Collection Colbert, t. CCXIII, p
plaisir. Donné à Saint-Germain en Laye , le 26^ jour de décembre 1635. »
J'ai été bien surpris, après avoir rendu les lettres de cachet du Roi, ci-dessus, ayant vu qu'il m'étoit imputé une chose à laquelle il m'étoit impossible de donner ordre, puisque, le jour de samedi suivant l'entrée du Roi, je n'avois pu aller au Parlement par maladie survenue, et de laquelle je m'étois fait excuser. Et quand j'y eusse été, il n'étoit pas en mon pouvoir, étant au parquet, de sçavoir ce qui se passoit en la Grand' Chambre, si M. le Premier Président ne m'en eût donné avis, ou que le greffier, de la part de la Cour, n'y fût venu. Ce sont les avis que quelques-uns donnent au préjudice des autres, et qui ne trouvent leur repos ou leur compte qu'au milieu du mouvement, donnant soupçon de qui il leur plaît et la défiance en l'esprit du prince ; Dieu soit loué , qui fera cognoitre l'innocence et la fidélité !
L'indisposition m'ayant continué depuis le 20 jusques au 29, je n'ai pas laissé de recevoir les lettres du Roi et m'en charger pour les porter. Et voyant qu'elles étoient adressées à MM. les avocats du Roi et à moi, je les priai, dès le vendredi après dîner, de se trouver, le lendemain après sept heures, au parquet, afin d'entendre la lecture et d'aviser ce qui seroit le mieux.
Arrivant au parquet, j'y ai trouvé M, l'avocat Bignon seulement, et ayant attendu jusques à huit heures, nous sommes entrés en la Grand'Chambre, où étoient M. le Premier Président, MM. les présidents de Bellièvre et de Mesmes , et a été dit , par M. Bignon : qu'ayant reçu commandement du Roi
d'apporter une lettre de cachet , nous y satisfaisions. Que, par les nôtres, nous apprenions que c'étoit pour empêcher l'assemblée des Chambres demandée par Messieurs des Enquêtes, et qu'il étoit juste que le Roi fût obéi. Les trois Chambres ont été assemblées, et, après avoir délibéré longtemps, il fut ouvert un avis de nous envoyer quérir et de faire lire en notre présence la lettre, pour ouïr ce que nous avions à dire. Ce qui a été exécuté , et la lettre lue par un de Messieurs de la Grand'Chambre , nous avons dit : que nous allions jusques au greffe pour nous recueillir et prendre avis entre nous. Et y ayant demeuré fort peu, nous sommes rentrés et a été dit par M. Bignon : que nous avions entendu avec regret la lecture de la lettre de cachet ; que celle que nous avions reçue étoit en même style, qui exprimoit vivement l'intention du Roi et son expresse volonté de ne trouver pas bon que les Chambres fussent assemblées pour le sujet proposé, et que nous nous promettions que chacun obéiroit au Roi ; qu'il n'y avoit lieu de proposer autre chose , sinon , comme nous avions entendu ce que le Roi nous commandoit, que nous ne manquerons pas de l'exécuter. Et ayant continué leur délibération, il fut donc arrêté de députer M. le président de Mesmes et quatre de Messieurs de la Grand'Chambre pour aller trouver M, le Chancelier et communiquer avec lui, afin d'obtenir permission du Roi de s'assembler pour entendre la lecture des édits vérifiés le Roi séant , et qui n'ont pu être entendus à cause de la presse, et que les députés des Chambres seroient mandés pour leur faire entendre la résolution prise en la Grand'Chambre : ce qui a été fait. Et
tous trois, nous avons été trouver M. le Chancelier, qui tenoitle sceau, et nous a fait entrer en sa chambre, en laquelle il est venu un peu après. Et lui avons rendu compte de ce qui s'étoit passé en exécution des lettres reçues du Roi, et principalement que ce qui étoit désiré de nous pour prendre la feuille et la porter au Roi, n'étoit ni de Tordre, ni de notre pouvoir, ce qu'il a recognu lui-même.
