Meslanges de Clairambault, t. CXXXI, f. 3471. Original
union si fort désapprouvée par le passé. Je n'estime pas, néanmoins, qu'on la doive refuser, étant indubitable qu'elle produira un autre effet qu'ils ne pensent; le grand nombre des commissaires, et de différentes compagnies, ne peuvent être que très-avantageux pour l'accommodement des affaires , par le dégoût que les autres compagnies ont de l'autorité trop grande du Parlement , et du mauvais traitement qu'ils en ont reçu , par les taxes passées et par les menaces des taxes à venir , si les désordres continuent. Tout ceci se soumet à votre avis, étant plus informé que moi de l'état des choses et des sentiments de la cour. Mais comme cette conjoncture s'est présentée et que je désire, par tous moyens , sortir d'ici, et ne se pouvant à cause de mon incommodité qu'avec un peu d'aisance, j'ai cru que vous pouviez me faire nommer entre les commissaires du Roi, avec M. de Léon, pour sortir d'ici et nous rendre à Saint-Germain. Je suis, etc. A Paris, ce ]" mars 1649. D'Aligre. »
Nouvelles d'Anjou. — Lettre des officiers du présidial d'Angers.
« Monseigneur , la dépêche de Messeigneurs du Parlement, du 1 8 janvier, contenant les arrêts du 8 et du 1 0 dudit mois, nous ayant été rendue le 29 février, par M. le procureur du Roi à ce siège, auquel M. le Procureur Général en a fait l'adresse, nous avons estimé de notre devoir. Monseigneur, de vous donner avis comme aussitôt ils furent lus en cette compagnie, qui vous supplie très-humblement lui faire cette grâce de croire qu'elle ne manquera jamais à la fidélité et obéissance due au service de Sa Majesté, ni de respect aux arrêts de la Cour , sous l'autorité de laquelle nous tiendrons, Monseigneur, à grand honneur de continuer IV 22
les fonctions de nos charges. Nous sommes, etc.*. A Angers, en la chambre du Conseil, le G mars 1649. m
1. Nous complétons les nouvelles d'Anjou par des extraits d'une lettre du Roi, relative aux désordres commis par les troupes dans cette province : « Mon cousin , je reçois avec beaucoup de déplaisir les diverses plaintes que l'on continue de me faire tous les jours des désordres et violences que commettent mes troupes , et mémo celles qui sont eu Anjou, soit dans leur passage, soit dans les lieux de leur séjour et de garnison; et comme les peuples attribuent la licence extrême des soldats au ressentiment qu'ils croient que l'on a des choses passées, et que c'est pour les en punir que les troupes leur ont été envoyées et qu'elles vivent ainsi; qu'aussi les gens de guerre sont de leur côté si emportés hors de leur devoir, qu'ils se persuadent fort volontiers que ce qui est arrivé en ces quartiers leur donne liberté de tout entreprendre impunément , en sorte qu'il seroit à craindre que cela ne causât de nouvelles altérations dans mes provinces, si mes peuples n'étoient informés de la vérité de mes intentions et les soldats retenus dans la discipline et châtiéi de leurs désordres : j'ai bien voulu vous faire cette lettre, par l'avis de la Reine-régente, Madame ma mère, pour vous dire que vous fassiez entendre à tous mes serviteurs et sujets de l'étendue de votre gouvernement , que bien loin d'avoir aucun ressentiment de tout ce qui s'est fait pendant les derniers mouvements, que je porte avec grande peine et impatience la continuation de la guerre contre les ennemis de l'Etat, et qu'elle empêche que je ne les puisse soulager des logements des troupes et des autres charges qu'ils portent, ne le souhaitant pas moins qu'eux-mêmes, et que tant s'en faut que je les aie envoyé en ces quartiers par aucun ressentiment, que je ne m'y suis résolu que par nécessité et parce que mes provinces de Picardie, Champagne, Ile-de-France et Normandie en sont si chargées, que j'ai été obligé d'en envoyer une partie en celles qui sont voisines, et il n'y en a point, en tout le royaume, où il y en ait moins qu'en Anjou, outre que ce n'est que pour les faire rafraîchir pendant quelque temps, n'étant pas possible de tenir les troupes à présent à la campagne, à faute de subsistances, à cause de la longueur de l'hiver, dont l'on sent encore à présent des restes par deçà, si bien que, dans un pays comme celui de Flandre, les herbes n'ont point encore poussé. Au surplus, vous ferez cognoître à tous, comme je vous ordonne d'empêcher à l'avenir la licence de mes gens de guerre, et de flaire punir ceux qui ont commis des pillages et crimes notables. (Suivent les instructions pour faire punir les soldats, rechercher les coupables et avancer de l'argent pour faire vivre les troupes.) Ecrit à Saint-Germain en Laye, le 24 avril 1649. »
Extrait de l'interrogatoire du sieur de Bréquigny, fait par H. Gamin, intendant de la justice, police et finance de Picardie et places de la mer.
