SAINTOT AU PREMIER PRÉSIDENT MOLE
La Reine s'est informée des nouvelles de Mole. — M, de Champlàtreux. — Le cardinal Mazarin. — Libelles. — Le surintendant des finances.
« Monseigneur, j'obéis, avec tous les respects du monde, à l'bonneur de vos commandements, étant aussi obligé de vous témoigner comme la Reine m'a, hier matin , demandé l'état de votre santé , laquelle j'ai assuré être très-parfaite, Dieu merci, et que vous m'aviez fait l'honneur de m'écrire; Son Éminence me demanda aussi le semblable, mais comme M. de Champlàtreux l'a vue depuis et qu'il est de retour près de vous , il n'aura pas manqué de vous donner avis de toutes les choses de deçà, ce qui m'oblige de ne vous les réitérer par celle-ci, ni même de vous entretenir des billets et libelles* qui se sont faits et jetés depuis cinq ou six jours, dont l'on a découvert l'auteur, M. de Longueille, conseiller au Parlement. J'ai eu joie que Son Eminence en ait été bien avertie , puisqu'il y a trois jours que je l'assurai que ces billets jetés, au sujet du bruit qui couroit d'un surintendant, ne pouvoient
1 . Lors de l'audience donnée par le Roi, étant à Compiègne, au Prévôt des marchands , le 30 juillet précédent , ce magistrat protestait déjà contre Tévasion d'un criminel condamné pour des libelles diffamatoires, tout en adressant ses vœux pour le retour du Roi.
être pensés ni jetés que par quelque prétendant à cette charge et d'un du Parlement, qui croyoit n'y avoir que la seule personne que vous sçavez qui pût lui être en obstacle et qu'il briguoit avec tant d'affectation.
« J'ai vu, hier au soir, très-tard, M. Le Tellier, suivant ce que M. Talon me manda, par ordre de M. de Champlâtreux. Je lui témoignai les peines qu'il s'étoit données d'aller deux fois chez lui, dont il me chargea de lui dire combien il s'en sentoit son obligé ; il me dit aussi de vous faire sçavoir qu'il n'y avoit rien de résolu sur l'affaire dont l'on désiroit sçavoir des nouvelles. Mais comme je vous dois tout et que je suis obligé de vous rendre compte de tout ce qui vient à ma cognoissance , je me donnerai l'honneur de vous dire que , hier matin , j'appris que M. de la Ralière ayant vu M. l'abbé de la Rivière sur le sujet de M. d'Émery% il s'étoit ouvert à lui, lui ayant fait cognoitre les obstacles que Son Altesse Royale avoit apportés à celte promotion et les sujets qu'il en avoit, mais au même temps mondit sieur de la Rivière agréa les propositions que ledit sieur de la Ralière lui fit pour détromper l'espri t de Sa dite Altesse Royale des opinions qu'il pouvoit avoir contre ledit sieur d'Émery, et vint en parler à MM. Le Tellier et de la Yrilliére, sur le midi, qui étoient chez M. de Senneterre ; il leur fit une entière relation du pourparler qu'il avoit eu avec le sieur de la Rivière à ce sujet, de sorte que j'appris de lui que M. de Senneterre devoit voir M. l'abbé de la Rivière comme ami et le porter à désabuser Sa dite
1. Mazarin augmenta la haine publique qu'on avoit contre lui par le rétablissement de d'Émery. {Mémoires de Retz, p. M , .)
Altesse Royale de l'obstacle qu'elle apporte pour ledit sieur d'Émery, et que M. de la Vrillière doit aussi le voir de sa part ainsi que Son Altesse Royale et lui faire toutes les protestations les plus soumises que Ton puisse s'imaginer. J'appris aussi que, jeudi dernier, M. d'Aligre a voit été proposé pour surintendant avec M. d'Avaux.
« M. le président Cbarton vint, jeudi, à l'Hôtel de Ville , avec les sieurs Ribié , Montmagny et deux ou trois autres Frondeurs, pour le fait des rentes ; mais le Prévôt des marchands assura, hier, M. Le Tellier que cela seroit sans suite.
« Je ne manquerai pas de me donner l'honneur de vous aller rendre, à Champlâtreux*, les assurances de
1. Mathieu Mole passa le temps des vacations au Parlement hors de Paris. Une autre lettre de Saintot, que l'on trouvera à Y Appendice , rend compte d'une audience donnée par la Reine au Parlement , et pendant laquelle le président de Novion porta la parole ; enfin nous compléterons les nouvelles diverses de la fin de l'année 1649 par les extraits suivants de la Gazette :
« Le 12 novembre se fit l'ouverture de ce Parlement, avec les cérémonies ordinaires, où l'évoque de Bayeux officia pontificalement. Puis le sieur Mole, son père , premier président de cette célèbre compagnie, traita magnifiquement à dîner le prince de Condé , le maréchal de Granmont et plusieurs conseillers de la Grand'Chambre.
a Le 22 novembre se fit l'ouverture des audiences de ce Parlement, pai" im très-docte discours du sieur Talon, premier avocat général , et par une judicieuse harangue du sieur Mole , premier président de cet illustre corps. » (Nous ne l'avons pas retrouvée parmi ses papiers , et elle n'existe pas dans les Registres originaux du Parlement.)
« Mademoiselle, grâces à Dieu, se porte mieux de sa maladie , qui affligeoit toute la cour.
« Le 30 novembie, le Roi, accompagné du prince de Condé, de
très-humble servitude que je vous dois, étant votre, etc. A Paris, le 31 octobre 1649. »