‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France (volume 5)Chapitre 32 sur 85 · Voy. les Mémoires de Mole, t, II, p · texte numérisé non relu

Voy. les Mémoires de Mole, t, II, p

Vos ennemis déclarés et ceux qui sembloient vos amis, vous traversèrent autant qu'ils purent en ce sujet, mais inutilement.

La place de Brisac étoit de telle considération*, qu'elle étoit enviée de tout le monde; la réputation et le bien de vos affaires requéroient qu'elle demeurât en votre disposition. Il falloit traiter doucement les esprits auxquels vous aviez affaire , et cependant , pour empêcher qu'en s'estimant trop nécessaires, ils se rendissent trop difficiles à une bonne conclusion , il fallut agir en différents rencontres avec grande fermeté.

Votre conduite fut diverse, selon que les occasions le requéroient; enfin vous demeurâtes beaucoup plus maître de cette armée que vous n'étiez auparavant , et la place de Brisac et plusieurs autres dont le duc de Weimar prétendoit disposer à sa volonté , bien qu'il ne le dût pas faire, vous furent du tout assurées.

A peine les larmes que la mort de ce grand capitaine ' tirèrent de vos yeux furent-elles essuyées , que celle du cardinal de la Valette les renouvelèrent ; sa perte fut d'autant plus sensible à Votre Majesté, que sa fidélité, son zèle, et l'ambition qu'il avoit d'acquérir de l'honneur en bien servant , en furent la vraie cause.

L'infidélité du duc de la Valette, son frère', le toucha

1. Voy. dans le Mercure de 1639, p. 2, les effets de la prise de Brisac.

2. La Gazette a imprimé, p. 463, une lettre écrite de Mézières le 29 juillet 1639, touchant la mort du duc Weymar.

3. Le 24 mai 1639, dit la Gazette, p. 284, (( fut solennellement donné, par défaut et contumace, arrêt au conseil , le Roi y séant , contre le duc de la Valette. » — Ce journal ajoutait un peu plus loin : « Nouvelles sont venues que le cardinal de la Valette est allé secourir la ville de Turin en Piémont , assiégée par les Espagnols, et interrompre le succès qu'ils ont eu à la prise de plusieurs places, arrivé plutôt par l'infidélité de la plupart des gouverneurs que par l'effort de leurs armes. »

DE MATHIEU MOLE. tki

de telle sorte qu'il n'eut jamais de joie, depuis qu'il en eut avéré le mauvais dessein que ce malheureux homme eut, peu de temps auparavant, de mettre Metz aux mains des Espagnols avec sa personne.

Et la mauvaise conduite de Madame lui étant tout moyen de faire réussir vos armes, il fut tellement outré de voir périr le Piémont à sa vue, qu'encore que personne ne fût responsable des fautes d'autrui , particulièrement lorsqu'il est impossible d'en arrêter le cours, celles de cette princesse lui donnèrent le coup de la mort, au sortir d'un siège qui lui devoit donner consolation, puisqu'il y avoit battu les ennemis et pris la place en leur présence.

Les malheurs étant souvent enchaînés , ainsi que les bonnes fortunes , la perte de Salces ' , l'un des derniers actes de cette campagne, suivit ces deux fâcheux accidents. Cependant, n'y ayant personne qui ne sçache que, si vous perdîtes cette place , vous l'aviez emportée peu de jours auparavant sur vos ennemis, avec d'autres circonvoisines, qui demeurèrent entre vos mains, on peut dire avec vérité qu'es occasions qui se sont passées en

1. Cette ville avait été prise peu de temps auparavant par le prince de Condé (voy. dans la Gazette de 1639, p. 403, 453, le récit de cette victoire), et ]es Mémoires de Mole, t. II, p. 451.. — Mais, pendant que le prince était à Naibonne, les Espagnols vinrent mettre le siège devant Salces , et malgré les diligences du maréchal de Schomberg et les soins du prince de Condé , qui avait mis sur pied toute la noblesse du Languedoc pour aller au secours de Salces , cette ville fut prise par les Espagnols. — Les amères critiques de Richelieu paraissent s'adresser aa prince de Condé j mais on peut étudier avec plus de sûreté cette grave question dans les récits du Mercure français, t. XXIII, p. 288, et surtout dans la Gazette de 1639, p. 781 , qui a imprimé une « Relation envoyée au Roi par le prince de Condé de ce qui •'est passé dans l'armée de Roussillon, depuis le siège mis devant Salce» par les Espagnols. »

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