Sectateurs de Gomarus, zélé calviuiste
hardis et violents, ennemis mortels de la religion catholique romaine et des princes qui la soutiennent, et principalement des Espagnols; puissants en biens et qui désirent la continuation de la guerre pour conserver durant icelle plus puissamment leur autorité, et pour l'intérêt ' qu'ils ont en la compagnie des Indes Occidentales , qui tire de grands avantages et fait de grandes prises sur les Espagnols,
Les autres sont ceux qu'on appelle Arminiens', desquels a été autrefois chef Barneweld, que le feu prince d'Orange fît mourir pour crime d'Etat; ceux-ci suivent une opinion, en la religion, plus approchant de la catholique; ils sont modérés, prudents et unis plus que les autres et plus accommodants avec les Espagnols , n'oubliant aucune chose pour promouvoir et avancer le désir qu'ils ont de la paix ou trêve , pendant laquelle ils prétendent relever leur autorité au-dessus des Gomaristes , qui les ont opprimés en la mort de leur chef, et depuis au bannissement d'aucuns d'entre eux, quand ils en ont eu le pouvoir.
Les raisons des premiers , pour continuer la guerre, sont que, pendant le déchet apparent des affaires des Espagnols, ils en peuvent beaucoup profiter^ comme ils firent les années dernières ; que pendant qu'ils sont en guerre contre le roi d'Espagne , ils se tiennent en plus grande considération près de tous les princes qui ont pour suspecte la puissance de la maison d'Autriche et en tirent de grands secours; que faire la paix ou la trêve avec les Espagnols, c'est montrer l'exemple aux protestants d'Allemagne de s'accommoder avec l'Empereur, et
1 . Ou Remontrants^ sectateurs de Jacques Arminlus, autre théologien protestant.
par conséquent laisser ruiner ledit parti; que la guerre tient le corps de leur république plus uni et plus attentif à leur conservation ; que le repos peut jeter des divisions entre eux, comme il est véritable; et enfin, que les Espagnols ne proposent de s'accommoder avec eux qu'à dessein de les ruiner et surprendre dans la paix, n'ayant pu rien gagner contre eux durant la guerre , dont les occasions et les prétextes ne leur manqueront jamais, lorsqu'ils auront plus de moyen delà faire, quelque traité que l'on puisse arrêter avec eux.
Les Arminiens , au contraire , disent que les grands efforts qu'ils ont faits aux derniers sièges de Bois-le-Duc et de Maëstrich, ont épuisé leur Etat de forces et de moyens, qu'ils ne peuvent plus supporter telles dépenses, que leurs dettes sont immenses, que le secours des alliés est incertain, qu'il est glorieux de traiter pendant qu'ils ont l'avantage de leur côté et qu'ils en sont recherchés; que ce seroit faire faute de refuser les grandes offres que le roi d'Espagne leur fait ; qu'il n'y a plus de guerre, à présent, en Italie, qui puisse divertir les armes du roi d'Espagne; que le roi de Suède est mort, et qu'il n'y a point de doute, si l'Empereur et les princes catholiques viennent au-dessus de leurs affaires en Allemagne , que les Espagnols se départiront de leurs offres et recherches, et leur jetteront toutes les forces de l'Empire sur les bras, avec celles qu'ils ont déjà , ce qui ne pourroit être sans étonner leur État; que, pour toutes ces considérations, il est plus expédient d'accepter la paix ou la trêve , aux conditions honorables et avantageuses qui leur sont proposées, que de la refuser.
Entre cette diversité de sentiments , le prince d'Orange, qui est le chef des États, qui a grand crédit et
autorité parmi eux, se tient fort retenu et couvert, ainsi qu'il l'est de son naturel en toutes choses, comme prince fort sage, fort avisé et adroit autant qu'autre le peut être pour parvenir à ses fins. Ce qui s'est pénétré néanmoins de son dessein, est qu'il incline à la trêve, soit qu'il pense que ce soit le bien des Provinces-Unies, soit qu'il ne veuille pas hasarder dans de nouvelles entreprises , dont les inconvénients sont toujours incertains, la grande réputation qu'il s'est acquise dans les heureux succès des sièges de Groot, Bois-le-Duc et Maëstrich et par la prise de Wezel, soit aussi qu'il veuille dès à présent chercher le repos et la tranquillité , se délivrer des peines , travaux et périls qui suivent nécessairement la guerre , au rebours du prince Maurice , son frère, et de plusieurs grands capitaines , qui n'ont pu consentir à quitter le commandement et l'emploi des armes, tant qu'ils ont eu moyen de le garder et conserver.
C'est à peu près ce que l'on peut juger des principales parties intéressées en cette trêve. Or, les Espagnols, pour induire les États à y entendre, leur ont fait espérer, parleurs émissaires, qu'ils pourroientleur donner Breda et Gueldres , démolir le fort de Santwlit, qui est au-dessus d'Anvers, mettre Rimbergue en neutralité, et leur donner quelque élargissement plus grand au fait du commerce, qu'en la précédente trêve.
