oy. le tome I" des Mémoires de Mole, p
la France , en a donné des preuves suffisantes. L'on ne dira rien de la retraite que ledit Duc a donnée en ses États à Monsieur à diverses fois ; mais l'on ne peut fermer les yeux à l'entreprise que ledit Duc fit, en l'année 1 630, pendant que Sa Majesté étoit au fort de ses affaires en Italie, de se saisir des places de Vie et de Moyenvic, dans l'évêché de Metz, et de faire fortifier et garder la dernière ; les artifices et finesses dont ledit Duc usa en ce temps-là pour ôter la cognoissance de son dessein, se servant en tout du nom de l'Empereur, ayant plutôt augmenté contre lui l'indignation que méritoit une si téméraire entreprise, que mis en doute s'il en étoit l'auteur.
C'est la cause qui auroit engagé le Roi , se servant très-à-propos du voyage que ledit Duc étoit allé faire en Allemagne, sur l'approche du roi de Suède, de donner ordre au maréchal de la Force , sur la fin de l'année 163!, de reprendre ladite ville de Vie et d'assiéger Moyenvic*, Sa Majesté étant résolue, en même temps, de se porter en personne sur les lieux , pour favoriser par sa présence et rendre plus prompte cette expédition, en laquelle elle fut si bien et heureusement servie, qu'encore que ladite place de Moyenvic soit en assiette forte, étant presque toute environnée de marais, entourée de bastions et plus encore fortifiée des injures et rigueurs de l'hiver, toutefois elle capitula le 2V dudit mois de décembre, qui fut le jour même de l'entrée de Sa Majesté dans Metz.
Ce succès si prompt et si heureux, et l'arrivée de Sa
1 . Voy., dans le tome II des Mémoires de Mole, le récit de la prise de ces deux places fortes par l'armée aous les ordres de Louis XIII , p. 128, 129, et à V Appendice la campagne du Roi en Lorraine.
Majesté sur la frontière ayant étonné le duc de Lorraine et fait recognoître le danger où ses fautes passées l'avoient mis , il eut recours à la bonté et a la grâce du Roi , qui eut agréable de le bien recevoir et le traiter comme un prince son voisin qui a eu l'honneur d'être nourri près de sa personne , Sa Majesté lui ayant accordé le traité fait à Vie le 6 janvier 1 632, par lequel, entre autres conditions, ledit Duc étoit obligé de mettre es mains de Sa Majesté la place de Marsal pour lui être rendue dans trois ans, durant lesquels ledit Duc devoit jouir du domaine et de tous les revenus , et se départir de toute ligue, association et pratique avec quelque prince que ce puisse être au préjudice des Etats de Sa Majesté, pays et terres de son obéissance, et ne permettre aucune levée de gens de guerre en ses États contre le service de Sa Majesté.
De ces trois conditions , la première fut accomplie en la remise effective de la place de Marsal es mains de Sa Majesté avant son départ du pays ; quant aux deux autres, de se départir de toute pratique et de ne permettre aucune levée dans les États dudit Duc, elles furent par lui fort mal observées. Car par lettre interceptée du comte de Vaudemont, père dudit Duc , l'on vérifia les pratiques et intelligences, plus étroites que devant, dudit Duc avec l'Empereur, les Espagnols et Monsieur, sollicitant les premiers d'assister Monsieur pour entreprendre sur ce royaume, et Monsieur de n'en perdre pas l'occasion ; et même passant plus outre, il auroit reçu Monsieur en ses Etats et permis de tailler en pièces une compagnie de carabins que le maréchal d'Effiat y faisoit passer pour aller en Allemagne.
Cette conduite obligea Sa Majesté de faire un second
voyage sur la frontière de Lorraine, au mois de juin de ladite année 1 632, et d'entrer en armes dans les villes et pays dudit Duc; auquel Sa Majesté ayant pris quelques places du duché de Bar, ledit Duc ne voyant autre salut qu'en Sa Majesté, eut recours pour la seconde fois à sa grâce et à sa clémence, de sorte qu'après avoir reçu ses soumissions , elle trouva bon de lui rendre lesdites places prises, et fit retirer son armée de ses pays, à condition que le Duc remettroit en ses mains, comme en dépôt, les villes, châteaux et citadelles de Stenay et Jamets, pour lui être rendues dans quatre ans à compter du jour du traité qui en fut fait à Liverdun, le 26 du mois de juin ; et de plus, qu'il remettroit la ville , le château et le comté de Clermont à Sa Majesté , pour demeurer à elle et aux siens en pleine propriété et souveraineté , moyennant le prix qui seroit payé par Sa Majesté audit Duc, à raison du denier cinquante du revenu de ladite terre, jusques auquel payement ledit Duc jouiroit dudit revenu ; et en cas que , lesdits quatre ans passés , Sa Majesté n'eût pas payé le prix dudit comté , ladite ville et château de Clermont seroient rendus au Duc au même état que Sa Majesté les auroit reçus, ainsi qu'il est dit plus particulièrement par ledit édit du mois de juin 1 632, qui contient encore que pour les différents mus et à mouvoir entre Sa Majesté et ledit Duc, pour raison des évêchés de Metz , Toul et Verdun et autres lieux , seront nommés commissaires de part et d'autre pour les régler et terminer à l'amiable.
