Meslanges de Clairambault, t. CXXXI, f. 3471. Original
union si fort dësapprouvëe par le passé. Je n'estime pas, néanmoins, qu'on la doive refuser, étant indubitable qu'elle produira un autre effet qu'ils ne pensent ; le grand nombre des commissaires, et de différentes compagnies, ne peuvent être que très-avantageux pour l'accommodement des affaires , par le dégoût que les autres com«pagnies ont de l'autorité trop grande du Parlement , et du mauvais traitement qu'ils en ont reçu , par les taxes passées et par les menaces des taxes à venir , si les désordres continuent. Tout ceci se soumet à votre avis, étant plus informé que moi de l'état des choses et des sentiments de la cour. Mais comme cette conjoncture s'est présentée et que je désire^ par tous moyens , sortir d'ici, et ne se pouvant à cause de mon incommodité qu'avec un peu d'aisance , j'ai cm que vous pouviez me fidre nommer entre les commissaires du Roi, avec M. de Léon, pour sortir d'ici et nous rendre à Saint-Germain. Je suis^ etc. A Paris, ce l*' murs 1649. D'Aligrb. »
Nooyeliet d'Anjon.— Lettre des officiers du prétidiâl d* Angers.
ce Monseigneur , la dépêche de Messeigneurs du Parlement, du 1 8 janvier, contenant les arrêts du 8 et du 1 0 dudit mois, nous ayant été rendue le 29 février, par M. le procureur du Roi à ce siège, auquel M. le Procureur Général en a fait l'adresse, nous avons estimé de notre devoir. Monseigneur, de vous donner avis comme aussitôt ils furent lus en cette compagnie, qui vous supplie très-bumblement lui faire cette grâce de croire qu'elle ne manquera jamais à la fidélité et obéissance due au service de Sa Majesté, ni de respect aux arrêts de la Cour , sous l'autorité de laquelle nous tiendrons. Monseigneur, à grand honneiir de. continuer
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les fonctions de nos charges. Nous sommes, etc.*. A Angers, en la chambre du Conseil, le G mars 1649. »
i . Nous complétons les nouvelles d'Anjoa par des exU«iti d'une lettre du Roi, relative aux désordres commis par les troupes dans cette piovince : a Mon cousin , je reçois avec b^uconp de déplaisir les divertrs plaintes que l'on continue de me faire tous les joars des désordres et violences que commettent mes troupes , et même celles qui sont en An* jouy soit dans leur passage , soit dans les lieux de leur séjoor et de gir* nison ; et comme les peuples attribuent la licence extrême des soldats ■■ ressentiment qu'ils croient que l'on a des choses passées, et que c'est pov les en punir que les troupes leur ont été envoyées et qu'elles Tivent ainn; qu'aussi les gens de guerre sont de leur c6té si emportés hors de leor d^ voir, qu'ils se persuadent fort volontiers que ce qui est amvé quartiers leur donne liberté de tout entreprendre impunément , c qu'il seroit à craindre que cela ne causât de nouvelles akérations dtts mes provinces, si mes peuples n'étoient informés de la vérité de oms intentions et les soldats retenus dans la discipline et châtiés de leurs désordres : j'ai bien voulu vous faire cette lettre, par Tavis de la Rsius té gente. Madame ma mère, pour vous dire que vous fassies entendra â tous mes serviteurs et sujets de l'étendue de votre gonvememeiit , qne bien loin d'avoir aucun ressentiment de toat ce qui s'est fait pendant Im derniers mouvements, que je porte avec grande peine et impatieace k continuation de la guerre contre les ennemis de l'Etat, et qu'elle empêche que je ne les puisse soulager des logements des troupes et des Mm charges qu'ils portent, ne le souhaitant pas moins qu'eux-mêmes, et qnt tant s*en faut que je les aie envoyé en ces quartiers par ancnn reneali» ment, que je ne m'y suis résolu que par nécessité et parce que mes pio» vinces de Picardie, Champagne, Ile-de-France et Normandie en chargées, que j'ai été obligé d'en envoyer une partie en celles qui sines, et il n'y en a point, en tout le royaume, où il y en ait moins qn'M Anjou, outre que ce n*est que pour les faire rafraîchir pendant qndqnt temps, n'étant pas possible de tenir les troupes à présent â la à faute de subsistances, h cause de la longueur de l'hiver, dont l'on encore à présent des restes par deçà, si bien que, dans un pays celui de Flandre, les herbes n'ont point encore poussé. An sniplns, ferez cognoitre à tous, comme je vous ordonne d'empêcher à Vm licence de mes gens de guerre, et de (aire punir ceux qni ont des pillages et crimes notables. (Suivent les instructions pour Cure les soldats, rechercher les coupables et avancer de l'argent pour fiûrê fîvre les troupes.) Écrit à Saint-Germain en Laye, le 14 aTril 1049
Eitrmit de rintcrrogatoire du sienr de Bréqnignj, fait par H.
intendant de la justice, police et finance de Picardie et places de la
Du vendredi 12 mars 1649. Enquis de ses nom, âge, qualité et demeure , — a dit qu'il se nommoit Rend le Meneust, sieur de Bréquigny, âgé de trente-quatre ans, ou environ , écuyer de M. le prince de Conti , demeurant ordinairement à Paris. — Enquis quel a été le sujet de son voyage , — a dit que M. le prince de G>nti Ta envoyé à M. l'archiduc Léopold pour lui faire ses con> pliments et le remercier de ce qu'il avoit envoyé offrir secours à Messieurs du Parlement et à lui , et que, s'il étoit toujours dans la même résolution, il étoit temps tfakll se mit en chemin pour faire lever le blocus de Pa« lîs, les vivres y étant si rares qu'ils seroient bientôt contraints se rendre; qu'il pourroit entrer aisément en France et que cela contribueroit à faire une paix générale , son intention n'étant autre que de travailler pour le bien de la paix : et que lui qui répond ne se seroit embarqué à faire ce' voyage, s'il n'eût été assuré que M. le prince de Conti n'avoit d'autres pensées. — - Enquis s'il n'a pas rendu une lettre de la part de M. le prince de Conti à M. l'archiduc Léopold, — - a dit en avoir rendu une qui ne portoit qu'un simple compliment et créance pour Tétat des affaires de Paris. — Enquis quel jour il est parti et qui l'a accompagné à ce voyage, -— a dit être parti de Paris il y a aujourd'hui quinze jours, le 26 du mois passé , avec un valet et un guide qu'il prit aussi à Paris. — Enquis qui lui a donné ce guide et combien il y a qu'il est à son service, — a dit que le sieur de Noir* moutiers lui a donné, à Paris, ce guide, et que son valet,
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nommé Champaigne, est à son service depuis quatre ans. — Enquis avec quelle personne il a conféré, pour ses instructions , avant son départ , — a dit avoir conféré avec dom Joseph , qui est venu trouver Messieurs du Parlement de la part de M. F Archiduc , et avec le sieur de Noirmoutiers. *— Enquis sMl n^y a pas d'autres personnes qui sçachent le sujet de son voyage , — « a dit qu'il ne croit pas que personne en ait cognoissance, si ce n'est le secrétaire de M. le prince de Conti ; que MM. d'Elbeufy de Beaufort^ le Coadjuteur et beaucoup d'officiers des troupes parisiennes étoient bien dans la chambre quand il reçut le commandement de partir, mais qu'ils n'en entendirent rien.— Enquis à qui il sV dressa d'abord à Bruxelles^ -^ a dit quUl s'adressa à l'abbé de Mercy pour avoir audience de M. T ArchidnCi laquelle il n'eut que le lendemain du matin. — • Enqui quelle personne il vit cette même nuit qu'il arriva, — a dit qu'il vit le sieur comte de Pignerande, et qu'il y (bt mené par le sieur de Laigue ; qu'il vit aussi M^ de C3ievreuse, à laquelle il fit un compliment de la part de M""^ de Longueville. — Enquis où il trouva ledit de Laigue, — a dit qu'il le trouva chez Tabbé de Mercy.— Enquis s'il n'avoit pas d'ordre particulier pour M^ de Chevreuse et pour le comte de Laigue, — • a ditqœ non. — Enquis qui lui avoit dit à lui de s'adresser ao sieur abbé de Mercy, — a dit que ç'avoit été dom Joseph. — Enquis quelle personne à la Ferté-Milon fih cilite le passage à ceux qui veulent aller en Flandres, — a dit que le procureur du Roi lui aida à passer. — En* quis s'il n'y a que le procureur du Roi qui soit de Tinlelligence et qui lui ait donné avis, — a dit que le sieur de Noirmoutiers lui dit qu'il n'avoit qu'à s'adresser au pro-
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cureur du Roi. — Enquîs comment le procureur du Roi le fît passer, *-- a dit qu'il lui donna un guide , lequel le mena jusques auprès de Saint-Restitude où il coucha. — Enquis quelle personne ëtoit présente à Bruxelles quand il fit ses compliments à M. T Archiduc, — - a dit qu'il n'y avoit que le sieur de Laigue et le sieur Chomsalbert, chambellan dudit Archiduc, et qu'il ne vit ledit Archiduc depuis ce temps-là. — Enquis avec quelle personne il eut plus grande conférence, — a dit que c'étoit avec ledit abbé de Mercy et avec M*"* de Chevreuse, et qu'il n'a vu que deux fois le duc Charles. — - Enquis ce que lui dit M"^ de Chevreuse, — a dit qu'elle lui dit qu'elle viendroit avec Tarmée en cas qu'elle entrât en France, et qu'elle ne lui dit rien autre chose qui puisse être de conséquence. — £nquis quelles troupes elle disoit devoir entrer en France, — a dit qu'elle lui a dit que toutes les troupes de M. l'Archiduc et de M. le duc Charles y dévoient entrer, au ifombre de vingt-cinq mille hommes. — Enquis si elles étoient déjà assemblées et de quel nombre à peu près il croyoit que leur armée puisse être composée^ — a dit qu'il croit qu'il y aura vingt et un ou vingt-deux mille hommes, et qu'ils étoient encore dans des quartiers vers Cambrai et Yalenciennes dimanche 7 du courant. *-« Enquis ce que lui dit M. le duc Charles , *— a dit qu'il avoit été longtemps à marchander, sçavoir s'il don neroit toutes ses troupes, et qu'au commencement il n'avoit pu se résoudre qu'à en donner une partie, et qu'à la fin il se résolut à les donner toutes , par la persuasion de M°* de Chevreuse, et que ladite M°* de Chevreuse lui a confirmé que c'étoit à sa prière que ledit Duc avoit donné toutes ses troupes. — Enquis quelle route l'armée des ennemis devoit tenir en entrant en
34S APPENDICE AUX MÉMOUIS
France , -— a dit que lorsqu'il partit de Bruxelles p ledit comte de Pignerande lui dit que le comte de Fuensal* dagne vouloit faire uo pont sur la Somme, mais qu'il ne sçavoit précisément pas à quel endroit. — Sur quoi nous avons interpellé ledit répondant de nous dire en* tièrement ce qu'il en sçavoit , le déni qu'il en faisoit pouvant aigrir Tesprit de Leurs Majestés. — Lequel nous a dit que le comte de Fuensaldagne lui dit ^ «Tant de partir , qu'il pourroit entrer avec toute rarmée par Crécy-sur-Vaire , Origny et Ribemont, et de là marcher droit à Paris. — Enquis s'il croit qu'il ose entrer en France sans être assuré de quelques villes , — a dit qoe oui j et qu'il ne croit pas qu'il veuille attaquer aucune place , et que son dessein est d'entrer en France , non point comme ennemis, mais comme gens qui recherchent la paix f et que, pour cet efiet^ ils feroient un manifeste contenant leurs intentions, et pour faire sçavoir à toutes les villes et aux habitants du plat pays qu'ils n'eoswnt point à s'épouvanter. — Enquis s'il ne sçavoit pas qu'il est défendu, sous peine de la vie, d'avoir aucune communication avec les ennemis, et qu'il est encore plus criminel de prêter son ministère pour les faire entrer dans b royaume, — a dit n'en sçavoir rien, et n'avoir fidt qos ce que son maître lui avoit commandé.
Enquis pourquoi les ennemis ont changé leur résolution de faire un pont sur la Somme, -— a dit qu'ils ont jugé plus à propos de ne se point enfermer entre deux ri* vières, et que passant vers Ribemont, ils n'auroienl qu*unc rivière à passer, et que lui répondant sçait qu'ils portent force pontons. — Enquis s*ils amènent de l'ar* tillerie avec eux, — a dit que lesdits comtes déPigne» rande et de Fuensaldagne lui ont dit qu'ils mèneraint
trente pièces de canoo. — Enquis qnels préparatifs ii a vu pour un si grand équipage, — a dit n'en avoir point vu. — Enquis sUl ne leur a point représenté quUl étoit du tout impossible de mener du canon, les chemins étant extraordrnairement rompus , — « a dit qu'ils lui ont répondu que les équipages d'artillerie étoient très-bien altelés. — Enquis pourquoi ils venoient avec tant d'équipages et tant de troupes, s'ils viennent comme amis, s'ils ne sçavent pas qu'il est impossible qu'une puissante armée , comme la leur, puisse passer dans un pays sans le ruiner entièrement, — a dit qu'ils se vantent de marcher avec tant d'ordre qu'ils ne donneront sujet de plainte à personne. — Enquis combien ils peuvent avoir d'infanterie, — a dit qu'ils dévoient marcher avec quatre mille hommes présentement, et cinq mille qu'ils attendent de Gueldres. — Enquis si les troupes du duc Charles sont comprises dans ce nombre, — a dit que non. — Enquis combien ledit duc Charles peut encore avoir d'infanterie, — a dit qu'il lui a dit pouvoir mettre en état de servir six à sept mille hommes de pied ; mais qu'il ne croit pas qu'il en puisse avoir plus de quatre mille. — Enquis combien le duc Charles peut avoir de . cavalerie, — a dit qu'il a quatre à cinq mille chevaux. — Enquis où sont toutes lesdites troupes dudit duc Charles à présent, — - a dit qu'il croit qu'elles sont à présent à Maubeuge, parce que ledit Duc lui a dit qu'il devoit entrer par ce coté-là pour se joindre vers Ribemont. — Enquis pourquoi ils prennent leur marche vers la ville de Péronne , — a dit qu'il croit qu'ils peuvent avoir changé de dessein, et que , peut-être, ils veulent ùâre un pont sur la Somme, comme on le lui avoit dit i Bruxelles. — Enquis s'ils n'ont pas des intelligences avec
quelques gouverneurs de la frontière , — * a dit quHl ne croit pas qu*ils en eussent aucune. -^-Enquis 8*il ne sçaît point ceux qui servent à entretenir tout ce commerce, — a dit ne sçavoir personne autre que le sieur de Laigue. — Enquis avec quelle personne ii a plus de commerce à Bruxelles, — a dit qu'il sçait que c*est avec le comte de Pignerande et Tabbë de Mercy qu'il est le plus souvent. — Enquis en quel lieu il doit fiure la jonction avec les troupes parisiennes , — a dit u*en sçavoir rien. -— * Enquis en quel lieu et à quel jour il promit de leur rapporter des nouvelles, — a dit quHl ne se fût pas chargé de faire un second voyage s*il eût pu et qu'il ne leur promit point de revenir. ^- Enquis s'il n'y eut aucun de Messieurs du Parlement qui lui donnèrent quelques instructions, — a dit qu'il n'a parlé à aucun. — Enquis qui est celui qui a été trouver M. TArchiduc de la part de Messieurs du Parlement , — a dit qu'il croit assurément que le sieur de Laigue y a été envoyé de leur pfurt et de celle de M. le prince de Conti , et que ledit sieur de Laigue le lui a dit. — Enquis s'il ne sçait pas quand ledit sieur de Laigue doit revenir , par où il doit passer, — a dît qu'il croit qu'il ne doit pas revenir. — Enquis ce que lui a dit ledit sieur de Laigue pour dire de boudie à ceux du parti, — a dit qu'il ne lui a rien dit autre chose, sinon faire des baise- mains à tous ces Messieurs. <— Eaquis s'il ne croit pas qu'il y demeure comme négocia* teur, pour ménager les intérêts de son parti, — a dit que oui. — Enquis si M. l'Archiduc ne lui a rien dit de particulier pour dire aux personnes du parti de Mmiimiri du Parlement, et s'il ne lui en nomma pas un, — à dit que M. TArchiduc ne lui parla d'aucun d'fni fta
DE MAimEU MOLE. 34r
quis si M*** de Cherrèuse ne le chargea d'aucune lettre pour eux, — a dit qu'elle ne lui donna aucune lettre, et ne lui dit rien pour leur dire. — Enquis si elle ne lui dit rien de secret pour dire à quelqu'un des généraux, — a dit qu'elle ne leur fait que des baise-mains. — Enquis s'il o'avoit pas d'autres lettres que celles avec lesquelles il a été saisi , — a dit que non. — Enquis pourquoi il donna des lettres au guide, — a dit qu'il les lui avoit données pour les jeter, en cas que lui répondant fut arrêté, et que ledit guide le trahit et fît signe à des passants qui gardent les passages de l'arrêter, et aussitôt ledit guide leur donna bs lettres. — Liccture à lui faite de son interrogatoire, etc.