Ces offres si spécieuses , appuyées par les traités, ont fait écouter les propositions de trêve qui jusques alors avoient été rudement rejetées, et ont engagé et lié la négociation. Depuis, les Etats ont commencé de faire leurs demandes conformes aux articles ci-dessus que l'on leur avoit fait espérer, de quoi ceux de Brabant, après avoir pris divers prétextes d'envoyer leurs députés à Bruxelles,
pour prendre avis et ordre de l'Infant sur ce qui leur étoit proposé par les États, et avoir gagné beaucoup de temps en ces allées et venues , ont montré un grand éttjnnement, comme si les demandes des Etats étoient du tout exorbitantes. Et néanmoins, pour ne pas rompre, sans rien refuser aux Etats de leurs prétentions, ils sont entrés en d'autres demandes de leur part, ayant proposé que les États leur donnent, en échange de Breda, Fernambuk, à la charge de donner trois cent mille livres pour le dédommagement de la compagnie des Indes Occidentales , l'Écluse pour Gueldres (il est vrai que, dans l'écrit qu'ils ont baillé de leurs demandes, ils n'ont compris ni Gueldres ni l'Écluse), le fort du Poldre de Namur au lieu de Santvleit, et que Maëstrich soit neutral comme Rimbergue.
Sur ces demandes, plusieurs de Messieurs des États inclinoient à renvoyer les députés du Brabant en leur pays ; les autres , qui désirent la trêve , ont fait consentir qu'ils envoyassent à Bruxelles, pour tirer éclaircissement ou ampliation de pouvoir sur les sûretés demandées par lesdits députés , en baillant les places qu'ils avoient d'abord offertes : à quoi ils ont enfin satisfait, mais toujours avec beaucoup de longueur, l'un d'entre eux ayant rapporté aux autres un pouvoir assez passable; mais , en le présentant aux États , ils leur ont en même temps fait instance qu'ils autorisassent leurs députés de même sorte , afin que toutes choses allassent de pair, proposition qui a fait juger à plusieurs que la trêve étoit bien avancée , comme en effet l'on pourroit la tenir en bon chemin pour ceux qui la désirent , si lesdits États avoient donné un pouvoir absolu à leurs députés. Mais comme ce point est de grande importance et que la
DE MATHIEU ÎMOLl^.. 201
forme âe traiter desdits sieurs les Etats, principalement au fait de la trêve, n'est pas de donner un si ample pouvoir à leurs députés, ains de demander l'avis de chacune province sur chaque point qui se présente , aussi ont-ils été plus de trois semaines à délibérer sur la demande dudit pouvoir, sans être résolus en aucune sorte, jusques au 21 du mois de mars dernier passé, les provinces n'en étant pas toutes d'accord, et chacune soutenant son opinion par ce qu'elle estime importer au bien commun de tous. Cet article n'étoit donc pas alors \idé, mais ce qui paroissoit de plus assuré, étoit que les Etats se montroient bien résolus à ne point se relâcher de leurs premières prétentions , et que d'ailleurs tous les préparatifs pour mettre en campagne étoient prêts.
Ce sont les termes auxquels peut avoir été cette négociation, jusques à la fin du mois de mars, pendant laquelle il ne faut pas douter que le Roi et son conseil , qui veillent continuellement aux choses publiques à l'avantage de cette couronne , n'aient employé tous les offices nécessaires vers les Etats, pour les persuader et disposer à ce que Sa Majesté, comme leur vrai ami et allié , a estimé être de leur bien et de l'intérêt commun de tous ceux qui ont pour suspectes la puissance et l'ambition des Espagnols et de la maison d'Autriche.
Les conseils que Sa Majesté aura donnés auxdits Etats ne peuvent être cognus que par ceux qui sont dans le maniement des affaires, et ce que l'on peut juger, par conjecture, que Sa Majesté leur aura pu faire insinuer, est qu'elle laisse à leur prudence et à la cognoissance particulière qu'ils ont des affaires de leur république et de leurs provinces , de juger ce qu'il est plus expédient pour eux de faire la trêve ou de continuer la guerre;
202 APPENDICK AUX MEMOIRES
que Sa Majesté n'a pas intention de les persuader plutôt à un parti qu'à l'autre, mais seulement de contribuer à ce que celui qu'ils prendront soit le plus à leur avantage qn'il se pourra.
Que s'ils inclinent à la paix ou à la trêve, Sa Majesté pourroit, en ce cas, leur offrir d'intervenir au traité qui s'en fera , à l'exemple du feu Roi son père , et de leur donner sa garantie pour sûreté des choses qui leur seront promises de la part d'Espagne, avec cette condition réciproque , que la paix se rompant entre les Espagnols et les HoUandois, Sa Majesté assistera les Etats de toutes ses forces, et se déclarera ouvertement avec eux contre l'Espagne; comme au semblable, s'il arrivoit rupture entre la France et l'Espagne, que les Etats se joindront à Sa Majesté, pour, conjointement avec elle, faire la guerre contre l'Espagne.
