AUDIENCE DONNÉE PAR LA REINE AU PARLEMENT
Paroles de la Reine et du Premier Président. — Affaires de Provence et de Guyenne. — Nouvelles diverses.
Le 3 septembre, le Premier Président dit à la Cour : « Que, suivant le commandement du Roi et de la Reinerégente, il partit, hier matin, avec les députés de la
a Le même jour, fête de saint Augustin, la Reine, accompagnée de Mademoiselle, de la duchesse de Chevreuse et d'autres grandes dames de cette cour, alla visiter l'église des Augustins déchaussés où Sa Majesté entendit le salut et reçut la bénédiction du saint sacrement. » (M""" de Chevreuse était allée présenter ses hommages à la Reine le 8 août, à Compiègne, et avait été très- bien reçue. Voy. Gazette, p. G33.)
a Le 29, Leurs Majestés, accompagnées de Son Altesse Royale, de Mademoiselle , de Son Éminence et de toute la cour, eurent à Chaillot le divertissement de voir tirer l'oison par les mariniers de cette ville , sur la rivière de Seine , bordée d'une infinité de peuple , depuis le Cours appelé de la Reine , jusques par delà ce village; quantités de trompettes, de haut-bois, de tambours et de fifres, dispersés en divers lieux , faisant une agréable harmonie sur la même rivière ; laquelle retentissoit aussi des cris de Five le Roi! de plus de trois cent mille personnes qui étoient sorties de cette ville.
ce Le duc de Montbazon^ avec le Prévôt des marchands, les échevins et le reste du corps de ville , vinrent le même jour prier Leurs Majestés d'honorer, dimanche prochain, la maison de ville, qui leur veut donner le divertissement d'un fort beau feu d'artifice, ensuite du bal et de la collation ; ce qu'elles leur promirent. Ils en furent aussi prier Monsieur, frère unique du Roi, Son Altesse Royale Madame, Mademoiselle, le prince et les princesses de Condé, le prince de Conti, Son Éminence, le Chancelier de France et le Pi'emier Président du Parlement.
« Le 31, la Reine , ayant avec elle Monsieur, frère unique du Roi , Mademoiselle et quelques autres princesses et grands de la cour, fit ses dévotions dans les plaines de Longchamps, qui est une abbaye fondée par sainte Elisabeth , fille de France et sœur de saint Louis , où Sa Majesté entendit les vêpres chantées par la musique du Roi, et la prédication du père Adam, jésuite.
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Cour; arrivés au Palais-Royal, furent incontinent avertis que le Roi et la Reine les deraandoient. Ladite dame Reine leur dit que M. le Chancelier feroit entendre son intention. A l'instant, 'edit sieur Chancelier leur dit : « Que la Reine Tavoit chargé de leur faire part du calme rétabli en la Provence; et que, par l'affection que la Cour témoignoit par toutes ses actions au bien du service du Roi, la Reine s'étoit persuadée qu'elle auroit les sentiments qu'elle devoit ; qu'elle se promettoit dans peu pareils succès en Guyenne, et qu'elle y avoit envoyé la déclaration du Roi concertée avec les députés du parlement de Bordeaux, qui étoient ici; et que, chacun se rendant à son devoir, on pouvoit en bref espérer que la paix générale suivroit, qui n'avoit été retardée que par les vaines espérances que les ennemis avoient conçues sur nos divisions ; que, la Cour continuant ses soins pour cette tranquillité publique', l'ordre seroit bientôt rétabli partout. »
1 . Ce fut sans doute aussi pour assurer la tranquillité publique de Paris, que le Roi accorda une réduction sur le droit d'entrée du vin, et il écrivait à cette occasion à Mole : « Monsieur Mole, j'envoie à ma cour de parlement de Paris la déclaration que j'ai fait expédier, portant décharge aux marchands de vins, hôteliers , taverniers et cabaretiers de la ville et faubourgs de Paris, de tout ce qu'ils peuvent devoir des droits de dix sols pour chaque muid de vin vendu en gros, et quatre sols pour litre de vin vendu en détail, pour l'année 1648 et premier quartier de l'année présente, sans qu'il leur en puisse être demandé aucune chose, ni aussi qu'ils puissent prétendre aucune répétition pour ce qu'ils peuvent avoir payé desdits droits , à la charge de passer iceux conformément à ma déclaration. Et comme il importe au bien de mon service qu'elle sorte au plus tôt son effet , afin d'en tirer le secours de deniers que je m'en suis promis en l'urgente nécessité de mes affaires, je vous ai voulu faire cette lettre, de l'avis de la Reinerégente, Madame ma mère, pour vous commander de tenir soi-
Aussitôt qu'il eut fini, il plut à la Reine commander au Premier Président de s'approcher, et elle lui dit : « Qu'il se souvint et M. le président de Mesmes, M. le président Lecoigneux et M. le président de Nesmond, de la parole qu'ils lui avoient donnée d'empêcher les assemblées le reste de cette année *, et qu'elle en pût
gneusement la main à l'enregistrement pur et simple de madite déclaration, en sorte qu'il n'y soit apporté aucune longueur ni difficulté. A quoi me promettant que vous satisferez, je ne vous la ferai plus expresse, et prie Dieu qu'il vous ait, etc. Écrit à Paris, le 3« jour de septembre 1649. »
La Gazette nous donne de plus les nouvelles diverses suivantes, qui compléteront les récits de Mole : a: 11 septembre. Cette semaine , le Roi entra en son Conseil et y opina si judicieusement, que Sa Majesté donna autant à cognoître, à tous ses ministres et conseillers d'État , les merveilles qu'on doit attendre d'elle en un âge plus avancé, que cette façon de lui donner de bonne heure cognoissance des affaires, à l'exemple des plus grands monarques, fait remarquer à tout le monde quels soins la Reine -régente, sa mère, prend de sa royale éducation.
