Autre rédaction du même paragraphe
a Divers autres moyens furent aussi proposés pour le besoin de cet Etat, si glorieux sous la régence d'une si vertueuse Reine et des conseil > de ses ministres si bien intentionnés, lesquels ayant été jugés être moins à la charge du peuple et que l'on en pouvoit tirer grand secours, il fut xesolu de les envoyer au Parlement pour les vérifier. »
par iceux , ceux du Conseil d'en haut qui etoient avertis, jugèrent que cette attente du Parlement ne produiroit aucun bien pour les affaires de l'Etat, qui demandoient un secours prompt pour la subsistance de l'armée, obligèrent la Reine, ce jour même, par la délibération et résolution qui fut prise au Conseil d'en haut, où étoient la Reine, le duc d'Orléans, le prince de Condé, le cardinal Mazarin , le chancelier Séguier , le président de Bailleul, ministre d'État, le sieur de Ghavigny, aussi ministre, et le sieur d'Émery, surintendant des finances de France, les sieurs comte de Brienne, de la Yrillière, du Plessis-Guénégaud et Le Tellier, secrétaire d'État, de mener le Roi^ le lendemain, au Parlement, et aussitôt furent donnés les ordres nécessaires aux sieurs de Rhodes et Saintot , grand maître et maître des cénîmonies, pour avertir Messieurs du Parlement que toutes choses fussent préparées pour leur réception. Et comme l'ordre est qu'en pareilles occasions ils soient chargés d'une lettre de cachet, le sieur du Plessis-Guénégaud, secrétaire d'État, l'expédia sur-le-champ.
Les députés du Parlement vinrent au Palais-Cardinal le 18 mars, sur les onze heures et demie , et furent reçus par le sieur Saintot, maître des cérémonies, qui les conduisit à la chambre de descente des ambassadeurs , oîi ils reposèrent durant que le sieur Saintot en alla donner avis à Leurs Majestés et au sieur du Plessis , secrétaire d'État, pour qu'il les vînt aussi quérir en bas, ainsi qu'il est accoutumé.
Je ne puis assez exagérer la foule de courtisans dont tout ce palais fourmilloit , de telle sorte que Ton fut obligé de faire sortir du cabinet de la Reine plus de deux ou trois cents personnes de condition, pour que
Leurs Majestés, princes, ducs, pairs et maréchaux de France y pussent entrer, dans lequel cabinet Leurs Majestés les reçurent, accompagnées d'une infinité de grands et de dames de a cour, dont toutes les salles, antichambres et chambres étoient remplies.
Le sieur Mole, Premier Président, porta la parole, en exprimant par un discours aussi éloquent que respectueux et prudent, comme ils venoient témoigner à Leurs Majestés leur obéissance, et confirmer comme toutes les choses qu'ils faisoient n'ctoient que sous l'autorité et le bon plaisir de Leurs Majestés , et qu'ils avoient apporté l'arrêté de la compagnie. La Reine témoigna la satisfaction qu'elle recevoit des services desdits présidents au mortier, et que le Parlement feroit bien de se porter dans l'obéissance qu'il devoit aux volontés du Roi, qui ne tend oient qu'au bien de l'État : et après ils se retirèrent dans l'ordre qu'ils étoient venus.
Et ensuite, fut tenu conseil d'en haut, où il fut donné arrêt contre les Maîtres des Requêtes , par lequel, sur la plainte de quantité de parties qui avoient leurs affaires au conseil et dont les Maîtres des Requêtes étoient chargés, n'en pouvoient avoir issue , attendu que lesdits Maîtres des Requêtes ne vouloient remettre leurs productions au greffe du Conseil; par ledit arrêt d'en haut, il fut enjoint auxdits Maîtres des Requêtes de remettre dans les vingt-quatre heures après la signifii ation à eux faite, toutes les pièces, procédures, productions et procès dont ils avoient été chargés, au greffe du Conseil, pour être lesdits procès distribués aux conseillers d'Etat , et par iceux rapportés au Conseil .