Cette dernière clause est fort importante ; elle est avantageuse et honorable aux Etats pour lesquels la France s'engage et s'intéresse plus avant qu'elle n'a jamais fait, s' obligeant de rompre avec l'Espagne au même temps qu'eux. Mais aussi, en la conjoncture présente, elle est bonne pour la France ; car, présupposé que la trêve qui se négocie ne se puisse empêcher par les moyens qui seront dits en l'article suivant , quelle précaution plus grande le Roi peut-il tirer contre la mauvaise volonté des Espagnols, et pour conserver ce qu'il a de nouveau acquis en Italie, Allemagne et Lorraine, que d'avoir obligé les Etats de se joindre à Sa Majesté et de rompre incontinent avec l'Espagne, à l'instant qu'elle attaquera Sa Majesté aux lieux par elle nouvellement acquis ou dans son royaume ?
Mais si les États sont en branle, ou partagés en opi-
nions entre eux , comme ils sont pour accepter ou pour rejeter la trêve, il y a grande apparence que le Roi n'oubliera rien pour faire vuider ce partage pour la rupture de la trêve , et que pour cet effet, il aura fait offrir aux États, pour les encourager à la guerre, non-seulement la continuation du million qui leur a été accordé par le traité fait avec eux au mois de juin de l'année 1630, mais encore un plus grand secours d'argent, et si cela ne suffît, un certain nombre d'hommes de pied et de cheval François, entretenus sans ou avec drapeaux, ou peut-être, à toute extrémité, une déclaration ouverte de guerre avec l'Espagne, en cas que ladite trêve ne puisse être divertie on empêchée par autre moyen, pensée qui sembleroit hardie et qui peut-être sera tenue, de prime face, pour un long embarquement à la guerre, mais, en effet, elle doit être considérée comme le meilleur et le plus sage conseil pour assurer le repos de l'État.
La raison est qu'il ne faut point douter, et il n'y a personne qui n'en juge de cette sorte, que si les Espagnols avoient fait la trêve avec les États , dans peu de temps ils viendroient aisément à bout des protestants en Allemagne, où ils emploierolent toutes leurs forces, et que cela fait , le Roi les auroit incontinent sur les bras , si ce n'est en son royaume, du moins en Italie, Allemagne ou Lorraine, où ils voudroient lui ravir, par force, le fruit de tant de travaux et de dépenses que Sa Majesté a supportées es guerres dernières. Quoi faisant, voilà cette rupture, dont le nom étonne les pacifiques, arrivée par nécessité. Sa Majesté étant obligée de défendre par armes ce qu'elle a si justement acquis.
De manière que , s'il est apparent comme il est , la trêve se faisant, que bientôt après les couronnes doivent
entrer en guerre l'une contre l'autre si la France veut conserver, non pas tout ce qu'elle tient en Allemagne, mais seulement Pignerol, qui ne jugera, puisque cet accident est comme inévitable, qu'il vaut mieux empêcher la trêve par cette déclaration, si l'on ne le peut à moins, puisqu'au moyen de quelques troupes que le Roi entretiendra dans les armées des Hollandois et de quelques secours qu'il donnera aux protestants d'Allemagne , il donnera assez d'exercice aux Espagnols pour les divertir d'entreprendre sur ce qui lui touche ? Et en récompense de la dépense que Sa Majesté fera, non-seulement elle conservera ses sujets en repos et sûreté, mais elle pourra avoir part aux conquêtes qui se feront dans les Pays-Bas, et pourra recueillir les offres qui lui peuvent être faites du côté de l'Allemagne par les protestants, des places et pays qui confinent avec le royaume.
L'on peut (ce semble) discourir de cette sorte des intérêts du Pioi sur le sujet de la trêve, du succès de laquelle personne ne sçauroit parler bien assurément ; mais à peser et considérer toutes choses qui concourent en cette négociation , les deux partis qui sont dans le corps des États, les uns pour, les autres contre la trêve, chacun des partis assez puissant pour l'exclusion de ce qu'il ne voudra pas, comme les Gomaristes, soutenus des offres avantageuses de la France pour empêcher que la trêve se conclue sitôt, et les Arminiens, au contraire, appuyés des conditions spécieuses proposées par l'Espagne, et peut-être du prince d'Orange (comme l'on croit), pour entretenir la négociation et empêcher que l'on s'engage à aucune entreprise de guerre qui la puisse rompre du tout; d'ailleurs, la patience que les Espagnols auront et l'artifice dont ils se serviront en cas
qu'ils ne puissent conclure la trêve, pour tirer les choses en longueur et continuer le traité, attendant l'événement des affaires d'Allemagne : toutes ces considérations jointes à l'ordre des Provinces-Unies, qui veut que l'on ne puisse prendre aucune résolution pour la paix ou pour la guerre que toutes les provinces n'en demeurent d'accord (en sorte qu'une seule peut, par sa voix, empêcher la résolution des six autres), peuvent faire juger que ladite trêve ne se conclura pas sitôt ; que la négociation en sera continuée et entretenue avec soin , en quelque sorte que ce soit; que les Etats et les Espagnols se mettront chacun de leur coté en campagne ; que, s'il se fait quelque entreprise de guerre, elle ne sera pas de grande considération, et que cette conduite portera enfin, mais avec beaucoup de temps, les choses à la trêve ou à la paix.