Le Samedi 29 décembre \ les gens du Roi ont présenté à la Cour leurs lettres closes du cachet d'icelui seigneur Roi, et dit qu'elles étoient au sujet de l'assemblée demandée au dernier jour. Après qu'ils se sont retirés, les députés des Enquêtes sont entrés en la Grand'Chambre, qui ont dit avoir charge des Chambres de demander à la Cour résolution de ce qu'ils avoient requis au dernier jour. M. le Premier Président leur a dit qu'il avoit reçu de Sa Majesté lettre témoignant son grand mécontentement de ce qui s'étoit passé, et que cela blessoit son autorité royale; qu'il estime l'intention de tous Messieurs bonne, mais que le Roi lui défend d'assembler, à peine d'encourir son indignation, et que le Procureur Général avoit apporté lettres de cachet, non encore ouvertes. Les députés des Enquêtes répondirent qu'ils seroient toujours très-observant la volonté du Roi, supphèrent la Cour que, s'il y avoit lettres. Messieurs de la Grand'Chambre en délibérassent, et de leur faire réponse. Eux retirés, la Grand'Chambre, la Tournelle et celle de l'Édit assem-
1. Ce récit complémentaire, qui se trouve dans les papiers de Mole , rend compte d'un incident de la séance du Parlement du 29 décembre. Dans l'intérêt de la rédaction, il se trouve cejiendant placé après le narré du 30 décembre.
blées, la lettre du Roi fut lue et les gens du Roi mandés, qui ont dit : qu'après avoir considéré la lettre, ils la trouvoient à peu près conforme à celle que Sa Majesté leur avoit écrite, que le Roi désiroit une entière obéissance, et qu'il ne fût fait aucune assemblée : c'est pourquoi, en cette rencontre, ils avoient la bouche fermée et n'avoient autre chose à dire. Sur quoi, la Cour a arrêté qu'un président et quatre conseillers iroient vers M. le Chancelier pour lui faire entendre, de la part de la Cour, la conséquence et importance du contenu en cette lettre de cachet, et le prier de faiie en sorte, vers le Roi, que toute la compagnie demeure en son entier de s'assembler à délibérer, ainsi qu'il est accoutumé. Et furent députés Henri de Mesmes, président, Samuel de la Nauve, Claude Le Clerc, INicolas Chevalier et Pierre Broussel, conseillers. Ce dont M. le Premier Président informa Messieurs des Enquêtes.
Ce même jour, M. le Premier Président envoya à Ruel avertir M. de Bullion pour se trouver au Mont- Valérien, oii il se rendroit pour conférer d'affaire importante. M. le Premier Président étant arrivé le premier et ne sçachant si M. de Bullion v viendroit, demanda papier et encre, et l'un des ermites, qui le mit dans sa chambre, lui bailla papier et encre. Et ayant écrit assez longtemps, arriva M. de Bullion. Il rompit l'écrit et le jeta au coin du feu, au lieu de le faire brûler, et ces fragments furent retrouvés.
Et discourant ensemble de la parole portée pour l'assemblée, l'ermite entendit parler de M. Laisné, son bienfaiteur ; il prêta l'oreille plus attentivement, et entendit la proposition qui regardoit sa charge et
sa personne. Il ouït aussi que l'on parla du Procureur Général. Ces Messieurs s'étant séparés, il fit avertir M. Laisné qu'il avoit quelque chose d'important à lui dire, et, l'ayant été trouver, lui fut déclaré le tout par l'ermite : ce qui a donné lieu au contenu en la requête ci-après.
« A Messieurs du Parlement. Supplie très-humblement Jean Laisné, conseiller au Parlement, disant : que, le 22 du mois de décembre, s'étant trouvé le plus ancien de sa Chambre , il avoit été député , en Pabsence de ses confrères plus anciens, pour aller en la Grand'Chambre demander l'assemblée des Chambres pour entendre la lecture des édits que le Roi avoit apportés au Parlement, deux jours auparavant. M. Nicolas Le Jay, premier président, et Claude de Bullion auroient pris rendez-vous au Mont-Valérien, où ils auroient fait complot de le perdre d'honneur et le faire punir. Ce considéré, Nosseigneurs, il vous plaira donner commission au suppliant pour informer et faire ouïr celui qui étoit seul avec eux et deux à qui il l'a dit pour en avertir, pour délivrer votre suppliant de leur violence \ » etc.
Le lundi 31 décembre, MM. les Présidents revêtus de leurs robes rouges et chaperons fourrés, les Conseillers de la Cour et MM. les Présidents et Conseillers des Enquêtes et Requêtes , s'étant tous trouvés en la Grand'Chambre, assis en leurs places ordinaires lorsque les Chambres sont assemblées, M. Pierre Gayant, président en la première des Enquêtes , a dit que Messieurs des Enquêtes supplioient la Cour d'assem-