Il a été promis au duc de Lorraine , tant par les ordres donnés par le Roi au feu maréchal de Marillac, que par lettre de Sa Majesté écrite au Duc, du 8 mars '1 632, que en la conférence qui se doit tenir pour régler les
différends , il n'y soit point traité des fiefs possédés par ledit Duc, mouvant nuement de l'Empire, non plus que des choses possédées par le duc de Lorraine avant le temps auquel la ville de Metz a été soumise à la protection du Roi.
C'est ce qui a été convenu avec ledit Duc, dont l'exécution a été faite à l'égard de la remise desdites places. Quant à l'évaluation du revenu du comté de Clermont et au payement d'icelui à raison du denier cinquante, ensemble ce qui touche le règlement desdits différends, ce sont choses qui restent à faire et qui méritent considération. Mais surtout il importe de bien observer la conduite dudit Duc, et de voir s'il satisfera en tout et pour tout à ce qu'il est obligé par ledit traité de Vie et de Liverdun, au défaut de quoi Sa Majesté seroit déchargée de lui rendre lesdites places , qui apportent , de ce côtélà, le même avantage à cet État que l'acquisition de Pignerol fait du côté d'Italie, attachant de telle sorte le duc de Lorraine aux volontés et au service de Sa Majesté, qu'il n'oseroit s'en départir.
EXEMPLES COMME LES PRINCES ÉTRANGERS NE POUVOIENT CONTRACTER MARIAGE SANS LA PERMISSION DU SOUVERAIN.
(Voy. Mémoires, t. II , p. 243 *.)
Alfonse , II du nom , neuvième roi d'Oviedo , dit le Chaste, an du salut 791 , fut fort irrité du mariage clan-
1 . Nous complétons la publication du travail de Mole sur la non- validité du mariage du duc d'Orléans avec Marguerite de Lorraine. Ce ne fut que le premier acte des longues procédures qui eurent lieu à partir de l'année 1634. Au mois de janvier 1633, le Roi disait au Parlement : cr Je ne vous parlerai point des affaires de mon frère ni de son mariage ; voilà
destin de sa sœur D. Ximena avec dom Sandias; lequel il fit venir en sa ville de Léon et en présence de plusieurs seigneurs le condamna comme traître à finir ses jours en perpétuelle prison, dans le château de Lune, lui ayant fait crever les yeux , et fit mettre sa sœur en un monastère. (En l'inventaire général d'Espagne.)
Dom Pedro VIII, roi de Portugal, étant en puissance de son père Alphonse, et Infant sous le nom de dom Pedro, épousa D. Inès de Castro, ores qu'elle fiit aucunement sa parente, et ce clandestinement, pour la crainte de son père, l'an 1354 ; et furent témoins des promesses matrimoniales, D. Guillaume, évêque de Guardia, et Etienne Lovar, maître de garde-robe, auxquels il imposa le silence requis en telles affaires. Ce mariage clandestin ayant été ignoré longtemps par le père et l'ayant depuis sçu, prit une cruelle résolution de faire tuer D. Inès de Castro , ce qu'il fit par trois de ses satellites , lorsque le fils étoit allé à la chasse, en l'an 1355. Ce qui fut cause que l'infant D. Pedro se rebella contre son père, et entra en ses terres , en armes , et eût fait davantage si on n'y eût apporté la réconciliation.
En l'année 1464, le comte de Warwic, fils du comte de Salisbery, conspira contre Edouard IV, roi d'An-
uue lettre de lui signée Gaston et Goulas. Je la garderai bien dans ma pochette, » mais il nous a été impossible de savoir de quelle lettre le Roi voulait alors parler. En 1640, cette grande question paraît prendre une tournure tout à fait défavorable à la princesse de Lorraine. Un pamphlet, attribué à la princesse de Phalsbourg, sa sœur, fut alors publié; mais il y eut défense du Roi de le lire, de le montrer ou de l'écouter lire [i" février). Le 20 février, Marguerite de Lorraine porta-plainte au pape contre l'abandon de son royal époux, auquel elle adressait en même temps une longue lettre de reproche sur son ingratitude. Mais après la mort de Richelieu et de Louis XIII, ce mariage fut enfin reconnu et validé.