Du vendredi 12 mars 1649. Enquis de ses nom, âge, qualité et demeure, — a dit qu'il se nommoit René le Meneust, sieur de Bréquigny, âgé de trente-quatre ans, ou environ, écuyer de M. le prince de Conti, demeurant ordinairement à Paris. — Enquis quel a été le sujet de son voyage, — a dit que M. le prince de Conti l'a envoyé à M. l'archiduc Léopold pour lui faire ses compliments et le remercier de ce qu'il avoit envoyé offrir secours à Messieurs du Parlement et à lui, et que, s'il étoit toujours dans la même résolution, il étoit temps qu'il se mît en chemin pour faire lever le blocus de Paris, les vivres y étant si rares qu'ils seroient bientôt contraints se rendre ; qu'il pourroit entrer aisément en France et que cela contribueroit à faire une paix générale, son intention n'étant autre que de travailler pour le bien de la paix : et que lui qui répond ne se seroit embarqué à faire ce voyage, s'il n'eût été assuré que M. le prince de Conti n'avoit d'autres pensées. — Enquis s'il n'a pas rendu une lettre de la part de M. le prince de Conti à M. l'archiduc Léopold, — a dit en avoir rendu une qui ne portoit qu'un simple compliment et créance pour l'état des affaires de Paris. — Enquis quel jour il est parti et qui l'a accompagné à ce voyage, — a dit être parti de Paris il y a aujourd'hui quinze jours, le 26 du mois passé, avec un valet et un guide qu'il prit aussi à Paris. — Enquis qui lui a donné ce guide et combien il y a qu'il est à son service, — a dit que le sieur de Noirraoutiers lui a donné, à Paris, ce guide, et que son valet,
nommé Champaigne, est à son service depuis quatre ans. — Enquis avec quelle personne il a conféré, pour ses instructions , avant son départ , — a dit avoir conféré avec dom Joseph, qui est venu trouver Messieurs du Parlemenjt de la part de M. l'Archiduc , et avec le sieur de Noirraoutiers. — Enquis s'il n'y a pas d'autres personnes qui sçachent le sujet de son voyage , — • a dit qu'il ne croit pas que personne en ait cognoissance , si ce n'est le secrétaire de M. le prince de Conti ; que MM. d'Elbeuf, de Beaufort, le Coadjuteur et beaucoup d'officiers des troupes parisiennes étoient bien dans la chambre quand il reçut le commandement de partir, mais qu'ils n'en entendirent rien. — Enquis à qui il s'adressa d'abord à Bruxelles, — • a dit qu'il s'adressa à l'abbé de Mercy pour avoir audience de M. l'Archiduc, laquelle il n'eut que le lendemain du matin. — Enquis quelle personne il vit celte même nuit qu'il arriva, — a dit qu'il vit le sieur comte de Pignerande, et qu'il y fut mené par le sieur de Laigue ; qu'il vit aussi M"*^ de Chevreuse, à laquelle il fit un compliment de la part de M™^ de Longueville. — Enquis où il trouva ledit de Laigue, — a dit qu'il le trouva chez l'abbé de Mercy. — Enquis s'il n'avoit pas d'ordre particulier pour M™® de Chevreuse et pour le comte de Laigue , — a dit que non. — Enquis qui lui avoit dit à lui de s'adresser au sieur abbé de Mercy, — a dit que ç'avoit été dom Joseph. — Enquis quelle personne à la Ferté-Milon facilite le passage à ceux qui veulent aller en Flandres , — a dit que le procureur du Roi lui aida à passer. — Enquis s'il n'y a que le procureur du Roi qui soit de l'intelligence et qui lui ait donné avis, — a dit que le sieur de Noirmoutiers lui dit qu'il n'avoit qu'à s'adresser au pro-