LBTTRKS OU CAEDUAL MAZABIH A LB TSLLIBE.
n fiiat te procnrer de l'argent par tous les mojeus possibles. — Gimbrai iccoaru par les ennemis. -— Disconrs de Son Altesse Royale an Prêtât de Paris. — M*"* de Gherreuse. — M. de Beanfort. — Cambrai doit-il être attaqué? — Affection de la Reine pour Mazarin. — Tentatiye des Frondeurs. — Réponse que doit faire la Reine au Prér^ de Paris. — Désordres à Paris. — Regrets du Cardinal d*étre éloigné de la Reine ; il ne croyait pas afoir le cœur si tendre. — M"* de Montbazon. — Les Frondeurs.
Je redépêche votre courrier à l'instant même que je reçois votre lettre , pour vous dire qu'elle m'a mis en des inquiétudes extrêmes , voyant le peu d'avancement qu'il y a à trouver l'argent nécessaire pour le bon succès de l'entreprise oîi Ton est engagé. La Reine m'a commandé de vous écrire qu'elle approuvoit entièrement tout ce que vous jugerez à propos de faire avec M. le Chancelier et MM. les Directeurs, pour en avoir dan^
cette conjoncture,' qui est si pressante, ne désirant pas même que vous écriviez ici, pour avoir ses sentiments, mais que vous conduisiez dès de ià toutes choses, afin de ne perdre pas un instant de temps utile.
Il seroit absolument nécessaire d'avoir présentement six cent mille livres, et quelques jours après quatre cent autres mille; je comprends dans la première partie les deux cent mille que Ton doit envoyer pour demain au soir. Vous pouvez croire que je serois très-aise de vous voir ici bientôt de retour ; mais je vous conjure de voir auparavant, jusques au bout, ce qui se peut faire humainement; car, quand vous serez une fois parti , les lettres n'avanceront pas beaucoup. Quand je vous recommanda de fidre eo cette occasion tous les efforts possibles, je sçais bien qu'il est superflu ; mais je le fais pour ma propre satisfiu^tion. A Compiègne, 3 juillet 1 649.
Enfin nous sommes malheureux, et quelque prodenct que Ton apporte pour faire réussir les choses , on n'en peut venir à bout. Les ennemis ont jeté un secours dans Cambrai de deux mille hommes, qui sont entrés par le quartier des Allemands, au moment oîi le comte d'Har* court, par Tavis de tous les officiers, a jugé à propos de ne pas continuer a fermer la circonvallation et de se letirer de devant la place. Il me mande qu'il attendrait les ordres de ce qu'il y avoit à faire et qu'il étoit en état de tout entreprendre; mais comme les ennemis ont d^ leur armée ensemble, je ne vois pas bien quel nouveau projet on peut faire pour attaquer quelqu'une de leurs places, tant soit peu considérable. La Reine m'a cooh mandé de vous en dépêcher, afin que vous donniex part de cet événement à Son Altesse Royale ; et ai die ne doit
pas venir sitôt, la prier de donner des conseils dans ce rencontre.
L'af&ire est assez extraordinaire pour nous toucher an dernier point. Il est constant qu'il n'y avoit que douze cents hommes dans la place ; il est vrai que, hors quatre cents, tout le reste étoit de nouveaux soldats qui ne Taloient rien, et de Tautre il est assez étrange qu'après dix jours de travail à la circonvallation, les ennemis soient entrés sans combat et sans perdre un homme. Mais, surtout, il est inouï qu'ayant intercepté une lettre du gouverneur de Cambrai au comte de Fuensaldagna , qui spécifioit par le menu par quel endroit il falloit introduire le secours, et en ayant fait sçavoir le contenu à M. le. comte d'Harcourt, il leur soit réussi de le faire entrer par cet endroit même.
U faut bien prendre garde de ne point parler lihdessus, en SK>rte que les chefs de nos troupes puissent croire qu'on ait la moindre méfiance d'eux : il faudra même que l'on voie de quelle façon en parlera la Gazette.
Continuez, s'il vous plait, la même diligence pour l'argent, car il faut encore plus présentement songer aux moyens de faire subsister l'armée.
Je vous prie, à l'instant que vous recevrez cette lettre, d'aller voir Son Altesse Royale, afin qu'elle ne reçoive la nouvelle d'autre bouche que de la vôtre.
J'ai été très aise d'apprendre avec quelle fermeté, quelle affection et quelleadresseSon Altesse Royale a parlé à M. le Prévôt des marchand^, échevins et aux autres qui l'ont vi* site, tant sur les vertus du Roi, que sur les libelles et désordres qui régnoient encore dans Paris; comme, néanmoins, il ne se peut rien ajouter, je ne doute pas que
348 APPENDICE AUX IfEMOIRES
cela ne produise de très-bons effets. J'en rendrai compte à Sa Majesté la Reine.
Pour M"*® de Chevreuse , vous pouvez assurer M. le Premier Président qu'il n'y aura point de faute à ce qu'il lui promettra. Il ne faut point ouvrir de capitulatioo sur le temps qu'elle demeurera à Dampierre.
Ce seroit un coup bien digne du zèle que mon dit sieur le Premier Président donne pour le bien de PÉtal, li dans une conjoncture si importante que celle-ci, il me donnoit quelque moyen d'avoir de l'argent. '
Si M. de Beaufort n'attend à s'accommoder que la rupture ou la conclusion du mariage^ il me semble qu'il ne doit plus être arrêté par ces con^dërationSy puisque le mariage ne se fait pas.
Comme je songe incessamment au moyen d*avoir de l'argent, je vous mande tout ce qui me tombe dans U pen* sée. Rien n'étant opéré, c'est à vous à y faire ce que vous estimerez plus a propos. Je vous prie donc de voir, si parle moyen de M. le Premier Président ou de M. le présideat Le Coigneux, ou de M. d'Avaux, qui se pique lani doute de générosité en ce rencontre, nous ne pourrioai point trouver de l'argent sur des pierreries. Elles ne sont point de la couronne et m'appartiennent en mon particulier. Je prendrai moi-même l'argent en mon propre et privé nom , et faute de payer elles seroient fort bien perdues. A Compiègne, ce 4 juillet 1649.
Je suis arrivé ici avant dix heures, et peu après le sieur Talon, venant de l'armée, qui m'a dit de la part de M. le comte d'Harcourt, qu'ayant fait opiner dans le conseil sur l'attaque de Cambrai, en vue qu'il n'y eut dedans que dix-huit cents hommes^ comme il venoit d'en
DE MATHIEU MOLt. 349
avoir le rapport par un espion, et que le gros de rarniée ennemie fîit aux environs de Bouchain, comme il en avoit aussi avis, chacun avoit été d'opinion qu'on pouvoit faire Tentreprise, d'autant plus qu'il n'y avoit nulle apparence que les ennemis pussent croire qu'on fût pour prendre nne pareille résolution.
Voilà qui est fort beau de prime abord : mais on y ajoute tant de pourifu^ que j'en luis fort embarrassé; et, à vous dire vrai, je répliquerai de nouveau à M. le comte d'Harcourt ce que nous pourrons faire, et il pren« dra après les résolutions qu'il estimera les' meilleures, ne Toulant point m' exposer à aucune contestation, ni qu'il y air sujet de dire qu'on l'a embarqué à un grand dessein mal à propos.
Je crois qu'il seroit bon que vous écrivissiez un mot à
Son Altesse Royale de l'état des choses, sans oublier que je ne ferai autre chose que de répliquer ce que nous pouvons contribuer à l'entreprise, laissant après cela à M. le comte d'Harcourt à prendre telle résolution qu'il avisera, avec le conseil des principaux officiers.
Après que vous aurez donné part à la Reine de tout le contenu en cette lettre, je vous prie d'y ajouter mes compliments, avec toute la soumission et la tendresse que doit le plus obligé de ses serviteurs. A Ham , le 22 juillet 1649.
Les personnes qui avoien t dessein de proposer à la Reine d'agréer que M. de Beaufort eût la liberté de lui venir faire la révérence pendant mon absence, cognoissent fort mal Sa Majesté, ne sçavent pas combien je me puis promettre de sa bonté et de ia fermeté de sa bienveillance, sans que j'aie aucun besoin d'être présent pour en recevoir
toute Borte d'effets, et qu'elle n'a nulle nécessite de recevoir conseil sur de pareilles demandes. Je Toudrois, pour ma satisfaction, que ces personnes-là eussent exécute leur pensée avant qu'aucun autre l'eût découvert; je suit certain que l'ouverture a été rejetée avec les termes d^indignation qu'elle mcritoit; et que Sa Majesté a bien vu d'abord d'elle-même , que le dessein de M. de Bean* forl seroit d'éternisei^sa demeure dans Paris, disant qu'il avoit rendu ses devoirs à Sa Majesté, et qu'il devoit être dans la même condition que tous les autres. Cependant, je suis fort obligé à M. l'abbé de la Rivière des sentiments qu'il vous a témoignés quand vous lui avec parU sur ce rencontre.
J'ai été bien aise de voir l'arrêt du Parlement, que vous m'avez envoyé. Il est certain qu'on ne pouvoit pas désirer davantage de lui, sur l'accident qui est arrivé de Téva* sion de Morlot.
La députation de la ville sera aussi fort bonne, et il faut prendre soin que la Gazette en publie les cirooDstances, afin de faire voir à tout le royaume et aux étrangers combien le Roi est souhaité à Paris , et qu'il n'y a rien que les bons bourgeois ne fassent, quand on voudra, pour obtenir ce bien.
La réponse, à mon sens, qu'on pourra leur faire, c art que Sa Majesté leur dise en substance :
a Qu'elle a grand désir de leur donner cette satisfaction, et qu'elle l'auroit déjà fait, quoique chacun voie assez combien l'approche du Roi de la frontière peut apporter d'utilité à toutes les affaires, soit de la guerre, soit de la paix même, pour l'avancement de laquelle on n'oublie rien de possible; mais qu'à la vérité peraonas ne se trouve assez hardi pour conseiller ce retour, tant
qu on verra la licence et le désordre régner si impunément dans Paris. Que Sa Majesté est bien assurée que les bons bourgeois, bien loin d'y avoir part, sont au désespoir de ce qui se passer et n'oublient rien de ce qui dépend d'eux pour y remédier; mais qu'il sera impossible vraisemblablement qu'ils en viennent à bout y tant qu'il y aura dans la ville des personnes qui fomenteront ce mal par les artifices qu'elles emploient continuellement pour l'accroître. Ajoutant : que Sa Majesté est si certaine de l'affection qu'ils ont pour le Roi, qu'ils ne voudroient pas eux* mêmes conseiller de le ramener , tant que ce désordre et cette licence dureront avec tant de débordement, étant impossible que Leurs Majestés y puissent pour cela demeurer avec aucune satisfaction, ni même avec sûreté. »
Ainsi, sans leur expliquer davantage la chose, ni leur demander positivement qu'ils chassent personne, je voudrois leur faire cognoitre adroitement qu'ils ont en main un moyen bien facile et indubitable d'obliger Leurs Ma* jestés à revenir sans délai, rejetant la cause de l'absence sur les désordres, et faisant voir qu'ils ne peuvent cesser, tant que ceux qui les fomenteront seront présents.
Je ne puis assez m'étonner que M. de Retz sollicite pour Fontrailles et pour Matta, cela ne s'accorde pas avec les protestations que fit à la Reine le Coadjuteur, sans le conseil duquel il est certain que M. de Retz ne le feroit pas.
Le sieur deRougy est arrivé ce matin de l'armée; cfille des ennemis est toujours campée entre Rouchain et Cambrai, se couvrant de la rivière d'Escaut, et ayant un retranchement entre ladite rivière et le ruisseau d'Arlcux. Ils ont six régiments dans un fort à la tête d'un pont, qui n'est qu'à portée du canon de Cambrai. Ainsi l'atta-
3f$i APPENDICE AUX MÉMOIEES
que de cette place se trouve prësenteuient impossible, n'y ayant rien de si public parmi les ennemis mêmes, que Ton avoit dessein de la faire rëassiëger. Ainsi, il y a plus de dix jours que les moindres personnes suivant k cour ne s'entretiennent d'autre chose à Compiègne. Je n'ai point pris encore de résolution pour ce que Ton pourra faire à l'armée ; je vous tiendrai incessamment avisé de tout, afin que vous en rendiez compte à Sa Bla- . jesté et à Son Altesse Royale.^ Il sera même à propos que M. le Prince, arrivant à Paris, trouve quelque chose de ceci • et que vous lui mandiez que je vous en ai prié. A Saint-Quentin, 23 juillet 1649-
Je vous envoie l'extrait d'une lettre écrite de Paris^ dont j'ai trouvé les particularités très-considérables. 0 n'y a rien de plus étrange que de voir M. de Beaufort et les autres , protéger d'un coté ceux qui ont outragé les valets de pied du Roi et de l'autre ceux qui attaquent la Reine : la chose vient si avant qu'elle ne peut plus se dissimuler, et il faut sans doute songer aux remèdes. Je crois qu'il sera bon que vous fassiez sçavoir la plus grande partie du contenu audit extrait i M. k Premier Président et aux autres gens que vous jugem i propos pouvoir servir le Roi, en cette occasion, quand elles en auront cognoissance , comme au lieutenant criminel ; et il faut aussi examiner au lieu où vous êtes ce quil seroit bon de faire en ce rencontre; comme il seroit à propos d'en écrire au corps de ville ou au Pariemeat de se déclarer, ou bien en parler aux députés de la ville, quand ils viendront saluer Sa Majesté sur le même sujet.
La proposition de donner à M. de Beaufort la survivance de l'amirauté et ce qu'on a parlé de donner en
échange à M. de Mercœur, est fort belle et je m'assure que la Reine Taura fort goûtëe. A Saint-Quentin, S5 juillcH649. ^
J*ai reçu votre lettre d'hier, qui ne m'oblige à aucune réponse.
Je vous prie de faire mes très-humbles soumissions au Roi , à la Reine et à Monsieur. Je vous avoue que je n'aurois jamais cru avoir le cœur si tendre et que je souffre déjà beaucoup de mon ëloignement de la cour.
M. le maréchal de Schomberg vient d'arriver, qui me fait horreur en me comptant les particularités de ce qui se fait journellement à Paris, où il n'est plus questioii du Cardinal, mais du Roi et de la Reine, et cependant ces sacrés noms ne sont pas capables de les retenir.
On me confirme que M. le maréchal de la Mothe a eu grande part à l'évasion de Morlot, et néanmoins on m'a dit que M. le Premier Président est persuadé que ledit maréchal a de parfaitement bonnes intentions pour le service du Roi. J'espère que l'on pourra donner ordre à tout ceci avec grande facilité, et je vous enverrai mes pensées à mon retour. A Saint-Quentin , le 26 juillet
Je vous dirai, en toute confiance, que M. de Vendôme vient de me faire voir une lettre que lui écrit M*"* de Montbazon, qui contient beaucoup de choses assez particulières, le crois bien que son dessein a été qu'il me la montrât, oii qu'elle a jugé qu'il ne manqueroit pas de le faire; mais toujours elle mérite beaucoup de réflexion. Elle assume, premièrement, qu'il y a la dernière intelligence et union entre M. le prince de Conti, M. de Longucvillc , M. de Beaufort , M"« et M"* de Longuevillc ; iT 23
que M™^ la Princesse est la plus grande enlieiiiie qu*ttt le Cardinal ; que tout cela ensemble souhaite le mariage de tM. de Beaufort et de M"^ de Longueville; que M. de Beaufort avoit plus d^inclination pour M^ de Chevreuse ; mais qu'elle dame de Montbazon ne seroit pas de son avis , et qu'encore que cette dernière aoit plus belle, Tautre doit être préférée, ayant plus de biens et plus présents. Elle ajoute que si M. le Cardinal vouloit un peu s'aider et les aider, il y auroit bien aoyea de retirer M. de Beaufort de ses engagements.
Assurément il y a de Tartifice là dedans à me fidre dire la chose : je crois pourtant que la plupart des choses pourroient être véritables. La même lettre porte encore :« que M. de la Mothe n*étoit pas parti de Paris^ et qii'il étoit dans la dernière liaison avec tous ceux de ce partit unis ensemble si étroitement qu'il ne se peut pas davantage. D'autres avis que j'ai de Paris, par une pcp^ sonne bien informée, portent que M. le prince deCoDti étoit continuellement avec M. de Beaufort, et le menoit souvent dans son carrosse avec Matta et Fontrailles. Mais surtout, je suis averti de bon lieu que le lieutenant criminel a touché cinq cents pistoles pour favoriser Malta et Fontrailles dans les dépositions des témoins qa'O entend ; qu'il a promis de faire les procédures en sorte qu'elles ne leur nuisent point ou fort peu. J'ai peine iy ajouter foi, mais je suis obligé de vous le mander, piitt que l'avis vient de très-bonne part.
Je croirois important que M. le Prince fût le pluslAt qu'il se pourroit à Compiègne, afin qu'on lui pût ptfkir à fond de tout ce que dessus, ou du peu d'état qU'U écHt faire de pouvoir conduire les siennes comme il voudroit; je le tiens d'autant plus nécessaire, qu'il s'imagine penl-
être d*en pouvoir disposer entièrement : cependant, parce que vous sçavez et par avis que je reçois et par la conduite quUls tiennent, il me semble qu'il est bien ëloignë de cela.
Je ne sçab si on ne pourroit point se servir du prétexte de la députation de la ville pour le convier à venir plus tôt, ou que la Reine lui fît sçavoir qu'elle dësire de le voir incontinent, pour lui communiquer diverses choses et prendre ses avis sur ce qui se passe à Paris, à Tégard du Roi et au sien.