gleterre, avec beaucoup d'autres seigneurs, qui le chassèrent de son royaume, et se retira vers le duc de Bourgogne, son beau-frère. La source de ce mal venoit de la jalousie qu'avoit ce Comte, contre le sieur de Rivières, la fille duquel étoit mariée avec le Roi, et avoit, en conséquence, grand crédit à la cour. Le Comte pour fortifier son parti attira à lui Georges, duc de Clarence, l'un des frères du Roi , et lui bailla sa fille en mariage ; par ce moyen, il l'entretint en la rébellion contre son frère, lui donnant même espérance de le faire parvenir à la couronne, au lieu du Roi son frère ; mais enfin , ce prince reconnut le mauvais conseil du comte de Warwic, et par l'entremise de sa mère , de ses sœurs et de quelques évêques , il se réconcilia ayec le Roi son frère , peu de temps après la bataille où le Roi demeura victorieux, et où le Comte fut tué sur la place.
L'histoire rapporte que : « dès lors que le Roi eut sçu le mariage de son frère, il fit venir ses frères devers lui , et leur demanda (ce sont les propres termes de l'historien du temps) , qui les mouvoit d'éloigner la cour et même sa personne, et qui leur avoit donné ce conseil ? Ils répondirent que nul, fors eux. — Si , leur demanda derechef, si nul d'eux n'avoit fiancé, ni eu nulles convenances à ses cousines les filles du comte de Warwic , son cousin. Ils dirent que non. — Et lors le Roi, qui étoit averti de toute la vérité, les commença fort à blâmer, en leur remontrant que ce n'étoit point leur état d'eux allier sans son conseil. Et alors le duc de Clarence répondit au Roi , qu'il lui sembloit que quand il auroit ce fait, si ne seroit-ce pas mal, puisqu'il se mettoit en bon lieu. De laquelle réponse le Roi sentant à quoi elle tendoit, se courrouça moult fort, si jura qu'il les puniroit de cet lY 45
outrage. Pourquoi il les fit entrer dans une chambre, et commanda à quatre chevaliers qu'ils prissent garde sur eux, de quoi ils furent moult ébahis, quant en ce point se trouvèrent. » Voilà les propres termes de l'historien*.
Ce mariage fait de la sorte fut fort malheureux. Le comte de Warwic fut tué, comme nous l'avons dit. Le Roi , depuis , eut toujours pour suspect le duc de Clarence, son frère, comme s'étant intéressé avec son capital ennemi, et le fit noyer. Les enfants issus de ce mariage clandestin , fait contre le gré et au préjudice du Roi, seigneur souverain de son frère, n'eurent pas meilleure fortune, car les rois Henri Vil et Henri VHI, de la maison de Richement , les firent tous mourir, ou les bannirent du royaume, et nul d'eux n'a succédé à la couronne.
Thomas Howart , duc de Nortfolk, un des grands seigneurs d'Angleterre, fut, en l'an 1573, condamné à mort pour crime de lèze-majesté, pour avoir, entre autres choses, pratiqué d'épouser clandestinement la reine d'Ecosse, au déçu de la reine d'Angleterre, contrevenant (porte le procès-verbal de son procès) à l'ordonnance de l'an 1427, du roi Henri VI, qui défend à tous Anglois d'épouser une princesse du sang royal , ou étrangère, sans en avertir le roi ou la reine d'Angleterre.
Arbele, la plus proche héritière du royaume d'Angleterre, après le roi Jacques, fut mise en une étroite prison, sous le règne de la reine Elisabeth, pour s'être clandestinement mariée avec le fils du comte de Northumberland de la maison de Percy. (T/iuanus, àist., lib, 129, anno 1603.)
1. Jean, sieur de Forestel, chevalier du pays de Hainault, aux Chroniques d'Angleterre.
Ferdinand, archiduc d'Autriche, épousa, sans le consentement de son père , Philippine Welser.
EXEMPLES DES PRINCES ETRANGERS QUI ONT CONTRACTE MARIAGE SANS LA PERMISSION DE LEUR ROI.
(Voy. Mémoires, t. II, p. 250.)
Ensuite de ces exemples tirés de notre histoire de France , il est à propos de remarquer que cet usage n'est point particulier à la France ; mais qu'en tous les royaumes, il s'observe avec plus de rigueur.