curcur du Roi. — Enquis comment le procureur du Roi le fit passer, — a dit qu'il lui donna un guide , lequel le mena jusques auprès de Saint-Restitude où il coucha. — Enquis quelle personne étoit présente à Bruxelles quand il fît ses compliments à M. l'Archiduc, — a dit qu'il n'y avoit que le sieur de Laigue et le sieur Chomsalbert, chambellan dudit Archiduc, et qu'il ne vit ledit Archiduc depuis ce temps-là. — Enquis avec quelle personne il eut plus grande conférence , — a dit que c'étoit avec ledit abbé de Mercy et avec M"" de Chevreuse, et qu'il n'a vu que deux fois le duc Charles. — Enquis ce que lui dit M"* de Chevreuse, — a dit qu'elle lui dit qu'elle viendroit avec l'armée en cas qu'elle entrât en France, et qu'elle ne lui dit rien autre chose qui puisse être de conséquence. — Enquis quelles troupes elle disoit devoir entrer en France, — a dit qu'elle lui a dit que toutes les troupes de M. l'Archiduc et de M. le duc Charles y dévoient entrer, au nombre de vingt-cinq mille hommes. — Enquis si elles étoient déjà assemblées et de quel nombre à peu près il croyoit que leur armée puisse être composée , — a dit qu'il croit qu'il y aura vingt et un ou vingt-deux mille hommes, et qu'ils étoient encore dans des quartiers vers Cambrai et Valeuciennes dimanche 7 du courant. ■— Enquis ce que lui dit M. le duc Charles , — a dit qu'il avoit été longtemps à marchander, sçavoir s'il don neroit toutes ses troupes, et qu'au commencement il n'avoit pu se résoudre qu'à en donner une partie, et qu'à la fin il se résolut à les donner toutes , par la persuasion de M™' de <i:hevreuse, et que ladite M"* de Chevreuse lui a confirmé que c'étoit à sa prière que ledit Duc avoit donné toutes ses troupes. — Enquis quelle route l'armée des ennemis devoit tenir en entrant eu
France, — a dit que lorsqu'il partit de Bruxelles, ledit comte de Pignerande lui dit que le comte de Fuensaldagne vouloit faire un pont sur la Somme, mais qu'il ne sçavoit précisément pas à quel endroit. — Sur quoi nous avons interpellé ledit répondant de nous dire entièrement ce qu'il en sçavoit, le déni qu'il en faisoit pouvant aigrir l'esprit de Leurs Majestés. — Lequel nous a dit que le comte de Fuensaldagne lui dit , avant de partir, qu'il pourroit entrer avec toute l'armée par Crécy-sur-Vaire , Origny et Ribemont, et de là marcher droit à Paris. — Enquis s'il croit qu'il ose entrer en France sans être assuré de quelques villes, — a dit que oui , et qu'il ne croit pas qu'il veuille attaquer aucune place , et que son dessein est d'entrer en France , non point comme ennemis, mais comme gens qui recherchent la paix, et que, pour cet effet, ils feroient un manifeste contenant leurs intentions, et pour faire sçavoir à toutes les villes et aux habitants du plat pays qu'ils n'eussent point à s'épouvanter. — Enquis s'il ne sçavoit pas qu'il est défendu, sous peine de la vie, d'avoir aucune communication avec les ennemis, et qu'il est encore plus criminel de prêter son ministère pour les faire entrer dans le royaume, — a dit n'en sçavoir rien, et n'avoir fait que ce que son maître lui avoit commandé.