Ainsi qu'il a été remarqué ci-dessus, les affaires d'Allemagne et des Pays-Bas ont un tel rapport les unes avec les autres, à cause de l'intérêt que la maison d'Autriche a de tous les deux cotés, que, comme la trêve aux Pays- Bas seroit un acheminement à la paix d'Allemagne , aussi le déchet des protestants en la Germanie porteroit coup contre les Hollandois pour les rendre plus faciles à s'accommoder avec le roi d'Espagne, de manière que, pour cette raison et pour plusieurs autres, il faut considérer les affaires qui se passent en l'Empire comme les plus importantes qui soient aujourd'hui en la chrétienté, pour les suites qu'elles peuvent avoir en dernier lieu.
Il faut laisser à ceux qui entreprendront de faire l'histoire du temps, de décrire la cause des guerres qui ont affligé l'Allemagne, depuis l'année 1620 jusques à présent , les événements des batailles qui s'y sont données
et des grands sièges que l'on y a entrepris : l'on se contentera de remarquer en ce petit Mémoire, que, comme l'orgueil et la présomption des protestants et la vanité du feu prince Palatin a été cause de la ruine de plusieurs autres protestants, qu'aussi la trop grande rigueur dont l'Empereur a usé envers lesdits protestants, lorsqu'il a eu avantage sur eux, la ruine des princes de Meckelbourg, et les menaces de la trop sûre exécution de l'édit donné par ledit Empereur pour la restitution des biens ecclésiastiques, ont beaucoup servi pour exciter le roi de Suède , prince de son naturel hardi , ambitieux et trop zélé à sa religion, de venir en armes dans l'Empire pour relever le parti de ceux qui avoient même créance que lui.
Mais ce qui a donné plus de facilité à l'entreprise du dit roi de Suède et aux bons succès qu'il a eus en Allemagne , à la ruine des princes catholiques , a été la guerre injustement entreprise par le roi d'Espagne pour dépouiller des États de Mantoue et de Montferrat, un prince catholique qui en étoit légitime successeur et héritier, laquelle entreprise ayant attiré, par la violente poursuite des Espagnols, les meilleures troupes de l'Empereur en Italie, et d'autre part celles de France y étant accourues pour s'opposer à une si injuste invasion, il en est arrivé deux effets : l'un que cet éloignement des forces de l'Empire a donné cœur audit roi de Suède pour exécuter son entreprise; l'autre que le Roi, pour divertir les forces des Allemands qu'il avoit sur les bras en Italie, a fomenté le dessein dudit roi de Suède, lui ayant accordé, par traité fait avec lui, au mois de janvier 1 630, un million de livres de secours par an pour l'entretènement de son armée.
DE 5IATHIEU MOLE. 207
Mais ce seroit ignorer la vérité et la suite des choses , que d'attribuer audit secours de France seul l'entrée dudit roi de Suède en Allemagne, et les funestes événements de ses armes à la ruine des catholiques; la vraie cause de ces accidents et de ces malheurs est celle qui ci-dessus est dite, de la trop grande rigueur exercée contre les protestants, et le passage des Allemands en Italie.
Car à l'égard du Roi, comme par raison d'Etat, il a pu et dû, par tous moyens, secourir un prince son allié, et ses armes porter en Italie même, par ladite diversion qui a eu l'effet que Sa Majesié en avoit attendu en la prompte exécution de la paix d'Italie, avec les avantages pour la France qui se peuvent juger de la restitution de Mantoue et de l'échange de Pignerol ; aussi n'a-t-elle pas défailli à ce qui pouvoit être désiré d'un Roi Très-Chrétien pour la religion catholique en Allemagne, puisque, par le même traité par lequel il avoit promis audit roi de Suède le secours d'un million de livres, ledit Roi étoit obligé de permettre l'exercice de la religion catholique , apostolique et romaine , en tons les lieux qui seroient par lui occupés, selon les constitutions de l'Empire, et de laisser en son entier le libre exercice de ladite religion, en tous les lieux où il le trouveroit établi. Et de plus , Sa Majesté avoit fait tirer un écrit dudit Roi , par lequel il offroit, pour le respect de Sa Majesté, la neutralité au duc de Bavière et aux autres Electeurs et princes de la ligue catholique , qui la vc.udroient accepter.
Or que ces conditions promises à sa Majesté n'aient de beaucoup modéré en faveur des catholiques les violences d'un prince et d'un parti conquérant, ennemi de notre religion , chacun le sçait ; ce n'est pas que les dés-
ordres, insolences et barbaries de la soldatesque n'aient été encore trop grandes, mais elles pouvoient l'être beaucoup plus , et il est vrai que le respect du Roi a sauvé beaucoup de temples, d'églises et d'ecclésiastiques, qui sans cela couroient fortune d'une entière ruine.
Il est aussi constant que si les électeurs de Bavière, de Mayence , de Cologne eussent suivi les bons conseils de Sa Majesté, qui les a fait rechercher avec tant de soin, par envoi d'ambassadeurs et d'autres personnes de condition, d'accepter la neutralité, ils eussent garanti leurs Etats des malheurs auxquels ils sont tombés, ainsi qu'a fait l'électeur de Trêves, lequel s'étant rais sous la protection de France, n'a reçu nulle atteinte des armes suédoises , et n'a souffert autre incommodité durant les troubles et les ruines de toute l'Allemagne, que celles qu'ont de coutume d'apporter les gens de guerre dans les Etats où ils sont obligés de vivre, lesquelles eussent été bien moindres, si ledit Electeur eût donné ordre à leur entretien.