Le pape Paul IV, un des bons papes qui aient été dans le siège , craignant quelque soulèvement dans son Etat, fit signifier, le 2 janvier 1556, un monitoire à Jeanne d'Aragon, femme d'Ascanio Colonne, qu'elle n'eût à marier aucune de ses filles sans sa permission , et si elle le faisoit, ce qui est à noter, le mariage seroit nul, quoiqu'il fût consommé (^Istor. del Concilio Tridentino ^ p. 876, in-4*'). Cette action du Pape doit être considérée comme d'un prince temporel et non pas comme du chef de l'Eglise.
Philippe II , roi d'Espagne , se mariant avec Marie, reine d'Angleterre , en l'année 1 554 , voulut qu'il fût mis dans le contrat : que la fille aînée qui naîtroit de leur mariage succéderoit aux provinces des Pays-Bas, au cas qu'il n'y eût point de mâles de ce mariage, à condition, néanmoins, que cette fille se marieroit du consentement et par le conseil de son frère , fils aîné dudit Roi de son premier mariage, et le plus proche héritier du royaume d'Espagne; autrement, qu'elle seroit privée de la succession desdits Pays-Bas, et Charles, sou frère,
â2H APPENDICE AUX MÉMOIRES
y succéderoit et ses bériliers. {Ann. eccles. regn. Henrico VIII, Eduardo VI et Maria.)
Au contrat de transport, fait le 6 mai 1 598 , des provinces des Pays-Bas, par le même roi d'Espagne à sa fille l'infante Isabelle , en faveur du mariage d'elle avec l'archiduc Albert, il est porté que les princes qui naîtront de leur mariage seront tenus de marier leurs enfants, soit fils ou filles, par l'avis et du consentement du roi d'Espagne et de ses successeurs rois.
L'exemple qui suit est d'autant plus remarquable, qu'il est de la maison de Lorraine et qu'il contient, outre cela, quelques points fort importants : Cbarles I", duc de Lorraine, épousa Marguerite de Bavière, dont il eut un fils et deux filles, sçavoir : Isabeau, qui épousa René d'Anjou, et la seconde, Catherine, fut marquise de Bade, à cause de son mari.' Après la mort du duc Charles, Antoine , comte de Vaudémont , prétendoit, comme héritier, que le duché de Lorraine lui appartenoit à l'exclusion d'Isabeau et de Catherine. Les vassaux des bailliages de Nancy, Vosges et Allemagne, assemblés, l'an 1425, résolurent que faute d'hoirs mâles, les filles succéderoient au duché de Lorraine, selon la coutume générale et ancienne du pays; qu'Isabeau, après la mort du duc son père, étoit la légitime duchesse de Lorraine, et, elle décédant sans hoirs , qu'ils recognoîtroient Catherine, sa sœur, pour leur dame. Mais que si ladite Isabeau, son mari décédé, venoit à convoler en secondes noces sans la volonté de son père , s'il étoit vivant , ou , lui mort, sans le sçu et le consentement des Trois États dudit duché, ou de la plus grande partie d'iceux , en ce cas, ils déclaroient que ladite Catherine seroit leur légitime dame et duchesse et non ladite Isabeau , ni ses hoirs
qu'elle auroit d'un second mariage, fait sans le consentement de son père ou desdits Trois Etats. (Cet acte est au Trésor des Chartes de Nancy, scellé de vingt-quatre sceaux.)
Par le contrat de mariage de Frédéric, électeur Palatin, avec Elisabeth, fille de Jacques, roi de la Grande- Bretagne, fait à Westminster, le 17 novembre 1612, il est porté : que les enfants qui viendront de ce mariage ne pourront être mariés sans le conseil et le consentement du Roi, leur aïeul , de ses héritiers et successeurs audit royaume de la Grande-Bretagne.
L'ordonnance des Etats du royaume de Suède, faite à Norcoping, l'an 1604, est fort à ce propos. Voici ce qu'elle porte : « Nostri principes hœreditarii, sub privau tione jurisdictionis haereditariœ, neque uUi matrimonio « sese permiscebunt, regni ordinibus insciis et non prius (( interrogatis : an regno hujusmodi connubium utile? »
Ferdinand , archiduc d'Autriche, épousa sans le consentement de son père Philippine Welser*, des nobles familles de la ville d'Augsbourg, dont il eut deux enfants, Charles, à qui l'on donna le marquisat de Burgaw pour son entretènement, et André, qui fut évêque de Constance et cardinal. Ces enfants furent, par décret public, déclarés incapables de parvenir à l'empire et de succéder aux terres patrimoniales de la maison d'Autriche, {Thuanus Histor., lib. CXII , an 1580.)
Ferdinand conçut un tel déplaisir de voir, lui vivant, un tel décret contre ses enfants, qu'aussitôt après la mort de Philippine Welser, sa femme , il épousa eu secondes noces la fille de Vincent, duc de Mantone,