Le 28 avril , M. le duc d'Orléans alla à la chambre des Comptes, et M. le prince de Conti à la cour de
Aides, pour y faire enregistrer les édits que le Parlement avoit refusés. Le premier président Nicolaï fit un discours bien fort et bien vif, de même que le premier président de la cour des Aides (Amelot). Les édits cependant furent enregistrés ^
Mais deux jours après, c'est-à-dire le jeudi 30, la chambre des Comptes s'assembla pour examiner de nouveau ces édits , comme le Parlement avoit fait. La Chambre étoit occupée à cette révision, lorsque des députés de la cour des Aides vinrent lui proposer de s'unir et lui dire qu'ils avoient déjà parole du grand Conseil; le véritable motif de ce dessein étoit 'le retranchement de quatre années de gages. La chambre des Comptes accepta la proposition.
Le lendemain 1" mai, les députés de ces trois compagnies s'assemblèrent , et pour éviter la dispute de préséance entre le grand Conseil et la chambre des Comp-
1 . Il existe dans les papiers de Lancelot une relation particulière de cette entrée des princes d'Orléans et de Conti à la chambre des Comptes et cour des Aidi^s. Mais elle s'étend surtout sur le cérémonial qui fut ordonné, d'après les usages anciens, et sur un incident de préséauice entre les personnages qui accompagnèrent les deux princes. Toutefois, la pièce important de ce récit est sans contredit les lettres patentes dont il fut donné lecture par le doyen des Comptes, En voici un extrait : « Louis, etc., à notre très-cher et très-amé oncle le duc d'Orléans, salut. Les grandes et excessives dépenses que nous avons à supporter, à cause de la guerre , nous obligeant de nous servir des moyens extraordinaires pour y satisfaire , et ne s'en étant point trouvé de plus prompts ni moins onéreux à nos sujets que ceux qui dépendent de l'exécution d'aucuns édits et déclarations arrêtés en notre conseil, nous avons jugé à propos de vous commettre le soin de les faire registrer, potir l'entière confiance que nous avons de votre affection envers notre personne et les intérêts de cet Etat. A ces causes, etc. (On trouve ensuite la mention de trente édits bursaux.) Donné à Paris, le 27* jour d'avril de l'an de grâce 1648.
c La commission achevée de lire, le sieur Nicolaï, premier président,
tes , la conférence se tint dans la troisième chambre de la cour des Aides. Il y fut résolu que l'on engageroit le Parlement de se rendre à ces séances.
La députation des trois compagnies au Parlement se fît le lundi 4 mai; ils demandèrent que l'on nommât des députés; deux conseillers furent envoyés à la salle Saint-Louis pour conférer ensemble. Ce fut là que les trois compagnies représentèrent que l'union étoit nécessaire ; que quoique le Parlement eût été excepté pour le retranchement des quatre années de gages , il lui en arriveroit un de ces jours autant qu'aux autres, etc. Il ne fut pas difficile de lui insinuer ces craintes. L'on convint qu'on ne parleroit point du véritable motif, c'est-à-dire du retranchement des gages, mais que l'on prétexteroit tout du bien public et du soulagement des peuples. Cela
prit la parole, et durant l'espace de cinq quarts d'heure, harangua trèséloquemment, représentant les intérêts du peuple oppressé et accablé de misère, par les continuelles impositions qu'il payoit aussi; exhortant tous ses confrères au respect qu'ils dévoient, par obligation , au Roi et à son autorité, et à l'obéissance qu'ils lui dévoient ; conjurant Son Altesse Royale d'intercéder et d'obtenir de la bonté de la Reine , un soulagenïent pour le peuple et de les faire jouir d'une paix après laquelle il languissoit depuis tant d'années qu'il étoit oppressé au sujet de la guerre. Ayant achevé son discours, qui fut admiré de toute l'assemblée, le sieur de Fromont donna les uns après les autres tous les édlts au sieur Bourson, qui en fit la lecture ; après laquelle le sieur Dreux, avocat général, brièvement parla et conclut, pour le Procureur Général, à ce que les édits seroient vus et examinés par la compagnie peur être passés , en cas qu'en leur conscience ils fussent jugés équitables, et qu'il s'opposoit ce pendant à l'exécution d'iceux. Le sieur d'Ormesson se leva, et faisant la révérence à Son Altesse Royale, de laquelle il prit commandement de prononcer, s'étant assis et couvert , dit : ce Le Roi a ordonné et ordonne que sur le repli il sera mis : lu et publié et registre , ce consentant et requérant le Procureur Général, et copie collationnée envoyée dans l'étendue et ressort de ladite chambre.