Enquis pourquoi les ennemis ont changé leur résolution de faire un pont sur la Somme, — a dit qu'ils ont jugé plus à propos de ne se point enfermer entre deux rivières, et que passant vers Ribemont, ils n'auroient qu'une rivière à passer, et que lui répondant sçait qu'ils portent force pontons. — Enquis s'ils amènent de l'artillerie avec eux, — a dit que lesdits comtes de Pignerande et de Fuensaldagne lui ont dit qu'ils mèneroient
trente pièces de canon. — Enquis qnels préparatifs il a vu pour un si grand équipage, — a dit n'en avoir point vu. — Enquis s'il ne leur a point représenté qu'il étoit du tout impossible de mener du canon, les chemins étant extraordinairement rompus , — a dit qu'ils lui ont répondu que les équipages d'artillerie étoient très-bien attelés. — Enquis pourquoi ils venoient avec tant d'équipages et tant de troupes, s'ils viennent comme amis, s'ils ne sçavent pas qu'il est impossible qu'une puissante armée , comme la leur, puisse passer dans un pays sans le ruiner entièrement, — a dit qu'ils se vantent de marcher avec tant d'ordre qu'ils ne donneront sujet de plainte à personne. — Enquis combien ils peuvent avoir d'infanterie, — a dit qu'ils dévoient marcher avec quatre mille hommes présentement, et cinq mille qu'ils attendent de Gueldres. — Enquis si les troupes du duc Charles sont comprises dans ce nombre, — a dit que non. — Enquis combien ledit duc Charles peut encore avoir d'infanterie, — a dit qu'il lui a dit pouvoir mettre en état de servir six à sept mille hommes de pied ; mais qu'il ne croit pas qu'il en puisse avoir plus de quatre mille. — Enquis combien le duc Charles peut avoir de cavalerie, — a dit qu'il a quatre à cinq mille chevaux. — Enquis où sont toutes lesdites troupes dudit duc Charles à présent, — a dit qu'il croit qu'elles sont à présent à Maubeuge, parce que ledit Duc lui a dit qu'il devoit entrer par ce côté-là pour se joindre vers Ribemont. — Enquis pourquoi ils prennent leur marche vers la ville de Péronne , — a dit qu'il croit qu'ils peuvent avoir changé de dessein, et que , peut-être, ils veulent faire un pont sur la Somme, comme on le lui avoit dit à Bruxelles. — Enquis s'ils n'ont pas des intelligences avec
quelques gouverneurs de la frontière , — a dit qu'il ne croit pas qu'ils en eussent aucune. — Enquis s'il ne sçait point ceux qui servent à entretenir tout ce commerce, — ' a dit ne sçavoir personne autre que le sieur de Laigue. — Enquis avec quelle personne il a plus de commerce à Bruxelles, — a dit qu'il sçait que c'est avec le comte de Pignerande et l'abbé de Mercy qu'il est le plus souvent. — Enquis en quel lieu il doit faire la jonction avec les troupes parisiennes , — a dit n'en sçavoir rien. — Enquis en quel lieu et à quel jour il promit de leur rapporter des nouvelles, — a dit qu'il ne se fût pas chargé de faire un second voyage s'il eût pu et qu'il ne leur promit point de revenir. — Enquis s'il n'y eut aucun de Messieurs du Parlement qui lui donnèrent quelques instructions, — a dit qu'il n'a parlé à aucun. — Enquis qui est celui qui a été trouver M. l'Archiduc de la part de Messieurs du Parlement , — a dit qu'il croit assurément que le sieur de Laigue y a été envoyé de leur part et de celle de M. le prince de Conti , et que ledit sieur de Laigue le lui a dit. — Enquis s'il ne sçait pas quand ledit sieur de Laigue doit revenir, par où il doit passer, — a dit qu'il croit qu'il ne doit pas revenir. — Enquis ce que lui a dit ledit sieur de Laigue pour dire de bouche à ceux du parti, — a dit qu'il ne lui a rien dit autre chose, sinon faire des baise- mains à tous ces Messieurs. — Enquis s'il ne croit pas qu'il y demeure comme négociateur, pour ménager les intérêts de son parti, — a dit que oui. — Enquis si M. l'Archiduc ne lui a rien dit de particulier pour dire aux personnes du parti de Messieurs du Parlement, et s'il ne lui en nomma pas un, — a dit que M. l'Archiduc ne lui parla d'aucun d'eux. — En-
DE MATHIEU MOLE. 'Skt
quis si M""* de Chevreuse ne le chargea d'aucune lettre pour eux, — a dit qu'elle ne lui donna aucune lettre, et ne lui dit rien pour leur dire. — Enquis si elle ne lui dit rien de secret pour dire à quelqu'un des généraux,— a dit qu'elle ne leur fait que des baise-mains. — Enquis s'il n'avoit pas d'autres lettres que celles avec lesquelles il a été saisi, — a dit que non. — Enquis pourquoi il donna des lettres au guide, — a dit qu'il les lui avoit données pour les jeter, en cas que lui répondant fût arrêté, et que ledit guide le trahit et fit signe à des passants qui gardent les passages de l'arrêter, et aussitôt ledit guide leur donna les lettres. — Lecture à lui faite de son interrogatoire, etc.