‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 9 sur 167 · MOLÉ AU CABDINAL DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

MOLÉ AU CABDINAL DE RICHELIEU

Compliments.

« Celle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, me fait prendre la liberté de vous envoyer celte lettre en réponse; je n'eusse jamais osé, par la crainte de retarder tant soit peu vos grands emplois ; et comme vous vous donnez tout au public, on ne peut vous ôter le moindre moment que ce ne soit lui faire tort.

Pignerol, assuré un passage en Italie à l'armée du Roi, se rendit à Lyon où il fit prendre à Sa Majesté la résolution d'y aller en personne. On examina quel chemin on devoit suivre, et l'on se détermina pour celui de Grenoble. Sa Majesté se sépara des Reines et laissa à Lyon le garde des sceaux de Marillac et le Conseil. » {Méni. de Briennc^ p, 51.) — Le Roi était à Grenoble le 10 mai, à Chambérv le 17, et, après s'être emparé de cette dei'nière ville et des châteaux du voisinage , poursuivit le duc de Savoie retranché à l'entrée du val de la Tarentaise. Il mit le siège devant Montméliant et soumit la IMaurienne. Au mois de juin, le Roi était maître de la Maurienne et revint, le 16, conférer avec les Reines à Lyon. Dès le 6 juillet l'armée Irançaise se remit eu marche, franchit le mont Cenis et arriva à Saint-Ambroise sans avoir rencontré l'ennemi. Le 10 juillet eut lieu le combat de Veillane, et le 20 la prise de Saluées. Le duc de Savoie mourut six jours après; Louis XIII rentra alors en France (25 juillet), laissant le commandement de l'armée au cardinal de RiclKlien. \. Collection Colbert, t, V, p. 221.

Vos soins ne regardent que la gloire de Dieu , le bien de l'État. Si vous voulez vous souvenir d\m appel comme d'al3us, qui est une affaire particulière, même au milieu des rencontres les plus importantes à l'honneur de la France, c'est ce qui fait voir à chacun que les accidents plus difficiles, qui peuvent survenir, seront toujours au-dessous de la grandeur de votre esprit, qui, considérant la fin dedans le commencement de l'action , s'expose les choses en tel ordre que le succès n'en peut élre que très-avantageux. C'est une recognoissance que les plus grands envieux de la bonne fortune, que vous possédez à juste titre , sont contraints de faire , puisque tous vos soins ne regardent que la gloire de Dieu et le bien de l'État ; que toutes vos pensées n'ont d'autre but que de rétalolir sa gloire à si haut point que chacun se puisse tenir assuré en sa protection. Ceux qui ont le bonheur de recognoître la force de votre courage, sçavent que les fortunes publiques et particulières sont en assurance sous votre conduite. Il y a longtemps que j'ai laissé la mienne en votre main , assez content si , en l'exercice de ma charge , il se peut présenter occasion en laquelle je puisse témoigner, non à vous, Monseigneur, mais à ceux que vous voulez regarder de bon œil , les respects et la soumission que je vous dois , en cherchant quelqu'un qui vous puisse et veuille rendre toute sa vie les preuves d'une inviolable fidélités n

i. D'après la minute autographe, collection Colbert, t. VT, p. 252.

MOLE AU GA.RDE DES SCEAUX

Le conseil du Roi à Lyon.

« Vous me permettrez , Monsieur, de vous dire que l'on parle de votre séjour à Grenoble^, qui est éloigné de Lyon^ La division entre ceux que les Rois choisissent pour être de leur Conseil , donne de merveilleux avantages aux ennemis du repos public; en leur bonne intelligence consiste la principale force de rÉtat. Le mouvement des affaires n'a pas permis de vous donner congé quand vous l'avez demandé; il semble que, devant juger qu'il ne vous devoit être accordé, il n'avoit pas dû lors être poursuivi. C'est la coutume de le donner, et non de le prendre.

(c Le 21 juillet\ »

1. Sénant, secrétaire du Garde des Sceaux, avait écrit à Mathieu INIolé le 7 juin : « Cejourd'liui , M. le Garde des Sceaux part de cette ville (Lyon) pour aller trouver le Roi à Grenoble , suivant le commandement qu'il lui envoya hier; les Reines demeurent ici. » (Coll.Colbert, t. VI, p. 200.) — Le 5 juillet le Garde des Sceaux informait lui-même Malhieu Mole de la continuation de son voyage en ces termes : « Je viens d'avoii' commandement du Roi pour l'aller trouver à Saint-Jean de Mainienne , où Mazarini est arrivé, et fais élat de partir dimanche matin. « {Ibidem, p. 202.) — Il ne paraît donc pas exact de dire que le Garde des Sceaux, mandé par le Roi, refusa d'aller plus loin que Grenoble.

2. Si on s'en rapporte aux Mémoires de Brienne , le Roi eut envie de retourner à Lyon , sur l'avis qu'il avait eu que le Garde des Sceaux s'insinuait de plus en plus dans l'esprit des Reines. Ce magistrat reçut alors l'ordre de se rendre à Grenoble pour y attendre Sa ]\lajesté. Il parut bien, dit Brienne, que M. de IMarillac n'avoit point l'air de la cour en saluant le Roi, car il témoigna trop de joie de son retour. (Voy. Mémoires de Bricnnc , cilitioii citée , p. V^\ .)

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