" A l'instant même, le duc d'Orléans se leva , et ayant fait civilité a la compagnie, se retira au même ordre qu'il étoit entré. »
donna, dit le Premier Président dans un manuscrit que j'ai (c'est le texte des Mémoires, t. III, p. 216), à beaucoup occasion de laisser un peu les intérêts particuliers et tourner l'esprit au public.
Le 6 mai, les Enquêtes furent mandées, l'on délibéra sur la proposition. Quelques efforts que fît la cour, quelque soin que l'on prît de jeter de la jalousie entre les compagnies, l'union fut résolue; ce furent les Enquêtes qui l'emportèrent.
Le 12 mai, les députés des compagnies avoient été mandés , le cardinal Mazarin leur dit que la Reine ne vouloit point de ces arrêts d'union; il prononça ce mot en son patois ougnon; il ajouta que le Roi étoit le maître, et que s'il ne vouloit pas qu'on portât des glands à son collet, il n'en faudroit point porter. Les députés, de retour vers leurs compagnies , plaisantèrent sur son arrêt d'ougnon et sur ses glands; et malgré les défenses que leur fît la Reine le matin même , l'arrêt fut rendu le 13 mai.
Le mercredi 1 0 juin, un homme fut trouvé auprès de la maison du président de Mesmes et accusé d'écrire les noms de ceux qui y alloient; il fut mené au Châtelet , mais il en sortit, le vendredi matin, en vertu d'une lettre de cachet. Le 1 1 juin, M. de Guénégaud vint au Palais, avant l'assemblée des Chambres, et remit aux gens du Roi l'arrêt du Conseil, rendu la veille 10 juin (jour de la Fête-Dieu), qui cassoit l'arrêt d'union, ordonnant qu'il seroit ôté des registres et celui du Conseil mis en sa place. Lorsque les Chambres se furent assemblées, on lut l'arrêt ; les gens du Roi mandés dirent qu'ils ne pouvoient donner dej conclusions qu'ils n'eussent parlé à la Reine. Le lendemain, ils apportèrenl la réponse de la
DE MATHIFJJ MOLE. 345
Reine, qui continuoit toujours à ne pas vouloir d'union, les exhortoit à l'obéissance et à se contenter de remontrances , autrement qu'elle seroit obligée de se porter à des extrémités. Il n'y eut rien de délibéré ce jour-là.
Mais le lundi 15, il y eut un nouvel arrêt, portant confirmation de celui d'union; cet avis, ouvert par M. Boucherat, passa à quatre-vingt-dix-sept voix contre soixante-six, qui étoient pour des remontrances. Le même jour, après midi, on rendit au Conseil un autre arrêt, qui cassoit celui du Parlement et ordonnoit que celui du 1 3 mai et celui du 1 5 juin seroient ôtés des registres, etc., défendant au Parlement de s'assembler, etc. M. de Guénégaud alla au Parlement pour faire exécuter cet arrêt du Conseil, les clercs et les marcbands du palais s'ameutèrent et fermèrent les portes de la salle; il fallut que M. de Guénégaud se retirât.
Le lendemain 16, lettre de cachet portant ordre au Parlement de venir au Palais-Royal , en corps de Cour, à neuf heures du matin, et y porter l'arrêté de la veille. Ils y allèrent au nombre de quatre-vingt-quinze , et furent suivis d'une multitude de populace. Reçus par un secrétaire d'Etat et le Grand Maître des cérémonies, après les avoir fait attendre, i's montèrent. Le Chancelier parla fortement ; on leur demanda s'ils avoient apporté la feuille de leur arrêt , ils répondirent que non ; on leur lut celui du Conseil, on leur ordonna de rapporter le leur le lendemain, et on leur défendit de s'assembler dans la salle de Saint-Louis. Ces défenses ne servirent qu'à les presser de commencer leurs assemblées des compagnies; dès deux heures après midi, les députés des compagnies se rendirent dans la chambre de Saint- Louis; cette conférence se passa en compliments. Le
même jour après midi, le Parlement s'assembla; il ne
résolut rien, les gens du Roi ne s'étant pas trouvés au
palais.
Le mercredi 17, on délibéra sur les défenses de s'assembler j les conclusions des gens du Roi furent que la Reine seroit suppliée de révoquer les arrêts de cassation, et, ce pendant, ceux d'union exécutés. L'avocat général Talon avoit fait, néanmoins, un discours tendant à exhorter à l'obéissance et à ne pas vouloir opposer autorité contre autorité; il n'y eut rien de décidé. Le jeudi étoit Fête-Dieu, le vendredi le Landy, ainsi on ne se rassembla que le samedi; mais, le Premier Président ayant dit que l'on parloit d'accommodement, on renvoya la délibération au luïidi 22. Cet accommodement venoit de la part de Monsieur (Gaston).