« Le 1 4 septembre , les religieux de la Trinité et rédemption des captifs, appelés Mathurins, firent la procession qu^ils ont accoutumé de faire tous les ans, le jour de TExaltation de la sainte Croix, dans la Sainte-Chapelle , où le sieur Mole , évêque de Bayeux et trésorier de cette église, officia pontifical ement, et la prédication fut faite par un religieux du même ordre,
« Paris, 9 octobre 1649. — Le 7, le Roi entra pour la premièi-e fois au Conseil des finances, qui se tint au Louvre , et fut ensuite visiter la reine d'Angleterre.
« Paris, le 23 octobre 1649. — Le 21 de ce mois, jour de sainte Ursule, la Reine entendit dans l'église de la Sorbonne, dont cette sainte est patronne, une docte prédication de l'archevêque d'Embrun , après laquelle Sa Majesté eut la curiosité de visiter la bibliothèque et les autres raretés de cette belle maison. »
Depuis le retour du Roi dans Paris, M™^ de Longuevilie, par dépit , dit M'"^ de Motteville , s'étoit retirée à Chantilly, sous prétexte d'y boire des eaux. » [Mémoires de M"'^ de Motteville, t. III, p. 339.)
1. M. Cousin , dans son article du Journal des Sapants (décem-
voir l'effet en l'occasion qui se présente, puisque quelques-uns pressoient une assemblée. » Le Premier Président supplia très-humblement Sa Majesté de lui permettre de lui dire que cette promesse avoit été faite sur l'assurance que l'on avoit donnée de l'entière exécution de la déclaration du 22 octobre. 11 lui plut prendre la parole et dit qu'elle l'entendoit ainsi , et qu'elle la feroit garder inviolablement. Lors le Premier Président lui dit : « Que l'affaire de Provence* pouvoit être prise pour une contravention ; mais que Sa Majesté ayant donné la paix à cette province, et, par son autorité , arrêté le cours des mouvements qui y étoient excités, il semble qu'il n'y avoit qu'à en attendre les effets, comme aussi de la Guyenne,^ : qu'il ne manqueroit de faire entendre à la compagnie ce qu'il lui plaisoit commander et de témoigner l'honneur
bre i8b4, p. 766), sur les carnets du cardinal Mazarin, a cru pouvoir établir, d'après un passage d'une biographie du Premier Président, par Le Pelletier, que Mathieu Mole n'obtint sa nomination à la première présidence du Parlement qu'après s'être engagé par un écrit remis au cardinal de Richelieu , à ne jamais assembler toutes les chambres du Parlement sans un ordre exprès du Roi. Ne pourrait-on pas penser que l'engagement dont parle Le Pelletier fut celui que Mole prit longtemps après, lors du traité de Ruel, et que le Parlement ne voulut pas reconnoître , ou bien celui auquel la reine Anne vient de faire allusion? Ce ne serait pas alors une concession faite pour obtenir une fonction ambitionnée par Mole , mais une nécessité motivée par les troubles politiques du moment.
1. La Gazette avait annoncé, cependant, dès le 5 août, la nouvelle de l'accommodement des affaires de Provence (p. 599), et ce journal s'était empressé de la conBrmer le l^' septembre.
2, « M. le Prince, qui avoit toujours de très-bonnes et très-sincères intentions pour l'État, penchoit à l'accommodement et n'étoit pas d'avis qu'on hasardât une province aussi importante et aussi remuante que la Guyenne, pour le cajirice de M. d'Épernon. » [Mémoires de Retz, édition citée, p. 169.)
qu'elle lui faisoit de lui donner part du succès de Provence ; que ces torrents dévoient être arrêtés en leur commencement, d'autant que, s'augmentant de jour en jour et courant de province en province, ces étincelles pourroient exciter un tel embrasement, qu'il s er oit difficile de l'éteindre. » Et s'étoient retirés.