Tellement que l'on peut dire que le Roi a autant servi à la conservation de la religion et des catholiques en Allemagne, comme la mauvaise conduite de l'Empereur et l'irrésolution desdits électeurs de Bavière , Cologne et Mayence a aidé et contribué à leur ruine.
Il est vrai que la mort du roi de Suède leur donne espérance de s'en relever dans peu de temps ; c'est chose pourtant qui est incertaine, car, si d'un côté le Valestin (Wallenstein), sous le nom de l'Empereur, et les princes catholiques font des levées de tous côtés pour faire un dernier effort à la ruine des protestants en Allemagne, d'autre part lesdits protestants demeurent jusques à présent fort unis ensemble. Ils conservent et gardent les
pays et places qu'ils tiennent, et ont plutôt acquis que perdu depuis la mort dudit roi de Suède. A la vérité une chose défaut à ce parti , qui est très-importante, c'est un chef capable de succéder à l'ambition et aux desseins dudit Roi, aussi bien qu'à sa valeur et expérience; ce qui ne se trouve point parmi lesdits protestants, le duc de Saxe qui seul , par sa qualité, pourroit tenir ladite place , étant prince de peu de capacité , de courage et d'expérience , plus désireux de conserver le sien que d'accroître ses limites, plus amateur de repos et des exercices de paix ordinaires aux Allemands, que jaloux de la gloire et du bien qui se peut acquérir par les armes. L'on peut dire le même de l'électeur de Brandebourg. Le duc de Saxe Weymar, qui est de la maison dudit électeur de Saxe et descendant de la branche de Jean-Frédéric qui fut dépossédé par Charles-Quint, a bien quelques parties de chef de guerre ; mais, outre qu'il pourra être suspect audit électeur de Saxe, il n'a pas encore toutes les qualités requises pour un si haut commandement et une si grande entreprise ; de manière que l'on peut juger par ce défaut , que ce n'est pas du tout sans raison que l'Empereur et les princes catholiques se promettent de redresser bientôt leurs affaires en Allemagne, et que plusieurs autres doutent que lesdits protestants ne puissent longtemps se tenir unis ensemble, sans un chef puissant capable de conduire et de commander à un si grand corps ; et moins encore que des capitaines particuliers, la plupart Suédois et étrangers, puissent conserver longuement ce qu'ils tiennent en un pays éloigné du leur, s'ils ne sont soutenus ouvertement d'une grande puissance.
Néanmoins, Dieu, qui ordonne du succès des armes IV 14
comme il lui plaît , pourroit bien disposer de ces choses contre les apparences, ainsi qu'il a fait ci-devant en plusieurs occasions signalées, qui se sont passées durant le cours de ces guerres d'Allemagne ; et se peut dire, contre les raisons ci-dessus, que pourvu que lesdits protestants demeurent fermement unis , comme ils ont protesté de faire en la dernière assemblée par eux tenue à Hailbron en Souabe, ils pourront, avec l'aide de leurs bons amis, donner encore beaucoup d'exercice à l'Empereur, ou l'obliger d'en venir à une bonne et équitable paix.
Cependant, le Roi, qui est obligé par le rang qu'il tient en la chrétienté, par l'alliance qu'il a avec les princes de l'Empire, et par les places qu'il y tient à présent, de prendre part aux affaires d'Allemagne, n'auroit pas sans doute manqué , selon sa vigilance accoutumée et les prudents et généreux avis de son conseil, de faire en même temps, par ses envoyés et ministres, les offices près l'Empereur, les Électeurs catholiques et les princes protestants, que Sa Majesté aura jugé convenables, sur une conjoncture si importante.
De juger précisément quels auront été ces offices , cela doit être réservé à ceux qui ont part au secret des affaires et qui ont été présents à la délibération ; ce qui s'en peut penser sur le fondement des choses passées, est que Sa Majesté doit , par tous moyens , s'acquérir créance et confiance, tant près les Electeurs catholiques que vers les Électeurs et princes protestants, les rendant persuadés que son but en cela n'est autre que de les porter à une bonne et sûre paix : employer cette créance vers les uns et les autres pour les réunir tous ensemble en amitié et bonne intelligence, afin que par cette union ils fassent cesser tous les différends sur le fait de la reh-
gion, et qu'en faisant ladite paix , ils puissent remettre l'Empire en sa première liberté, et l'établir de telle sorte, par la confirmation des anciennes constitutions et même par l'amplification d'icelles , si besoin est , qu'elles ne puissent à l'avenir être violées par quelque puissance que ce puisse être , ni même par la maison d'Autriche , au préjudice de l'autorité, franchises et privilèges desdits Électeurs , princes et autres membres de l'Empire.