Le mercredi, 26 août. Te Deum pour la bataille de Lens ; enlèvement de MM. Broussel (mené à Saint-Germain) , de Blancmesnil (mené à Vincennes) , par M. de Comminges, lieutenant des gardes de la Reine, etc. Barricades au premier bruit qui s'en répandit. Les gardes françoises et suisses repoussés jusques vers le Louvre et le Palais-Royal. Le Coadjuteur vint haranguer la populace, et lui promit qu'il alloit demander la liberté des prisonniers ; il vint au Palais-Royal , mais il n'y obtint rien. Il sortit avec M. de la Meilleraie, qui se mit à la tête des chevau-légers. Le Coadjuteur , si l'on en croit ses Mémoires, fut blessé ; M. de la Meilleraie et ses troupes obligés de se retirer. La nuit se passa , néanmoins, tranquillement.
Le lendemain jeudi 27, (grâce aux soins du Coadjuteur), le tumulte recommença. Le Chancelier, qui alloit au Parlement , fut insulté ; un lieutenant du Grand Pré-
DK MATHIEU MOLE. 317
vôt tué à ses cotés ; lui, contraint de s'enfuir dans l'hôtel de Luynes, d'où il n'auroit point échappé à la fureur de la populace, si elle ne s'étoit point amusée à piller la maison, et si M. de la Meilleraie ne fût venu le retirer. Toute la ville prit les armes. Cependant le Parlement assemblé délibéra d'aller en corps de Cour demander l'élargissement des prisonniers ; que, quelque réponse qu'ils eussent, ils demeureroient assemblés; prit un arrêté contre M. de Comminges et autres, portant défenses à l'avenir d'exécuter de semblables ordres, etc. Ils partirent au nombre de cent soixante, dit-on ; arrivés au Palais- Royal et admis à l'audience, le Premier Président fit un discours ferme et éloquent (à sa façon) pour la liberté de MM. Broussel et autres. La Reine n'en parut pas plus touchée. Elle répondit que l'émotion n'étoit pas si grande qu'ils la lui vouloient représenter; qu'au surplus , ils lui en répondoient , eux , leurs femmes et leurs enfants ; aussitôt elle se leva et entra dans son cabinet. Le Parlement se retira et étoit presque descendu, lorsque le Premier Président proposa de retourner faire des efforts pour la fléchir. Il y eut des allées et des venues de la salle au cabinet. Enfin il fut promis par la Reine qu'elle rendroit les exilés, si le Parlement cessoit ses assemblées jusques après la Saint Martin. Il fut répondu qu'on ne pouvoit accepter cette condition qu'après en avoir délibéré. On leur donna une salle pour cette délibération ; mais y éiant entrés, ils convinrent d'aller délibérer au palais. Ils se mirent en marche pour cela; arrivés à la Croix du Trahoir, la populace, qui leur avoit demandé, dès 'a première barricade, s'ils ramenoient M. Broussel, fut plus insolente; les menaça s'ils ne retournoient au Palais-Royal , dit qu'ils vouloient avoir Brous-
318 APPENDICE AUX ^lÉMOIRES
sel. Cinq présidents et quarante ou cinquante conseillers, intimidés de cette insulte, s'échappèrent ; le reste, ayant à la tête l'intrépide Premier Président, retourna sur ses pas. Le Premier Président représenta le danger qu'il y avoit à refuser ; la Reine resta ferme. Enfin les sollicitations des princes et princesses , le consentement du cardinal Mazarin, la firent changer. Elle permit au Parlement de voir ce qu'il y avoit à faire ; il passa dans la grande galerie et s'y rangea en séance ordinaire. M. le duc d'Orléans , M. le Chancelier , les ducs d'Elbeuf et de Retz y prirent leurs places. Il y fut discuté si l'on y délibéreroit ; cinquante furent d'avis qu'on ne pouvoit délibérer qu'au palais, le reste opina à le faire en ce lieu, attendu la nécessité urgente ; on discuta aussi si, suivant la condition qu'on avoit imposée à la liberté des prisonniers, l'on sursoiroit les assemblées jusques après la Saint-Martin. Il fut rendu arrêt, daté de la galerie du Palais-Royal, portant que la Reine seroit très-humblement remerciée d:^ ce rappel qui sera présentement exécuté, et toutes lettres expédiées à cet effet , et outre a été arrêté , in mente curise^ qu'il seroit sursis aux délibérations jusques après la Saint-Martin, à la réserve du tarif et rentes de l'Hôtel de Ville, et sans préjudice de l'exécution des choses jugées. Cet arrêté fait, on remonta au cabinet de la Reine, pour lui en rendre compte. Elle ordonna qu'on préparât des carrossés pour aller requérir MM. Broussel et Blancmesnil. Le Parlement attendit qu'ils fussent prêts et que les lettres fussent expédiées. Lorsqu'elles le furent , les sieurs Boucherat, neveu de Broussel, et Génier, parent de Blancmesnil, se mirent chacun dans un carrosse, à la tête du Parlement ; le tout défila en montrant , à chaque barricade , les lettres. Ces barricades
continuèrent toute la nuit et ne furent levées que le lendemain, vers dix heures, lorsque M. Broussel fut revenu. Il vint prendre séance , suivi d'une multitude infinie de peuple. Le Premier Président le complimenta. La compagnie , qui avoit attendu son arrivée , rendit alors un arrêt portant que les barricades seroient rompues, etc. Elles le furent en moins d'une demi- heure et la tranquillité remise.
Le samedi 29 août , le Parlement nomma des commissaires pour faire l'information ordonnée contre Catelan et autres traitants. On demanda à M. Broussel où en étoit le tarif.
Le vendredi 4 septembre , arrêt contre Catelan et Tabouret, et pour la recherche de leurs effets recelés. On a travaillé ensuite à l'article des rentes ; il a été arrêté que les deniers destinés à leur payement seroient portés directement à l'Hôtel de Ville, sans passer par les mains des payeurs, etc.
Le samedi 5 septembre, on a voulu mettre sur le bureau l'affaire du tarif; mais M. Broussel a dit que son procès-verbal ne seroit fait de huit jours, et a proposé qu'on parlât de la chambre de Justice. Les délibérations ont été portées sur une autre matière, sçavoir si le Parlement se prorogeroit lui-même, ou demanderoit des lettres pour ce. M. Broussel a été du premier avis. Le président Viole a lu l'extrait de plus de vingt exemples servant a prouver que le Parlement a continué ses séances en vacations sans des lettres du Roi. Cependant l'avis de demander des lettres pour la prorogation a prévalu. 11 a été aussi arrêté que l'établissement d'une chambre de Justice n'auroit lieu qu'après que l'édit en auroit été vérifiée.
La déclaration pour la prolongatioa du Parlement jusqu'au 20 du mois fut apportée le lundi 7 septembre , par les gens du Roi. Délibérations, remises à huitaine, à cause que M. Broussel ne pouvoit avoir fait son procèsverbal que dans ce temps-là.
Le mercredi 23 septembre, la cour fit sortir de Paris le Roi, M. le duc d'Anjou, tout rouge encore de la petite vérole. M"^" la duchesse d'Orléans se retira aussi à Ruel. La Reine manda le Prévôt des marchands et échevins et leur dit qu'elle ne vouloit aucun mal aux bourgeois de Paris, mais qu'ils eussent à s'opposer à ceux qui tenoient des discours pernicieux contre elle'. Cependant les bien-intentionnés proposèrent une conférence à Saint-Germain, où la Cour se rendit; ce jour-là même, M. le duc d'Orléans et M. le Prince écrivoient, sur ce sujet, au Parlement. Le Premier Président dit, dans des Me/noires manuscrits, que ce fut lui qui proposa cette conférence. Le cardinal de Retz , au contraire, donne cet honneur à Monsieur le Prince*.
Le 25 septembre (vendredi) , conférence à Saint-Germain. MM. le duc d'Orléans, princes de Condé et de Conti, et duc de Longueville, y assistèrent seuls avec les députés. Le Cardinal en fut exclu. Les députés demandèrent le retour du Roi, l'élargissement de M. de Chavigny, la sûreté publique et la continuation du Parle-
i. Dans son Histoire de France, t. XIV, p. 72, M. Henri Martin, ordinairement si exact, confond tous les événements politiques qui occupèrent les derniers mois de l'année 1648. Cette relation et celle de Mathieu Mole rétablissent les faits dans leur vrai jour et en donnent les dates précises.