Après avoir donné part de tout ceci à la Reine, il faudra tenir bien secret que je vous en ai écrit, vous en servant seulement en discours, selon les circonstances, autant que vous le jugerez à propos.
J'ai oublié, ce matin, de dire à du Plessis de voir Mademoiselle de ma part, pour lui faire mes compliments sur Taccident qui lui est arrivé; je vous prie de suppléer à cela, et de dire à du Plessis qu'il le fasse. *
J'ai vu dans la lettre d'hier les sentiments de Son Altesse Royale sur la réponse que la Reine pourra faire aux députés de la ville de Paris. J'aurois cru qu'on pouvoit s'avancer un peu davantage^ d'autant plus que, comme vous avez vu dans l'imprimé de la relation de ce qui s*est passé à l'Hôtel de ville , ils ne parlent que de la lie du peuple et je pensois qu'il étoit bien de les détromper et leur faire cognoître que tout cela n'arriveroit point s'il n'y avoit des instigateurs de plus grande condition, qui fomentoient et excitoient ces sortes d'accidents et en rechercboient continuellement toutes les occasions possibles. Néanmoins, je me remets entièrement k ce qui sera jugé à propos de cela.
Je fâisois état de partir, demain matin , pour rarméei mais les six-vingt mille livres n'étant pas arrivées^ et cela pouvant produire un mauvais efiet, pour diverses choses où cette somme-là même est nécessaire, j*ai résolu de remettre mon départ à après-demain j espérant de pouvoir recevoir cet argent dans ce temps-là, par le moyen de la diligence que je vous prie d'apporter k son transport. 27 juillet 1649.
LETTRE DU CHÀNCELnEE Sl&OUmi A LS TKLUEa.
Monsieur, les lettres du Roi ont été rendues ce matin aux compagnies souveraines et à THôtel de la ville: jeae puis exprimer la joie avec laquelle elles ont été reçues. Leurs Majestés cognoîtront, arrivant à Paris, lavëritë de leurs bons sentiments, et j'espère que cette actiou assurera le repos et la tranquillité de l'État. U est vrai que les factieux ont toujours appréhendé ce retour, et les gens de bien Tout désiré comme la fin du règne de ces manvais esprits. Je suis, etc. A Paris, le 12 août 1649.
LETTEES DE XlZÂEIN À LE TELUEE. (EXTRAITS SBITAMT OB OWniMnt
AUX IfiMOIEBS DE l'aNNXB 1650.)
Pacification de la Normandie. — Ronen. <— PoDt de l'Ardie. -^ Gmb*
— La duchesse de Longuevilie. — - Le maréchal de Tnreniie. ^ Ia duchesse de Bouillon se plaint des hommes qui la gardent en
— M. de Champlâtreux et le Premier Président.*- Projet d*i Mazarin. — Dieppe. — Fuite de la duchesse de LongaeriUe.^^La fication est due à Thahileté de Mazarin.— -M"** de Cherreose et M« dlE^ pernon. — M"« de Montbazon et le duc de Beanfort. -— Le dne de Lorraine. — Résolutions violentes à prendre. — Récompeneee à ner à des sergents pour raffermir Pesprit des troupes. — Ln prisonniers correspondent avec leurs partisans. — U fiint Vi
— Discours contre Thonneur de la Reine. — Joie de Bianria an n|it des sentiments de Son Altesse Royale pour lui. •— M* de BooiBoa. ^ Ce qu'il faut dire dans la Gazette. — Libelles. ^ M. de
Le Premier Prétident. «- Conspiration pour délivrer les princes pri- •onniert . «- Rigonrense justice et chAtiments à infliger. — T^tes à couper et maisons à raser.— Nouyelles à écrire en province. -7- Arrestations, — M. de Longueville. <— M"** d'Elbeuf. — M. de Novion.—- ToQt le monde prétend demander tout. — Retour du Roi k Paris. •— Affaires de Bourgogne et de Guyenne. — Désespoir de la Reine et de
Mazarin.
De Roueuy le 6 février 1650.
J'ai dit à Saintot de faire une relation de tout ce qui 8*est passé à l'arrivée du Roi ici. Elle ne peut pas encore être achevée, parce que diverses compagnies de cette ▼ille, qui n'eurent pas hier le temps de saluer Leurs Majesté, le doivent faire aujourd'hui. Vous verrez les particularités de tout par ladite relation, que Ton vous adressera demain, afin qu'après l'avoir vue, vous la fassiez imprimer^ J'y ajouterai seulement que jamais peuple n'a témoigné plus de joie que celui-ci à la vue de son prince. On croyoit que tout Rouen fût hors des portes, et cependant toutes les boutiques et les fenêtres étoient encore remplies de monde ; et outre cette démonstration, toute la nuit on a fait des feux de joie, et tous les bourgeob l'ayant passée à boire à la santé de Leurs Majestés, n'ont ni dormi^ ni permis aux autres de reposer, à cause des continuels cris et marques de réjouissance qu'ils donnoient.
Après divei*ses allées et venues que j'ai fait faire au Pont de l'Arche, enfin le sieur de Chambois a consenti de remettre la place entre les mains du Roi. On y envoie pour cet effet, demain à dix heures du matiu, le sieur de Saint-Amour, exempt des gardes du corps, avec quarante hommes pour entrer dans le château et en prendre possession. On en licencie la garaison et on donne toute sûreté au sieur de Chambois et à ceux qui sont avec lui de se retirer oii bon leur semblera. Outre cela, on lui
fait remettre vingt mille francs argent comptant, pour le rembourser de ce qu'il a fourni pour Tachât des poudres et autres munitions de guerre et de boudie qa*il laisse dans la place. Enfin c'est une affaire achevée, pourvu qu'il n'y arrive point de changement entre d et demain, comme il n'y a pas apparence. En tout cas^ ans* sitôt après l'exécution ^ je vous le ferai scavoir.
On a envoyé à Caen pour disposer le sieur de la Croî* sette à suivre l'exemple de Chambois. Je vous assure qu'on n'y perdra pas un moment de temps, tous les moments étant assez précieux dans les conjonctures présentes.
Le Roi écrit à M""* de Longueville pour lut ordonner de se retirer à Trie, à Coulommiers, ou en quelque autre des maisons de M. son mari, et, suivant sa rëponse, TiCan Majestés font état de faire avancer les troupes du côte de Dieppe et même de s'en approcher. (Zfe la main de Mazarin : On n'a pas tout à fait résolu cela encore.)
La Reine juge à propos que vous expédiiez une ordonnance par laquelle il soit enjoint à tous les officiers et soldats, qui sont allés trouver M. de Turenne, de rêve* nir dans le service du Roi, où on les assure qu'ils seront bien reçus et traités favorablement, sinon qu*on les dé* clarera criminels de lèse-majesté et qu'ils seront traités comme tels en tous les lieux où ils pourront être appr^ hendés, aussi bien que tous ceux qui iront trouver dor^ navant ledit sieur maréchal de Turenne. Il faudra ftire publier cette ordonnance à Sedan, à Montrond et autres lieux de ce côté-là, et tâcher même d'en faire jeter des copies dans Stenay et dans Clermont, ce qui produiia sans doute un fort bon effet.
M""' de Bouillon a fait faire plainte de la contrainli
qu'elle reçoit de ses gardes^ qui, en Tëtat où elle est, sont continuellement dans sa chambre, et lui ôtent ainsi le repos et la liberté de faire beaucoup de choses nécessaires pour sa guérison. Je crois qu'on lui peut donner satisfaction là-dessusy ordonnant aux gardes de la traiter avec respect^ et de n'entrer dans sa chambre que de temps en temps pour voir si elle y est, sans l'obséder continuellement ; et s'il était nécessaire, il vaudrait mieux redoubler les gardes, afin d'être encore plus maîtres de la maison.
L'on me donne avis que M. de Champlâtreux fait tous ses efforts, auprès de M. le Premier Président, pour le porter à se remuer, dans ce rencontre, en faveur de M. le Prince, et à appuyer la requête qu'on veut préaenter au Parlement de sa part. Je pense qu'il sera bon que vous en parliez audit sieur de Champlâtreux et même à Monsieur son père, leur disant qu'on croit avoir cet avis de bonne part et qu'ils y doivent prendre garde, la Reine étant aussi disposée que jamais de gratifier en toutes rencontres mon dit sieur le Premier' Président et tous ceux de sa maison, pourvu que de son coté il témoigne toujours le même attachement à ses intérêts, et qu'il continue à donner des marques de son zèle et de sa fidélité au service du Roi.
A Rouen, le 8 féyrier 1650.
J'ai reçu quantité d'avis de divers endroits que M""* de Longueville songe et travaille à me faire tuer. Je remets le soin principal de ma conservation entre les mains de Dieu, qui cognoît mes intentions pour le bien de l'État, sans oublier les autres diligences qui peuvent empêcher l'effet de tels attentats.
860 APPENDICE AUX MAlfOIRES
A Roaen, le 9 férrier 1690.
J'ai reçu une lettre du sieur du Plessis-Bellièvre, qui me mande d'avoir été reçu par les habitants de Dieppe atee des acclamations inouïes et des cris continuels de : « Vive le Roi ! » par tout le peuple généralement^cequi n'est pas peu à estimer dans les diligences que faisoit M*^ de Lon* gueville elle-même en personne, à THôtel de ville, nonobstant sa prétendue maladie, pour faire prendre aux habitants une résolution toute contraire* J*avois fait accompagner Plessis-Bellièvre par trente officiers ; ils ont trouvé les bourgeois sous les armes, en huit compagnies , à cause de la jalousie que leur a donné l'arrivée de Chambois dans le château. Chacun a pris son dëpai^ tement; on a fait des barricades contre le chftteau; •nfia vraisemblablement notre affaire ira fort bien. J*y ai envoyé encore quarante de mes gardes, et cinquante dievaux d'un autre côté ; Paluau sera ce soir bien près de la place avec quinze cents hommes; M. le comte d*Harcourt le suit avec le reste des troupes, et Leurs Majestés, comme je vous ai dit ci-dessus, s'y avanceront demain. li n'y a que le canon qui nous fait peine, n'étant arrivé ici qu*hier au soir; encore il se trouve que les afEkts ne vi* lent rien, qu'il faut travailler à en faire d'autres et à des charrettes pour porter le canon; et enfin tenir touioun la bourse ouverte pour ces sortes de dépenses. Il faut avoir patience : Chamfort fait ce qu'il peut, mais il ne peut servir qu'avec ce qu'on lui donne. J'espère pourtant qu'avec la diligence qu'on y apporte et la dépense qu'on y fait, la plus grande partie du canon partira demain matin.
DB MATBI£U MOLE. 3C1
A RoueDy le 9 fërrier 1650, neuf heure» du «oir.
La résolution de Leurs Majestés et la diligence avec laquelle elles ont agi a tellement étonné M*"* de Longueville et ceux qui étoient avec elle dans le château de Dieppe , que tout présentement nous venons d'apprendre qu'elle en est sortie et s'est échappée à cheval^ avec vingt cavaliers. Elle avoit essayé, la nuit dernière, de se sauver par mer, étant descendue par le derrière du château pour s'embarquer au bas de la falaise ; mais comme M* du Plessis-Bellièvre avoit fait parler au capitaine Daniol, qui commandoit la seule frégate qui étoit pour lors en état de partir, ladite dame fut contrainte de faire rentrer toutes ses demoiselles au château , et s'en est allée comme je vous dis à cheval, sans qu'on sçache encore au vrai quelle route elle a prise. Quelqu'un a dit qu'on l'a vue passer aujourd'hui à Longueville.
Elle a dépêché Chambois à la Reine; la substance de ce qu'il a dit à Sa Majesté a été que M""* de Longueville Tenvoyoit pour assurer Leurs Majestés de son obéissance, et que ce qu'elle avoit fait jusques ici n'avoit été que pour rencontrer la sûreté de sa personne ; que la même considération l'obligeoit encore à s'éloigner; mais que, pour donner à Leurs Majestés une marque des sentiments de respect et de fidélité où elle étoit , elle avoit ordonné au sieur de Montigni de remettre le château de Dieppe entre les mains de telle personne qu'il plairoit à Sa Majesté de commettre pour le recevoir.
La Reine a répondu : qu'elle s'étonnoit fort que M"* de Longueville prît pour prétexte de ce qu'elle avoit fait la sûreté de sa personne, après la bonté que le Roi avoit eue de lui envoyer une personne expresse pour lui
36S APPENDlCfi AUX ICÉMOIRES
donner sa parole qu'elle pouvoit aller et demeurer à Trie ou à Coulommiers , en toute sûreté; que pour ce qui étoit de Tordre qu elle avoit donné au sieur de Bientigni de remettre les châteaux ^ on ne lui en avoit au» cune obligation , parce qu'elle avoit bien Gognu qu'elle ne pouvoit pas les défendre contre les forces du Roi*
Cependant, on mande à M. le comte d'Harcourt d'envoyer deux cents Suisses audit sieur du Plessis-Bellièvrei pour envoyer dans le cbâteau, et de faire faire halte aux troupes et à Tartillerie ^ sans avancer ni revenir en arrière jusques à ce qu'il y ait nouvelles dudit aieur du Plessis-Bellièvre, qu'il soit maître des cbâteaux : oe que l'on saura demain à midi : selon que la chose se sera pa^ sée, ou il ira plus outre, ou il reviendra.
On a fait aussi faire halte aux bagages de la cour qui étoient partis aujourd'hui, et nous espérons que Leun Majestés pourront s'épai^ner la fatigue de oe petit voyage , qui étoit très-iacommode à cause que les ch^ mins sont fort mauvais.
Son Altesse Royale ne sera pas peu ravie de tant de bonnes nouvelles que nous vous avons envoyées en peu de temps. Enfin voilà quatre places comme assurées en quatre jours.
Du Plessis-Bellièvre a intercepté une lettre qu'un petit garçon portoit à M°°® de Longueville, de la part d'un gentilhomme de Picardie, nommé la Chaussée, par laqndle il roarquoit d'avoir déjà assemblé trente-deux hommes pour lui mener ; mais qu'il n'avoit encore pu passer k cause de la compagnie des gardes de M. d'Elbeuf , et d'une autre compagnie de cavalerie qui étoient en quartiers-là et qui le cherchoient , ayant eu avis de levée.
Après avoir écrit jusques ici, j'ai reçu une seconde dépêche du sieur du Plessis-Bellièvre, que je vous adresse, afin de la faire voir à Son Altesse Royale^ après quoi je vous prie de me la renvoyer. Entre vous et moi, il me semble pouvoir dire sans vanité que j'ai servi heureusement à la réduction de cette place, et je m^assure que les termes et les circonstances de la lettre dudit Plessis- Bellièvre vous le feront juger de la sorte. On fera en sorte que le sieur du Plessis-Bellièvre, qu'on veut laisser à Dieppe, trouve bon qu'on envoie quelqu'un en sa place à la Bassée ; car, comme ce sera infailliblement la première place où les ennemis s'attaqueront , s'ils sont en état d'y attaquer quelqu'un , il faut y pourvoir sans délai. Ce n'est pas un morceau qui soit souhaité de beaucoup de gens; je vous prie d'en parler à Son Altesse Royale et de lui dire que Sa Majesté songeroit à jeter pour cela les yeux sur Beaujeu , qui se défendit si bien dans Ypres, sous le comte Broglio.
On m'a assuré que M°*® de Longueville vouloit profiter de l'offre que lui porte Yarennes, de la part du Roi, pour sa sûreté dans l'une de ses maisons; mais que Saint-Ybar y fut contraire, et l'entraîna dans son avis. Si vous voyez par occasion M. le président de Nesmond, il sera bon de lui faire cognoître que la seule conduite de M*°^ de Longueville lui a attiré ces malheurs-là; elle pouvoit demeurer en toute sûreté dans quelqu'une de ses maisons. Cependant, ses voyages en Normandie et les efforts qu'elle y a faits contre le service du Roi y ayant appelé Leurs Majestés, on voit maintenant quelles en sont les suites.
De Roueoy le 9 février 1690.
Il y a eu autrefois beaucoup d*amitié entre M^ de Clievreuse et M. le duc d'Épernon. Cependant elle se plaignoit dernièrement de lui, et comme on a jugé importanty pour le bien du service du Roi et pour d*autrès raisons, de rétablir Tintelligence entre ces deux per* sonnes, j'en parlai à M"*® de Chevreuse; Monsieur eut aussi la bonté de s'en entremettre, et elle donna les mains à tout ce que Ton voudroit. A présent, le sieur de Saint-Quentin est arrivé de la part de M. d'Épemoni qui apporte une lettre de civilité pour W^ de Chevreuse; je lui en écris aussi une pour la convier à rétablir solidement cette amitié , laquelle lettre vous lui ferez rendre par ledit sieur de Saint-Quentin , si vous le jugez à propos. 11 faudra pourtant que vous vous en concertiez avec Son Altesse Royale, et si, en allant chez M^ de Chevreuse, elle veut avoir la bonté de lui présenter ledit sieur de Sainl-Quentin, cela ne pourra produire qu^un bon effist, sinon vous le lui mènerez vous-même par les ordres de Sa dite Altesse Royale et à ma prière, et la disposerez k le recevoir, en sorte qu'il ait lieu de mander à sonmaitri qu'il peut faire état de son amitié. Enfin c^est assez que vous sçachiez que la fin que nous nous proposons en cela est la réunion de ces deux personnes; pour ètr€ assuré que vous pratiquerez tous les expédients et les moyens les plus propres pour y parvenir, dont je me remets à votre prudence.
