Lb Mercure françois (t. XXIII, p. 233) donne le nom des régiments dont elle se composait.

2. Les journaux du temps (la Gazette et le Mercure) ne laissent pts supposer que le Roi eût permis à Feuquières de faire d*aatres projets qne de s'emparer de ThiouTille.

3. Voy. dans le Mercure fran^ois ^ p. 236, les motifs (pli oUifànot Feuquières à liyrer bataille.

i. Feuquières, en chargeant l'ennemi à la tête de ses gens d'amei, fat blessé de deux coups de mousquet. Pendant qu^on pansait ses tilrisnni, les ennemis arrivèrent, le prirent avec l'enseigne de ses gardes et son chirurgien, et l'emportèrent à Thionville, où il mourat de set blenara pca de jours après.

Ainsi y dès l'eatrée de la campagne, vous perdîtes une , mais outre que cette victoire (ut plutôt donnée aux ennemis qu'acquise par leur valeur et leur mérite , la fermeté avec laquelle vous empêchâtes que les suites d*un si fimeste accident ne fussent ruineuses à votre État, ▼ous est plus avantageuse que là perte du combat ne vous fot préjudiciable.

Piccolomini, enflé de sa victoire, attaqua Mouzon', ville frontière, si négligée jusques alors, qu'à peine la mettoiton au nombre des places qui pouvoient faire une médiocre défense; cependant non-seulement ne put-il la prendre, mais il y perdit la fleur de son armée. Pour Testimer trop foible , il la trouva trop forte pour lui ; et voulant emporter d'emblée et par assaut ce qu'il de- ▼oit attaquer par tranchées, deux mille hommes demeurèrent sur la place, et ce nombre de ses meilleurs soldats , imprudemment exposés à la boucherie , découragèrent les autres, en sorte que cette considération et la crainte de recevoir un pareil échec à celui que le pauvre Feuquières avoit reçu , le contraignirent de lever son siège à la vue du maréchal de Châtillon, qui venoit h lui avec la troisième de vos armées destinées à secourir les autres.

Vous prîtes Hesdin , surnommé le fort *, parce qu'il l'est en effet, place d'autant plus importante à Votre Majesté qu'elle en couvre beaucoup de votre frontière , et garantit la moitié de la Picardie de courses et de

1. Piccolomini attaqua cette ^ille le 17 juin et sVmpara immédiatement des dehors, malgré let efîorts de M. de Refuge, qui lui en arait ▼ivement disputé la possession. Voy. dans la Gazette, p. 345, le récit de la levée du siège mis devant Mouzon, par Piccolomini.

3. La prise de Hesdin par Tarmée du Roi avec les articles de la reddition de cette place, forent imprimés dans la Gazette Renaudot,p. 360.

ravages. Vous la prîtes à la vue du Cardmal*Infaiit et de Piccolominiy qui , après avoir expérimente la bonne et la mauvaise fortune , la bonne au gain d'une bataille et la mauvaise au siège qu'il entreprit ensuite de cet avantage, arriva à temps pour voir si elle lui aeroit fiivorable on contraire en cette nouvelle occasion.

De la Picardie, vous passâtes en la Champagne, ou trouvant une armée fraîche qui attendoit l'effet de celle qui avoit attaqué Hesdin, vous prîtes Ivoy, place plus incommode à la Champagne pour sa situation que pour sa force. Cette ville ne fut pas plutôt en vos mains qu'elle fut rasée par votre ordre', afin d'apprendre aux Espagnols à satisfaire à leurs traités , celui de Catean- Cambrésis les obligeant à la démolition de cette place.

Hesdin étant pris* et la ville d'Ivoy rasée, vous vous avançâtes à Grenoble pour arrêter le cours précipité de la mauvaise fortune de Madame, votre sœur', en modérant celui de son imprudence.

Pendant que vous fîtes ce voyage, le marédud de la Meilleraye battit deux fois les ennemis , avec tel avantage , qu'en l'une il enleva le quartier de leurs Croates , où plus de quatre cents des leurs demeurèrent sur la place, et en l'autre , bien qu'il n'eût pas la moitié de ses troupes, si l'un de ses principaux régiments eût fidtson devoir, outre qu'il demeura maître du champ, qu'il tua plus de mille hommes sur la place et eut trois canons des ennemis , il eût défait toute leur armée.

1. Voy. dans le Mercure fran^ois^ p. 260, les artidct de lâicddilio» d*lToy, et le récit da rasement de cette ville, p. 301.

2. \jc siège de Hesdin est raconté très au long dans le Mêremrt /Kmrois, p. 188.

Page 1