Pour ces effets , il est nécessaire de faire comprendre aux Electeurs combien il importe de ne pas souffrir qu'il soit procédé à l'élection du roi des Romains avant le décès de l'Empereur, et que , si cette élection se faisoit en la personne du roi de Hongrie, ce seroit rendre l'Empire héréditaire à la maison d'Autriche, et soumettre cette suprême dignité à la monarchie d'Espagne.
Engager lesdits Électeurs, lorsqu'il se traitera de ladite paix , de demander que le Roi soit requis d'y intervenir en qualité de médiateur, comme prince qui est leur ami et allié commun , afin que Sa Majesté puisse contribuer ce qui sera de son autorité pour les fins susdites , et se rendre garant envers les catholiques et les protestants des choses qui seront respectivement convenues entre eux et qui leur seront promises par l'Empereur.
Disposer aussi lesdits princes et l'Empereur même à contribuer tout ce qui pourra dépendre d'eux, afin que le Roi reçoive par ledit traité de paix toute la satisfaction qu'il peut désirer dans ses intérêts, c'est-à-dire que l'on le laisse pleinement et paisiblement jouir de toutes les terres qui sont dans l'évêché de Metz, et des places que Sa Majesté y tient et qui en dépendent, sans lui donner dans ledit pays , non plus que dans l'étendue des
évêcbés de Toul et Verdun et dans les places de Lorraine que Sa Majesté fait garder à présent, aucun trouble en quelque manière que ce soit.
Pour le regard des places que Sa Majesté tient dans l'évêché de Trêves, du gré de l'Electeur, l'on doit croire que, la paix se faisant, elles seront rendues, sauf à y laisser quelque garnison françoise pour la sûreté d'icelles, principalement àHermanstein, en cas que ledit Électeur le désire pour son propre intérêt.
Pour parvenir aux fins susdites , il importe de soutenir le parti des protestants, les conseiller de demeurer toujours armés, les exhorter à se maintenir en union les uns avec les autres, sous la conduite de l'électeur de Saxe, vu qu'autre que lui ne peut être leur chef.
Et d'autant qu'ils ne peuvent demeurer armés ainsi qu'il est, sans avoir de l'argent pour payer leurs gens de guerre , l'on estime que le Roi sera obligé de leur offrir la continuation du secours d'un million de livres qu'il donnoit au roi de Suède , aux conditions portées par le traité fait avec ledit Roi pour la religion catholique, et surtout à la charge que ledit électeur de Saxe ne pourra faire traité ni paix sans le consentement de Sa Majesté.
Par la continuation dudit secours , l'on ne doit pas prétendre que le Roi entretienne la guerre en Allemagne et porte les protestants contre les catholiques ; mais l'on doit juger que Sa Majesté, en ce faisant, dispose comme il convient les choses à une paix assurée , tant pour les Electeurs catholiques que pour les protestants, d'autant que le moyen d'y parvenir est de tenir des forces, en l'Empire , capables de s'opposer à celles de la maison d'Autriche; autrement, si l'Empereur, par le désarme-
ment des protestants ou par leur déchet et division, venoit à prendre le dessus avant la conclusion d'une solennelle paix , au lieu d'un bien tant désiré , il en arriveroit la ruine de l'Empire, laquelle le Valestin, sous le nom de l'Empereur, ne manqueroit pas de commencer par l'électeur de Saxe et les autres princes protestants, et de la continuer à achever par les catholiques, ou du moins de soumettre ceux-ci à un tel point, qu'ils passeroient plutôt pour esclaves et sujets de la maison d'Autriche et des Espagnols , que pour princes libres et souverains associés, comme ils sont, à l'Empire.
Pour ces raisons, l'on doit se promettre que les offices et les offres de Sa Majesté doivent être reçues avec beaucoup de gré et de respect , non-seulement des princes protestants, mais aussi des Electeurs catholiques, et particulièrement du duc de Bavière, lequel, comme chef de ceux-ci et le plus considérable, en l'état, en biens, en crédit et en conduite, et par conséquent capable de donner plus de jalousie à la maison d'Autriche, doit prévoir que la fin de la ruine des protestants seroit le commencement de la sienne, ne pouvant pas être en grande confiance près des Espagnols qui ont eu cognoissance du traité secret qu'il a fait avec la France, au mois de mai 1 631 , et moins encore en amitié avec le Valestin, qui a bien sçu aussi que ledit Duc avoit été l'auteur de sa destitution, qui fut résolue en l'assemblée de Ratisbonne, en l'année 1630, comme il le fut aussi de la pratique faite pour éluder en ladite assemblée l'élection du roi des Romains en la personne de l'Empereur. Toutes ces choses , qui ont été bien marquées, peuvent faire juger quel peut être, contre ledit Électeur, le sentiment de la maison d'Autriche, et s'il n'aura pas été plutôt couvert et dissi-
2ik APPENDICE AUX MÉMOIRES
mule qu'éteint , dans l'extrême nécessité qu'ils ont eue de demeurer unis pour leur commune défense.