Je vous prie de faire une civilité de ma part à M"^ de IMontbazon pour l'assurer de mon très'humble service el lui donner toutes les nouvelles que je vous envoie , qui , je m'assure, ne lui seront pas désagréables* Je vous prie
DE MATHIEU MOLE. ?Sly
aussi de faire le même compliment à M. de Beaufort, et l'assurer que je voudrois, avec passion, lui témoigner la passion que j'ai pour son service. Il sera aussi bon que vous saluiez ces autres Messieurs. Je ne doute point qu'ils ne soient informés par détail de tout ce qui se fait. Je vous prie, après en avoir informé Son Altesse Royale, de remettre la lettre ci-jointe à M™® de Chevreuse et à faire en sorte que le sieur de Saint-Quentin, à son arrivée, soit bien reçu et que ce renouement d'amitié se puisse établir.
A Roaen, ce 1 1 février 16S^.
J'ai eu avis certain de Bruxelles, que Madame avoit écrit à M. de Lorraine d'envoyer promptement à Paris un des siens pour traiter ses intérêts, et qu'il auroit pris la résolution de faire faire ce voyage à un nommé Yerduisant, qu'on dit être un esprit dangereux et qui vient avec des instructions de menaces, que si on n'accorde tout et sans délai , son maître fera de grandes choses contre nous, comme s'il avoit moyen de nous faire pire que la guerre : sans considérer même qu'il est moins en état de nous nuire qu'il n'a jamais été, ayant vendu aux Espagnols quatre mille hommes qui étoient ses meilleures troupes, puisque le marché portoit qu'eux-mêmes en feroient le choix , et qu'avec cela il leur donne encore deux mille hommes pour envoyer en Espagne par mer. Sa Majesté ne se met pas beaucoup en peine de tout cela, sçachant dans quels sentiments est Son Altesse Royale sur ce sujet.
On m'assure que M. de Turenne a touché cent mille écus de Targent de Paris ; il faut que M*"* la Princesse les ait donnes ou que ce soit l'argent de Peraut. Je vous prie d'en parler à Son Altesse Royale , afin que si elle
l'approuve vous fassiez après parler à M>^ la Princesse, en termes de grand ressentiment et qui lui basent cognoitre et appréhender que Sa Majesté ne peut souf* frir cette conduite; et, en effet, il semble à Sa dite Majesté qu'il n'y a point de résolution violente où on ne doive se porter, plutôt que de permettre qu*on fSuse la guerre au Roi, de l'argent que ladite dame fourniroit on de celui des princes prisonniers.
Sa Majesté croit qu'il faudroit donner des lettres de noblesse à cinq ou six sergents qu'on pourroit choisir en prenant ceux qui ont mieux servi , s'ils se sont distingués des autres, ou , si le service a été égal , les faiit tirer au sort, afin qu'il n'y eût point de dégoût ni de jalousie; on pourroit faire le premier sergent et oelm qui a porté la nouvelle, tous deux capitaines, et les autres lieutenants, les caporaux sergents et des soldats caporaux.
Tout ceci n'est pas seulement important pour la re* cognoissance qui est légitimement due k ce service, mais pour la conséquence , parce que, prenant soin de fiun publier, particulièrement dans la Bourgogne et la GhanH pagne, ce qu'on aura fait pour cette garnison, cet exemple excitera toutes les autres, qui sont dans les gouvc^ nements des princes prisonniers, à en faire de même, et en tout cas tiendra les ofHciers qui les commandent dans une perpétuelle méfiance d'un pareil coup, et il sefa plus facile d'en avoir raison.
On m'a donné avis de très-bon lieu , que M. de IVh reune avoit eu des nouvelles de M. le Prince; vous juge» rez bien combien cela est important, car le même ganb qui Taura servi à cela ne manqueroit pas d*intentioB pour lui procurer la liberté s*il pouvoit. U est qneslioi
DE MAIBIEU MOLE. 367
de changer de certains vieux gardes qui sont au bois de YinoenneSy de faire diverses autres choses pour assurer encore mieux lUmpossihilitë de l'ëvasion des princes. Il n^y a personne qui puisse donner là-dessus de meilleurs conseils que M. le duc de Beaufort ; vous pourriez mander au sieur de Bar de venir faire un tour chez vous au galop, aune heure que vous auriez prise par avance; M. de Laigue s^y rendre après avoif consulté la matière avec M. le duc deBeauforty de qui il ne seroit pas à propos de désirer qu'il s*ahouchàt audit de Bar; mais ledit sieur de Laigue suppléera à cela. Je vous prie de n*y perdre pas on moment de temps, dès que vous aurez reçu cette lettre. Il faut faire en sorte absolument que M. le Prince ne sçache aucunes nouvelles de tout ce qui se passe.
Rouen, 13 férrier i6tM).
Je viens de recevoir avis de très-bon lieu que Yineuil ne se contente pas de faire toutes les cabales qyUl peut dans Paris, en faveur du parti des princes prisonniers ; mais qu'il tient continuellement des discours contre l'honneur de la Reine et tendant à sédition, et k passer même à des attentats poiu* faire entreprendre à d'autres plus hardis que lui ce qu'il n'oseroit faire. J'en ai donné part à la Reine, qui me charge de vous prier d'en parler à Son Altesse Royale pour y faire prendre résolution, soit en arrêtant ledit Yineuil, soit en l'éloignant en quelque lieu où il ne puisse faire de mal. Mais Sa Miyesté juge l'un ou l'autre absolument nécessaire et sans délai.
Je n'ai pu lire ce que vous me marquez des favorables sentiments d'estime et d'affection que Son Altesse Royale vous a témoignés sur mon sujet, sans un ravissement de joie qu'il m'est impossible d'exprimer; je vous prie de
lui en rendre de très-humbles actions de grâces de ma part, et lui dire que je tiendrai toujours mes travaux fort bien récompenses de sa seule approbation, que j'essaye* rai de mériter incessamment par des services aussi fidèles et aussi passionnés qu'aucun de ses domestiques même pourroit lui rendre.
J'ai voulu lire à la Reine la dépêche du Parlement de Dauphiné, elle est très-bien et Sa Majesté désire qu*on leur en témoigne recognoissance. C'étoit de Poitiers qu'on auroit écrit plusieurs jours après l'arrestation de MM. les Princes, qu'il n'y avoit paru encore aucun ordre du Roi.
Si M. de fiouillon revient, en conséquence de la d^ claration qui a été publiée, nous n'aurons rien à dire; mais d'entrer en des négociations avec lui, séparément de son frère, pendant que l'autre nous fera la guerre, ce ne seroit pas mon avis, et je crois que Son Altesie Royale sera de mon sentiment. Us ont témoigne tant d'union d*intérêts jusques ici, et M"* de Bouillon a tut déclaré qu'un frère ne feroit rien sans l'autre , qu*il y auroit de Timprudence à nous de souffrir qu'ils ne se divisassent aujourd'hui, qu'afin que l'un reçût tout le bien que nous pourrons lui faire et que l'autre continuât k nous faire tout le mal qu'il peut.
A Roaeiiy le 15 février 1080.
Nous venons d'avoir avis que M**^ de Longuerille s'est enBn embarquée pour passer en Flandre; elle sera mieux là qu'ici. Chambois etXrassy l'ont voulu fort persuader d*aller à une de ses maisons et de se fier à la parole de la Reine ; mais les autres conseillers ont prëndo. Ceux qui l'ont accompagnée sont Saint-Ibar, Saint- Romain, Trassy, Sarrazin et le chevalier de la Chaise.
Quand on donnera part au public^ dans la Gazette, de ce qui s*est passé à Clermont, il faut prendre soin que ce soit en termes que le monde cognoisse que ces événements et celui de Danvilliers ne sont pas des cas fortuits, et que Ton a ménagé d'ici Tun et l'autre par prudence, dès le même jour que les princes furent arrêtés, Yandy, Béeherelle et Tabbé Fouquet ayant été envoyés pour celle de Danvilliers et le sieur du Tet^ à M. de la Ferté-Seneterre , pour Clermont.
A Rouen, 15 férrier 1650.
On m'écrit qu'il court dans Paris des libelles fâcheux et méchants ; il sera boa que vous en parliez à M. le lieutenant civil et à M. le Procureur du Roi pour aviser au moyen d'en arrêter le cours. Il y a apparence que les colporteurs seroient les premiers à les apporter, pourvu qu'on leur donnât quelque chose qui leur tînt lieu à peu près du profit qu'ils font en les débitant, et qu'ils joindroient à cela quelques exemples. Ce seroit le souverain remède.
A Roaen, le 16 féTrier 1650.
Je vous renvoie la lettre du prince de Marsillac, à laquelle la Reine estime que vous pourrez répondre en accusant simplement la réception ; mais que comme il aura reçu, depuis, la déclaration du Roi qui lui ordonne de se rendre dans quinze jours près de sa personne, espérant de le voir bientôt, vous n'avez autre chose à lui mander. Pour le mémoire que MM. les Princes a voient souscrit. Sa Majesté a fort approuvé l'avis de Son Altesse Royale de ne pas le faire voir à M"** la Princesse, laissant seulement libre l'exécution des choses qu'il contient.
J'ai été heureux d'apprendre les bons sentiments où vous avez trouvé M. le Premier Président pour le bieii de rÉtat : il y a sujet de s'étonner c{u'après les avtnoes quel'on auroit faites de la part de laReine à Fontraillesctà Matta pour accommoder leurs affaires, ils aient mieux aimé choisir une autre voie, aGn de faire 'la chose de hauteur et n'en avoir nulle obligation : cependant on sçaun si véritablement ils sont coupables ou non. II faut leur laisser faire, dès que la Reine pourra £eure aprèi| de soii coté, ce qu'elle doit ; je suis assuré qu<B Son Altesse Rojak condamnera leur procédé. Je ne sçais pas comment M. le Premier Président pourra les sortir d^aflhire si fiici* lement : il faut bien que ce soit par sa fiEiveur, cur duMOB sçait s'ils ont failli ; en tout cas, il me semble ijn'on pourroit bien attendre le retour de la cour à Paris, car de b» çon ou d'autre on en tireroit avantage.
M. le président de Nesmond m*a prié formdlemert d'empêcher que l'administration des biens de M. k Prince lui fût commise, au cas qu'il le nommât pour cela, avec cette réserve néanmoins qu'il ne parût pont qu'il m'en eût prié. Ainsi il n'y aura qu'à faire fidre, par le notaire, la réponse que Son Altesse Royale avmt jugé à propos, que l'on pourra même faire valoir mpii$ audit sieur président. La Reine ne voit pas qu'il y ait d'inconvénient de consentir à la nomination qu*a tàtt M. de Longueville pour l'administration de ses faieas*
Je vous prie de nouveau de faire faire toutes les diligences possibles pour bien éclaircir la conapiratioa da bois de Vincennes ; il n'y a rien aujourd'hui de si im^ portant, et on peut faire courir risque à TElat ^ ai ea y use de négligence ou d'indulgence. Il ne findra tisa témoigner à M. des Rohayes ni au sieur de SaintpAsHli
mais ne rien omettre pour découvrir la vërilé, tant à leur égard que des autres qui peuvent y avoir eu part.
On nous dit ici qu'on bat la caisse dans Paris pour assembler les soldats qui doivent faire la garde à Yincennes ; il faut absolument faire cesser cela. Son Altesse Royale jugera bien que ce seroit un vrai moyen aux partisans des princes de former un corps rempli de gens à leur dévotion, pour tenter un coup. U faudra songer à d'autres voies de former ces corps, qui puissent nous donner un entier repos d'esprit.
La Reine estime qu'il n'y a rien de plus nécessaire dans cette circonstance , et surtout dans ces commencements, que de faire rigoureuse justice et des châtiments exemplaires de ceux qui se trouveront pris les armes à la main contre le service du Roi, comme les ofBciers de Danvilliers et de Clermont, et qu'il faut envoyer une personne expresse sur les lieux pour informer et faire le procès. Il faut bien s'empêcher d'établir par notre procédé une égalité de parti ; le Roi doit agir en maître et traiter en criminel de lèse-majesté ceux qui seront pris. Quelques têtes coupées et des maisons rasées tiendront beaucoup de gens en leur devoir et en feront revenir beaucoup d'autres. U importe aussi de faire publier que M. de Turenne a traité avec les Espagnols; car cela rendra ce parti-là plus odieux envers tous les peuples.
Le sieur Colbert vous répondra sur le sujet des lettres de M. Fabert.
La Reine a été bien aise d'apprendre l'ordre qui a été donné à Yineuil de se retirer à Beauregard.
Les habitants de Dieppe font instance d'avoir les mêmes grâces qui leur furent accordées autrefois par Henri le Grand, qui consistent à avoir, entre autres
choses, des lettres de noblesse pour quatre des écheriiit, et Sa Majesté incline à les favoriser en cette demande.
J*ai été bien aise d'apprendre que M^ de Gherreoae ait bien reçu le sieur de Saint-Quentin ^ et qa'dle doit faire réponse à M. d'Épernon.
Il sera bien à propos que MM. les secrétaires d*ÉCat écrivent^ de concert, chacun dans les provinces de lems départements, toutes les semaines, les choses qui se passent; cela raffermit les bien intentionnés dans leois devoirs et empêche les autres, qui ne le sont pas, de s'échapper, quand ils sçauront que tout succède i souhait à Leurs Majestés. Je le dirai à MM. de Brienne et de Guénégaud, qui sont ici.
Pour Tabolition du marquis de la Boulaye, doBi M™* de Montbazon nous a parlé, il faudra remettre celis afTaire-là à notre retour à Paris.
A Roueoy le 18 fémer IttO.
11 faudra que vous preniez soin de caresser M. de h Tour, pour le maintenir toujours dans la bonne disposition qu'il témoigne pour le service de Leurs Majerték
Il faut recommander à M. de Bar quHi ne se laisse pas prendre le dessus par M. le Prince, qui, en ce caSy fan en feroit bien tâter. La sûreté de sa détention doit être toujours le principal objet dudit de Bar, qui doit biea agir avec grand respect, mais faire mentionner toutes les choses qu'il jugera nécessaires pour cette sûreté| saw se mettre en peine de Taversion que ledit siear Prinee témoigne pour lui, qui, sans doute, est plus affectée qw véritable.
Quand Brinon s'en retournera, je vous prie d*écriie à M. de la Ferté « Seneterre qu'il faut en toatea fanom
DE BiATHIEU MOLE. 373
qu'il chasse les troupes de M. de Turenne de Beaumont, parce que si elles s'y établissent une fois, les ennemis joignant à lui leurs forces , Mouzon seroit en quelque përily et il nous en reviendroit d'autres préjudices trèsconsidérables. Faites-lui bien cognoître, s'il vous plaît, la conséquence de cette affaire et combien le service qu'il j rendra sera agréé.
Sa Majesté estime qu'il ne faut pas hésiter à arrêter Yineuil , pour lui fairç dire ce qu'il sçait de l'entreprise de Vincennes.
On m'écrit qu'il y a, non éloigné d'Âuxonne, un habitant nommé Martoyne, créature du sieur Girard secrétaire de M. le Prince , et qui entretient une continuelle correspondance avec Brun; il marque que ce Martoyne a pris le chemin de Paris; il seroit bon de s'informer s'il y est arrivé, où il loge, et faire veiller de près à ses actions.
Il y a trois jours que l'on seroit parti , si les déclarations que l'on attendoit de^Paris pour ce partement fussent arrivées plus tôt ; il a fallu différer parce que ce sont des affaires importantes qui se fussent perdues, à moins de la présence de la personne du Roi , et des instances que Ton a faites, où l'on a usé d'adresse, comme il en étoit besoin. On n^ a pu travailler aujourd'hui apertement , parce que M. le comte d'Harcourt y est allé ce matin pour se faire recevoir. La Reine leur a envoyé dire qu'elle désiroit que tout s'achevât demain sans faute; ainsi je crois que nous pourrons partir dimanche, et Leurs Majestés font état de se rendre en trois jours à Paris.
A Roaen, ce i9 férrier 1650.
Nous venons de recevoir des avis de Flandre, de très-
bon lieu , que AT"* de Longueville y avoit envoyé un gentilhomme pour traiter, M. le maréchal de Turenae un autre, que tous les deux promettoient des menreillet à TArchiduc et entre autres choses de disposer Marsin i remettre Tortose au roi d'Espagne j et de Cure arec ses troupes tout ce qui pourroit lui être le plot avantageux en Catalogne : ce qui fait yoir combien a été à propos Tarrêt de sa personne. La réduction de Clermont et de Danvilliers aura-aussi un peu rompo les mesures des propositions quMls avoient ËEiitea} mail il eit vrai, cependant, que TÂrchiduc leur a promis de mettre présentement en campagne. C'est pourquoi il est de la dernière importance de ne pas perdre un seul moment de temps de notre côté à assembler les troupes ; il hxâ hâter la marche de celles dont je vous écrivis derniir6» ment, et mander aux autres de se tenir prêtes. Mail comme, les sortant des quartiers de bonne heure, il sera absolument nécessaire d'avoir quelque ohote à leur donner pour leur subsistance à la frontière, il me semble qu'il faudroit sauver deux des quatre dernières monstres qui leur ont été destinées, et que les receveur» généraux qui les doivent fournir travaillassent à assembler cet argent, afin qu'on puisse après le bailler aux troupes comme je dis. Il sera bien aussi qu'on donne un ordre général , très-précis, afin que la seconde de ces mons^» très soit employée aux recruei» des régiments, assurant les troupes que quand elles s'approcheront du pays ennemi, elles seront plus assistées qu elles ne l'ont jamais éU par le passé.
