‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 10 sur 167 · MOLE AU CARDINAL DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

MOLE AU CARDINAL DE RICHELIEU

Compliments.

« Monseigneur, il ne se peut que je ne vous déclare mes sentiments de la faveur qu'il vous a plu me faire, puisqu'après les acclamations publiques, dues à tant d'actions généreuses, non-seulement avoir donné la loi aux étrangers, la liberté à l'Italie, pris par forée ces villes rebelles, réduit les autres en l'obéissance, mais surtout pour avoir en un moment vaincu des courages enragés, fait tomber les armes de leins mains et rendre l'bonneur au Roi, qu ils avoient devant en horreur ; vous avez daigné vous souvenir du nom de celui qui ne souhaite la vie que pour rechercher les occasions de témoigner en public et en particulier les obligations desquelles la France vous est redevable. Et en attendant que je puisse espérer ce bonheur de vous rendre mes devoirs, je vous dirai seulement que la gloire due à la prise des villes par la force est commune à beaucoup d'autres; mais celle due à la victoire des esprits et à la puissance que vous avez acquise sur les courages les plus farouches , non par le nombre des armées, mais par la créance qu'ils ont eue en vous , ne peut être que particulière et qui mérite d'autant plus louange que moins vous en voulez recevoir. Je sçais bien que le prix de la vertu est en elle même , et que c'est le propre des grands courages de perdre bientôt le souvenir de leurs vertueuses actions passées; mais cela ne dégage pas les autres de la recognoissance qu'ils doivent, et moi moins que pas un , puisque vous avez toujours voulu m'honorer de votre particulière bienveillance. Je souhaite que

voire vertu, qui s'est accrue avec lebonlieur de votre fortune, s'augmente de jour en jour; elle est élevée à tel point et confirmée par de si signalés et si publics services rendus à la France , que ce n'est pas peu de gloire à chacun, de vous rendre toute sorte de respects et de soumissions. Vous n'en recevrez de personne avec plus de fidélité que de votre*, etc. »

LE GAflDE DES SCEAUX A MOLE.

Affaires de Lorraine. — Incendie de la Sainte-Chapelle.

« Monsieur, pour réponse à vos lettres du premier jour de ce mois, je suis bien aise que vous vous disposiez à la conférence des affaires de Lorraine. J'espère que mon frère se rendra bientôt à Paris pour y travailler avec vous. Je vous remercie du soin que vous avez pris de m'avertir de l'incendie arrivé à la Sainte-Chapelle^; nous en avions déjà reçu les premiers avis et sçu le bon ordre et le prompt secours que vous avez fait donner en cette rencontre, qui a servi à la conservation de ce qui est le plus précieux en ce saint lieu : dont Sa Majesté a été bien informée et satisfaite. Elle a commandé à M. de la Ville-aux-Clercs d'écrire à la Chambre des Comptes pour faire faire le devis de tous les ouvrages qu'il faut faire, avec un dessin qui soit fait par quelque bon maître , afin que Sa Majesté le voie et l'approuve, pour après faire bailler les ouvrages au rabais et pourvoir aux fonds

Page 1