Contre ces raisons, il y a une considération importante qui pourroit donner d'autres sentiments audit duc de Bavière, et l'engager à se joindre du tout à l'Empereur pour la ruine des protestants en Allemagne : c'est qu'ayant possédé la meilleure partie des Etats du feu prince Palatin , ensemble la dignité d'électeur dont il a été investi, il pourroit craindre, si , d'un côté il ne demeuroit en étroite intelligence avec l'Empereur, et que d'autre part les princes protestants étant puissants vinssent à traiter la paix avec forces égales, qu'il ne fût contraint et obligé de lâcher prise, et de quitter, lorsque ses États qui sont tenus et occupés par les Suédois lui seroient rendus , ceux qu'il a détenus et détient encore à présent aux héritiers dudit Palatin, neveux du roi de la Grande-Bretagne.
Mais les raisons ci-dessus doivent, ce semble, prévaloir sur cette considération ; d'autant que, par la ruine des protestants, il est menacé de la sienne propre et tout entière, au lieu qu'en leur subsistance il se conserve luimême et maintient les libertés de l'Empire contre l'Empereur et les Espagnols qui les veulent abolir, joint que d'ailleurs il pourra, avec l'assistance de l'autorité du Roi dans la négociation et traité de ladite paix générale, assurer, à lui et aux siens, sinon tout ce qu'il tient et a tenu dans le Palatinat, du moins la meilleure partie.
Quant à l'électeur de Cologne, il ne faut point douter qu'il ne suive les mouvements du duc de Bavière, son frère.
L'électeur de Mayence, qui est entièrement dépouillé de ses Etats , semble plus attaché à l'Empereur, quoi-
qu'il n'ait pas grande obligation aux Espagnols, qui avoient entrepris sa défense et l'ont laissé lâchement ruiner.
Pour l'électeur de Trêves, il est engagé de suivre les volontés de Sa Majesté.
Pour le regard de l'Empereur et de ceux de sa maison, encore qu'il leur soit aisé de recognoître que la fin principale de tout ce que le Roi a fait en Allemagne a été d'abaisser leur puissance, et que ce même dessein subsiste encore, avec raison, comme une maxime essentielle pour le repos de cet Etat , néanmoins, comme Sa Majesté, de son côté, ne laisse pas d'envoyer avec soin des gentilshommes vers l'Empereur pour l'assurer de ses bonnes intentions pour la paix de la chrétienté, et particulièrement pour celle de l'Empire, et pour lui offrir en ce sujet son entremise royale, lui témoignant même la bonne disposition que Sa Majesté auroit d'entrer, tant avec lui qu'avec le roi d'Espagne, en une parfaite intelligence, pourvu que lesdits princes fussent aussi disposés de leur part d'ôter toutes les occasions qui pourroient empêcher l'effet et le fruit d'un accommodement et union si nécessaires pour le repos de la chrétienté. Ainsi l'Empereur, qui sçait combien le Roi lui peut nuire, soit par les avis et l'assistance effective qu'il peut donner aux protestants, soit par ses armes propres, ne doit pas faillir de correspondre à ces honnêtes démonstrations, lesquelles pourroient se convertir en effets d'une bonne paix et sincère amitié, si l'Empereur et le roi d'Espagne vouloient donner la juste satisfaction que Sa Majesté peut désirer, tant pour l'assurer de la possession entière en laquelle elle est du pays et des places de l'évêché de Metz, même de Vie et Moyenvic, et de ceux de Verdun et de
Toul , de ne la point troubler en cela , non plus qu'en ce qu'elle tient du duc de Lorraine et au fait de Pignerol, comme aussi de convenir d'une fidèle exécution du traité de Mouçon, ci-dessus coté, sur les affaires des Grisons et de la Valteline.
Ce sont les points principaux , lesquels étant ajustés et réglés, les maisons de France et d'Autriche pourroient demeurer en paix et bonne intelligence, qui même se pourroit continuer, si l'Autriche et l'Espagne, que l'on compte pour une seule, se contentoient de ce qui lui appartient, sans entreprendre sur les États d'autrui.
Mais comme il n'y a pas lieu d'espérer une modération si grande de la part des Espagnols, il faut dire, pour ce regard, qu'encore qu'il n'y ait point de rupture ouverte entre les couronnes , elles vivront toujours en jalousie ; ce qui fera que l'Espagne désirera du trouble en France pour empêcher qu'elle s'oppose à ses desseins, et que la France assistera tous ceux que l'Espagne voudra opprimer et fera obstacle ^à toutes ses entreprises, afin qu'elle ne s'agrandisse davantage.
Pour revenir au particulier des affaires d'Allemagne, ce que l'on peut conclure , après tout le Discours ci-dessus, est que le Roi ne peut tenir une meilleure conduite que de conforter les protestants en leur union et leur continuer son assistance, afin qu'ils ne succombent; les disposer de s'unir avec les catholiques, et ceux-ci avec eux et, tous ensemble, contraindre la maison d'Autriche de venir à une bonne et juste paix ; d'accompagner tous ces offices de l'approche d'une armée puissante sur la frontière, tant pour leur donner vigueur, que pour assurer la conservation des places qu'il tient en Allemagne : par ce moyen, Sa Majesté oblige les protestants et les en-
gage à suivre ses bons conseils et à ne faire aucun traité sans elle. Sa Majesté oblige aussi l'Empereur, à cause du crédit qu'il acquiert vers les protestants et les catholiques, et de la jalousie qu'il peut avoir de son armée, de rechercher et désirer son amitié et avoir égard à ses intérêts.