Je vous prie de parler de nouveau à M"* d'Aiguillon pour l'obliger à ne rien remuer présentemenfde Taflaire du mariage; nous avons à ménager encore dH esprits
ra MATHIEU MOLE. 375
qu'il ne faut pas effiuroucher, pour les mauvaises consë^quences qui en pourroient arriver; en tout cas, il faut tenir tout en sursëancé jusques à ce que je lui aie parle.
Je viens de recevoir votre dépêche dliier, il m'est impossible d'y répondre; je vous dirai seulement que je crois que la plus grande partie des avis qu'on donne sar Vincennes sont des inventions, et même quelque personne sensée écrit ici qu'il peut y avoir des gens qui par ces bruits aient la visée d'obliger à retirer MM. les princes du bois de Vincennes, pour les mettre à la Bastille, afin qu'il ne dépendît pas entièrement de la Reine et de Son Altesse Royale de faire continuer la détention desdits princes.
Je suis ravi de Yoir dans votre lettre les sentiments de Son Altesse Royale en l'égard de son domestique ; je lui réponds sur ma vie qu'il viendra à bout de tout ; il n^y a rien de plus juste et de plus aisé que de faire qu'il en soit toujours le maître absolu , et que tout dépende de kii. J'aurai l'honneur de déchiffrer beaucoup de choses à Son Altesse Royale à mon retour, pour lui faire oognoître que la malice fait tous ses efforts pour brouiller.
Je Vous prie de dire confidemment à Son Al tesse Royale, la suppliant de n'en témoigner rien, que M*** d'Elbeuf a dépêché à M. son mari pour lui dire que Madame souhaitoit avec passion qu'il se rendît en toute diligence à Paris, avant que la cour y arrivât. Je n'en sçais pas la cause, mais je me l'imagine à peu près; il n'ira pourtant pas, voulant achever son affaire avec ces maîtresK^i.
Je vous écrivis hier au soir, par M. de Créqui, de m'envoyer deux attelages de carrosse, sur la résolution que Leurs Majestés ont prise d'aller de Mantes k Paris ,
en un jour. Je vous prie qu'ils puissent être lundi au .soir à Saint-Germain.
Je ne sçais pas si Son Altesse Royale se rendra à It rencontre de Leurs Majestés. Si cela est, je vous prie de m'en donner avis, et de faire en sorte qu^elle ne s*a?anoe pas beaucoup au delà de Paris.
M. le président de Novion arriva hier, et m*a vu ce matin; il eût été bien qu'on l'eût détourné de delàdefiùre ce voyage. La réponse que la Reine lui fera, sur le sujet de la prétention de l'évêché de Beauvais, pour laquelle Son Altesse Royale m'a écrit une lettre très-pressante en sa fin veur, est que la personne pour qui il la demande n'étant pas prêtre^elle ne peut pas se résoudre à laluidonner, mais que quand Sa Majesté disposera dudit évéché, elle tâchera de faire tomber dans sa maison quelque bonne abbaye* On ne sçait comment faire^ car toutlemonde prétend de demander tout, et il est impossible d'en satis&ire la moin* dre partie. Je vous prie d'examiner avec Son Altesse Royale ce qui se pourra faire en ce rencontre, oit Sa Majesté veut bien gratiGer M. de Novion, mais elle ne se disposeroit jamais à donner Tévècbé à la personne pour qui il le demande.
De Ronen, le 20 férrier leSO.
Je m'en vais présentement monter en carrosse pour mon retour à Paris. Ce qui nous donne un peu de peine, c'est que Ton nous a donné avis qu'encore que Bf** de Lougueville eût fait publier qu'elle s'étoit embarquée pour sortir du royaume, elle est toujours néanmoins dans cette province et rôde dans le pays de Caux, chez dci gentilshommes amis de M. de Longueville, changeant tous les jours de Heu. On laisse ici une compagnie des gardes pour la sûreté du Vieux-Palais, et celle des gardes
DE MATBDŒU MOLE. 377
à cheval de M. le comte d'Harcourt étant arrivée , on renvoie, avec un exempt, porter ordre à M"** de Longueville de te retirer en une de ses maisons, et peut-être plus loin s'il est jugé à propos. On croit même qu'il sera bon de (aire une déclaration portant défenses à tous les gentilshommes de la province de lui donner aucune retraite dans leurs maisons à Tavenir, et en cas qu'il fût besoin de faire un peu halte pour cette affaire, nous pourrions séjourner un jour à Gaillon. Mais toujours en serez- vous averti.
De GaiUon, le 31 féTner 1650.
Je croyois que nous serions obligés de faire halte ici, pour les raisons que je vous écrivis hier ; mais après avoir bien examiné la chose, on a résolu de continuer le voyage pour être demain au soir à Paris, et je ne doute point, suivant ce que je vous en mandai de Rouen, que nous ne trouvions les relais demain à Saint-Germain.
Vous direz donc, s'il vous plaît, à Son Altesse Royale que n'étant pas tout à fait certain que M"* de Longueville soit d^ins la province, et que, quand elle y seroit, on la puisse trouver d'abord, on n'a pas voulu s'engager à demeurer peut-être ici douze ou quinze jours mal à propos y au lieu que par les ordres qu'on envoie à M. le comte d'Hàrcourt, et par l'état oii nous laissons la province, il ne faut pas dt>uter qu'il ne contraigne bientôt M"'*' de Longueville à en, rortir, ou qu'il ne trouve le moyen de se saisir de sa personne. Sa compagnie des gardes étoit arrivée, et je l'ai renforcée d'autant des miens qu'il lui en manquoit pour être composée de cent hommes. Outre cela, on lui laisse deux compagnies des gardes françoises. Avec quoi, et toute la suite de gentilshommes qu'il a à présent avec lui, qui est assez nom-
breuse , les places étant à ndus, il D*y à rien qui lui paine résister, et particulièrement allant sûr les lieux en personne, comme il a ordre de faire, et ne permettant pat qu'il se fasse aucune assemblée de gentilshommea sans k rompre et la dissiper d'abord. Ni les gardes à cheval, ni les deux autres compagnies ne seront à charge à la province, puisque les miens ont leur paye ordinaire, qœ ceux de M. le comte d'Harcourt seront entretenus comme Tétoient ceux de M. de I/ongueville, et que lea den compagnies des gardes seront payées règlement.
Le procureur du Roi du Châtelet m*a numdé qa*il avoit fait mettre en prison un homme, lequel a été donvaincu d'avoir fait un libelle fort sanglant contre M. le Prince. Je crois qu'il est bon d'en faire exemple, et parce que la justice le requiert, et afin qu'on ne croie pas qu*on veuille lâcher la bride à ceux qui voudroient écrire contre l'honneur et la réputation d'un prince du sang. .
M. de Bar a bien fait de faire venir les trois gentilshommes que vous me marquez, pour les employer i la garde de MM. les Princes. Je prétends lui en envoyer encore deux ou trois assurés, et après cela on pourra fiîifo revenir tous les gardes de la Reine.
LETTRE DE LA EEINE-B^KIVTB. — AFFAIRIS DB BOUBOOORB.
A Dijon^ U n wên 4690.
Je VOUS envoie à part l'extfait d'une lettre que j*ai reçue de M. le bailli de Valençay, par laquelle voM verrez ce qu'il me mande des intelligetaceâ secrètes qu*ap» voit eues contre moi le Pape * avec M. de Beaufort et M. le Coadjuteur. Il faudroit que M. Servieu et M. Le Temef
I . Voici cet exUtdt : c Votre Ëminenoe ponm Cidlement découvrir si une chote qoe Ton m*a dite potir trèt*«Mrée *l TérltaUs i SQKVQlry
tidiassent adroitoneat de découvrir ce qu'ils avaient projeté de fiûre, et dans quels engagements étoit entrée Sa Sainteté, et quelle sorte de sollicitations elle peut avoir faites à ces Messieurs pour me nuire; on pourroit les mettre sans affectation sur ce discours, témoignant que le Pape qui a eu appréhension qu'ils ne disent tout, et qu'ils vont s'accommoder avec moi, les a prévenus et a découvert i l'ambassadeur les instances qu'ils lui ont faites à mon préjudice, protestant qu'il n'a jamais voulu y entendre. Comme il ne vient guère plus de lettre de Paris qui ne porte quelques nouvelles particularités de la mauvaise conduite de la comtesse de Fiesque, qui, avec une insolence qui n'est pas supportable, ne fait pas seulement gloire de se déclarer hautement pour mon cousin le prince de Condé^ et de tenir ensuite avec d'autres femmes, qui sont dans les mêmes sentiments, mille discours impertinents et séditieux, mais que cela passe même maintenant jusques à fidre des cabales ouvertes et publiques pour acquérir des gens à ce parti-là, et enfin que sa maison est devenue un
que le Pape, croyant qu'il n*y poQYoit àyoir jamais de réconciliation entre elle et MM. de Beanfort et le Coadjateor de Paria, directemeot on indirectement! f*étoit déconvert à enm des mantaiaea intentioua qu'il aToit contre yotre personne, leur promettant toute sorte d*aide et de faveur, pourvu qu*ils poursuivissent jusques à votre ruine totale et que Votre Éminence fût entièrement hors de ton ministère. Qu'ayant 'appris que ces Messieurs se sont réunit d'amitié avec elle et qu'ils pourront découvrir jusques à quel point alloit la haine de Sa Sainteté ; qu'elle ne peut se donner de repos de voir son maltalent si pleinement recog&Uy eti cas que ces Messieurs ne lui gardent pas le secret. Et comme elle appréhende que la France par là vit notoirement qu^elle sVst voulu joindre aux malcontenti contre le Roi et le bien de l'État , et que l'on pût de là tirer conclusion que ce n'est pas vivre en Pape que de fomenter les rébellions et divisions dans un royaume chrétien, l'on m'a donné pour clM>se trèsooBStante qu'en cela git la principale cause de toutes les inquiétudes qu'il a témoignées depuis l'arrestation de MM. les princes et de l'amitié jurée entre Votre Éminence et mes diu sieurs de Beaufort et le Goadjufeur. »
réduit où s'assemblent chaque jour tout ce qu'il y a de méchants esprits et de malintentionnés contre la gouvernement, pour y concerter ensemble les moyens de faire réussir leurs mauvais desseins , je désire que Ton tranche le cours à ce désordre que l'impunité rendroit tous les jours plus grand et plus dangereux, en éloignant de Paris ladite comtesse de Fiesque. Vous en parlerez à mon frère aussitôt que vous aurez reçu cette lettre, et s'il se trouve du même sentiment, vous ne perdrez pas un moment de temps à envoyer Tordre à cette femme de se retirer en quelqu'une de ses maisons.
Je désire aussi que Ton examine bien de delà ce qu'il y a présentement à faire touchant le duc de la Rodie» foucault, particulièrement s'il ne s'est point encore rendn à la Roche-Guyop. L'état de Saumur semble presser encore davantage : qu'on y prenne une prompte résolu* tion ; vous en parlerez à mon frère, M. le Garde des Sceaux, le sieur Servien et vous, et j'approuve dès à pré* sent tout ce qu'il jugera à propos de faire sur ce sujet. Cependant je prie Dieu qu'il vous ait. Monsieur Le Tellier, en sa sainte garde. Écrit à Dijon, le 28 mars 1650.
{De la main de la Reine.) Ce que dessus est mon in* tention. AinrB.
La Reine me commande d'ajouter à l'ordre qu'on donne pour M°^ la comtesse de Fiesque les dames de Bonnelle et de Saint-Loup. ÂiniB.
LETTRE DE LTOMNX A LE TKLUIR,
A Dijon, ce 8 ami 1680,
Je vous dépêchai hier matin le sieur du Youldi , ordinaire du Roi, afin que vous puissiez vous en servir pour faire porter à M"** la Princesse l'ordre de Leurs Majestés
d'aller établir sa demeure ailleurs qu'à Chantilly ; mais ptrceque Af le Cardinal m'a fait sçavoir depuis diverses dioses fort importantes sur le même sujet, qu'il me charge de vous mander, je prends occasion de renvoyer un courrier que M. de Nouveau avoit dépéché par deçà, lequel arrivera peut-être avant ledit du Youldi, qu'on m'a dit avoir pris le chemin de Troyes, où il n'y a de postes que depuis Troyes à Paris.
Je vous dirai donc, Messieurs, que Son Éminence estime qu'il sera bon de publier les raisons véritables qui ont obligé le Roi à faire éloigner M""* la Princesse, et qu'encore qu'elles soient assez fortes d'elles-mêmes pour justifier la résolution de Sa Majesté , il faudroit néanmoins les déduire avec le plus d'exagération qu'il se pourroit.
Il semble à Son Éminence qu'il faudroit mettre toutes ces particularités bien au long dans la lettre du Roi, qu'on lui enverroit , et ensuite la faire imprimer ou trouver quelque autre moyen d'en donner cognoissance au public, n'oubliant pas (pour avoir l'applaudissement du peuple) de marquer que M"* la Princesse et M"* de Longueville, engagent et emploient tout ce qu'elles ont pour assister led Espagnols et les aider à faire des progrès dans ce royaume, leur donnant lieu de s'opiniâtrer à ne vouloir pas la paix, qu'ils seroient nécessités de faire dans les extrémités où ils sont, et particulièrement en fait d'ai^gent, si celui que leur ont envoyé lesdites princesses ne leur donnoit encore le moyen de subsister et de fournir à la plupart des dépenses de cette campagne.
Et sur ce sujet, la Reine, par l'avis de Son Éminence, m'a chargé de répondre à Son Altesse Royale, de sa part, qu'il seroit bon de mettre la main sur tous les revenus
382 APPENDICE AUX BIÉMOIRES
desdit$ princes et princesses, pour leur en rendre cçmgHt en temps et lieu; car autrement, quelque précautkMi qu'on y apporte, il est indubitable que tout ce que Ton en retirera sera, de façon ou d'autre 9 employé contre Sa Majesté même; et cela n'est pas si peu, que comptant ensemble le bien des trois princes prisonniers et celui de jl|me 1^ Princesse, il ne monte à plus de six cent mille ëcus par an. — ' Sa Majesté se remet pourtant à ce que Son Altesse Royale jugera plus à propos, après avoir bien examiné TafTaire avec M. le Garde des Sceaux et avec vous, Messieurs, en particulier, et y avoir pris de suite résolution dans tout le conseil.
Ayant considéré que si vous prenez la résolution d'écrire de la part du Roi à M°^ la Princesse et d'insëier dans la lettre tout ce que dessus, ou une partie, les blancs seings que je vous ai adressés de la part de M« de Guénégaud ne pourroient servir, n'étant chacun qu'en nn demi-feuillet ; je m'en suis fait bailler un cinquième à mon dit sieur de Guénégaud, que vous trouverez cî-jointy lequel est signé à la quatrième page, et de cette sorte il peut servir ou pour deux, ou pour quatre, ou pour iiZ| ou pour huit, etc. »
LETTRE DU CARDINAL MAZARTN AU IfiMB.
J'ai reçu des avis de Flandre, de fort bon lieu, qui portent que les ministres d'Espagne , M^ de LonguevîUe et M. deTurenne sont extraordinairementmalsatisfidtajas uns des autres, et qu'après une conférence qui s'ëtoit tenw à Arlem où ladite dame et ledit nuréchal s*étoient trouvés en personne et avoîent demandé des choses exorbitantes, comme des cinq cent mille écus pour employer à des levées, des sept à huit mille hommes pour les
*P et des cent mille ëcus par mois pour la subsistance ^ leurs troupes, sans rien offrir pour cela de leur part, ils s*ëtoient séparés fort malcontents, et les Espagnols avoient retiré toutes leurs troupes. Les mêmes avis me sont confirmés de Sedan, par le sieur Fabert, avec encore plus d'exagération, marquant des particularités de la foiblesse extrême du maréchal de Turenne, du peu de moyens qu'il a de faire subsister ce qu il a près de lui, qui ne va qu'à trois cents hommes de pied et à cent cinquante chevaux, et des malédictions que lui donnent l^s troupes du duc de Virtemberg, qu'il a ùiït souffrir comme des chiens, et les a toutes ruinées.
On me mande aussi de Bruxelles que le chevalier de Rivière y étoit arrivé avec des lettres de M"''' de Longueville et des ordres de solliciter vivement l'Archiduc de mettre en campagne, pour profiter du temps que le Roi seroit occupé devant Bellegarde ; après quoi elle représentoit que tout iroit fondre sur elle, mais que, ce pendant, on pouvoit se prévaloir de la foiblesse de nos frontières, et que, l'Archiduc y venant, il emporteroit avec toute facilité ou Saint-Quentin, ou tout au moins Guise, dont il tireroit tous les amis de MM. les Princes, et de notables avantages. On me mande même que ledit chevalier insistoit particulièrement pour l'attaque de Guise, qu'il disoitétre une affaire de huit jours.