2. M. Henri Martin cite à la page 91 du tome XIV de son Histoire de France, un passage des Mémoires du cardinal de Retz , qui ne s'v trouve pas.
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ment jusques à la Saint-Martin; une déclaration sur les articles de l'ordonnance de Blois concernant les évocations, la décharge pour le peuple de taille et impôts, etc.
Le 27 septembre, nouvelle conférence où les mêmes assistèrent; le Chancelier et le maréchal de la Meilleraie s'y trouvèrent aussi, la continuation du Parlement fut accordée, le retour du Roi remis à quelque temps (attendu, dit la Reine, qu'elle ne l'avoit fait sortir que pour le promener) , de même que l'élargissement de M. de Chavigny, la sûreté promise à tous; quant à la décharge du peuple , qu'il falloit auparavant cognoître la dépense et la recette. M. le maréchal de la Meilleraie lut un état de dépense excédant de douze millions celui des recettes. La conférence remise au jeudi, l*' octobre.
Ce même jour 27, Madame de Vendôme présenta requête au nom de MM. de Vendôme et de Beaufort , qui demandoient la permission de se remettre à la Conciergerie pour être leur procès fait; elle fut reçue et M. Chevalier chargé d'en faire le rapport.
Le jeudi 1" octobre, autre conférence à Saint-Germain ; on y promit la diminution d'un quart de la taille, sans surcharge, et de laisser achever le tarif. On donna quelque espérance de l'élargissement des prisonniers. Le Chancelier y parla de l'autorité des Rois que la Reine étoit résolue de maintenir pendant sa régence ; c'étoit au sujet de la loi que le Parlement demandoit qui fût observée, que les prisonniers fussent interrogés dans les vingt-quatre heures, et qu'on n'en fît point sans cette formalité.
Le vendredi 2 octobre, rapport du Premier Président de la conférence d'hier; l'après-dînée on travailla IV 21
au tarif. On ôta quarante sous sur chaque bœuf et cinq sur chaque mouton.
Le samedi 3 octobre, autre conférence qui ee passa en disputes. La cour trouva mauvais l'arrêt touchant la diminution des quarante sous par bœuf. Elle ne voulut point non plus qu'il y eût rien d'écrit touchant Tinterrogat des prisonniers dans les vingt-quatre heures , et que l'on se contentât de la parole que la Reine en donnoit. Ce fut dans cette conférence que le Premier Président parla vivement au Chancelier et qu'il lui dit : « Ma vie est sans tache et sans reproche ; je suis tout prêt de porter ma tête à la Reine et partout ailleurs , pour répondre de mes actions; vous n'oseriez le faire. » C'étoit à 1 occasion des droits du sceau que s'éleva ce différend.
Le dimanche 4 octobre, nouvelle conférence. Les députés ne partirent qu'après avoir dîné, ayant délibéré qu'ils ne souffriioient plus d'être traités aux dépens de la cour, comme ils l'avoient été à toutes les autres conférences. La sûreté fut accordée aux Cours souveraines, et pour les autres personnes, déclaré qu'on les interrogeroit trois jours après leur détention ; un quart de la taille remis ; la suppression des droits du sceau établis depuis 1631 , sans vérification, et pour le tout, arrêté que l'on en donnera une déclaration que le Parlement dressera.
Le lundi 5 octobre, rapport fait en Parlement*, par le Premier Président, des deux dernières conférences, sur quoi a été délibéré et arrêté que les députés concer-
I . Les registres du Parlemejit contenant ces rapports et les arrêts rendus pendant les troul)les des années 1648 à 1659, ont été lacérés par ordre de Louis XIV, en l'année 1668. Voy. sur ce sujet une brochure publiée par M. E. Lamé Fleury, ingénieur des mines, sous le titre : Un dernier épisode de la Fronde en 1668 Paris, in -8°, Thunot, 1836, et V Appendice à notre édition de Retz, in- 12, t. II, p. 392.
teroient les articles qui restoient à examiner des propositions de la chambre de Saint-Louis.
Les 7, 8, 9 et 10 octobre, employés à cet examen, et des arrêtés donnés en conséquence.
Le 14 d'octobre, nouveau tumulte des marchands, qui remplirent la grand'salle et insultèrent des présidents (entre autres le Premier Président et le président de Nesmond). L'après-dînée, il y eut arrêt portant diminution de cinquante -huit sous d'entrée sur chaque muid de vin.