En ce Discours des affaires d'Allemagne et des Pays- Bas, il est bien juste de donner part à l'Angleterre, intéressée aux choses d'Allemagne par le rétablissement des enfants du Palatin, neveux du roi de la Grande- Bretagne, et en ce qui touche les Etats par le lien de sa religion et par sa sûreté propre , laquelle est toujours plus grande envers l'Espagne quand elle est en guerre contre les Hollandois que quand elle n'en a point.
Il a paru, depuis quelque temps, que le conseil d'Angleterre, se rapportant à l'humeur du prince, n'avoit autre objet que de jouir des douceurs de la paix et de la tranquillité qui est en leur Etat, sans se soucier beaucoup du reste ; que les affaires de cet État étoient en telle assiette, que la maison royale et les dépenses ordinaires du royaume se pouvoient bien entretenir aisément des revenus ordinaires : mais, pour les choses extraordinaires, ledit Roi n'y pouvoit subvenir que par le secours extraordinaire qu'il pouvoit tirer du Parlement du royaume, qui est une assemblée qui se fait quelquefois, qui a grand rapport avec les États Généraux de France , mais avec plus d'autorité.
Or, le conseil d'Angleterre et principalement le Grand Trésorier, qui est le principal ministre , jugeant qu'il ne pourroit assembler le Parlement pour demander des secours extraordinaires , sans se mettre au hasard que ledit Parlement , naturellement jaloux et envieux des fa-
voris, entreprît de lui faire son procès, a évité tant qu'il a pu de rassembler, aimant mieux que le Roi son maître se contente de vivre doucement chez soi , que d'entreprendre avec réputation au dehors et être, pour cet effet, obligé de rechercher dudit Parlement des secours extraordinaires. Ainsi l'Angleterre a été tenue, depuis trois ou quatre ans, en fort petite considération dans les intérêts publics.
Elle est remise en paix avec la France, comme chacun sçait, par le traité du 24 avril 1 629 ; elle a aussi fait paix avec l'Espagne, mais avec beaucoup de déplaisir de la part des Etats avec lesquels l'Angleterre s'étoit respectivement obligée de ne faire ni paix ni trêve sans leur commun consentement, de manière que ce traité a fort décrédité l'Angleterre avec les Hollandois, avec lesquels elle avoit eu autrefois grande intelligence à cause de la religion , et ce décréditement s'est encore augmenté sur le bruit qui a couru, ci-devant, que l'Angleterre s'étoit comme jointe aux passions d'Espagne pour procurer la trêve, sur la fausse espérance que les Espagnols lui ont donnée , moyennant ces offices , de rétablir les enfants du Palatin dans leurs États.
De quoi les Anglois se justifient tant qu'ils peuvent, et maintiennent au contraire qu'ils ont travaillé, comme ils font encore, fort utilement pour rompre la trêve, disant, quant aux affaires d'Allemagne, qu'ils ont envoyé un notable secours au feu roi de Suède , sous la conduite du marquis d'Hamilton ; qu'ils ont fait trouver en ladite diète, tenue à Hailbron, un ambassadeur nommé le sieur Amstruder, qui a fait bons offices pour maintenir les protestants en union, et que, de plus, ils offrent à la France de contribuer un miUion de livres par an pour le
secours des prolestants d'Allemagne et même pour le rétablissement des enfants du Palatin en leurs Etats, ce que l'on ne doit pas douter que le Roi n'ait reçu, pourvu que les Anglois consentent que , pour la partie que le duc de Bavière a tenue et tient encore dans le Palatinat, l'on y procédera seulement par voies amiables de négociation avec ledit Electeur, et que pour l'autre l'on emploiera les armes contre les Espagnols pour y rétablir et conserver lesdits princes Palatins, condition que l'on juge nécessaire et importante, Sa Majesté ne devant agir en aucune façon contre ledit duc de Bavière, qui estle plus capable de donner quelque contre-poids à la maison d'Autriche en Allemagne.
Il reste à parler du duc de Lorraine, de qui la conduite, depuis quelques années , a été bien éloignée de la maxime qu'ont tenue ses prédécesseurs, de se bien entretenir avec la France ; à quoi il est obligé comme vassal de la couronne, à cause du duché de Bar qui en relève, et pour sa conservation propre, ses Etats étant tellement ouverts du côté de ce royaume, qu'ils peuvent être tenus à discrétion des rois de France^ ainsi qu'il a bien paru aux deux voyages que Sa Majesté a faits en ce quartier-là.
Néanmoins, ledit Duc, s'appuyant de la maison d'Autriche et s'assurant encore plus sur les grandes affaires que Sa Majesté avoit sur les bras, tant dedans que dehors le royaume , n'a guères laissé passer d'occasion de pratiques contre la France qu'il n'y ait pris part. La négociation du sieur de Montaigu arrêté sur les frontières de Lorraine*, allant d'Angleterre en Lorraine et en Piémont, au temps que l'Angleterre s'étoit déclarée contre