On a fiût ici de grandes réjouissances de la nouvelle que vous nous avez donnée de la reprise de M"** de Bouillon, et des résolutions que Son Altesse Royale a prises ensuite. La Reine a été très-aise d'apprendre que les soins de M. le Garde des Sceaux ont contribué à cela, et m'a commandé de vous écrire de lui en faire les remercîments de sa part. C'est une affaire de grande conséquence dans
les conjonctures présentes , et qui nous (ait mettié 1* prit plus en repos sur le sujet de M. de Bouillon; c'é à-dire, si je ne me trompe, qu*il n^entreprendra rien tant qu'il verra M'"'' sa femme dans la Bastille. Cela ne nous doit pas empêcher de poursuivre les premières résolutions d'envoyer dans les provinces, et, par le courrier de demain, j'espère de pouvoir vous envoyer dei déclarations séparées, comme on estimeroit ici qn*eUei dussent être sur M. de Tureune et desdits siears doci de Bouillon et de la Rochefoucauld , se remettant pourtant à ce que Son Altesse Royale résoudra de cela.
La Reine m'a fait interroger pourquoi on n'avait pas exécuté ce qu'elle avoit mandé touchant la comtesse de Fiesque, Fontraille et Matta. Ce qui déplaît fort i Sa Majesté en cela, c'est qu'encore que la chose eût été tenue fort secrète de deçà , elle s'est publiée à Paris austttot» et M. de Beaufort a dit à diverses personnes que ces ordres-là auroient été envoyés d'ici , mais qu'on n'avoit pas jugé à propos de les exécuter pour encore. A Dijon, ce 1 3 avril.
PEISE DE BBLLIGAADS» PBPnJlIt CIMPAGNB DB LOUIS ZIV.
EiciT DU CÂBDIirÂL MAZAmiN.
A Dijon, le iS aTril 1680.
Son Altesse Royale aura déjà su, par une lettre qu'écrivit de Lyonne à M. Le Tellier, qu'on avoit espérance d'entrer dans Bellegarde en peu de jours, sans répandre une goutte de sang ; à présent, elle apprendra que tout est entièrement conclu, ce qu'on doit en grande partie au voyage que le Roi a fait à l'armée. Je m'en vas vous en faire le détail, afin que Son Altesse Royale en soit informée.
DE tiATHIEU MOLE. 385
^SiUSU que la contrevallation fut achevée (ce qui fut fait dpf , lesaoins de M. de Vendôme^ avec tant de diligence, qu*6n n*y mit que deux jours malgré la pluie et le mauvais temps), le comte de Tavanes demanda à voir un nonuné Bossuet, et comme je prévis que dans cette conjoncture un voyage du Roi à Tannée (qui se pouvoit faire en toute sûreté) produiroit sans doute un grand effet, rëchaufferoit Tardeur de nos troupes, et jetteroit la consternation dans ceux de Bellegarde ; je le proposai à la Reine, qui y consentit volontiers, afin de pratiquer tous les moyens qui pouvoient donner lieu d'avoir promptement la place, sans aucune effusion de sang.
Sa Majesté partit donc et alla coucher à Saint-Jean de Losne; Bossuet, à qui on avoit permis de voir le conlte de Tavanes, retourna avec les propositions de la part dudit. comte, si extravagantes, qu'on fîit obligé de les rejeter bien loin ; mais, sur les instances qu'il lit d'y retourner, s'assurant qu'il porteroit enfin les assiégés à se mettre à la raison, on lui en donna de nouveau la permission. Le jour suivant, le Roi descendit en bateau sur la Saône jusques au château d'Épagny, où M. le duc de Yendôme traita toute la cour avec une grande magnificence ; Bossuet y revint avec une modification très-médiocre aux premières propositions, ayant rapporté que Tavanes, Saint-Micaud, Passage et les principaux ofBciers commandant dans la place, après lui avoir dit qu'ils étoient cent quatre-vingts officiers résolus de périr sur la brèche et de s'y entasser les uns sur les autres, mais de vendre chèrement leur vie, et toutes les autres rodomontades que Son Altesse Royale sçait qu'on fait en pareilles rencontres, demandèrent trois semaines de temps pour attendre si M. de Turenue les viendroit secourir, s'obli- IV 25
geanti ce temps expiré, de remettre la place au Roi, à condition de se pouvoir tous retirer en corps^ et d'alkr joindre en toute sûreté M. de Turenne^ protesUnti pour conclusion ) qu'ils demeureroient fermes dans œlte proposition et qu'ils périroient tous plutôt que de s*en relâcher en rien.
Ma réponse fut que ces Messieurs se moquoient, et que peut-être ils avoient résolu de faire^ par leur opinii^ treté, que non-seulement le Rot eût l'avantage de prendre Bellegarde, mais de les châtier et les faire servir d*exem* pie à tout le reste du royaume, ce qui leur étoit ioévi* table 9 et qu'ils méritoient aussi d'autant plus qu ils «çavoient bien qu'ils ne servoient en rien à M. le Prinoe et qu'ils ne pouvoient être secourus, et par coBsëqucat qu'ils faisoient cognoitre n'avoir autre but dans leur ré* bellion que de donner moyen aux Espagnok de prendre quelque avantage sur nous pendant que les armes du Roi seroient engagées à l'entreprise de Bellegarde.
Je lui déclarai, pour dernier mot, qu'il ne falloit {MS que les assiégés espérassent jamais de pouvoir se retirer ni en corps ni autrement, pour aller joindre M. de Turennie; que ce que je pouvois faire c'étoit de mV ployer auprès de là Reine^ afin de leur faire accorder abolition de tout le passé; qu'il falloit qu^aa instant qu'ils sortiroient, toutes les troupes fussent Itoen^ ciées et que chacun ou prît emploi dans les troupes dn Roi, ou se retirât chez soi. Qu'au reste, pour ce secours imaginaire qu'ils attendoient, je ferois que Sa Majesié condescendroit à leur accorder huit jours de temps.
Bossuet part avec ce dernier ordre; cependant le Roi alla à l'armée, et conune il s'avançoit, ceux de Bellegarde envoyèrent dire que, par le respect qu'ils portoient à Sa
Majctië, ils ne tireroient point de toute la journée, ce qui eommençi de faire voir que je ne m'ëtois pas trompe dans l'effet que devoit produire la présence du Roi. On ne peut bien exprimer avec quelle joie, quels applaudissements et quelles acclamations Sa Majesté fut reçue par nos troupes. Tout retentissoit de continuels cris de « Vive le Roi ! » et on ne voyoit que chapeaux en Tair de tous les soldats et toutes les autres marques de réjouissance dont ils pouvoient s'aviser. Cela causa un grand abattement dans Bellegarde, mais y attendrit tellement le cœur des soldats et ralluma en sorte leur affection naturelle envers la personne du Roi, que tout ce qui étoit sur les remparts, malgré les officiers, firent d'abord la même salve que faisoit Tannée, et ne crièrent pas moins c< Vive le Roi ! n ni avec moins de joie et d'empressement.
Dès lors, la négociation générale fîit ouverte et les soins que je pris pour l'empêcher piurent bien faire qu'il n'y eût pas six mille négociateurs tout à la fois , mais pour quatre mille, tout au moins, je réponds à Son Altesse Royale qu'ils y furent; elle sçait la démangeaison que les François ont en semblables rencontres.
Cela rebuta plus ceux du dedans qu'il n'avoit avancé le traité ; cependant , comme il y avoit de grandes eaux et de mauvais chemins à passer pour aller au quartier du marquis d'Uxelles, oii je voulois voir les troupes, le Roi s'en retourna, et j'allai audit quartier, oii je vis entre autres le régiment de Son Altesse Royale, qui est certainement le plus beau corps et le plus fort que j'aie jamais vu.
Je dis en partant à M. de Vendôme que l'intention de Sa Majesté étoit que, dès qu'il seroit parti de Saint-Jean de Losne pour retourner à Dijon , ce qui devoit être le
lendemain.à dix heures du matin, on n*écoutât plus aucune proposition d'accommodement et quMl fit défiense, sous peine de la vie , d'avoir aucun pourparler ni entretien avec les assiégés : et parce qu'on sçavoit que beaucoup de leurb cavaliers et de leurs soldats ne servoient dans cette occasion qu'à contre-cœur, et que cette repugnance devoit être encore bien augmentée depuis que le Roi avoit paru en personne , on laissa à M. de Yendôme plusieurs imprimés d'une ordonnance qu'on avoit préparée pour jeter dans la place , afin d'essayer de détacher ceux-ci des autres et mettre les officiers dans une perpétuelle défiance du service de tous leurs soldats. On met dans ce paquet une copie de ladite ordonnance, afin que Son Altesse Royale la voie.
L'effet que j'avois vu de la présence du Roi me fit bien juger que nous aurions bientôt quelque nouvelle négo* ciation , et je ne m'abusai pas en cela ; car, à mon réveil, je sçus que dès le soir d'auparavant, comme Ton étoit sur le point d'ouvrir la tranchée , Passage parla à Yiantais et demanda de pouvoir entretenir NavaiUes, prenant pour prétexte de faire des excuses sur quelques coups de canon qu'on m'avoit tirés lorsque j'allai an quartier du marquis d'Uxelles, nonobstant la parok qu'ils avoient envoyé donner, disant que ç'avoit été par des canonniers ivres , contre l'ordre exprès de leurs of« ficiers. Après cela, il lui dit si on ne trouveroit point moyen de s'accommoder; sur quoi ils eiurent divers propos. On négocia toute la nuit , principalement sur la prétention oii ils demeuroient toujours fermes et fort opiniâtres de pouvoir aller joindre M. de Turenne , après les trois semaines qu'ils demandoient pour attendre le secours. Enfin, après beaucoup d'allées et de venues et
pourparlers, M. de Vendôme leur accorda dix jours pour attendre ce prétendu secours, après quoi ils remettroient la place , et sur l'instant même toutes les troupes qui sont dedans seroient licenciées et se retireroient chacun chez soi, si ce n'est ceux qui voudroient servir dans l'armée de Sa Majesté.
Us convinrent de donner pour otage le comte de Coligny et un capitaine du régiment de M. le Prince, et on leur donne M. de la Rallière. A quoi M. de Vendôme apporta longtemps grande résistance , comme certainement on ne devoit pas le faire ; mais il y fut enfin porté par tous les autres officiers qui lui représentèrent qu'on avoit toujours accoutumé d'en user ainsi , pour une sûreté réciproque de ce dont on convenoit, et que les assiégés la donnoient plus grande et en nombre et en la considération des personnes.
Je sçus tout ceci à mon réveil , et n'y ayant plus de moyen d'empêcher qu'on ne se fût engagé, ce que je pus faire, ce fut , après en avoir consulté avec MM. les maréchaux de France qui avoient accompagné le Roi , d'ajuster les choses en sorte qu'il parût que les assiégés venoient en suppliants, demandant pardon au Roi de leur faute, laquelle Sa Majesté leur accordoit à condition de remettre la place le 21 du mois courant , et de licencier le même jour toutes les troupes. Ainsi il n'est point parlé des otages ni même du prétendu secours qu'ils attendent.
Il n'y a point de doute que si on eût pu se servir de cette occasion pour faire un châtiment exemplaire de ces rebelles, cela eût produit un très-grand avantage pour le service du Roi , par les raisons qui sont assez aisées à juger; et il est certain aussi que dans l'état oii étoient les choses et avec les préparatifs qu'on avoit
faits, la place ne pouYoit plus manquer d*étre prise, sans qu'il y eût rien à craindre, ni des soUicitations de M*""' de Longueville pour avoir une armée des Espagnob, ni des assurances qu'envoyoit tous les jours M. de Turenne aux assiégés qu'il viendroit les secourir.
Mais les raisons qu'il y avoit pour en user comme on a fait et qui ont obligé Leurs Majestés à y acquiescer, semblent beaucoup plus fortes , et on s'assure que Son Altesse Royale les trouvera tout à fait concluantes. Premièrement, il est constant qu'avec toute la chaleur que les soldats témoignoient au dire des cognoisseurSi nous ne pouvions nous rendre maîtres de la place que dans trois semaines, supposé que les assiégés eussent ûdt une médiocre défense , parce que le peu de cavalerie qitt nous avions et le bon nombre qu'il y en avoîl dans la place, nous auroient empêchés de pouvoir fidre plus d'une attaque. En second lieu, quand ils auroient été pressés, tous les officiers et toute la cavalerie pouvoient toujours sortir par le pont du côté de deçà la rivière ^ parce que nous n'avions pas assez de troupes pour les enfer^ mer par une contrevallation, et la garder comme on Tavoit fait de l'autre côté.
Il fût arrivé, en outre , un dégoût général dans notre armée , oîi il étoit déjà public que les assiégés ofTroient de se rendre aux conditions ci-dessus , si les officiers et les soldats eussent vu que l'on faisoit bon mardbé de leur vie pour en tirer quelque plus grand avantage.
Il fût aussi arrivé infailliblement que dans œ siège on eût affoibli extrêmement l'armée, soit par ceux qui y auroient été tués ou blessés , soit par la maladie et la désertion, outre que l'on auroit toujours été contraint, après ce que l'armée auroit souffert , de lui donner un
rafraîchissement de quinze jours ou trois semaines ^ ce qui auroit empêché de pouvoir faire état d'aucune de ces troupes-ci que dans' le mois de juin, pendant que la Flandre j les frontières de Champagne , l'Italie et la Ca* tâlogne en peuvent avoir un besoin aussi pressant que chacun sçait, au lieu que Ton travaille dès à présent pour faire marcher toutes les troupes, dès Tinstant que la place sera rendue, et cela même avec graiide espérance que les corps qui sont destinés pour les frontières de Picardie et de Champagne pourront s*y rendre assez à temps pour, avec les autres qui y sont déjà , empêcher que les Espagnols n'y puissent rien entreprendre avec succès. Cependant il est aisé à voir qu'en faisant autrement, les ennemis eussent pu venir à bout, avec facilité, pendant le temps ci-dessus , de ce qu'ils auroient voulu tenter, qui eût possible été d'assez d'importance pour mettre nos affaires et au dedans et au dehors le royaume en très-méchant état.
On peut espérer même que venant à sçavoir la reddition de Bellegarde qui, dès à présent, deviendra publique, s'ils avoient formé quelque dessein dans la pensée de l'achever pendant que les armes du Roi seroient engagées de deçà, ils pourront maintenant le changer et feront plus de considération de s'y embarquer, comme, en effet, par les avis que j'ai de Flandre, la plus forte batterie dont se servoitM""* de Longueville et le maréchal de Turenne auprès de l'Archiduc, c'étoit de profiter utilement du temps que le Roi seroit au siège de Bellegarde, parce que tant qu'il dureroit rien ne lui pourroit résister.
Nous étions d'ailleurs obligés de faire très-grande dépense tant pour les travaux, que Son Altesse Royale sçait aller bien vite quand on approche de la contrescarpe, ainsi
que pour le payement du pain , de l'avoine, du fourrage et de la subsistance aux troupes; et^ en effet, il falloit ayûr continuellement l'argent comptant à la roaini dont, à dire vrai, nous sommes entièrement à bout et sans grande espérance d'en pouvoir trouver, parce qu^encore quMl y ait de deçà quelques fonds, comme le recouvrement n'en est pas bien présent, personne ne le veut avancer.
Ce qui nous mettoit encore plus en peine, c*ëtoit la provision pour le fourrage ; tout le quartier d'en haut de la Saône n'en ayant plus et étant fort difficile d'en £iire remonter du côté de ChâloQ , parce que la rivière demeure toujours grosse.
Enfin, il y a beaucoup d'autres petites raisons que Ton ne dit pas, et il eût été même superflu de déduire celleci que Son Altesse Royale aurait bien jugée, si on n'eût voulu l'informer de tout le détail. En un mot, nous avons Bellegarde et non-seulement nous n'aflToiblissonspas notre armée, mais nous la renforçons de près de huit cents hommes de ceux qui étoient dans la place, qui traitent déjà. Nous gagnons cinq ou six semaines de temps pour nous opposer aux desseins des ennemis ; nous conservons divers préparatifs que nous avions faits pour ce siège, dont nous pourrons nous servir utilement ailleurs, et nous nous en retournons à Paris.
La joie de toute cette province est inexplicable; le Roi revint hier au soir, la Reine fut à sa rencontre et toute la ville sortit avec des.témoignages de réjouissance qui ne ^e peuvent bien exprimer. Sans flatterie, le Roi s'est conduit merveilleusement bien en tout ce voyage; les gens de guerre en sont demeurés extraordinairement satisfaits ; si on lui eût voulu permettre, il n'y eût eu endrcMt oii il ne fût allé. Ije transport des soldats a été tel, que s'il
Teût commandé , je prois qu^ils fussent allés manger les portes de Bellegarde avec les dents.
La Reine m'a commandé de me réjouir de sa part avec Son Altesse Royale de ce succès, et de lui dire que ce qui accroît notablement sa satisfaction en ce rencontre, c'est Tespérance de la revoir bientôt. Leurs Majestés partiront à point nommé, le jour d'après que ceux de Bellegarde seront sortis, et font état de prendre le chemin de Champagne.
L'envie que l'on a de partir au plus tôt fait même chercher les moyens d'aiccourcir le temps de la reddition de la place ; et quoiqu'il n'y ait pas grande espérance que les principaux ofGciers y veuillent donner les mains, on ne laisse pas d'y travailler, profitant d'un avis qu'on a eu aujourd'hui que les cavaliers et les soldats sont fort las d'être enfermés, et ne sont pas fort maniables depuis qu'ils ont vu le Roi.
MM. Servien et Le Tellier pourront faire un mé-> moire à Renaudot de ce qu'ils jugeront à propos qu'il publie, oïl il y a beau champ de s'étendre sur les louanges du Roi, sur la résolution qu'il a témoignée et sur le plaisir qu'il prend de travailler lui-même à ce qui peut regarder son service et le bien de ses affaires. Et quand il mettra qu'il a fallu enfin que la Reine cédât aux instantes prières que le Roi lui faisoit pour lui permettre d'aller à Tarmée, il dira encore une vérité.