Le 15 octobre, on repassa l'arrêt du jour précédent. Il fut aussi délibéré que la Reine seroit suppliée de remettre jusques à deux millions sur ces entrées. Les gens du Roi allèrent ce jour même à Saint-Germain et obtinrent cette remise, à la charge que toutes assemblées cesseroient ; ce fut M. Bignon , avocat général , qui l'obtint.
Le vendredi 16 octobre, le Parlement fut occupé à répartir ces deux millions de remise sur toutes les marchandises.
Le lundi 19, le Parlement travailla au projet de la déclaration, de môme que les 20 et 21 .
Le jeudi 22, les députés de la compagnie allèrent porter cette déclaration à Saint-Germain; la Reine la reçut. H y eut quelques difficultés, mais si petites qu'on ne changea rien au projet , et qu'il fut donné à sceller dans le même état qu'il fut présenté. Le Premier Président avoit eu soin de passer légèrement sur la loi qui étoit demandée pour les prisonniers ; l'article 15, où il en est parlé , ne porte autre chose, sinon que les sujefs ne seront traités criminellement que selon les ordonnances et non par commissaires, et qu'aurun officier de
Cours souveraines ne pourra être inquiété par lettres de cachet, etc.
Les assemblées du Parlement continuant , M. le duc d'Orléans, avec d'autres ducs et pairs, y vinrent, le 16 décembre. M. le duc d'Orléans dit que la Reine trouvoit mauvais que la compagnie s'assemblât, qu'elle perraettoit qu'ils le fissent par députés, et que ces députés examinassent chaque article de la déclaration. Il s'éleva un grand bruit. Il y eut des voix qui allèrent jusques à demander ce qu'étoient devenus quatorze ou quinze millions reçus, depuis que le maréchal de la Meilleraie avoit les finances, puisqu'on ne payoit personne, et que la table du Roi avoit manqué un jour ; que, d'ailleurs, les troupes s'approchoient de Paris et commettoient beaucoup de désordres. On voulut aller aux opinions; M. le Prince les interrompit, parla fort haut contre la hardiesse de ces assemblées, et fit un signe de main, en forme de menace, à M. Quatresous, conseiller; celui-ci éleva la voix et dit que M. le Prince venoit de le menacer, et en demanda justice. Toute la compagnie murmura; quelqu'un dit, pour excuser M. le Prince , que c'étoit son geste ordinaire. Quatresous eut l'insolence de répondre que, si c'étoit son geste, il devoit s'en corriger, comme d'un fort vilain geste. L'assemblée se leva et ne conclut rien.
Le lendemain 17, les mêmes princes revinrent au Parlement et y parlèrent avec plus de douceur. Il y fut arrêté que des députés vérifieroient, chez M. le duc d'Orléans, la déclaration, article par article, coteroient les contraventions, pour le tout rapporté au Parlement, être ordonné ce que de raison. Le Procureur Général fut aussi chargé d'informer des désordres des gens de
DE MATHIEU MOLE. 32b
guerre, etc., et fut dit que la Reine seroit suppliée de ne pas permettre que les passages par où venoient les provisions à Paris fussent occupés par des gens de guerre, etc.
Le lundi, 21 décembre, la cour des Aides fut mandée au Palais-Royal, et le Chancelier, en présence de la Reine, etc., leur dit que la Reine vouloit qu'ils ôtassent de leur arrêt d'enregistrement ces termes : à peine de confiscation de corps et de biens ^ parce qu'on ne pouvoit pas se dispenser de mettre les tailles en traité , attendu que la recette en étoit longue et qu'on étoit pressé d'argent. Le Premier Président (Amelot) fit un discours assez ferme. Cependant cette compagnie donna arrêt portant permission de faire des prêts et avances sur les tailles pour six mois.
Le Parlement , ayant sçu cet arrêt et qu'il y avoit une déclaration à la chambre des Comptes, qui pcrmettoit ces avances sur les tailles, non-seulement pour six mois, mais pour autant de temps qu'il plairoit à la Reine, s'assembla, le mardi 29 et le mercredi 30 décembre, et ce jour envoya prier la chambre des Comptes de lui envoyer quelqu'un de leur compagnie.
Le jeudi , 31 , le président Aubery et quatre maîti< s des Comptes vinrent au Parlement; mais ils ne purent satisfaire à ce qu'on-leur deraandoit.