‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 112 sur 167 · ARRESTATION DK PLUSIEURS MEMBRES DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

ARRESTATION DK PLUSIEURS MEMBRES DU PARLEMENT

NOUVELLE DÉFENSE d' ASSEMBLER TOUTES LES CHAMBRES.

Le mercredi 2 janvier, les assemblées extraordinaires continuant encore, le Roi envoya lettres de cachet portant commandement de l'aller trouver, le samedi suivant, à Saint-Germain. Et les ayant reçues, je les envoyai à M. Bignon, le priant de les présenter au Parlement : ce qu'il fit le vendredi 4 janvier 1 636. La teneur desdites lettres étoit telle : « Nos amés et féaux, ayant été bien avertis de tout ce qui s'est passé en notre Parlement, depuis que nous y avons tenu notre lit de

justice et la lettre que nous vous avons écrite, nous voulons et vous mandons que vous ayez à députer quatre présidents et quatre conseillers de la Grand'- Chambre , selon l'ordre accoutumé (un président des Enquêtes et Requêtes et un conseiller le plus ancien de chacune des Chambres , et en cas de maladie ou absence du plus ancien, celui qui le suit selon l'ordre de sa réception, avec un des nouveaux conseillers reçus depuis quatre ans), pour nous venir trouver, samedi prochain, 5 de ce mois, à Saint-Germain en Lave, afin d'entendre notre volonté de vive voix et cognoître le mécontentement que nous avons reçu de ce procédé. Si n'y faites faute, car tel est notre plaisir. Donné à Saint-Germain en Laye, le 3^ jour de janvier 1636. »

Ils se rendirent chez le Roi, suivant le contenu en icelle, par députés, tant de la Grand'Chambre que des Enquêtes.

Le lundi 7 janvier, il y eut séance au Parlement, mais la relation fut remise au mercredi 9. Et ce jour, après que M. le Premier Président eut dit qu'ils avoient trouvé le Roi à Saint-Germain, et que M. le Chancelier'

i . On lit dans la Gazette de Renaudot, sous la date du 1 0 janvier (p. 28) : «Le sieur Lemaistre , avocat en Parlement, y lit une célèbre action sur la présentation des lettres du Chancelier de France , qui eût ajouté encore beaucoup d'admiration à celle qu'elle tira de tout son auditoire, si le mérite du sujet qu'il traitoit, connu à un chacun, n'en avoit fait concevoir encore davantage, •> Cette harangue fut imprimée. — Mathieu Mole chargea à cette époque Dupuy de lui rédiger un Mémoire sur les chanceliers de France, leur origine, leur dignité par-dessus celle de garde des sceaux. L'original existe à la Bibliothèque impériale. (Coll. Colbert, t. I, p. 82.)

leur avoit témoigné son mécontentement de ce qui se passoit en la compagnie, et qu'il défendoit les assemblées pour les édits vérifiés en sa présence, M. Laisné, conseiller de la première Chambre , prit la parole , et se plaignit de M. le Premier Président, et mit sur le bardeau de la Grand' -Chambre l'original de la requête ci-dessus rapportée f p. 325). Nul ne la voulant prendre pour la lire, M. Lefèvre d'Eaubonne, conseiller aux Enquêtes, commençant à la lire, fut interrompu par M. le Premier Président; mais voulant toujours continuer, le Premier Président se leva de sa place, et MM. les présidents et conseillers de la Grand'Chambre le suivirent dans la buvette. Messieurs des Enquêtes demeurèrent seuls ; et ayant envoyé vers eux pour les conjurer de revenir, l'heure de dix sonnant , ils se retirèrent.

Et le lendemain , chacun étant en sa chambre, on apprit l'emprisonnement , par un exempt , de MM . Laisné et Foucault, et qu'ils étoient partis pour aller dans le château d'Angers; le commandement à M. le Président en la première des Enquêtes , Barillon , d'aller à Saumur, et à M. Sévin, d'aller à Clermont.

Et s'étant assemblées, les Enquêtes députèrent encore en la Grand'Chambre pour obtenir l'assemblée de toutes les Chambres, pour être le Roi supplié en faveur de ces Messieurs absents.

Ce qui a été refusé, par plusieurs fois, par M. le Premier Président , disant avoir défense de l'accorder pour ce sujets

Le 15 janvier, M. de la Ville-aux-Clercs , secrétaire

i. Collection Colbert, f. CGXIII, p. 2i0 et 241.

des commandements, vint prendre sa place au Parlement, et présenta à la Cour des lettres de cachet du Roi. Ensuite, il a dit en ces termes : «Messieurs, le Roi m'a commandé de venir en cette compagnie pour lui témoigner le juste mécontentement de la désobéissance de Messieurs des Enquêtes. Il a été étonné qu'étant ses officiers et leur ayant défendu de sa propre bouche de s'assembler, ils aient fait des assemblées particulières et aient député pour demander l'assemblée des Chambres, et qu'en cette occasion, contre tout ce qui a été toujours pratiqué , vous , Messieurs , leur ayant, avec beaucoup de prudence, refusé, ils soient venus prendre leurs places sans avoir été mandés. Sa Majesté juge ce procédé contraire à son autorité et veut que vous. Messieurs, qui présidez en cette compagnie et y tenez les premières places , vous ayez à empêcher cette entreprise , et à vous opposer à toutes assemblées contre sa volonté. Et si aucuns de Messieurs venoient pour demander l'assemblée des Chambres, elle vous enjoint et ordonne de lui mander les noms de ceux qui entreront les premiers en ce lieu pour y prendre leurs places sans y avoir été mandés. Sadile Majesté sçait que l'on veut faire des propositions pour le retour de ceux qu'elle a jugé devoir être éloignés; elle m'a chargé de vous dire qu'elle ne veut qu'il se fasse nulle proposition que premièrement elle n'ait été obéie entièrement de la compagnie, et que les officiers créés par ses derniers edits aient été reçus*; et

1 . Le Parlement employa depuis le 1 5 janvier jusqu'au 9 mars, à négocier auprès du Roi et des ministres, pour obtenir de faire retirer la plus grande partie des édits apportés par le Roi lors de son dernier lit de justice. Louis XIII persista à vouloir être obéi,

lors elle avisera si le bien de ses affaires le peut porter de les rappeler en la fonction de leurs charges et les rétablir en l'honneur et dignité dont ils ont usé avec peu de respect en son endroit.

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