Do31aTrill650.
Sa Majesté est du même avis de Son Altesse Royale, qu'il ne faut pas différer davantage la publication de la déclaration contre MM. de Bouillon, de Turenne et de Marsiilac, et ajoute qu'il ne faut rien épargner pour châtier promptement et exemplairement M. de la
Rochefoucauld 9 et que si sa personne se relire^ on trouvera toujours ses maisons à raser ^ afi|| ({u*U s^en toavienne et que cela serve à conteiûr^mis leur devoir ceux qui pourroient avoir de méchantes intentions. Il me semble qu'il sera bon de prendre occasion de faire de grandes plaintes du procédé de M. de la Rochefoucauld à AT"'', de Liancourt, à M. son mari et à M. de Schombtfg. Nous avons quelques avis que les Espagnols, ou se sont déjà engagés ou sont sur le point de le faire, envers M"''' de Longueville et M. de Turenne, de ne point consentir à la paix qu'ils ne moyennassent la liberté des princes, à condition que ceux-ci ne pourroient jamais s'accommoder sans leur consentement. Cest pourqooî cette seule raison suffiroit pour empêcher mon aboudiement avec Pignoranda, dont je crois qu*il se fiint bien garder, et si lui ou quelque ministre comme le Nonce en font instance, dans l'occasion de son passage en Franoe, il faut tout rejeter sur cette nouveauté si préjudiciable à toute la chrétienté ; dire qu'il seroit superfln de traiter à présent que Ton sçait que les Espagnols ont promis de ne point faire de paix qu'à condition de la liberté des princes ; ce qui paroit si étrange et si déraisonnable, ^^ob a peine à croire que les ordres en soient Tcmus d*Eepagne, ou que la chose y soit approuvée et le traité ratifié, n'étant pas à présumer que Sa Majesté Catholique soit si contraire à la paix, qu'elle s'oblige à n'y jamais donner les mains qu^à la charge de contraindre le Roi de se conformer à sa volonté touchant ses sujets, outre qu*il est tout à fait ridicule que l'on puisse écrire que jamais le Roi pAt donner la liberté à un prisonnier prince du sang à Tinstance des Espagnols, et laisser dans le royaume une personne de sa condition ayant cette obligation aux ennemis.
La Reine a grand'peine, retournant à Paris, desçavoir que Matta et Fontrailles y soient encore, et ni*a charge de vous écrire , si la chose n'étoit pas encore faite j d'en parler à Son Altesse Royale de sa part, et lui dire qu'elle souhaite qu'on les éloigne sans plus de délai, et que s'ils n 'obéissent pas on les fasse mettre dans la Bastille.
LETOLIS DB COLBBET ▲ LE TELLISR.
liboome, ce 8 août 1650.
Pour répondre au premier mémoire, Son Éminence m'avoit chargé de vous faire sçavoir, avant la réception du second, que sur toutes ces sortes de rencontres vous pouviez avoir confiance entière en M. le Garde des Sceaux ; que c'étoit un homme d'honneur qui aimoit la royauté et qu'il avoit de la fidélité ; qu'il vous prioit de consulter ensemble, dans le même temps que ces affaires arrivent, quels remèdes on y pourroit apporter, et d'en écrire vos avis ; que dans ce dernier rencontre vous vissiez s'il ne seroit pas bien à propos que la Reine écrivit fortement à Son Altesse Royale et lui aussi ; qu'il croyoit être nécessaire que vous parlassiez aussi avec rigueur à M. de Beaufort et à M°^ de Montbazon, qui se déclarent si ouvertement ; leur faire honte de leur mauvaise conduite après avoir reçu tant de grâces de la Reine, et leur faire entendre qu'enfin ils lasseront sa bonté, après en avoir si souvent abusé. Sur cette même conduite de M. de Beaufort, que vous découvrissiez les sentiments de M. le président de Bellièvre, qui a été sa caution qu'il en tiendroit* une autre toute contraire à celle qu'il a lui-même mise par écrit; qu'il falloit tous ses efforts pour obliger Son Altesse Royale à leur parler à l'un et à l'autre au même sens, et qu'il falloit toujours travailler à lui faire cognoitre
les mauvaises intentions^ tant de ces deux personnes «pie des autres chefs de la Fronde^ que tous les avis qu'il a d'eux, fortifies par leurs actions, témoignent qu'ils en veulent à la monarchie, et comme il est à présent le premier obstacle qu'ils ont à abattre, ils travaillent à cela par toutes sortes de moyens, et qu'on peut facilement juger quelle suite auroit leur dessein, s'ils pouvoient venir à bout de ce point; qu'ils emploient toute leur industrie à s'emparer de l'esprit de Son Altesse Royale (ayant besoin de son autorité pour exécuter leur premier dessein, ce qui seroit un grand pas pour la suite, puisqu'il mettroit la division dans la famille royale), à quoi ils ont beaucoup de facilité par sa foiblesse naturelle, et encore plus par une des branches de cette foiblesse, qui est la crainte qu'il a d'eux; qu'il faut travailler par tous les expédients imaginables à la fortifier et à lui ôter cette crainte, autant qu'il se pourra, soit en lui faisant cognoître les mauvaises intentions de ces gens-là, soit en lui donnant une plus forte crainte de l'état auquel il se trouveroit, s'il étoit désuni d'avec la Reine. Voila, Mon* seigneur, ce que Son Éminence m'a commandé de vous écrire sur ce premier mémoire. Sur la lettre qu'elle reçnt de vous et sur votre second mémoire, elle a désiré que je vous fisse sçavoir : Que c'est un grand mal que votre avis n'ait été suivi, touchant l'arrêt de M^ de Longueville; que c'est encore une marque de la foiblesse de Son Altesse Royale; qu'il vous prie de pousser cette affaire avec le plus de vigueur qu'il se pourra; qu'il y a lieu de croire que les témoignages d'amitié que Son Altesse Royale lui fait donner par M""* de Chevreuse, ne dureront qu*autant de temps que les mauvaises intentions de ses ennemis n'exciteront point quelque nouvelle affaire, puisque autant
de temps que la dernière a dure, il n'a pas eu la même chaleur. C'est aussi le sentiment que la Reine a fait cognoitre à la lecture de cet endroit. Pour ce qui est du changement des gouverneurs en cette province, je ne les crois pas guère disposes ni Tun ni Tautre à leur accorder ce point.
Lors de la lecture du premier mémoire, la Reine témoigna beaucoup d'aigreur contre M""* de Chevreuse, qu'aile accusa de jouer les deux trop manifestement; et sur Son Altesse Royale^ elle dit qu'elle lui ëcriroit de sorte qu'elle lui feroit bien changer de sentiment. »
A Liboume, ce 9 août 1650, à. ... heures du matio.
Monseigneur, j'ajoute ces lignes à ma lettre du jour d'hier, qui va partir par l'ordinaire, pour vous dire que je viens de recevoir présentement votre dépêche du 6 de ce mois, apportée par le courrier Dorot. On travaille à déchiffrer le mémoire qu'elle contenoit , que je porterai aussitôt à Son Émiuence.
J'ai trouvé Son Éminence, lui portant votre mémoire déchiffré, dans sa chambre, seul, rêvant profondément. D'abord qu'il m'a vu, il s'est levé et m'a dit que vous aviez laissé faire un étrange pas à Son Altesse Royale; qu'on ne feroit pas cette injure au moindre gentilhomme du royaume qui auroit été député pour l'accommodement de Bordeaux, d'accorder une chose de cette. conséquence, non-seulement sans lui en demander avis, mais même contre celui qu'il en auroit écrit; encore bien moins à Son Altesse Royale, s'il étoit reçu en cette province comme on lui avoit offert; que si le Roi lui avoit fait rinjure qu*il venoit de lui faire, il auroit le plus légitime sujet que l'on puisse avoir de prendre les armes et se
:^98 APPENDICE AUX MÉMOIRES t
déclarer ouvertement; qu*il étoit îancile de £yre laire nm si long voyage au Roi et à la Reine pour fidre une ù haute infamie; qu'en Taccordant à Bordeaux, on pouvoit faire cet accommodement dès Paris, et qu'au moins Son Altesse Royale auroit eu part à la bonté, et on auroit été en état de remédier plus puissamment au dësordra de la frontière. Mais que de soufErir die ce coté -là les progrès des ennemis et venir de deçà &ire nne paix infâme, lorsque le Roi peut tirer raison de ses peuples révoltés, et cela par le moyen de la crainte que Son Al* tesse Royale a de M, de Beaufort, qui &it qu'il donne de Paris la loi au Roi, tandis qu'il est à quatre lieues de Bordeaux, certes il ne le pouvoit ni comprendre, ni concevoir que vous ne lui en écriviez que sèchement, tans lui dire si vous y aviez fait résistance ou non; qu'il ne sçavoit pas même si M. le Garde des Sceaux avoit éïâ consulté, et qu'il ne pouvoit pas croire qu'il y eût donné les mains. — Je l'interrompis sur cela et lui lus votre mémoire, qui lui fît cognoitre que Son Altesse fiojale Tavoit fait contre le consentement de M. le Garde des Sceaux. Après cette lecture, il continua que c'étoit en des occasions comme celle-là qu'il falloit périr et dira hautement à Son Altesse Royale qu'on se retireroit, et en venir même à Teflet; que cela avoit été pratiqué pendant le voyage de Bourgogne, lorsqu'on vouloit établir les seize ou dix-huit, qui étoit un beaucoup moindre sujet que celui-ci; qu'il ne sçavoit pas de quelle sorte aborder la Reine pour lui dire cette nouvelle, qui assurément lui donneroit la fièvre ; que c'étoit une princesse qui avoit beaucoup de cœur, et qu'après avoir reçu une injure si sensible, vous lui conseilliez encore de l'agréer, et puis que cela lui sembleroit si dur, qu'il étoit âdié.
pour l'amour de voiiS|^ue cela fût arrivé, vous présent , et que néanmoins vous traitiez cela de bagatelle dans votre lettre; qu'il n'entendoit pas quel avantage rece« vroit le Roi de la proposition que vous lui faisiez de ne rien faire contre Bordeaux , pendant vingt jours que pourroit durer le retour de ce courrier et le voyage de Guyonnet, parce que ceux de Bordeaux , ou seront secourus d'Espagne, et en ce cas ils ne tiendront rien de ve qui aura été promis à Paris par leurs députés, ou ils sont à l'extrémité par les armes du Roi, et ils accepteront les conditions que Son Altiesse Royale leur aura accordées; que cette nouvelle lui avoit été plus sensible que sî on lui eût dit que son père avoit été pendu, ou qu'on l'eût condamné lui-même; que destituer M. d'Éperaon (lui qui avoit seul soutenu l'autorité du Roi contre un parlement) sans forme de procès, cela n'avoit jamais été pratiqué ; que récompenser tous ceux qui auroient servi les parlements, et punir ceux qui leur avoient résisté, c'étoit mettre l'autorité royale entre leurs mains, et contribuer à la ruine de la monarcbie, conmie les plus méchants et les plus puissants d'entre eux avoient dessein; que de dire que M. de Beaufort et M. le Coadjuteur avoient poussé Son Altesse Royale à faire ce pas pour mettre la division entre lui et la Reine , par la mauvaise satisfaction qu'elle en auroît et qu'elle lui témoigneroit, et aussi l'obliger à en faire quelque autre pour les désunir entièrement» et profiter de leur division pour l'avancement de leurs desseins, et par conséquent qu'il faut que la Reine l'approuve, ce n'est pas remédier au mal qui en peut arriver, puisqu'ils se serviront de la même action pour insinuer dans l'esprit de Son Altesse Royale qu'il peut tout; que la Reine ayant approuvé par
foiblesse une chose qui touche si 'sensiblement son autoritéy il n'a qu'à entreprendre, ou bien même qu'ayant offense la Reine en ce point , si elle dissimule ce n*est qne pour trouver son temps favorable pour se venger, à quoi elle ne manquera pas, et qu'elle sera toujours excitée à cela par Son Éminence, et qu'on pouvoit leur retrancher l'avantage qu'ils ont de se servir de ces raisons, en lui résistant fortement et empêchant qu*il nepiît cette résolution comme il l'avoit écrit, par la lettre qui vous fut rendue par Saint-Fray, qui de sa vie il n'en avoit fait une si forte que celle-là ; à quoi ayariLMCore ajouté quelques autres discours de cette même force, el parlé de la difficulté qu'il avoit à aborder la Reine pour lui donner une si fâcheuse nouvelle, a rêvé quelque temps : il souhaita que Dieu lui envoyât une si forte fièvre qu'elle l'envoyât en l'autre monde dès ce soir. A tous ces discours dont vous voyez tout l'emportement, n*y en ayant point paru sur le visage, je repartis seulement, dans le temps que vous jugerez facilement, que le mémoire en chiffres faisoit cognoître à Son Éminence que le tout avoit été concerté avec M. le Garde des Sceaux, et que la relation qui viendroit après*demain en instruîroit plus particulièrement Son Éminence. Sur le mot de périr et de quitter^ que lorsqu'on avoit fait cette men^pe pendant le voyage de Bourgogne, elle étoit concertée avec tous les ministres du Roi, qui en étoient demeurés d'accord, et dans ce rencontre vous n'auriez eu que votre voix et étiez obligé de déférer aux avis de M. le Garde des Sceaux ; que par les derniers mémoires, Son Éminence avoit bien vu quelle conspiration il y avoit pour faire condescendre Son Altesse Royale à donner cette parole, et que je me souvenois que par celui de vendredi dernier
DE MATHIEU MOL$. 40i
VOUS mandiez que rien n'avoit pu finpêcher qu'on ne poussât Son Altesse Royale, sur cela que la raison par vous alléguée que c'étoit la seule chose que la Reine pouvoit accorder pour raccommodement, et que si Son Altesse Royale n'en donnoit parole , le Parlement ne s'en tiendroit assuré et feroit quelque autre demande pour la liberté des princes : à quoi il avoit été répondu seulement qu'on y penseroit. Que depuis, ces mêmes personnes avoient résolu de faire l'accommodement moyennant cette condition, et que par ce moyen ils avoient poussé et obtenu cette parole ; je lui répétai aussi la raison de votre dernier mémoire, que Paris ne souffrira jamais que Bordeaux soit opprimé quand il se réduira à cette condition ; et qu'enfin vous vous étiez trouvé entre deux grands maux, les remontrances et la destitution ; que vous aviez évité le pire qui devoit assurément arriver, puisque vous aviez choisi l'autre; il me chargea ensuite de ne vous rien mander de tout ce qu'il m'avoit dit, mais seulement qu'il vous feroit réponse sur la lettre qu'il avoit reçue de vous par Dorot.
A Liboume, ce 13 août 1650.
MQnseigneur le cardinal a vu ce matin votre mémoire
en iphiffres, du 7 de ce mois, que l'ordinaire m'apporta
hier. Avant que de vous rendre compte de tout ce qu'il
m'a chargé de vous écrire, je crois qu'il est à propos
que vous sçachiez qu'avant-hier au soir, peu auparavant
que la fièvre me prît, Son Eminence m'envoya quenr, et
après m'avoir fait quelques complaintes sur la conduite de ceux qui ont poussé Son Altesse Royale à donner parole de la destitution de M. d'Épernoa, il ajouta qu'ils faisoient tous leurs efforts pour le rendre méprisable, et iT 26
40S APPENDICE AUX MtMOIRCS
que c*étoit l'attaquer dans son foit^ et me fit rar cria une grande déduction de tout ce qu*il avoit hit cette année : que par son adresse il avoit fait nendre Danvit liers et qu'il avoit inspiré à M. de la Ferté-Seneterre la moyens de se rendre maître de Clermont. Que n'avoit-il point fait en Normandie par son seul crédit et négocia* tions, sans employer les fonds da Roi ni ses finances? Il avoit pris Pont-de-F Arche, Dieppe et Caen, changé lei mauvaises intentions de M. de Richelieu pour le Havre, et enfin pacifié cette province ; qu'il avoit fait la même chose en Bourgogne et qu*il avoit pris Bell^rde qui étoit défendue par les principaux amis et serviteuii de MM. les Princes, beaucoup plus par traitérque par force ; que tout le monde sçavoit ce qui s'étoit paaaë h Guise, qui étoit pourtant l'action à laquelle il avoit moins de part, puisqu'elle s'éloit faite avec toute les trM|NBi de l'armée du Roi ; qu'on voyoit pourtant ce qui ae bih soit à Langon pour avoir prévu que de cent lieux air l'armée d'Espagne pouvoit s'attacher, elle attâiflierok cette place indubitablement, et l'avoir munie du nombri d'hommes nécessaire pour une vigoureuse défeifte, de toute sorte de munitions et même d'argent de son propre; que sa prévoyance avoit passé jusques à faire choisir les meilleurs forçats de toutes les chiourmes et leuitf^ mettre la liberté au cas qu'ils pussent faire passer, dans le port de Longon , une galère qui portoit cinq cetfb hommes, eux compris ; qu'il venoit de recevoir nouvdie que cela avoit réussi, que les révoltés de la Catalogne avoiint été défaits, et qu'enfin hors du royaume tout étoit en bon état ; qu'il falloit que vous vous servissiei de toutes ces choses pour repousser le mépris dans leqod tous ces gens-là le vouloieut jeter, et qu'il fidlohqwje
DE lUTHIEr MOUt 40»
TOUS en écrivisse, parce qu'il ne le pouvoit pas faire. Il reprit sur cela le discours de Taflaire qui étoit restée dans son esprit, touchant la parole donnée par Son Altesse Royale, et me dit que la Reine en auroit pleuré et qu elle s'étoit étonnée aussi bien que lui que vous eussiez si peu résisté à la volonté de Son Altesse Royale, comme vous le témoignez par vos lettres et mémoires; et qu'il avoit été forcé de lui dire que c' étoit par l'affection que vous aviez pour lui qui vous arvoit fait appréhender la suite de ces remontrances. Je pris celle-là comme venant de lui el non pas de la Reine, et lui repartis que, pour le détail de ce qui s'étoit passé en cette affaire^ Son Éminence ne le pouvoit sçavoir que par la relation qui en viendroit par le prochain ordinaire ; qu'au reste, elle ne pouvoit pas douter de votre affection et de votre zèle, encore moins de votre esprit et de votre conduite ; qu'elle se feroit tort à elle-même si elle en doutoit, et que je la pouvois assurer que ce seroit un fort méchant motif pour vous faire agir, que la crainte qu'il n'y auroit que le devoir envers la Reine et la gratitude envers elle qui vous obligeât de le faire, sans jamais manquer de zèle, d'affection ni de fidélité. Sur cela le sourcil se fronça et la couleur lui monta au visage, sans pourtant rien dire : il sortit seulement de sa gÉkIe-robe où il étoit et m'y laissa seul.
Aujourd'hui, après la lecture de votre grand mémoire, il a témoigné beaucoup de satisfaction de tout ce que vous avez fait, et a dit que, dans le conseil, tous ces Messieurs, Servien, de Villeroi et autres, lui demandoient si vous ne lui écriviez rien sur toutes ces rencontres^ et que quoiqu'il ne s'y peut rien ajouter, néanmoins que cela n'ctoit point connu; à cela je lui ai reparti que pourvu que cela le fût de Son Eminence, vous étiez satisfait.
Ensuite, il m'a commandé de vous écrire qu'il étoh de la dernière conséquence de sçifrair jusques où poufoit s'étendre le pouvoir qu'avoit M. leCoadjutear sur l'esprit de Son Altesse Royale, et s'il pouvoit aller josques à lai faire consentir à ne pas s'opposer vigoureusement ma propositions qui pourroient être faites contre lui ; qu'il falloit rechercher avec M. le Garde des Sceaux et pratiquer tous les expédients imaginables pour le dëcréditer dans l'esprit de Son Altesse Royale. Et si cela ne pouvoit réus» sir, qu'il falloit nécessairement que la Reine fît un coup d'autorité, et pour cela que vous consultassiez à fond avec le même M. le Garde des Sceaux, sur tout ce qui se pourroit faire; qu'il falloit que l'un et l'autre ▼ouafisnei bien cognoître à Son Altesse Royale que la Eeine ne l'abandonnera jamais, et que quand elle seroit réduite i une province, elle le maintiendroit toujours; qu'Un'ja point de différence entre ce qui se fera contre lui et ce qui se feroit contre Sa Majesté, non-seulement paf^l« potls qu'il occupe, mais même par la fermeté de la Reioe; 6t lui dépeindre ensuite les désordres qui s'ensuiTToicnt pour le royaume et pour lui en particulier, s'il venmt a se désunir d'avec*la Reine ; que de sa part elle a fait, en cette dernière occasion, tout ce que Son Altesse Royale pourroit souhaiter et au delà, et que c'étoitune ddii|»lus essentielles marques qu'elle lui pouvoit donner de la ferme résolution qu'elle a voit faite de tenir toujours avec luiy et lui persuader ensuite, s'il se peut, à écrire à la Reine un remercîment, avec protestation de ne jamais rien fiûre qui lui pût être désagréable. A quoi il vous prie de vous appliquer et de vous servir aussi de M. le Garde des Sceaux pour le même effet.
Que vous consultiez M. Talon et vos amis particnlien
du Parlement pour sçftYoir, au plus juste qu'il se pourra, quels sentiments prévalent à présent dans la compagnie, et les moyens que Ton pourroit tenir pour en gagner quelques-uns, et faire cognoître à quelques autres Tétat des affaires et tes mauvais sentiments des malintentionnés.
Qu'il jugeroit mdflie à propos que vous vissiez sur d'autres sujets M. le Premier Président, M. de Champlâtreux, et qu'adroitement vous les fissiez parler sur tout ce qui se passe , et même de la réunion du parti dont ils sont les chefs avec celui du Roi ou des bien intentionnés , sans pourtant vous découvrir, puisque vous en sçavez la conséquence.
Qu'en voyant M"** de Chevreose, vous lui fassiez cognoître en la meilleure manière que vous jugerez, que la Reine croit que M. le Coadjuteur agit par un principe de méfiance, et que pour le lui ôteret lui donner entière assurance, il n'y a rien qu'elle ne fasse^ et qu'elle donne la carte blanche pour f^ire tout ce qu'elle et MM. de Bellièvre et I^igues aviseront pour le mieux.
Que vous tâchiez de découvrir l'intelligence de M"** de Montbazon et de M. de Reaufort avec les princes, et que vous la fassiez cognoître ensuite à Son Altesse Royale, et aux autres personnes que vous jugerez nécessaire.
Que vous consultiez avec M. le Garde des Sceaux s'il ne seroit pas à propos que la Reine écrivît à Son Altesse* Royale sur tout ce qui se passe et en quels termes ; qu'en ce cas vous nous envoyiez une lettre minutée si vous jugez à propos de l'envoyer par M. d' Anville, ou par Comminges, et que votre avis sur cela mérite bien un courrier exprès.
Qu'il est encore de la dernière conséquence de bien faire cognoître k Son Altesse Royale Tétat du royaume.
(iO($ APPENDICE AUX MÉMCHRES
qui n'est pas tel qu'on lui veut persuader; que toutes les places et les troupes sont au Roi; que les peuples trisM»gnent partout un amour extrême pour son prince ; que cette aversion dont on lui parle tant que les peuples est contre Son Éminence, ne paroît point dans toutes les provinces, au contraire beaucoup d'affection et dësir de le voir ; que cette aversion prétendue n'est que dans les esprits de quelques gens attitrés dans Paris et payés pour cela. L'entretenir ensuite sur les services ci-derant décrits et sur le désintéressement de Son Éminence, et lui fidrs cognoître que jtant qu'il demeurera uni avec la BdiM mn viendra facilement à bout de tout; et que la force des ennemis de l'État et de la royauté ne consiste qu'en l'espérance qu'ils ont de leur désunion; que vous Toyiiisi M. le maréchal de l'Hospital peut être induit à coBtribuer à détromper Son Altesse Royale de toutes ses craintes.
Que vous vous souveniez toujours de bien traiter, autant qu'il se pourra, les officiers d'armée et les troapei^ et que vous voyiez quelquefois M"* de Montbazoa, qui se plaint du peu^de visites qu'elle reçoit de tous. '
Sur ce que j'ai dit à la Reine de l'avis donné à M. d'Ar vaux, elle m'a répondu qu'elle n'avoit aucune cognoissance de ces réponses, mais qu'il étoit bien Achein k M. Servien de voir tant de calomnies contre lui, où même elle étoit mêlée, dans des libelles que M. d^Avaux avait fait faire. Je lui ai reparti que toute la question étoit de sçavoir s'ils venoient effectivement de lui. Sur quoi die m'a répondu qu'il n'ctoit que trop vrai qu'ils venoient de Saint-Romain et de Marsilly, et que M. d'Avaux faisoit beaucoup de mal dans Paris, secrètement, qu'il étoit tout à M. le Prince.
Mes précédentes vous auront tiré de l'inquiétude où
vous étiez touchant les roëmoires, vous assurant qu'il n y a ^e la Reine et Son Éminence qui les voient.
LSTIHES DK MOLi A MM. DUPUT, AU IfOMBl^ DB nLKNTS-CIKQ. ^
1. Le manque d'espace nous oblige à ne donner qu'une analyse des lettres de Mole à Dupuy dont le texte n*a pas pu trouver place parmi les documents des Mémoires. Nous allons donc indiquer les faits historiques et littéraires dont elles parlent. Ces lettres sont presque toutes sans date.
Dupuy, tome DCCXCII,, lettre n* 39. c Je me propose de retourner demain pour passer les fêtes en la solitude (Champlâtreux). La prise de Danvilliers et Temprisoniiement dn premier maréchal de France* donne sujet de s*y entretenir. »— -N* 36. c J*ai été pour voir Mr le Chancelier, mais il étoit allé chez M. d*Anxerre (son frère], où la journée se passera en famille. » — N* 19. « J*ai tu !a lettre de celui qui n'oublie pas ses amis aux mauvaises rencontres qui surriennent. Je lui en témoignerai mes sentiments. Mais, devant aller sur les lieux y je m*exposerai à recevoir les coups en personne; puisqu'il n'y a autre voie, je m'y résous. » — N* 20. « Je vous laisserai le jugement du procédé de celui dont vous m'écrivez. > — N* 90. c Je n'avois rien appris de la maladie de M. le Chancelier que par la vdtre, mais mon fils de Sainte-Croix m'en a dit la grandeur (une apoplexie)»; celle qu'il possède ne l'exempte pas des accidents humains, n faut voir la fin de cette vie un peu de loin. Ce sont des pensées du désert on vous êtes regretté chaque jour. Par lettre de Catalogne on attendoit le moment d'un combat , puisque les ennemis avoient passé la Seigra. Vous avez vu la réponse faite au gazetier que Ton dit venir de Flandre, et néanmoins on y déclare tout ce qui se passe de particulier en France. Une lettre tire toujours une réponse; on a commencé er Hollande , et toutes les actions vraies ou fausses se publient sous noms empruntés. » — N» 92. c Si de Rome on vous rend grftces de ce que vous écrivez de votre main , que ne ^ ous dois-je point : et encore ces lettres du sieur Heinsius , qui sont dignes d*étre conservées. >— N* 91. « Le retour de BI. de Bellièvre d* Angleterre en fait assez juger l'état trèsmisérable pour les couronnes. L'événement sera aussi peu favorable pour les petits- fils que pour le grand-père. Les premières nouvelles de Naples nous apprendront l'extrémité d'un peuple désespéré. Le siège de Crémone est levé. > — N« 98. Siège d'Ager.... c On y conduira difficilement du canon ; les officiers de l'artillerie Vont prévu ; il
* Moir iiou* p.iTMlt faire alluiiioa t 1*arre«Uition du maréclial de MarilUr.
n'y a qu'une plaine entre les années; on est résolu de eomlMittre les ennemis; > la Bavière; les Suédob ; U Uollande; Tévéché de TmL
— N<> 02 hu. n J'ai parlé avec mon fils de Bayeux , qni â déjà doBDé ordre au payement nécessaire , en cas que les gratis ne se pnMenI ob» tenir. Je n'ri osé me le promettre en ce siècle où tout se tnhe par âotvi Toie que l'ordinaire. L'argent me désobligera de tout; mais je dinsi* rai toujours cette voie par l>eaucoup de eonsidéradons, J*ai extrême regret
à Dixmude puisque Ton se défend si mal. I^m* PAUemagne,
Bavière a plus gagné par un traité que par les armes; il mérite une fois d'être payé de son infidélité. Mon fils le chevalier, après la prise d*Ager, est parti de la Catalogne et arrivé ici en huit jours. » — N<> 99. Prisai* niers à Grenoble ; Toul et le pape ; le beau temps. — • N<> 94. Tonl. c An milieu de nos jeux publics, Dixmude est attaqué. Par tos lettres dnl 6 «• saura ce qui s'y passe , puisque le lieutenant de Dunkerqne l'a permis* •
— L'Allemagne ; manifeste de Bavière ; l'Italie ; promotion au ondinAt; M. de Bayeux.— N<> 05. c II fiiut que Ton soit bien hardi de vous attaquer ; ce sera gloire de vous seconder. Ces prétendues souyerainetét dimiiHiffnt l'autorité et renversent tous les ordres de la justice ; ce sont des aiiks et des impunités publiques. » — Paix de Munster; nonreUet dltalîe et d'Allemaguc. — N*" 100. La taxe de M. Valois, c Cest asaeit que l*oA m'a donné parole ; je sais bien le moyen de me la faire garder. » M. de Champlâtreux est au Pont-Saint-Elsprit ; il va en Catalogne. -—N* 38. c J'ai bien du regret de votre mal que vous souffim toujourt avec cou* rage; le mien diminue quelque peu. Les vieux bâtiments s*étaycnt lûeBi mais ils ne se renouvellent point ; ils durent tant qu^il -en soit ordonné. Les particuliers pâtissent au milieu des intérêts publics; ils aoot trop foibles pour soutenir les coups de puissance souveraine. On le rdAdit souvent pour les intérêts des couronnes par des considératioiis qne Toa ne dit pas. »— N** 54. Affliction éprouvée par Dupuy. c Lafin des tra?ani assidus de l'année m'ayant causé quelque indisposition , j'essaye d'aasorer encore le bâtiment ébranlé. » - N** i9. c On ne croira jamais, du procédé ordinaire de M. votre frère , qu'il se soit approché de son mafire mettant la main sur la garde de son épée et qu'il l'ait tirée contre lui.... S'il lui reste encore quelque cognoissance du bien ou du mal , il possible qu'il ne se repente de cette action.... Je crains tout d'un tel que celm'-là, et ne parle point du service que l'on lui rendra à regret. 9 — N° 31. « Je sçais bien que nos vies prendront' fin par rhumaine condition, mais aidons-les de ce que nous pourrons en attendant l'ordre du ciel, s — N® 30. c En ce désert où vous êtes souvent ton» haité.... On fera donner arrêt en tous les parlements contre cette bulle., •• Elle contient choses justes, mais elle l'ordonne avec trop d'empire**.. •
— No 85. Affaire de Rome ; arrêt touchant l'éYOcation. -- N. 86. C Votre défiance est juste rn l'état du mal de mon fils, et la lettre du lO, que je viens de recevoir, nie l'augmente; eUe est écrite de sa main, mais j'ai
remanpié assez par le style la grandeur de son indisposition et les senti- Itaeata de son esprit. Cest assez pour troubter le calme du désert. » — ^N<* 93* Remercliaaents. — N** 13. < J'entreprends bien plus Tolontiers le yoyage en ce désert quand vous étet de la partie.... Si vous pouvez avoir copie du brevet accordé à la noblesse, vous m*en ferez part. Ces mouvements tans ordre peuvent produire de trèt-filcbeux effets ; ils commencent pour un sujet et finissent poor d^autres. » — N*" It. Affaire des rentes, a On fût rendre compte aux payeurs et aux adjudicataires à cet effet, et m'at-on promis de n*y perdre point de temps. ]» — N® 1 (1691). c Vous vout kz que le public sçache que vous m^aimez et il y a longtemps.... Acbewz , je vous prie , votre ouvrage , et faites qu'on travaille à plusieurs presses et pour cause. Si vooa me mandez qui est celui des évèques qui oie entreprendre de contredire à ces vérités publiques, j'essayerai de prévenir le mal et l'arrêter en son commencement, etc. j» — N** 2 (1651). c Monsieur, j'apprends que votre disposition est un peu meineure, c'est ce qui me console au milieu du torrent d*a£hires où je me vois employé (il étoit garde des sceaux). Veuille le ciel que les forces du corps puissent toujours répondre à l'affection de servir au public. On voit beaucoup d'orages qui se préparent, mais le ciel, favorable à la France , nous prêtera les secours nécessaires. Vous pouvez croire ce que je voudrois pour M: Rigault (Nicolas Rigault , continuateur de l'histoire de de Thou), mais il me semble que son âge ne lui permettra cet emploi si difficile et si éloigné du repos d'esprit , duquel il a joui au milieu de l'exercice des lettres. Continuez a m'aimer, s'il vous plaît, et croyez qu'à la vie et à la mort, je serai, etc. Ce dimanche matin 1651. » — N^ 3. c Papprouve volontiers que M. Brisacier fasse valoir le nom tout oe qu'il pourra pour tout ce qui vons regarde, i — No i, € J'ai reçu le mémoire des ouvrages de feu Ak votre frère ; iif méritent tous l'impression et voudrois que l'on Tentreprît bientôt, puisque tous servent au public que l'on ne cognoit plus guère.» Voir au Trésor des Chartes les bulles qui regardent les privilèges du grand aumônier, et comme il est le véritable curé de la cour. — N<* 7. « J'attends les deux volumes des Preuves de* libertés^ où je trouverai les actes entiers. Vous m'obligerez que je puisse avoir ceux qui ne sont imprimés, comme aussi ceux qui sont dans 1rs recueils de M. votre frère, qui font mention que les ecclésiastiques ont été jugés dans les conciles asî>emblés par l'autorité de nos rois, j» — N** 8. . . . c II est très-extraordinaire que le Cbâtelet ait prononcé contre trois évéques. Si nous pouvons trouver quelques exemples de ceux qui ont été punis du dernier supplice comme les criminels de lèse-majesté, etc. i — N° 9. c Je vous renvoie l'ouvrage de M. Rigault, qui est digne de lui et de la mémoire Je feu M. votre frère (la vie de P. Dupuy). Vous en presserez rimpression afin que ses amis se consolent de le voir encore vivant. Sa vertu lui donne déjà cet avantage. » — N' 11. c Faut-il que cet ouvrage commencé soit amHé? M. Rigault s'en pourroit bien confier à vous